LA ROUTE AU SOUDAN. — PHOTOGRAPHIE DU LIEUTENANT BACOT
cadre, je signalerai simplement quelques points importants sur lesquels l'opinion du public, et même des savants, me semble inexactement renseignée.
Le nom de Soudan est resté lié aux pénibles campagnes qui ont marqué les débuts de la conquête dans les régions voisines du Sahara, et on se figure un pays nu, aride, sans eau, brûlé de soleil, un autre désert. Si cette notion est déjà médiocrement exacte pour les contrées entre Sénégal et Niger, rien n'est plus éloigné de la vérité en ce qui concerne la partie méridionale de la boucle du Niger.
Au Sud de Siguiri, le Soudan n'est guère qu'une immense forêt parsemée de clairières. Certes ce n'est plus la forêt côtière, fourré inextricable et toujours vert d'arbres gigantesques et de lianes; ici, les arbres sont de taille moyenne, on peut circuler entre leurs troncs clairsemés qu'aucune liane ne relie plus ; en saison sèche, les feuilles brûlées par le soleil pendent jaunes et
MISSIOX nOSTAlNS-D'OLLOXE.
mortes, et vont joncher le sol comme chez nous l'hiver : on se croirait dans un bois de France '.
Le Soudan méridional n'est pas davantage la vaste plaine monotone, aux fleuves taris, aux marais fangeux, qu'on se représente. Ce sont de belles vallées, bien dessinées par des chaînes de montagnes élevées d'où, par mille petits vallons, l'eau sort abondamment presque en toute saison.
Croit-on, parce que l'histoire de notre conquête n'est qu'une longue suite de guerres, avec des épisodes que notre ignorance de l'âme nègre nous fait paraître affreux, que les populations de ces beaux pays sont pillardes, cruelles, fourbes, incapables de travail et d'éducation ? Qu'on lise dans Binger sa description de Kong et de la race Mandé-Dioula : cette peinture s'applique exactement aux autres peuples, maintenant que, grâce aux armes françaises, aucun tyran n'exerce plus ses ravages. Obéissance docile et respectueuse envers les vieillards, goûts simples, aptitude au travail même pénible, dès que le résultat en apparaît clairement, acceptation soumise de la destinée, ils ont, malgré un magnifique tempérament guerrier qui en fait d'admirables soldats, toutes les qualités voulues pour mener tranquillement une vie patriarcale, et ils s'y adonnent avec délice, dans la sécurité que notre gouvernement leur a rendue.
La traversée de ces régions est donc pleine d'intérêt. Sans doute les étapes sont longues, sur un cheval toujours au pas, sous un soleil brûlant, mais une atmosphère de paix et de calme vous enveloppe, et on se croit revenu aux premiers k^Q^. Sur la place de chaque village, le chef et les notables, tous vieillards vénérables à barbiches blanches, vêtus de longues robes blanches et bleues, coiffés de bonnets ou de turbans, nous attendent groupés au pied d'un baobab et nous souhaitent la bienvenue; ils nous offrent quelque menu présent, un peu de lait, des œufs, une
1. Il faut cependant citer à titre d'exception la région de Beyla : tout autour du poste, sur un rayon d'un jour de marclie, il n'y a pas un arbre, sauf dans quelques fonds. De hautes herbes couvrent plaines et collines, dont les lignes calmes et nobles, sous le brûlant soleil, évoquent les montagnes de Galilée et les descriptions de Chateaubriand et de Loti.
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