ADIEU AU LECTEUR
Nous avons parcouru ensemble l'Histoire de l'Europe depuis Jésus-Christ, et dans aucune de ses périodes organiques, nous n'avons vu la Religion chrétienne s*exercer, en dehors de révangélisation des individus.
Sur les États, l'impérialat clérical des papes y compris, Taction théocratique du Christianisme a été nulle et subordonnée au caractère exclusivement politique de tous les gouvernements européens.
C'est pourquoi ces derniers ont été livrés aux antagonismes interminables de leurs principes rivaux : l'énergie du monarque, la volonté populaire; qui, tour à tour, ont essayé de dominer exclusivement, en se saisissant des formes des cultes chrétiens.
Ces formes, monarchiques dans Torthodoxie grecque comme dans le catholicisme latin, républicaines dans le protestantisme luthérien et calviniste, ne sont point religieuses, mais politiques.
Admises pour le salut des individus, leurs divisions mêmes et leurs oppositions ont fait qu'il est assez difficile de faire comprendre que la Religion chrétienne puisse et doive exercer une action réelle sur les Gouvernements, et les subordonner, tandis que c'est le contraire qui a lieu depuis près de dix-sept cents ans.
C'est pourtant dans le salut des États que la pensée de Jésus-Christ ferait éclater toute sa puissance intellectuelle et morale, toute sa force médiatrice et sociale, si l'ignorance et les passions permettaient aux hommes politiques une science et une sagesse assez grandes pour le comprendre et le vouloir.
Les monarchistes ne considèrent la Religion, qu'ils confondent avec le culte, que comme un moyen de gouvernement.
Les républicains, imbus de préjugés et d'erreurs aussi considérables, quoique en sens contraire, cherchent à isoler le culte et à le soumettre entièrement à la volonté des individus; les libéraux louvoient entre ces deux manières de voir.
Cependant, quoique réduite à une action virtuelle sur l'opinion et la morale publiques des Chrétiens, la Religion de Jésus-Christ déjoue tous ces projets chimériques, et entraîne l'État Social tout entier vers une universalité de rapports, dont les conclusions précédentes ne sont que la somme et le total.
Ces conclusions aboutissant, en Europe, à la Synarchie religieuse, juridique et emporocratique de toutes les unités nationales, et, dans chaque nation, à la Synarchie nationale de l'Église, de l'État et de la Nation même, sauteront aux yeux des hommes suffisamment instruits, comme pratiques et réalisables.
Mais, comme il faut compter avec l'ignorance du plus grand nombre, il est nécessaire d'indiquer comment elle peut, et doit être progressivement éclairée.
D'ici à un an ou deux, tous les esprits ralliés à la Synarchie devront se compter et se concerter, en vue d'adopter un programme et des moyens d'action et de propagande.
De même que, dans les grandes périodes de l'Universelle Église, des Ordres nouveaux sont venus, à leur heure, répondre à de nouveaux besoins sociaux, de même aussi, entre
les conservateurs et les révolutionnaires européens, TOrdre des Synarchistes devra planter son drapeau d'arbitrage et de paix sociale.
Ses organes de propagande seront, dans chaque pays, un journal et une revue ayant pour titre, la Synarcbie nationale d'Angleterre pour les Anglais, d'Allemagne pour les Allemands, etc., etc.
Et tous ces organes réunis formeront un journal synthétique, une revue universelle, ayant pour titre la Synarchie européenne.
Ainsi justifiée par tous les événements* qui s'accompliront, par toutes les guerres, par toutes les révolutions qui ne manqueront pas d'éclater, notre lumière éclairera, et dissipera, peu à peu, les ténèbres intellectuelles, et, une fois les principes semés, le temps fera son œuvre comme dans toutes les créations.
En relisant mon travail d'un bout à l'autre, autant je sens, plus que jamais, la justesse des principes qui me l'ont fait entreprendre, autant aussi, je voudrais pouvoir le refondre, et lui donner une forme moins imparfaite.
Je prie donc le lecteur de suppléer à toutes les défectuosités de mon œuvre, et, surtout, de croire que, si, danssasincérité toute scientifique, elle n'a pas hésité à signaler le mal social, partout où elle l'a rencontré, elle l'a fait, sans aucune autre passion que celle du Règne de Dieu dans l'Humanité.