‹ Mission du Saguenay [microforme]Chapitre 1 sur 17 · PÈRE PIERRE LAURE, S. J · texte numérisé non relu

PÈRE PIERRE LAURE, S. J

Pierre Laure naquit à Orléans le 17 septembre 1688, etentra dans la Compagnie de Jésus le 29 octobre 1707. Il n'était Pas encore dans les ordres sacrés lorsqu'il arriva en Canada la même année qu'arrivèrent le P. Etienne Lauverjat et le frère coadjuteur Nicolas LeClere, c’est-à-dire en 1711.

Il commença tout de suite sa régence au Collège des Pères à Québec. En 1712il était professeur de 3ième, en 1713 des humanités, en 1714 de rhétorique et en 1715 de 2de. En 1716 il fut chargé de la bibliothèque, et c’est la première fois que cet emploi est indiqué dans le status du Collège. En 1717, 1718 et 1719 il fit sa théologie, et le 23 juin de cette dernière année il fut ordonné prêtre à l’Hôpital-Général par Mer de St-Vallier. En 1720 il fut désigné par le R. P. Pierre de la Chasse Pour rouvrir les missions du Saguenay, abandonnées depuis bien des années faute de missionnaires, Il partit de Québec pour Chicou-timi le ler juin, et y arriva avant la fin du mois.

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Dans le Rapport sur les Missions du Diocèse de Québec (No 16) de mars 1864, aux pages 21 et 22, sont donnés deux extraits d’une lettre qui est attribuée à un missionnaire écrivant du Saguenay en 1720. Le nom de ce missionnaire n’est pas indiqué, mais il ne peut guère être autre que celui qui fait le sujet de ces notes. Car, après le P. Louis André, S. J, il n'y eut qu'un missionnaire en 1716, à savoir le P. Gélase Delestage, Recollet, qui en 1720 était missionnaire du côté sud du St Laurent, de Rimouski à Miramichi. Je reproduis ici ces extraits comme se rapportant à la première année de la vie de missionnaire du P. Laure. A d'autres mieux renseignés de constater d’une manière certaine l'auteur de cette lettre et de.nous dire si l'original existe encore quelque part.

“Tadoussac, dit un autre missionnaire écrivant en 1720, est un bon port, et on m'a assuré que 25 vaisseaux de guerre y pouvaient être à l'abri de tous les vents, que l’ancrage y est sûr et’ que l'entrée en est facile. Sa figure est presque ronde ; des rochers escarpés d’une hauteur prodigieuse l'environnent de toutes parts, et il en sort un petit ruisseau qui peut fournir de l'eau à tous les navires. Tout ce pays est plein de marbre, mais sa plus grande richesse serait la pêche des baleines.” p. 21.

“ La plupart de nos géographes ont marqué une ville au Port de Tadoussac, écrivait un missionnaire en 1720, mais il n’y a jamuis eu qu’une maison française et quelques cabanes de sauvages qui y venaient au temps de la truite et qui emportaient ensuite leurs cabanes, comme on fait des loges d’une foire ; et ce n’était en effet que cela. Ilest vrai que ce port a été

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longtemps l'abord de toutes les nations sauvages du Nord et de l'Est : que les Français s'y rendaient dès que la navigation était libre soit de France soit du Le Canada ; que les missionnaires profitaient de l'occasion

l ne e6 y venaient négocier pour le ciel, La traite finie les ces marchands retournaient chez cux, les Sauvages rcpreeut

naient le chemin de leurs villages ou de leurs forêts, et De-

les ouvriers évangéliques suivaient ces derniers pour du achever de les instruire.” p. 22.

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: Le lecteur n’a qu'à comparer ces deux extraits avec à la la description de Tadoussac donnés par le P. Laure

ure dans sa Relation Pour se convaincre qu’on doit les ma- attribuer au même écrivain.

dire Son journal commence dès son arrivée. Il a été reproduit à la page 44 du même Rapport des Missions en de Québec que je viens de citer. Voici ce que l’on y ais- trouve pour l’année les est 1720 car ites “J'arrivai à ChekStimi qu mois de juin pour y mir Prendre possession de la mission rétablie après 20 | de ans d'interrègne. Ma Mmuison, dans l'automne, y fut che bâtie par Chatelleraux, Commis au dit poste, sur le 4 petit côteau à cause de la Proximité de l'église et pour ue la commodité des Français. La croi fut faite par le re même.” (Journal).

an- , ent Il est nécessaire de noter ici qu'il existe encore auurs Jourd’hui à Chicoutimi l'analyse d’un registre des di Postes du Roi de 1691 à 1780. Cette an1lyse a été été

faite en 1836 par M. François Boucher, curé de l’Ange-

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Gardien et desservant de ces inêmes Postes du Roi. Le P. J.-B. de La Brosse donna à ce registre de ses prédécesseurs le nom de Wiscellaneorum Liber, vu qu'il-gontenait tout ensemble les actes de baptême, de martages, de décès, une liste des bienfaiteurs et leurs dons et enfin, quoique à l’état incomplet, les annales de ces missions. Il l'avait de plus paginé et doté d'un index. C’est à l’obligeance de M. Ambroise Fafard, Supérieur du Séminaire de Chicoutimi, que je suis redevable d’une copie de ce document devenu actuellement bien précieux par le fait que le Miscellaneorum Liber lui-même ne se retrouve plus. S'il a survécu aux vicissitudes du temps, ce que je n'ose espérer, il est enfoui quelque part où il ne peut guère servir, en tout cas il est inconnu aux amateurs des recherches historiques. J'ai puisé largement dans la copie, et avec l’aide des restes de nos catalogues, du journal du P. Laure et de sa relation, j'ai pu suivre le géographe du Saguenay dans ses courses apostoliques depuis le commencement de sa carrière jusqu'au moment de sa mort.

Quant à cette année 1720, l'analyse du Miscellaneorum Liber nous apprend peu de choses positives. Après les dernières entrées du P. Gélase Delestage, Récollet, en 1716, viennent immédiatement celles des baptêmes faits par le P. Laure, avec cette épigraphe, qui, à défaut d'autres renseignements, restera à l'état d’énigme :

“ Diu sub judice lis fuerit.

“Siste viator “ LAURE, J.”

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“ Vere prius flores, etc.” (à la page 19 des registres perdus).

La date de la première sépulture n'est pas donnée dans l'analyse ; celle du premier mariage de cette année est du 2 juillet. La Relation inédite confirme la supposition de M. Boucher que le Père hiverna à Chicoutimi, 1720-21.

“J'hyvernai à Notre-Dame de Bon-désir avec les Tadoussaciens” (Journal).

En effet le registre nous dit : (Déc. 1721) “ Ibidem Tad8saci hyemans infantem recens natum baptisavi, etc. (idque die ipso Domini Nativitatis).”

A la page 116 du Miscellaneorum Liber, toujours d'après l'analyse, se trouvaient les actes des sépultures faites par le P. Laure depuis 1720 jusqu'au 4 juin 1736. M. Boucher nous donne un échantillon pour cette année : “9 julii 1721—Ego Petrus Laure Soc. Jesu, sacerdos, Chek&Stimitch pastoris vices agens, in parvo coemeterio, juxta exequias infantulorum, sepelivi Petrum-Regis, 18 circiter annos natum et feliciter defunctum immediate post receptionem baptismi et viatici” (vide 116 et alias).

La relation inédite, de son côté, nous apprend que dès le petit printemps de 1721 il s'était transporté à Québec à cause d’une maladie dont il souffrait Son séjour y était bien court, car malgré les instances de ses amis à Québec, il repartit presqu'aussitôt pour sa

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mission. Son retour, comme il le marque, était providentiel, car la peste allait frapper ses pauvres Sauvages. Après l'épidémie il se rendit à Tadoussac, et de là à Bon-Désir, qu'il nous dit être vers l’Escoumin à huit lieues au-dessous de Tadoussac. L’hivernement.

de 1721-22 se tit à Tadoussac.

Il n'y a rien sur cette année au iournal tel qu’imprimé dans le Rapport sur les Missions du diocèse de Québec.

Les premiers mois de l’année le Père était encore chez les Tadoussaciens, puisqu'il y avait hiverné. On l'y trouve encore au mois de décembre, où il fait l'entrée suivante: “In nova Pip8napi (Bon-Désir) missione, propre Tadoussacum, rite baptisavi, ete. Il passa donc cet hiver aussi de 1722-23 à Bon-Désir.

“ La maison des Pères, y compris l'église fut fuite à Bon-Désir par Porreau. La croix sur le rocher fut plantée, l'année suivante, par le Sr Chatelleraux, commis à Tadoussac” (Journal).

D'après le Miscellaneorum Liber, il a dû quitter Bon-Désir de bonne heure au printemps, puisqu'il fit. un acte à Chicoutimi le 24 mai. C’est le premier acte de baptême depuis celui de décembre 1722, mentionné plus haut. Dans le mois, ou après le mois d'août, dit l’aralyse, est cet acte : “ Apud Papinacheos, ego Petrus Laure sub conditione baptisavi Margaritam, filiam galli Rasset et natam 3 menses circiter, etc. De quo

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scriptum apud se tenent parentes” Il est à présumer qu'il hiverna (1723-24) aux Papinacheoïis par l'acte de mars de l’année suivante.

D'après la carte de M. N. de Fer, 1718, les Papinacheois habitaient surtout entre la Rivière Noire (Manicouagan) et la Rivière Ste-Marguerite (R. aux Outardes), à 35 lieues environ au Nord-Est de Tadoussac et en deça de la pointe de Monts. Mais le Père Laure leur assigne un territoire bien autrement étendu : “C'était, dit-il, de ce poste [N.-D. de Bon-Désir], qu'après la Toussaint et au printems je me rendois aux [lets de Jeremie à 30 lieties au Nord-Est de Tadoussac vers la rivière des Betsiamites assez connüe dans nos cartes, laquelle est aussi large mais bien moins profonde que le Saguené. Depuis cet endroit jusqu’à LaBrador les habitans au fond montagnez s'appellent Papinachois, ete.” Plus loin il nous donne à entendre que ce poste avait changé d'emplacement : “Anciennement ils avoient une jolie chapelle située avec leur village dans une grande baye à 4 lieües du nouvel établissement des Ilets. Elle s'appelle encore aujourd'huy la baye des Papinacheois.”

“ J'hyvernai encore à la mer, à Notre-Dame de Bon- Désir” (Journal).

Il s'agit sans doute de l’hiver de 1724-95,

Le premier baptême porté au registre cette année, 1724, est du 24 mars, et a été fait aux Papinacheois. L'entrée suit immédiatement celle du baptême de Marguérite Rasset de l’année dernière, Le

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second est du 6 maiet a été fait “in sacello Nostræ Dominæ Boni Desiderii.” Au 31 mai le Père est à Chicoutimi. Le 27 août il baptise une fille de Ls Chatelleraux et de Marie-Anne Gagnon “in Tadoussaco Sti Ignatii sacello.” En septembre il est à Chicoutimi, en novembre “apud Papinacheos” L'hiver de 1724-25 se passa donc à Bon-Désir.

“ Ma maison de ChekStimi qui n'avait jusqu'alors été couverte que d'écorces sur de méchantes plunches, fut rétablie et couverte en bardeau par le Sr Montendre, Joseph Amelin et Louis Fortin, pour lors engagés à ChekStimi. La méme année, le 24 de Septembre, j'allai sur le coteau du portage avec le Sr Montendre, commis au dit ChekStimi et entrep eneur, Jean Balére (garçon) maître charpentier, Jean Pilote, les deux Dorvales et Jean-Baptiste Amelin ; où je donnaïi le premier coup de hache pour la nouvelle église, qui se trouva livrée à la fonte des neiges et achevée (Invita Minerva) le 28 de septembre 1726.”

“ Le beau tabernacle et les deux ornements vert et violet, blanc et rouge, ont été apportés à ChekStimi le 4 juillet 1726.”

“ Après avoir peint le retable, la voûte, j'ai célébré la première messe dans la nouvelle chapelle le jour de l’Assomption de 1726. Le bonhomme Pelletier s'y est confessé le ler et J. B. Amelin y a communié le ler (Journal).

Que le Père ait hiverné (1724-25) à Bon-Désir, c'est confirmé par le fait qu’il y a des entrées au Registre faites à Bon-Désir dans le mois de janvier 1725. En

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mars il est au Port-Saumon. L'anal yse nous apprend que les actes faits pendant cet hiver sont en forme de journal et ne sont qu'au nombre de cinq. De là M. Bouche: conclut qu'il y avait probablement d’autres registres. Il ajoute qu’en juillet le Père était à Chicoutimi. S'il ne se trompe pas en ce détail, ça du être aux premiers jours du mois, car le 26 juillet 1725 il était rendu à Québec.

Ce fut là en effet la date de sa profession solennelle des quatre vœux. Il la fit publiquement selon les formes accoutumées, dans l'Église du Collége de Québec, entre les mains du R. P. Pierre de La Chasse, recteur et supérieur général de la Mission du Canada. Les témoins officiels furent les Pères Jacques-François Le Sueur et Michel Guignas.

“ Le Père Laure, dit M. Boucher, hiverna en 1725 et 1726 à Chicoutimi, comme il le marque à la marge des actes en ces mots: In sacello ChekStimæo., ubi hoc anno hyemavi.”

“La croix du clocher nouveau «à été saluée de 22 Martres par tous les sauvages charmés du coq. Bondésir abandonné, j'hyvernai à Chekstimi” (Jour-mal),

Dans le corps de la Relation inédite, le P, Laure explique assez au long les causes qui ont déterminé l'abandon de la mission de N otre-Dame-de-Bon-Désir. Je me contenterai d’une courte citation. Après s'être étendu sur la prospérité de cette petite chrétienté il poursuit : “ Mais gens jaloux ct ennuyez du mission-

naire, dont ils se croyaient eclairez de trop près, et duquel ils auroïent moins redouté la présence s'ils n'avaient eu rien à se reprocher, abusants de la crédulité de leurs maîtres, ont renversé cet édifice, qui, promettant une abondante moisson, portoit ombrage à l'ennemi du salut des nations, et qui n’avoit pas laissé que de coûter bien des peines. Le prétexte d'éloigner le missionnaire fut que la dernière année on y fit peu d'huile, et l’on allegua tres faussement qu'on ne les occupoit jour et nuit que de la prière sans leur donner le tems de chasser ; mais Dieu qui ne laisse rien d’impuni tot ou tard a fait voir que la calomnie retomboit sur ses autheurs, etc.”

Comme nous l'avons vu par le texte du journal, sous le titre 1725, la nouvelle église de Chicoutimi fut livrée à la fonte des neiges 1725. Ce ne fut donc qu'après cette date que le Père descendit à Tadoussac où nous le retrouvons, grâces aux registres, au mois de juillet. Le 25 du même mois il était de retour. Et le 15 août la première messe fut dite dans le nouvel édifice. L'entrée suivante du 26 décembre 1726 corrobore le journal sur son hivernement de 1726-27: “Tres puellas sacro fonte ablui in novo Sti Xaverii sacello,” et M. Boucher, l'analyste, ajoute : “On voit... qu'on y avait bâti la chapelle, à moins que ce fut un autre poste, ce qui n'est guère probable.” Il n'avait pas connaissance évidemment du journal qui lui aurait rendu la chose claire.

“ Les pièces de ma nouvelle maison de ChekStimi furent convmencées le 19 novembre 1727 par Etienne

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