PHOTOGRAPHIE DU LIEUTENANT BACOT
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générale dont les chants garderont longtemps le souvenir ^ Kankan, que Samory n'eut pas le temps de détruire, est une ville de 5 000 habitants, sur le Milo -. C'est un foyer d'islamisme très ardent et, malheureusement, l'islamisme enseigne aux noirs non seulement la haine du chrétien, mais celle du blanc, représentant du christianisme.
L'importance de cette ville augmente tous les jours, car elle est à la rencontre des deux routes commerciales du Sénégal et de la Guinée. La première rejoint à Bamako la grande voie de ravitaillement; elle est employée par les négociants européens qui peuvent utiliser les moyens de transport, bateaux, voitures, chemins de fer. La deuxième, simple sentier, n'est encore fréquentée que par les dioulas indigènes, mais, d'ici à peu d'années, le chemin de fer partant de Konakry arrivera tout près, à Kouroussa, tandis que la voie ferrée du Sénégal atteindra Bamako. La position privilégiée de Kankan, en avant de ces deux têtes de lignes, auxquelles elle est reliée par eau, a frappé les négociants du Sénégal qui, profitant de ce que la Guinée n'a encore aucun moyen de transport, ont pris l'avance : huit factoreries s'installent déjà, succursales de maisons de Saint-Louis. Cependant le commerce avec la Guinée n'en est pas moins considérable : les dioulas, qui n'ont pas encore compris que le temps est de l'argent, s'en vont à Konakry vendre un peu plus cher leur marchandise et y acheter à meilleur compte les produits européens.
Le principal objet de ce commerce, c'est le caoutchouc. Il y a peu de temps qu'on s'occupe de chercher du caoutchouc dans
1. Huit mois plus tard, le capitaine Basset revenant de Beyla entendit encore parler de cette chasse merveilleuse.
2. Nous eûmes la surprise de nous y rencontrer avec deux voyageurs, M. Bacot, lieutenant d'artillerie, et M. Lcfebvre, venus de France pour étudier notre empire soudanais. Alors qu'on visite le Thibet et les Andes, trop peu de Français s'intéressent à nos colonies pour que je n'aie pas plaisir à signaler cette iuitiative intelligente et unique. — C'est à cette rencontre que le lecteur doit de contempler, au lieu de mes clichés détériorés par suite des vicissitudes subies, plusieurs de ceux du lieutenant Bacot qu'il a eu la grande amabilité de me laisser reproduire.
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LA MOSOUÉE DE KANKAN. — PHOTOGUAPIIIE DU LIEUTENANT BACOT.
nos colonies, et on ne se doutait guère qu'il y en eût au Soudan. A peine le colonel Audéoud eut-il définitivement assuré la paix dans notre empire par la prise de Sikasso et la capture de Samory, que le général de Trentinian se préoccupa de le mettre en valeur. La présence du caoutchouc ayant, été signalée, il prescrivit d'enseigner aux indigènes la manière de lerecueillir, et de l'accepter en impôt à la place d'argent. Aussitôt on en trouva partout, et une mine de richesse fut découverte.
C'est le 4 janvier 1900 que nous arrivons à Kankan: depuis le l'"'", cette ville dépend de la Guinée, le Soudan ayant cessé d'exister et ses morceaux ayant été rattachés aux colonies côtières. Cette mesure, fort logique, devait fatalement être prise un jour ou l'autre, et seule son opportunité a pu être discutée. Mais il importe de ne pas laisser s'accréditer les légendes qu'on s'est plu à répandre sur le Soudan .
La vérité est que, de toute l'Afrique Occidentale, ce Soudan qu'on représente à feu et à sang est le pays où, avec les moyens les plus infimes, la sécurité, la justice sont le mieux assurées,
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notre autorité le mieux respectée et aimée-. Quand on songe que les populations sont passionnément guerrières, qu'elles ont fourni les soldats d'Ahmadou, de Samory, de Babemba, et nos propres tirailleurs, et que maintenant moins de 200 blancs, officiers et sous-officiers, avec 3 000 soldats indigènes, tiennent dans la paix et dans l'ordre un territoire trois fois grand comme la France, on est saisi d'étonnement. Il faut, pour comprendre la grandeur de l'œuvre, avoir vu et les résultats obtenus et les moyens employés.
Les résultats, on les touchera du doigt par ce seul trait: le pillage a été la règle pendant des siècles de guerre, et les sofas de Samory qui en vécurent peuplent le pays ; cependant les routes sont couvertes de dioulas qui portent de véritables trésors, et nul accident n'arrive jamais. Hommes et femmes, en groupes ou isolés, cheminent paisiblement, sans avoir même l'idée qu'ils pourraient courir un danger quelconque : le blanc n'est-il pas le maître, et n'a-t-il pas ordonné de vivre en paix?
Or, voici les moyens : les postes sont en moyenne à six jours de marche l'un de l'autre, et dans la plupart il n'y a qu'une quinzaine d'hommes. Si en Europe les gendarmes étaient si peu nombreux et n'étaient pas appuyés par des armées formidables, croit-on qu'on circulerait avec une telle sécurité ?
Ceci fait assez l'éloge et des peuples conquis et de leurs conquérants pour que je n'insiste pas plus longtemps. Qu'il me suffise de dire cependant qu'il faut à tous les officiers commandants de cercles ou de troupes, non seulement des qualités très remarquables d'assimilation en même temps que d'autorité, mais aussi une activité et un zèle inouïs. Le travail nécessaire pour mener à bien les affaires très diverses et très compliquées qui leur incombent, sans avoir souvent même un seul blanc pour les aider dans les besognes inférieures, est absolument accablant et les absorbe sans répit du réveil au coucher, cela sous un
1. En disant aimée, je ne parle naturellement que des populations qui ont ^u le temps de l'apprécier : ce ne sont pas les peuples récemment vaincus ni les .tyrans dépossédés qui nous aiment.
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climaL ofi on iJi'ocl.-uno volontiers (jiio ri';iiroj)i'('n ne peut travailler, (^iiac.im d'eux a(!coui|)lit uiu'- l.-n'-lic (|u*cu loutc autre colonie ou n'oserait demander à dix foudionuairep, avec un traitement très modeste et des privations d(; lonhs sortes '.
Mais, dira-t-ou, à ([uoi hou tant de guerres, de sang v(;rs(', do malheurs de toutes sortes pour s'emparer d(î ce pays ? Voilà h; grand argument, et il témoigne d'une ignorance et d'une légèreté vraiment admirables !
Quoi ! ou no cesse de tonner contre l'esclavage et de voter solennellement son abolition, et en même temps on s'élève contre les guerres quiontjustement sa suppressionpour résultat !Groit-on que c'est aux populations que nos troupes se sont attaquées ? Non, c'est aux souverains, aux tyrans plutôt, destructeurs des peuples voisins et de leur propre peuple, ne vivant que par l'esclavage et pour l'esclavage. «Quand un chef commande à 25 000 âmes, dit Binger, il doit être supprimé, sans quoi il dévaste au lieu d'organiser et de régénérer. » Eh bien ! successivement on a supprimé ces innombrables petits potentats, qui étaient en train de faire du Soudan un désert et un charnier; le sang qui a été répandu assurera la vie et la liberté à des millions d'êtres. Et notre France qui a fait tant de guerres pour des causes généreuses et désintéressées n'en n'a pas fait de plus noble : la conquête ou, pour mieux dire, la délivrance du Soudan restera malgré les détracteurs un de nos plus purs titres de gloire.
A Kankan, Sirabana et ses porteurs furent licenciés et renvoyés directement dans leur pays, au Sud de Kong. Certes, ils nous avaient bien souvent mis en colère par leur stupidité et leur maladresse, mais ils nous étaient si absolument dévoués et avaient montré une si courageuse confiance au milieu de nos épreuves que nous ne les vîmes pas partir sans émotion.
1. Un officier reçoit par jour 0 lit. 50 Je vin, et il lui est impossible de s'en procurer d'autre ; cela dans les postes, dans les conditions les plus favorables : on devine ce qu'il touche en colonne. Par ce détail on peut juger du reste. Y a-t-il beaucoup de gens en France qui, sans y être forcés par la pauvreté, accepteraient un tel régime?
MISSWX JIOSTALXS-D'OLLONE.
N'est-ce pas admirable, une race d'hommes qui, afin de gagner un franc par jour, s'engagent pour être mends dans les pays les plus inconnus, soumis à des fatigues terribles, à des dangers constants, pendant une durée illimitée? Ils savent tout cela d'avance et l'acceptent : quand les nôtres auront dissipé leur pécule, ils recommenceront, calmement soumis à la destinée. Que ne peut-on obtenir de pareilles gens ?
Nous n'avions plus qu'à nous laisser couler sur le Milo et le Niger jusqu'à Bamako, d'où des moyens relativement confortables, voitures, chemins de fer, bateaux, nous amèneraient sans fatigue à Dakar, lorsqu'un ordre du Gouverneur général, M. Ghaudié, nous enjoignit de rentrer par la Guinée. On voulait sans doute nous faire l'honneur d'inaugurer cette voie, jusque-là suivie parles seuls indigènes. C'étaient trente nouveaux jours de marche pénibles, surtout pour nos tirailleurs tous blessés ou malades. En revanche cela allait nous procurer le plaisir de parcourir des pays réputés comme merveilleux.
Kouroussa, ville d'environ 3000 habitants, est joliment disposée sur la rive gauche du Niger. C'est là que le fleuve commence à être navigable, et c'est pourquoi ce point a été choisi comme terminus de la voie ferrée de la Guinée au Soudan. Deux sentiers en partent vers Konakry, l'un longeant la frontière anglaise de Sierra Leone, l'autre plus au Nord à travers le Fouta- Diallon. Nous ne prîmes ni l'un ni l'autre: il nous parut particulièrement intéressant de suivre le tracé du chemin de fer projeté, afin d'étudier les terrains qu'un spécialiste comme le capitaine Salesses a jugés aptes à recevoir une voie ferrée, dans des pays que la saison des pluies bouleverse si violemment.
Gomme ce tracé traverse des régions nullement fréquentées, où souvent même il n'existe pas de sentiers, nous eûmes la chance de rencontrer une quantité de gros gibier qu'on n'aperçoit guère sur les chemins, et de faire des chasses magnifiques : ces immenses forêts herbeuses sont remplies de buffles, d'anti-
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lopus (''iiormos, ^r.-mdos coiniuo divs clicv.-iiix ', cl d'iiiili-cs plus petilos, sans coniplor los pinl;i(lcs cl les pcrdi'ix crises «pii aboiuionl près des villages, el les outardes ; le lièvre est assez rare.
Au ris(|uo d'exciter les railleries, la vérili' ino force à dire un mot d'une bêle l'abuleuse: c'est une sorte de poulpe qui existerait dans le Ni{i,er. \\'oelirel nous avait raconte (jue, près de Siguiri, il avait entendu sortir du lleuve un mugissement singulier, et que les indigènes interrogés lui avaient décrit un poulpe comme en étant l'auteur. Nous avions, je l'avoue, attaché peu d'importance à ce récit. Or, deux fois, couchant sur les bords du Niger, nous avons entendu la nuit un grondement grave et puis saut sortir de l'eau, et à nous aussi chaque fois des hommes différents ont décrit un poulpe. Nous nous gardons bien de dire qu'il existe réellement, nous affirmons seulement qu'il y a un animal dont le cri ne ressemble à nul autre, et que les indigènes dépeignent comme un poulpe -.
Ces chasses nous forçaient à marcher à pied dans des terrains très fatigants toute la journée, car nous ne voulions pas raccourcir nos étapes. On voit que le climat ne nous gênait pas plus que dans la foret. Et cependant, deux jours après notre départ de Kouroussa, le lieutenant Ghanovre, commandant du cercle, y mourait; deux mois plus tard, c'était le tour du commandant Gonrard, et un mois après celui du lieutenant Génac, à Nouantogloin. Je crois qu'il faut admettre que, parmi des tempéraments également vigoureux en Europe, les uns s'accli-
1. Gobas, tankos ou colongas; le doumsa^ assez pareil à Tàne dont il a la taille, est sans doute Tanimal que certains voyageurs ont désigné comme un onagre, mais par erreur : le doumsa mâle a des cornes, et il n'y a point d'onagre dans le pays.
2. Rapprochement remarquable : suivant le Temps du 23 août 1900, qui s"en moque, un lieutenant belge dit que d'après les indigènes il y aurait des poulpes dans un affluent du Congo, et que deux de ses hommes auraient été dévorés par l'un d'eux. Il est peu croyable que les indigènes du Congo et du Niger se soient entendus pour inventer ce même animal, dont l'existence dans la mer est à coup sûr ignorée d'eux. — Les Soudanais l'appellent guidiara (lion d'eau) à cause de son grondement; ce n'est nullement le lamantin ou 7na.
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matent facilement en Afrique, les autres non : les médecins devraient étudier à quoi tient cette différence capitale et pouvoir la diagnostiquer avant le départ. — Quant au régime à observer, après la vie que nous avons menée, j'avoue que je n'y crois plus guère.
A cette saison (janvier), les nuits étaient excessivement froides : à Kankan et Kouroussa, le thermomètre descendit à trois degrés. II était indispensable d'être chaudement couvert et d'avoir du feu durant toute la nuit, même à l'intérieur des cases, mais cette fraîcheur reposait et retrempait.
Du Niger, la vallée de la Koba conduit au Fouta-Diallon. Toute la région jusqu'aux montagnes a été ravagée par Samory et est presque déserte, malgré la richesse du sol.
Le Fouta-Diallon a été visité par un petit nombre d'Européens, mais chacun d'eux ayant fait une relation de son voyage, aucune contrée d'Afrique n'a été plus décrite. Je me contenterais donc de renvoyer mes lecteurs à ces ouvrages spéciaux, si je ne croyais nécessaire de dissiper un malentendu assez important.
Tous les voyageurs se sont accordés pour célébrer le pittoresque des montagnes, la fertilité du sol, la variété des produits, l'intelligence de la race peulhe, et surtout cette chose singulière, une organisation politique très pareille à la féodalité dans l'Europe du moyen âge. Dieu me garde de contester la sincérité ou l'exactitude de ces descriptions ! Je suis bien trop satisfait de voir que nos prédécesseurs ont su reconnaître le charme réel de cette contrée et les analogies très nombreuses que ses habitants offrent avec nos propres ancêtres. C'est bien sous ce jour qu'il convient de regarder un pays primitif et ses habitants, avec une vue instruite par l'histoire et la réflexion et que n'offusquent pas les apparences de barbarie, effets du climat ou d'un simple retard : c'est en reconnaissant c^ans le présent de ce pays le passé des nôtres qu'on peut prévoir son avenir.
Seulement, qu'on me permette de le faire remarquer, aucun de ces voyageurs ne connaissait une autre partie de l'Afrique. Sauf Lambert, Plat, Noirot qui venaient du bas Sénégal, contrée
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