‹ Mission du général Gardane en Perse sous le premier empire. Documents historiques publiés par son fils, le comte Alfred e GardaneChapitre 4 sur 5 · A M. LE GÉNÉRAL GARDANE · texte numérisé non relu

A M. LE GÉNÉRAL GARDANE

Dépêche adressée par S. Exe. le Ministre des relations extérieures. M" de Talleyrand.

Kinkcnstciii, 6 jtiin 1807.

Sa Majeslc" m'a chargé, Monsieur, de vous annoncer que son intention était que vous partissiez sans délai et que vous vous rendissiez le plus rapidement possible à votre destination. J'ai l'honneur de vous adresser mes lettres pour M. le général Sébastiaiii, et je vous prie de les lui remettre îi votre passage à Constantinople. Ne faites point connaître à la Sublime Porte que la Franco se soit réservé, dans son traité avec la Perse, le

310 MISSION EN PEHSE.

droit d'emprunter ce territoire pour envoyer une année dans l'Inde. La Porte pourrait en prendre quelque ombrage. Ne parlez, ni à Constantinople ni à Téhéran, d'alliance entre la Turquie et la Perse, mais de simple amitié et de nécessité d'agir de concert contre les Russes.

Si\ous prenez la route d'Erzéroum, vous verrez Yousouf-Pacha, et je présume que vous le trouverez sur ce point dans les plus favorables dispositions.

Liez-vous, à votre arrivée en Perse, avec Abbas- Mirza. Habitué à ne commander que des armées de cavalerie, il recherchera l'entretien d'un général distingué dans cette arme, et il prendra confiance dans vos conseils. Témoignez à l'Empereur de Pers<' combien les dispositions et l'excellent esprit de son ambassadeur ont été agréables à Sa Majesté. Elle verra avec plaisir que tout ce que cet ambassadeur a fait pour resserrer les liens des deux empires^ soit pour lui

lin nouveau tilre à la faveur de son souverain.

Je n'ai aujourd'hui rien h ajouter aux instructions que j'ai eu l'honneur de vous remeltre avant votre départ ; mais votre éloijrnement ne me fera pas perdre de vue une mission au succès de laquelle Sa Majesté l'Empereur attache un vif intérêt.

Je vous prie de laisser à M. de Saint-André le chiffre d'Iassy que j'avais eu l'honneur de vous rcmctt-e ici avant votre départ; j'apprends que, d'après les ordres que j'avais donnés à Paris, il vous a été expédié en cette ville un chiffre particulier pour votre mission. Vous le trouverez, . Monsieur, à votre arrivée à Constantinople.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.

Ch. Talleyrand, prince de Bénévent.

318 MISSION KN PEKSIi.

Dépêche adressée par 5, Exe. le Ministre des relations extérieures. M" de Chamjmgny.

Paris, 26 août 1807.

G<!'iicral, vos lettres du 5 juillet étaient datées de Theincswar; je n'en ai reçu aucune autre depuis. Ce long silence me fait penser que vous aurez pu suivre votre roule et que votre première lettre sera datée de Conslanlinople. Lîi, vous aurez appris l'armistice, les stipulations de la paix et les changements ((ui devaient naturellement en résulter dans les rapports de la Porte avec la Russie. Ces changements vous auront aussi servi d'instructions, et vous avez dû penser que, lorsque Sa Majesté désirait que la Russie et la Porte vécussent en paix, son intention n'était pas que la guerre continuât entre la Perse et la Russie.

Il n'a rien été stipulé à Tilsitt qui fût relatif à la Perse, et vous en apercevrez aisément la raison. Notre traité avec la Perse n'était pas encore

MISSION KN l'EllSK.

rulilié par cette puissance; il ne lui était pas luèinc connu, (?t l'on n'avait aucune donnée sur le parti que prendrait Feth-Ali-Cliah. Dans une telle position, les mesures les plus réservées étaient aussi les plus convenables; et il était naturel de ne pas compliquer par des stipulations sur la Perse les autres intérêts que nous avions à régler avec la Hussie.

Au reste, je ne doute pas que les diiTércnds de cette puissance avec la Perse ne soient faciles à concilier, et que la Russie ne cherche à s'entendre avec tout gouvernement ami de Sa Majesté.

Vous pourrez seconder les deux puissances dans leurs projets de rapprochement, et si vous avez quelque influence sur les négociations, vous l'emploierez à procurer à la Perse une paix honorable.

L'objet auquel vous devez vous attacher avant tout, est de faire cesser tout commerce entre la Perse et l'Angleterre, de faire éloigner des ports

de l'Empire tous les agents, tous les facteurs anglais, (l'empêcher loule communication par votre résidence entre l'Angleterre et l'Inde; enfin de maintenir la Perse dans les dispositions qu'elle a déjà exprinn^'es contre cette puissance, et de suivre à cet égard tout ce qui vous a été indiqué dans vos instructions.

La ligue de l'Europe contre l'Angleterre prend chaque jour de nouveaux accroissements. Le Danemark a déclaré la guerre à cette puissance; on croit que le Portugal va prendre incessamment une mesure semblable; tous les ports de l'filurope sont fermés aux Anglais; et la Perse, en leur interdisant les siens, ne fera que suivre l'exemple et le vœu de tout le continent.

Plus les mesures prises contre l'Angleterre sont générales, plus elles tendent à rapprocher l'époque de la paix maritime.

Champagny.

Dépêche adresst^e par S. Exe. le Ministre des relations extérieures , M'" de Champagny.

Fontainebleau, 10 novembre 1807.

Monsieur,

J'ai reçu les lettres que vous m'avez fait l'houneur de m'adresser le 23 août et le 9 septembre : les dernières m'annonçaient votre départ immédiat de Constantinople. J'espère que vous aurez fait votre voyage heureusement et que l'ambassadeur de Perse avec qui vous étiez, aura contribué à vous rendre plus facile tout le trajet de l'Asie Mineure.

La continuation de la guerre entre la Perse et la Russie serait aujourd'hui sans utiUté. Sa Majesté l'Empereur désire voir rétablir la paix entre les deux puissances et elle y concourra volontiers. Cette paix n'a pu être faite à Tilsitt où Felh-Ali-

322 MISSION EN PKHSE.

Chah n'avait pas de plénipotentiaire, mais il a cherché à la préparer dans ses conversations avec l'Empereur de Russie, et aucun motif ne peut s'opposer à sa conclusion. La Perse doit même la désirer, afin de tourner plus librement ses vues contre l'Angleterre, qui est aujourd'hui la seule ennemie à qui elle doit continuer de tenir exactement fermés tous ses ports.

L'Angleterre est déjà exclue de presque tous les porls d'Europe ; elle voulait faire le commerce exclusif du continent, et ses propres marchandises ne sont plus admises nulle part; elle voulait être la seule qui naviguât librement, et ses vaisseaux ne peuvent plus aborder en Europe. C'est par les productions de son commerce qu'elle y alimentait la guerre; cette voie se ferme pour

elle.

Faites en sorte que les mêmes mesures de prohibition s'exécutent en Perse. Il parait qu'au mois de mai de l'année dernière, quelques agents

MISSION EN FKHSfc:.

anglais y fuient accueillis. Felh-Ali-Chah doit se défier de toutes les missions de ce genre, et Tagrandissenieut des Anglais dans l'Inde doit constamment exciter sa vigilance. Plus ils se sont étendus dans la presqu'île, plus les Afghans et les tributaires de la Perse sont menacés.

Youssuf-Hey a été bien reçu de Sa Majesté. Elle a vu avec plaisir une personne qui pourrait lui parler de Felh-Ali-Chali, et qui avait part à l'estime et à la confiance de ce Prince. Tout ce qui peut concourir au maintien des relations amica- .Ics formées entre les deux pays, entre dans les vues de Sa Majesté.

La date des dernières lettres que nous avons reçues de Perse, est du 24 juin. Celles que vous m'écrirez auront habituellement la même ancienneté de date, et vous avez dès lors à vous attendre à un intervalle de près de sept mois entre vos lettres et mes réponses. Pendant ce temps, les événements marchent, et quelques observations

324 MISSION EN FEHSE.

applicables nu moment où la lettre se fait, peuvent cesser de l'être au moment où la réponse arrive; il est des instructions qui portent sur le fond même de votre mission et sur le caractère qu'elle doit habituellement conserver. Celles-là pourront toujours vous être utiles au moment où elles vous parviendront; j'y reviendrai souvent; et quant aux affaires qui sont passagères de leur nature et qui ne peuvent attendre longtemps l'arrivée d'une décision, j'aurai à m'en remettre à votre discernement cl à votre sagesso. Vous aurez du moins pour guide l'esprit do vos instructions dans les. cas particuliers qu'elles n'auraient pas formellement prévus.

Recevez, Monsieur, les assurances de ma haute considéiation.

Champagny.

Lettre de Napoléon à Feth-Ali-Chah.

Napoléon, Empereur des Français, roi d'Italie et protecteur dé la confédération du Rhin, à Feth-Ali-Chah, Empereur des Persans.

Salut au souverain qui étend la gloire de la Perse par ses victoires, et qui règne avec sagesse et fermeté.

J'ai reçu les lettres que Votre Majesté m'a écrites : les assurances qu'elle me donne do son amitié m'ont été ci me seront toujours agréables.

Votre serviteur Jousset-Aga remettra ma lettre à Votre Majesté. J'ai vu avec plaisir qu'il ait passe quelque temps au milieu de ma capitale. Il a été traité comme l'envoyé d'un Prince qui m'est cher, et j'ai été satisfait de sa conduite.

Je le charge de répéter à Votre Majesté que j'ai pour elle l'attachement le plus sincère ; que je désire voir multiplier les relations de bonne intelligence si heureusement établie entre nous.

Il ne nous reste plus qu'un ennemi à combattre : c'est l'Angleterre. J'ai déterminé les puissances de l'Europe h me seconder pour la forcer de renoncer à ses tyranniques prétentions : que Votre Majesté unisse ses efforts aux miens, elle participera à la gloire de donner la paix au monde.

Je prie Dieu, très-grand, très-puissant et trèsglorieux Prince, qu'il veille sans cesse à la prospérité de votre Empire, et qu'il augmente le nombre de vos années.

Écrit en mon palais impérial des Tuileries, le

18 janvier 1808.

Sîfffié Napoléon.

Par l'Empereur :

Le Ministre secrétaire d'État, Signé Hugues B. Maret.

Le Ministre des relations extérieures, Signé Champagny.

Vu par nous vice-grand électeur Taisant les fonctions d'archi-chancelier d'État,

Signé Ch. M. Talleyrand.

MISStON EN PERSK. 327

Dépêche adressée par S. Exe. le Ministre des relations extérieures, M*' de Champagny.

Bayonne, le 24 mai 1808.

Monsieur,

Toutes les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, du numéro 2 au numéro 6, m'ont été remises par M. Bonlcms, officier du génie. Vos dépêches renfermaient un duplicata du traité de commerce que vous avez conclu, du mémoire de M. Escalon sur le commerce de rindc, de vos deux itinéraires et des pièces qui y sont relatives.

J'ai mis toute cette correspondance sous les yeux de l'Empereur. Elle est encore entre ses mains et je me borne aujourd'hui, afin de profiter du courrier qui part pour Constantinople, à vous en accuser réception, et à vous remercier des témoignages de votre zèle et des premiers succès que vous avez obtenus.

Monsieur voire frère, que vous aviez expédié par Bagdad, n'est pas encore arrivé. J'aurai probablement à attendre qu'il le soit, pour répondre à quelques parties de vos dépêches.

Mes lettres cntcrieures vous ont invité à employer vos bons offices pour faciliter un rapprochement entre la Perse et la Russie, je vous renouvelle la même invitation. Il né doit plus y avoir qu'une guerre, et c'est contre l'Angleterre qu'elle doit se diriger.

Les Russes ont eu contre la Suède d'importants succès : toute la Finlande est occupée par leurs troupes, et les autres parties de la Suède n'ont été couvertes jusqu'ici que par le golfe de Bothnie. Les Anglais n'avaient plus que ce royaume pour allié : ils ne lui ont porté aucuns secours, suivant l'usage où ils sont de chercher

partout MIlHmor h pum'p, ^nm inipntion de

soutenir leurs amis, et dans la seule vue d'opérer une diversion.

MISSION EN PKIISE. 329

Tout le reste de l'Europe jouit d'une parfaite tranquillité. L'Espagne et le Portugal attendent avec confiance leur destinée. Une députation du conseil suprême de Castille et des grands d'Espagne arrive aujourd'hui à Rayonne, pour apporter à l'Empereur les hommages et les félicitations du royaume : l'Empereur avait déjà reçu une députation portugaise. Le sort de toute celle partie de l'Europe va cire fixé; et Sa Majesté a déjà témoigné tout l'intérêt qu'EUc prenait au bonheur de ces deux pays.

Je vous fais habituellement adresser une série de Moniteunt, afin que vous puissiez, Monsieur, indépendamment des nouvelles que je vous transmets, être au courant des événements d'I'urope, qui n'entrent pas dans ma correspondance, mais qui peuvent être de quelque intérêt pour vous.

Agréer, Monsieur, rnstiinïuicë d(> \m li»utp

considération.

CllAMPAGNV.

330 MISSION EiN PEIlSE.

Dépêche adressée par S. Exe. le Ministre des relations extérieures, M" de Champagny,

Toulouse, le 27 juillet 1808.

Monsieur,

Les (It'péches que vous m'avez fait l'honneur de m'écrirc jusqu'au 6 mai me sont successivement parvenues. Vous avez réussi dès votre arrivée à faire suspendre entre la Russie et la Perse les hostilités. Ce premier événement me faisait penser qu'il se serait ouvert quelque négociation de paix entre les deux puissances et que la Perse ne chercherait pas à en différer l'époque. Elle paraissait devoir le désirer d'autant plus qu'elle a à soutenir la guerre contre les Afghans et peut-être à s'occuper d'expéditions plus étendues. Devant un avenir si incertain, il serait pru-

dent de ne pas laisser d'embarras derrière soi, et comme il entrait dans vos instructions de faciliter cet arrangement, vous auriez pu représenter qu'il était naturel de le négocier à Téhéran. Mais Asker-Khan vient d'arriver h Paris, il est h présumer qu'il pourra donner sur les causes de ce retard de nouvelles explications ; je vous en écrirai de nouveau, lorsque j'aurai pu m'en entretenir avec lui. .le dois également attendre son arrivée pour remettre sous les yeux de Sa Majesté le traité de commerce que vous avez signé et la convention relative à quelques fournitures d'armes et de munitions.

M. Jaubert a été envoyé au-devant d'Asker- Khan. Il l'a rencontré avec sa suite à quelques lieues des frontières, et cet Ambassadeur a été reçu partout avec des égards distingués ; il attendra à Paris le retour de l'Empereur. Sa Majesté verra avec plaisir l'envoyé de son ami. Quoique occupée des aiîaires de l'occident de l'Kurope.

elle ne perd pas de vue ses relations avec la Perse et veut saisir toutes les occasions de les rendre favorables aux intérêts des deux empires.

Les circonstances ne permettent pas encore de profiter des relations commerciales que vous avez ouvertes par un traité et de faire par le golfe Persique des expéditions et d'y envoyer des armes. Ainsi on n'a pas à regretter que la ratification de ces arrangements soit un peu différée; mais ce qui ne peut être ni différé, ni suspendu sous aucun prétexte, ce sont les mesures d'exclusion prises contre les Anglais et leur commerce. Feth- Ali-Chah s'est engagé à ne pas les souffrir dans ses États : l'Empereur compte sur cette promesse. Les Anglais n'ont songé à envoyer un agent près de Feth-Ali-Chah que parce qu'ils craignent son voisinage et sa puissance. C'est l'hommage de la peur, mais ils le haïssent en secret, parce qu'ils le savent ami de l'Empereur.

Vous pouvez faire remarquer qu'au moment

MESSIUN KN PERSE. 333

OÙ ils envoient en Perse un agent pour chercher à s'y ménager des intelligences, pour établir par ce pays quelques communications entre l'Inde et l'Europe et surtout pour prévenir l'efîet de l'inimitié de Feth-Ali-Ghah, ils cherchent à lui susciter des embarras pour occuper ses forces sur d'autres points. Il n'est pas douteux que la guerre des Afghans contre la Perse ne soit l'effet de leurs instigations.

J'ai lu avec intérêt, Monsieur, les différents mémoires que vous m'avez adressés. Ils tendent à faire connaître sous beaucoup de rapports importants le pays où vous résidez et ceux que vous avez parcourus. J'ai particulièrement remarqué que vous étiez satisfait du zèle des personnes attachées à votre mission et que les services de MM. les officiers avaient déjà eu en Perse beaucoup d'utiles résultats. Je n'ai point à vous parler de leurs travaux. Ce soin appartient au Ministre de la guerre, mais je puis vous dire avec quel

334 MISSION KN l»EHSE.

plaisir j'apprends tout ce qui peut honorer votre mission.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération.

CnAMPAGNV.

P.~S. Continuez, Monsieur, de remplir votre mission avec le même zèle : elle est pour vous un témoignage de la confiance de l'Empereur, et vous devez tenir à votre poste et le défendre tant qu'il peut être conservé.

CUAMPAGNY.

Dépùche adressée par S. Exe. le Ministre des relations extérieures, iHf" de Champagny,

Paris, le 2 noverabro 180X.

Monsieur.

Vous m'avez annoncé dans les dernières lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire que le gouvernement persan désirait faire suivre à Paris ses négociations de paix avec la Russie. M. l'Ambassadeur de Perse m'en a entretenu dans le même sens, et il demandait à entrer immédiatement en conférence avec M. le comte de Tolstoï; mais cet Ambassadeur n'avait reçu à cet égard aucune autorisation de sa cour.

Il n'est pas naturel de porter à de si longues distances cette négociation : ce serait l'assujettir à de nouveaux délais. Cherchez à rapprocher les deux puissances, sans charger la France de l'em-

barras d'une discussion qui ne peut point l'intéresser personnellement et qui d'ailleurs ne pourrail qu'affaiblir ses rapports d'amitié avec la Perse, si elle ne se terminait pas au gré de cette cour.

J'ai mis sous les yeux de Sa Majesté la convention que vous avez signée sur les envois d'armes que désire le Roi de Perse. Sa Majesté, avant de la ratifier, a voulu connaître l'opinion du Ministre de la guerre. lorsqu'elle aura pris un parti définitif, j'aurai l'honneur de vous en informer.

Avant de signer un traité de commerce, il eût été à désirer que vous m'en eussiez envoyé le projet, puisqu'il ne vous avait été remis aucune instruction sur les différentes clauses à y insérer. D'ailleurs, l'exécution de ce traité ne pouvant avoir lieu dans le moment actuel, vous auriez eu le temps de recevoir mes réponses.

Ce traité est moins avantageux que ceux de 1708 et de 1715 qui n'avaient assujetti nos impor-

talions et nos exportations à aucun droit de douanes; mais, sans m'arrêter à ce premier aperçu, j'examinerai encore si la différence des temps a pu obliger de modifier à cet égard le premier traité, et s'il ne se trouve pas dans celui que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, différentes clauses qui auraient aussi besoin ù'i quelques changements. Ces délais n'apportent aucune entrave à des relations commerciales que le temps n'a pas encore permis d'établir.

Agréez, Monsieur, les assurances de ma haute ' considération.

Champagny.

338 MISSION EN PEllSE.

Dépêche adressée par S. Exe. le Ministre des retalions exiérienres, M'' de Chanipagny,

Paris, le S novembre 1808, Monsieur,

Je reçois les lettres que vous m'avez fait l'honlicur de m'adresser du 29 juillet au 2 septembre et les duplicata de vos lettres antérieures. S. M. l'Empereur est parti pour son armée d'Espagne et je vais lui rendre compte des parties de votre correspondance propres à l'intéresser.

M. l'ambassadeur de Perse expédie aujourd'hui un courrier. Ne pouvant pas encore répondre, j'ai voulu du moins vous accuser réception de vos dépêches.

Recevez, Monsieur, les assurances de ma haute considération.

CuAMrAGNV.

Dépêche adressée par le comte Jean Goudoiciisch, à S. Exe. le général Gardane, ambassadeur de S. M. l'Empereur des Français en Perse.

Mon Général,

Comme il existe à présent une boinio harmonie et une intime amitié entre les deux grands empires, étant informé que Votre Excellence est envoyée au gouvernement de la Perse de ]a pail de Sa Majesté l'Empereur des Français et Uoi d'Italie , je profite de l'occasion de faire ma connaissance et d'entrer avec vous en correspondance. J'ai riionneur de vous avertir en même temps que l'Angleterre, notre ennemi commun, a envoyé son émissaire à Téhéran, Harford Joncs, pour faire de fausses insinuations et persuader le possesseur des provinces persanes h faire des efforts de guerre contre la Russie,

croyant peut-être de diminuer ses forces en Europe, quoique l'Angleterre se trompe parfaitement, puisque l'armcc de Sa Majesté Impériale mon gracieux souverain, que j'ai l'honneur de commander, étant à présent assez nombreuse , ne diminue nullement les forces formidables de la Russie en Europe. La Perse elle-même sentant son insuffisance de lutter contre la Russie a proposé depuis longtemps de faire la paix; mais espérant toujours de voir remplir les promesses de la France, qui lui étaient faites durant la guerre entre les deux grands empires, heureusement terminée, ne se décide pas sur les articles principaux et bien modérés que je lui ai proposes cl propose à présent par l'ordre suprême de Sa Majesté Impériale mon três-gracieux souverain. Je me llatte de croire que vous, mon Général, étant l'Ambassadeur d'un Empire intimement allié à présent avec l'Empire de Russie, la désabuserez, étant persuadé que vous avez sûre-

ment des instruclions de ne plus entrer dans les vues de la Perse contre les inlérêls deîa Russie. Je joins ici la déclaration que Sa Majesté Impériale mon très-gracieux souverain a faite au Roi de Suède, et vous avertis en môme temps que nos troupes sont déjà entrées dans la Finlande suédoise. A cela, pour agir de concert, l'Empereur et Roi votre souverain a envoyé le prince de Ponté-Corvo avec un grand corps pour se joindre aux troupes danoises, notre allié. J'envoie cet exprès, qui est aussi muni d'une lettre au ministre de la Perse, et je vous prie en môme temps de l'expédier le plus tôt possible avec une réponse amicale de votre part.

J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée.

Comte Jean Goudowitsch, Général feld-maréchal.

Le 25 mars (5 avril) 1808.

Dépêche adressée par le comte Jcande Goudowitsch à S. Exe. le général Gardane, ambassadeur de S. ?l. r Empereur des Français en Perse.

Munsieur l'Ambassadeur,

J'ai eu riionneur de recevoir votre lettre amicale par le canal d'Iréwan. Je vois par là clairement combien Votre Excellence a employé de soins pour nous rapprocher avec la Perse , et je ne manquerai pas d'en faire mes trcs-soumis rapports h Sa Majesté Impériale, ayant d'abord expédié votre lettre à M. le duc de Vicencc par un courrier. Mais, comme j'ai déjà eu l'honneur de communiquer à Votre Excellence, par un courrier exprès de ma part le 2 de ce mois-ci, la dernière et catégorique résolution de Sa Majesté Impériale mon trcs-gracicux souverain, je ne pense nullement entrer dans aucun autre engagement avec la Perse, qu'à la conclusion de la

MISSION EN PKRSE. 3i3

paix en forme, sans délai, sur des bases (pie j'ai expliquées à la Perse et dont je ne me suis désisté constamment durant la longue négociation. J'ai pour cela le plein pouvoir en forme, dont l'héritier de la Perse doit être aussi muni du trèspuissant possesseur de la Perse, son père, s'il consent à accéder à la conclusion de la paix en forme sans aucun délai.

Agréez, mon Général, de recevoir les assurances de ma sincère estime pour vous et de la plus liaiitc considération.

Comte Jean de Goudowitscu.

An camp près de Tzopi, ici septembre 1808.

344 MISSION EN TERSE.

Dépêche (lu Cabinet de Saint-Pétersbourg à S' Exe. le général feld-maréchal comte de Goudowitsch, communiquée au général Gardane.

Saint-Potersbourg, le 8 août 1S08;

Monsieur le Comte,

J'ai mis, Monsieur le Maréchal, sous les yeux de l'Empereur la dépêche par laquelle vous rendez compte de la proposition qui vous a été faite par le ministère persan, de conclure une trêve d'une année et de transporter à Paris la négociation do la paix, afin quelle pût s'y conclure sous la médiation de l'Empereur Napoléon et s'y traiter par M. le comte de Tolstoy et Asker-Khan.

Sa Majesté Impériale a approuvé que vous ayez tout de suite rejeté la proposition d'une aussi longue trêve. Elle n'y trouve ni son intérêt ni ses convenances. Elle vous abandonne, Monsieur

le Maréchal, le droit de juger du moment où la reprise des armes deviendra nécessaire ou bien avantageuse, et se repose sur vos talents quant à la direction qu'il faudra donner aux opérations de son armée lorsque derechef il faudra y recourir. Le repos dans lequel cette armée est restée n'était pas le résultat d'un engagement pris; il tenait, Votre Excellence le sait très-bien, aux continuelles apparences d'une prochaine paix que les Persans semblaient désirer, qu'ils vous demandaient eux-mêmes à conclure sans la faire précéder d'aucun armistice, tant ils se montraient pressés de l'obtenir.

Vous voudrez bien, Monsieur le Maréchal, faire part au ministre persan que telle est, sur la trêve et la reprise d'armes, l'opinion de Sa Majesté.

Quant à la proposition qui vous a été faite de leur part de transporter la négociation à Paris, l'Empereur ajugé. Monsieur le Maréchal, que, quoiqu'il fût très-vrai qu'il était impossible de confier ses

346 MISSION EN PHUSE.

inlérôls entre meillrures mains, puisqu'il regarde l'Empereur Napoléon comme son ami, et que de tous lés souverains qui régnent aujourd'hui il n'en existe aucun auquel il parle avec plus de confiance, et qu'à son tour ce prince est de tous les monarques celui qui lui témoigne le plus d'amitié; que néanmoins, de si grands avantages qu'eût donnés à l'empire de Russie la médiation de la France, Sa Majesté ne peut y avoir recours. La position géographique des trois Étals ne le permet pas. Les énormes distances qui séparent la France ôteront tout le bénéllce de sa médiation, et nécessairement contre le gré des trois Monarques, entraveraient la négociation de la paix au lieu d'en accélérer la marche.

Sa Majesté s'est expliquée elle-même sur ce. pied avec M. l'Ambassadeur de France qui réside ici près d'elle, et elle désire que vous portiez de votre part ces motifs à la connaissance de M. le général de Gardane et que vous lui témoigniez,

Monsieur le Maréchal, combien Sa Majesté est satisfaite du désir qu'il a montré de rapprocher les Persans de nous, et du zële qu'il déploie dans toutes les occasions où il peut nous rendre service.

Il n'a pas échappe à l'attention que Sa Majeslé donne à ses affaires avec la Perse que, lorsque le ministère de cette puissance vous propose de traiter de la paix, il fait entendre à Votre Excellence qu'il a intenlion de reculer les frontières de notre Empire jusqu'à Mosdow, et que, citant l'alliance qui résulterait de la paix entre les deux Empereurs et son maître, il y ajoute la Géorgie, comme partie contractante de cette même alliance. Étrange amalgame, si elle était puissance indépendante, mais , lorsqu'elle nous appartient, singulier appftt pour nous porter à conclure la paix 1

D'après cette seule insinuation, l'Empereur est en droit de conclure que le dessein de la Perse

est de continuer la guerre, qu'elle demande la trêve d'un an pour ramasser et acquérir des forces contre l'armée de Sa Majesté, qu'aujourd'hui elle n'a certainement pas à lui opposer. 11 est évident, Monsieur le Maréchal, que l'intérêt de l'Empereur est de ne pas le souffrir. Il préfère, en effet, devons autoriser à continuer la guerre plutôt que de la suspendre un an pour Atre obligé alors de la reprendre avec plus de désavantage. Après m'être acquitté auprès de Votre Excellence des ordres de SaMajesté, il ne me reste qu'à lui réitérer les assurances de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être de Votre Excellence le très-humble et très-obéissant serviteur,

Le comte Nicolas de Romanzoff.

Pour copie conforme :

Le comte de Goudowitsch.

MfSSION EN PERSE. 349

Dépêche adressée par le. comte Jean Goudowitsch à S. E'TC. le général Gardane^ ambassadeur de S. M. r Empereur des Français en Perse.

Monsieur l'Ambassadeur,

J'ai eu l'honneur do recevoir la lettre do Votre Excellence par M. de Lajard, secrétaire de votre légation, un homme estimable et digne de votre confiance. Je suis très-sensible à toutes les marques d'amitié que Votre Excellence a bien voulu me marquer dans votre lettre.

Votre Excellence me remarque que je n'ai pas, dans mes dispositions, d'égard à la nature des liens qui unissent la France avec la Perse. A cela j'ai l'honneur de lui expliquer premièrement que je n'agis que selon les ordres de Sa Majesté Impériale mon très -gracieux souverain, lesquels je vous ai communiqués dans la copie

confideiiliclic de la lettre du ministre comte de Romanzoff; sccoiulcment j'ai eu l'honneur de vous écrire dans ma première lettre de l'année passée, que je crois et que je devais croire que les mêmes instructions contre les intérêts de la Russie qui étaient données à Votre Excellence pendant la guerre de la Russie avec la France heureusement terminée, ne pourraient pas avoir lieu après la paix, eu égard à l'intime amitié de nos deux grands souverains respectifs.

Par cet éclaircissement, mon Général ne pourra pas douter que j'agis selon les ordres suprêmes qui me sont donntis et non selon mon caprice. M. de Lajard, à qui vous marquez, dans votre lettre, toute votre confiance, m'a expliqué les liens que la France avait faits, durant la guerre entre la Russie et la France , avec la Perse. A cela je ne puis opposer que les liens intimes qui unissent ù présent, après la guerre, nos grands souverains respectifs. El après tout éclaircisse*

MISSION KN PERSE. 351

jiicnl, j'ai riiomieur de v(\)vA(ir que je ne peux pas me désister dos entreprises faites par ordre de Sa Majesté Impériale mon très-gracieux souverain, et nullement évacuer les provinces prises par le succès des armes de mon souverain.

Soyez bien assurée, Votre Excellence, que je vous écris avec toute la franchise comme à une pei*sonnc d'un Empire étroitement lié avec la Russie.

Agréez, mon Général, les assurances de ma parfaite estime et de la plus haute considération,

Comte Jbam db Gouoowitsch.

AU quartier-général |irès d'Iréwan, le 12 novembre 1808.

Extrait du Journal de M. J.-M. Jouannin, interprête de la légation française en Perse.

Lc« février 1809.

Je fus ensuite chez le Vizir, et je lui fis de vives représentations sur les insultes journalières dont on nous accueillait. Je lui dis que Son Excellence déclarait que si l'on ne trouvait pas moyen de les faire cesser, il fallait s'attendre ù des malheurs que l'on ne pouvait ni arrêter ni prévoir.

Le Vizir parut très-affecté de cet événement et ordonna que quatre fusiliers fussent destinés à accompagner les officiers pour réprimer ceux qui ne les laisseraient pas passer tranquillement leur chemin. 11 ajouta que de semblables événements, qui se renouvelaient presque tous les jours, lui faisaient prévoir des malheurs, qu'il devait em-

pêcher, et qu'il n'y avait qu'un moyen. — Il me fit entendre dans la suite de son discours que le Roi se décidait à ne pas arrêter l'Ambassadeur plus longtemps; que le général fil ses préparatifs, et il termina par une invitation à l'Ambassadeur de venir le voir le lendemain.

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