‹ Mission Hostains-D'Ollone, 1898-1900Chapitre 50 sur 52 · iV · texte numérisé non relu

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Dans le total de 12 253 000 francs pour 1899, la France entre pour 4 238 000, 1621000 aux importations, et 2 627 000 aux exportations, soit environ un tiers. Presque tout le reste appartient à l'Angleterre,

Gomme partout en Afrique, les principaux produits importe's senties tissus, les boissons, les armes et les munitions. Aux exportations on trouve les huiles et sucs végétaux, les bois, diverses denrées coloniales, et le caoutchouc. Celui-ci a donné comme mouvement d'exportation 2 850 000 francs en 1899 contre 1 304 000 en 1898 et 588 000 en 1897.

De ces chiffres il ressort qu'en dix ans le commerce total a quintuplé, de même que la production du caoutchouc depuis trois ans qu'on s'en occupe.

MISSIOX IIOSTAINS-D'OLLOXE.

Et pourtant ces augmentations ne peuvent donner aucune idée du développement que doit prendre ce pays. La sécurité n'existant encore nulle part, il n'y a de commerce que sur la côte même, et en réalité seulement sur la côte orientale où les lagunes permettent la circulation de petits vapeurs que la barre empêche le long du littoral. Aucune exploitation n'existe à terre, sauf la magnifique plantation de café de la maison Verdier, à Elima, et quelques-unes, toutes récentes et qui ne donnent encore rien, sur la lagune Potou, sur celle de Grand-Bassam, à Ouapou et sur le Gavally. Donc on se contente d'acheter les produits naturels qui se trouvent sur le rivage même et peuvent être récoltés sans fatigue par les habitants du littoral.

En tenant compte de conditions aussi désastreuses, on peut apprécier comme il convient les progrès accomplis et deviner quel développement merveilleux va prendre le commerce dès que la sécurité, qu'on s'efforce actuellement d'établir partout par une occupation méthodique, permettra aux Européens de pénétrer dans l'intérieur et aux gens de l'intérieur de communiquer avec la côte * .

Voici ce que dit le lieutenant-colonel Marchand de la région centrale : « J'affirme sans crainte d'exagérer que les plus riches contrées de l'Amérique seraient difficilement comparables au Baoulé pour la richesse et la variété des productions. J'estime la quantité d'acajou immédiatement exploitable, sans compromettre la reproduction, à 80 millions de tonnes. La canne à sucre pousse à côté du riz, et la kola couvre des surfaces immenses. » [Bulletin du Comité de V Afrique française 1894, n'^ 4.)

Le capitaine Macaire, de la mission Houdaille, parlant des pays à l'Est du Bandama, écrit : (( La forêt renferme comme bois exploitables dans la zone que nous avons traversée une valeur de 2 500 francs par hectare. Nous n'avons pas compté dans ce

1. Les statistiques de 1900, publiées depuis Tapparition de ce livre, confirment de façon éclatante les pronostics : le commerce a atteint 17 loo 462 fr., en augmentation de près d'un tiers sur 1899.

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La pai'lie Ouest que nous avons explori'e ne le cède en rien au reste de la C(Me d'Ivoire.

On voit doue que peu do pays présentent une telle richesse, et cela dès le rivage môme. Mais on va m'objecter ({ue, môme lorsque la sécurité sera assurée, la difficulté de trouver des travailleurs et le manque de moyens de transports empêcheront tout progrès.

Cette crainte, à mon avis, ne provient que de ce ([u'on envisage la situation d'une façon trop étroite. Les indigènes ne veulent pas actuellement travailler, ni servir de porteurs, c'est vrai, mais, malgré leur crainte de l'étranger, ils sont excessivement commerçants, très calculateurs, et très avides de tout ce qui leur manque. Il faut le leur apporter sans qu'ils aient à se déranger, et leur acheter de même leurs produits. Des chemins de fer seront évidemment le moyen de transport et d'exploitation le plus puissant, mais outre qu'il faudra du temps et de l'argent avant qu'ils soient construits et en état de rapporter, ils n'exerceront dans les premiers temps leur action que sur leurs riverains directs.

J'ai indiqué dans mes conclusions quelle serait la vraie solution immédiate : ouvrir des routes sûres aboutissant à des centres soudanais. Les dioulas, qui font mille kilomètres pour gagner Konakry ou Saint-Louis, préféreront n'en faire que 300 ou 400 pour atteindre la mer à la Côte d'Ivoire. Ils en ont tellement le désir que, partout où ils ne sont pas sûrs d'être mangés, ils pénètrent dans la forêt. Au besoin les premières caravanes pourront être escortées.

Ce sont les dioulas qui transporteront à do/nicileles produits européens que les indigènes désirent. En échange ils leur achèteront les kolas, objet d'une consommation prodigeuse au Soudan, et le caoutchouc qu'ils porteront à la mer. Ce caoutchouc sera récolté par les indigènes eux-mêmes, car c'est là un

MISSIO.\ JIOSTAINS-D'OLLONE.

travail tel qu'ils l'aiment : on peut le faire à son heure, le cesser dès qu'on le désire, et on n'a à obéir à personne. J'affirme que toutes les races que nous avons traversées s'y consacreront, non seulement sans difficulté, mais môme avec ardeur, tant elles désirent acquérir nos produits.

Le dioula, dont le passage est ailleurs une cause de ruine, comme je l'ai dit, sera au contraire ici une cause de richesse, parce qu'il trouvera sur place de quoi alimenter son commerce. Et quand les relations commerciales seront ainsi établies, la pénétration des Européens et l'exploitation directe parles Européens deviendront facile. Les bénéfices qui seront réalisés dès les premiers jours seront formidables, provenant à la fois du caoutchouc, sans valeur pour les indigènes, et des produits européens excessivement prisés. On en jugera par les prix suivants : pour un mouchoir, morceau de cotonnade valant 0 fr. 15 en réalité, on peut avoir deux kilos et demi de riz, pour deux mouchoirs un poulet, pour un fusil valant 5 francs un mouton, et pour trois fusils nn bœuf.

Outre l'exploitation directe de la foiôt, l'ouverture de ces routes facilitera celle du Soudan. On se fait, je crois, une idée très inexacte de la puissance de production et d'acquisition du Soudan. Les éléments d'appréciation ont été jusqu'à présent tous aussés. D'abord les guerres incessantes avaient ruiné le pays, et il lui faudra quelques années pour se relever. Ensuite, comment juge-t-on de son avenir ? par les progrès que révèlent les statistiques de douane. Rien de plus faux à mon avis.

Les Européens n'amènent pas leurs marchandises dans l'intérieur : ils les débarquent sur le rivage, et elles ne peuvent se répandre dans le pays, faute de moyens de transports, qu'à dos d'homme. Chaque homme ne pouvant porter qu'un poids d'environ vingt-cinq kilos, et sa vitesse de marche étant d'environ vingt kilomètres, on voit que la quantité de marchandises vendues dépend, non de la capacité d'achat du pays, mais : 1^ du nombre d'hommes servant de porteurs ; 2° de la distance, car le

prix (it' 1.1 iiiarcli;iii(lis(i, aiigni(Mil;inl ,'iv(;c elle, liiiil |).'ii" (l"'i).-i.sser les ressources ou les désii's des acheteurs.

Or le nombre des dioulas est foruiidahle et ne j)eiit gurrc augnienler : ils sont eertain(!menl plusieurs eeiitain<'s de, mille. On peut dire (jue tous les hommes valides (jui ne s(uit ])oint notables ou tirailleurs sont dioulas. Si le pays n'achète et ne vend pas plus, c'est (ju'il est imi)ossible de porter plus de marchandises.

Et en même temps on voit combien un tel régime est funeste à la puissance de production du pays. Les régions éloignées n'ont aucun intérêt à produire des objets que les frais de transport à la côte rendraient d'un prix inabordable : elles ne cultivent donc ou ne fabriquent que ce qui leur est nécessaire. Mais même près de la mer, la seule existence des dioulas suffit à expliquer pourquoi le pays est si peu et si mal exploité.

Qui donc travaillerait aux champs? Tout le monde est sur les routes. Il est bien évident que ceux qui exercent ce métier, dur entre tous, de dioula, sont ceux dont l'énergie, l'ardeur au travail et au gain, produiraient le résultat le plus considérable, si elles étaient appliquées à un labeur productif au lieu d'être dépensées inutilement en marches. Il ne reste guère au village que des invalides ou des paresseux. Quand les chemins de fer rendront libres pour le travail de la terre ces milliers d'êtres actuellement réduits au rôle de bête de somme, la production du pays centuplera.

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