‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 44 sur 52 · COUR D IIABITATIO.N A BANKO. — PHOTOGRAPHIE DU LIEUTENANT BACOT · texte numérisé non relu

COUR D IIABITATIO.N A BANKO. — PHOTOGRAPHIE DU LIEUTENANT BACOT

plate et desséchée, ils arrivaient tout droit de la mer ; ils apportaient le préjugé européen que, plus on s'enfonce dans l'intérieur de l'Afrique, plus le sol est aride et les habitants sauvages, et ce qu'ils virent les surprit au plus haut point. Ils racontèrent leur découverte, et les savants partagèrent leur surprise, si bien que maintenant c'est une vérité en quelque sorte officielle, que le Fouta-Diallon est une contrée exceptionnelle, privilégiée, bénie.

Cet enthousiasme a lieu d'étonner quand on a visité d'autres pays. Et ceux qui traverseront le Fouta-Diallon en venant du Soudan méridional seront, je crois, d'accord avec nous, pour dire que si cette région est intéressante, la plupart des autres le sont autant, pour le moins. Ce n'est donc point à la justesse des observations que je m'attaque, mais à l'impression disproportionnée, et injuste pour le reste de notre empire soudanais, produite sur les explorateurs du Fouta-Diallon et surtout sur les géographes au: les ont lus et commentés.

MISSfOX Jl()STAf\S-I)'OLLO\E.

Au point de vue pittoresque, ceux qui s'attendront à trouver de véritables montagnes seront tant soit peu déçus. Le Fouta est un massif très légèrement surélevé au-dessus de la plaine nigérienne : celle-ci, à Kouroussa, est à 550 mètres au-dessus du niveau de la mer, et l'altitude des vallées du Fouta est entre 700 et 750 mètres. De nombreux plissements dessinent sur ce massif des rides dont la hauteur atteint rarement 200 mètres ^ En somme, quand on vient du Soudan, on traverse le Fouta- Diallon sans s'être aperçu pour ainsi dire que le sol s'était exhaussé et sans avoir vu autre chose que des collines médiocres. Je reconnais volontiers que du côté de la mer le massif, plus élevé au-dessus de la plaine et plus abrupt, fait plus grand effet, néanmoins les monts Goyfé, ceux qu'on voit de Boola, et surtout le Nimba, ont une tout autre mine.

Afin de nous assurer partout une réception convenable, l'Almamy de Timbo avait envoyé au-devant de nous un de ses frères, qui nous attendait avec plusieurs griots à Simbakounian, sur le Tankisso. Grâce à lui, l'accueil fut en effet excellent partout, et il nous fut difficile de vérifier quelles étaient depuis la toute récente conquête les dispositions réelles des indigènes, sur lesquelles les opinions ne sont pas d'accord.

L'Almamy vint lui-même à cheval au-devant de nous avec sa cour jusqu'à Sokotoro, un de ses villages de captifs^. Après la traversée en pirogue du Sénégal, déjà profond et large de 30 mètres, et l'escalade d'une montagne rocheuse, nous arrivâmes au plateau en forme de cuvette où est bâti Timbo, et, suivis de notre brillant cortège au galop, nous fîmes notre entrée au poste, où nous accueillirent aimablement les administrateurs

\. Le point culminant du tracé du chemin de fer est en dessous de 150 mètres. Le Di" Maclaud signale les monts de Diaguissa, hauts de 1 470 mètres : si cette altitude est exacte, elle est tout à fait exceptionnelle.

2. Il est à remarquer que c'est au Soudan seulement qu'on a pris, par la création des villages de liberté pour les esclaves fugitifs et par diverses autres dispositions, des mesures pour assurer radoucissement immédiat de l'esclavage et sa disparition progressive.

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Noirol cl, l'olx'^iiin '. M. Noirol ;i iiistallo une. fcniuî ; il a fait dos plaiiLalioiis (\i^ caonlclioiic, de, calr, cl il ciiilivci avec dos procédés poi'foclionncs tons les prodnilsdn pays ; il drcsscî les Ija^ifs à tirer dos chariots ot onsoigno aux indi^riK^s rnsap,o de la cliarruo. Il fant sonliailor do lont ('(«mii* ([no lo j'csnltat mat('ricl n'pondo à SOS ellbrts, car c'est alors soulomont que son (Miseignemont sera écouté : lo noir n'aimo pas à changer ses in('lliodes, et il i'ani l'évidonce pour lo convaincre.

La ville do Tinibo, ([ui comptait autrefois 2 000 habitants, est presque entièrement en ruines. Il fallut en 1807 établir notre autorité par lo combat do Porédaka ; à la suite de notre occupation, la population déserta Timbo. Il n'y reste que le nouvel Almamy que nous avons installé et sa suite, environ500personnes ; cependant la paix et le commerce commencent à ramener de nouveaux habitants.

On sait que jusqu'à présent l'Almamy du Fouta-Diallon n'était élu que pour deux ans et choisi à tour de rôle dans deux familles rivales, lesSoryaet les Alfaya. Cette rivalité et cette alternance étant une cause de désordres, l'administration française va s'eiTorcer de maintenir au pouvoir les Sorya, mieux soumis à notre influence. Mais il y aura de ce chef une opposition sérieuse de la part du parti Alfaya.

Toujours sous l'empire du même préjugé qui refuse au nègre les plus modestes dons de l'intelligence, les découvreurs du Fouta-Diallon, que leur sincérité et leur esprit d'observation forçaient de reconnaître les institutions féodales qui y fleurissent, ont cru tout expliquer d'un mot : les habitants ne sont pas nègres, ce sont des Peulhs, race dont l'origine sémitique est admise, des blancs en somme. Et les savants d'insister sur le contraste saisissant entre cet État organisé et civilisé, fondé par un peuple d'origine blanche, et l'anarchie des populations nègres qui l'entourent.

1. La rencontre de ce dernier était curieuse : M. Pobéguin a exploré tout le rivage de la Côte d'Ivoire et, seul avant Hostains, s'est avancé sur le Cavally jusqu'à Grabo.

MfSSfOy nOSJAINS-JJ'OLLONE.

11 n'y a pour cette belle théorie qu'un malheur, c'est qu'elle est complètement fausse. 11 y a des Peulhs au Fouta-Diallon, mais ainsi que l'ont démontré les récentes études de M. Noirot et du 1)' Maclaud, ils y occupent une situation voisine de l'esclavage : ce sont des pasteurs, soumis à de lourds impôts et tenus à l'écart des affaires, tandis que la race au pouvoir est Mandinké, comme dans presque tout le Soudan. L'organisation qui a causé tant d'admiration exisle, ou existait avant notre conquête, partout, avec quelques variantes. Il est fâcheux que depuis notre occupation aucun ouvrage d'ensemble n'ait été écrit sur le Soudan, et n'ait donné un tableau des institutions de ses divers peuples avant que notre administration ne les eût progressivement abolies ; mais il suffit de se reporter à Binger et Monteil pour voir qu'on n'a pas eu affaire à des sauvages.

Peulhs, Mandinkés, Diallonkés, Sousous^ se sont d'ailleurs fortement mélangés au Fouta, et on ne rencontre presque aucun type caractéristique. Je dois cependant noter un chasseur Peulh, aux fins traits sémitiques, au teint presque blanc à peine cuivré, qui, par tous les détails de son visage et de son costume, bonnet, tunique, pantalon de forme spéciale, collant depuis le genou jusqu'à la cheville, rappelait exactement le type phrygien, et notamment le célèbre groupe du Vatican : Jeune homme immolant un taureau. Une telle ressemblance à telle distance suffirait presque à justifier l'hypothèse qui veut que les Peulhs soient originaires, non pas môme de l'Egypte, mais de l'Asie Mineure^. Seulement, je le répète, le type peulh est excessivement rare.

Peuple pasteur, les Peulhs n'entendent rien aux installations sédentaires; aussi, contrairement à ce qu'on croit, leurs habitations sont-elles les plus misérables qu'on puisse voir en Afrique occidentale. Qu'on se figure une ruche gigantesque posée par terre : voilà leur case. Un toit de chaume conique ou plutôt

1. Diallonlvés, anciens habitants du Fouta-Diallon, dépossédés par les Peulhs et les Mandinkés. — Sousous, race s'élendant des montagnes à la mer.

2. Ils auraient pris part aux migrations mentionnées pendant les guerres de Ramsès 11 coutre les HiUites.

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ogival ]>;irl du sol iiiriiic ; ;i l'iiili'ricMir, st^pan'c de lui jj;ir un dlroil corridor circul.'iirc, est I.i (•.isc ju'oprcnicid, dite, construction ('3lindri([ii{' en (erre ou en bois. On i)(jnùtre l/i |).'ir une

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MOSOLEE PELIILE DE TELIKO.

ouverture basse ; il y règne une obscurité complète, et par suite une grande saleté. C'est toujours la hutte que les pasteurs primitifs édifiaient en quelques instants avec des touffes de grandes herbes appuyées sur un piquet central ; elle est seulement devenue plus grande et s'est doublée à l'intérieur d'une seconde paroi. Les mosquées même, qui partout au Soudan sont de vrais monuments, ne sont chez les Peulhs que des ruches plus grandes que les autres. Qu'on compare la mosquée de Téliko, une des plus importantes du Fouta, et celle de Kanhan, et on décidera laquelle dénote une civilisation supérieure.

Les villages ont un aspect singulier : chaque famille habite à l'écart, dans plusieurs cases elles-mêmes dispersées ; il n'y a aucun plan, aucune rue, et on croit voir de grandes meules disséminées au milieu des arbres. Souvent le terrain assez vaste occupé par une famille est entouré de clayonnages ou de haies ; dans l'Ouest ces haies formées de cactus, de ricins, de

M ISS/ON iiosta/xs-d'ollom:.

pourgiières, sont très hautes, elles font ressembler ces enclos, plantés de nombreux arbres fruitiers, aux vergers qui entourent nos villes, et ne permettent de circuler que par d'étroits chemins. L'oranger, qui abonde surtout sur le versant Ouest, révèle de loin un village par son feuillage toujours vert; il atteint des dimensions extraordinaires, plus de dix mètres de hauteur, et, outre ses fruits, procure une ombre et des senteurs délicieuses.

Le massif du Fouta-Diallon se termine par un talus assez abrupt du côté de l'Ouest, seule difficulté sérieuse que rencontre le tracé du chemin de fer.

On descend dans la vallée de la Kora, affluent de la Kolenté ou Grande Scarcie. Cette vallée, à peu près inhabitée, complètement inondée à la saison des pluies et conservant des eaux jamais desséchées, est très giboyeuse et les éléphants en ont fait un de leurs repaires favoris. Nous réussissons à en surprendre plusieurs troupes et à les tirer dans de bonnes conditions, à vingt mètres au plus ; nous n'obtenons d'ailleurs aucun résultat, et le passage de nos balles Lebel ne fait sans doule que l'effet d'un trou d'aiguille à ces énormes bètes, qui disparaissent à fond de train. Il est assez piquant que ce soit cinq jours avant d'atteindre la mer, terme de notre voyage, que nous parvenions pour la première fois à surprendre des éléphants, depuis quinze mois que nous traversons des pays qui en sont pleins ; nous avons cependant fait notre possible pour en voir, car la chasse à l'éléphant, qui passe pour la plus dangereuse de toutes, est passionnante ^

Dès le pied des montagnes, on entre chez les Sousous. La différence de climat et de race se manifeste immédiatement : l'oranger disparaît et fait place au manguier, dont les fruits suffisent à nourrir les indigènes pendant une partie de l'année,

1. Je souhaite que les défenses qui ornaient les pavillons de la Guinée, du Sénégal et du Soudan à TExposilion, aient convaincu les géographes que ces pays contiennent quelques éléphants : jusqu'ici ils paraissaient peu disposés à l'admettre. Je lis dans un Essai sur le Fouta-Diallon, paru dans le Bulletin du Comité de l'Afrique française d'août 1900, que « les éléphants ne semblent pas encore tout à fait disparus de la Guinée, car on en a vu en 1888 ».

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