‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 37 sur 52 · CAPITAINE BASSET · texte numérisé non relu

CAPITAINE BASSET

i.A M fss/()\ \\o/;/. ///;/..

complète séparation du inoiidc- civilisi', la viic-d'iiu visage \>\!\n<-, d'un I^'rançais. CcpondanI, au fond de, ces pays roculi's, l'esprit cl lo caraclc'i'c sont si coiilinuollomont tondus, los circonstances l(^s plus anormales, l'iso loment absolu, le danger, la ik' cessité d'imposor à toute heure sa volonté aux hommes et aux choses deviennent si habituels, que les impressions les plus vives restent contenues et n'arrivent plus à la surface : nous nous abordons de la façon la plus simple, nous nous demandons de nos nouvelles comme, sur le boulevard, des gens qui se seraient vus la veille.

En faisant route vers le poste, le capitaine Basset nous

met au courant des événements. On ne s'attendait guère à notre arrivée !

Le lieutenant Woelifel, avec le lieutenant Mangin et le sergent Van Gassel, cent tirailleurs et cent cinquante porteurs, sont partis de Beyla à notre rencontre le 18 mars, au moment même où. nous arrivions à Fort-Binger. Des reconnaissances à l'Ouest et à l'Est des monts Nimba ayant révélé chez les indigènes des dispositions hostiles, la mission, au lieu de descendre droit au Sud, se dirigea de Nzo vers Man, dans l'Est. C'est dans ce village que l'année précédente le lieutenant Blondiaux avait été attaqué et forcé de battre en retraite ; mais, terrifiés par l'approche de Samory, les gens de Man avaient demandé leur pardon pour obtenir du secours, et Woelfïel pouvait espérer que ce changement d'attitude lui vaudrait un meilleur accueil dans la foret. Il n'en fut rien : au village de Dainné, attaqué traîtreusement, il subit un siège de huit jours par plusieurs milliers d'indigènes qu'il repoussa victorieusement. Il jugea

LE LIEUTENANT WOELFFEL

M/SSION UOSTMNS-D'OLLONE.

nécessaire de soumettre ses adversaires avant d'aller plus loin, et il créa sur les bords du Zo, à -40 kilomètres de Man, le poste de Nouantoglouin, d'où il exécuta de nombreuses reconnaissances pour pacifier le pays.

Mais ces combats incessants lui ont coûté de fortes perles, 65 tués et blessés; le lieutenant Mangin a reçu en deux fois six blessures'. Le Ministre a jugé que l'effort nécessaire pour vaincre les indigènes était trop considérable et a rappelé nos deux missions en septembre. La mission Woelffel est rentrée au poste le plus voisin , Touba , et s'y est disloquée^ Pour nous, l'ordre de rappel n'a jamais pu nous parvenir : cinq courriers, envoyés de Grabo par différentes routes, ont été arrêtés par les indigènes et ont dû revenir. Devant notre silence complet depuis cinq mois et demi, le retour des courriers d'une part, de l'autre les obstacles rencontrés par Woelffel, dont cependant la brillante affaire de Tiaféso indique suffisamment la valeur, ont fait concevoir sur notre sort des inquiétudes

1. Naturellement, les pertes des indigènes ont été en proportion : une seule tribu, après avoir fait sa soumission, a énuméré à Woelffel les noms de 124 de ses guerriers tués et de 86 blessés, Éli bien! sauf dans le guet-apens de Dainné où il y a eu corps à corps, jamais la mission Woelffel n'a vu un seul cadavre ! Donc, que nous n'en ayons trouvé que six, cela n'implique pas que les pertes de nos adversaires n'ont pas été très fortes. — Je soubaiterais vivement que le rapport du lieutenant Woelffel fût publié. 11 nous est difficile, à nous qui avons réussi, de faire ressortir les difficultés que nous avons rencontrées : on en jugerait mieux à lire le récit de Woelffel.

2. A la nouvelle de notre arrivée à Beyla, Woelffel viendra nous y rejoindre et fera une partie de la route de retour avec nous ; Mangin, qui déjà s'acheminait vers le Sénégal, me rejoindra à Dakar, et rentrera en France sur le même bateau. C'est à cela que se ramène la jonction des deux missions célébrée par les journaux.

.1 ///// \ i: i: 1 /;/•; ) la .

jiisliri(5os cl, ma foi! on s'csl lial)ilii(' à l'idf'c de, ik; plus nous revoir.

11 faut avoiior (juo nous avons eu un lionhcnr prodigieux do li'iomi)iioi' à nous seuls d'une résistance jugco trop forlopour nos doux missions réunies, oL on mc^mo Icmps d'échapper à l'ordro de rappel, plus favorable sans doule à notre sécurité, mais plus funeste encore pour notre succès.

Knfin nous apercevons les trois couleurs flottant sur Heyla,ct bientôt nous pénétrons joyeusement dans le fort, protégés désormais par le pavillon que nous avons planté, non sans quelque péril, à tous les carrefours de la forel.

Notre bonheur d'avoir complètement réussi est d'autant plus grand que ce succès n'a coûté aucun sacrifice : partis soixantedeux, nous arrivons soixante-deux. Non seulement nous avons passé entre les balles qui ont causé de si grandes pertes à Woelifel, aux troupes qui ont combattu les Tépos et aux missions précédentes, mais encore, sans médecin, nous avons tous échappé à la maladie. Cependant ulcères, dysenteries, fièvres, pneumonies, n'ont pas épargné notre personnel, mais la Providence a secouru notre ignorance, et le cas, je crois, est unique, d'une troupe de soixante hommes qui au bout d'un an de campagne n'a pas une seule perte, cela dans un pays réputé à la fois comme un des plus dangereux et des plus malsains du globe.

Page 1