MISSION II OS TA INS-I) ' OL L ONE
énorme montagne vers l'Ouest, et, si le ciel eut été moins couvert, nous en eussions probablement aperçu d'autres; en tous cas, l'importance des monts Fandani et Kon (environ 1 -400 mètres), près de Boola, Goyfé (1 600 mètres), entre Dion et Mils, font supposer que ces contreforts se rattachent à quelque puissant nœud dans le nord du Libéria, sans doute à peu près sur l'alignement des monts Nimba et de Drouplé.
Partout sur la côte on nous a parlé du mur de grands cailloux qui s'élève au Nord ; en réalité, partant du Fouta-Diallon, il s'étend jusqu'à la Sassandra et peut-être — personne n'y a été voir — jusqu'au Bandama rouge. C'est ce mur que les anciens voyageurs avaient supposé prolongé tout le long du golfe de Guinée. Ainsi donc si la légende a été avec raison détruite par Binger, elle avait cependant un fondement vrai.
Plus au Sud, nous avons traversé une deuxième barrière montagneuse dans la boucle du Cavally. Elle est composée d'une série de rides surmontées de plusieurs pitons. Un de ceux-ci, le mont Kéné-Saé, d'environ 1000 mètres, est presque entièrement dénudé, ainsi, paraît-il, que le Gamoutro que nous n'avons pas vu. Plus au Sud encore, une ligne de hauteurs parallèle au Douobé ', puis les monts Niètè, Géto, Bladro, enfin la chaîne Kédio-Bodéoulé-Niénokoué-Gao, séparant le Cavally moyen des petits fleuves côtiers et du Sassandra.
On peut voir que toutes ces lignes de hauteurs sont à peu près parallèles à la mer, conformément à la loi presque partout observée en Afrique, et sont comme les gradins conduisant au plateau soudanais. De là la forme sinueuse du Cavally, forcé de couler parallèlement à ces murailles successives jusqu'à ce qu'il s'ouvre un passage au travers de l'une d'elles et gagne par une succession de rapides une autre vallée.
Conformément aussi à la loi générale dès longtemps posée par Murchison et Livingstone, ces chaînes forment rarement la ligne de partage des eaux : les cours d'eau prennent généralement
1. Le nom de Monts Satro porté sur la carte est en réalité un pléonasme tro signifiant montagne.
nUES'i /() \ .s c/.'oc /:.\ i^ii loi i:s.
Iciii' source an delà, dans un plalcan (riiii|)oi'laii(:(' HH-dioci-c^ puis onvi'onl une hi'èclic dans la inonla;j,rH'.
l'h'iircs. — Le cours du (lavally a v\v rciuonli' en |S1I7 j)ar M. Iloslaiiis jus(iu'à <lui|)ola. l'ji IS'JI), je l'ai descendu do I^'ort-Hin^'cr à I^aoulo.M. lloslainsTa i-emonh' juscju'à (il('oulo. JMiti'o (îuipola cl Haoulo, <;ràcc à la |)r('cision de renseignements s'appu3'anlsui* dcMix iliin'raii'es décrits sur les deux rives, il n'y a pas place pour une erreur Sf'rieuse. Donc le cours du Gavally peut être considéré comme fixé jusqu'à Gléoulo.
De Gléoulo à Goya chez les Pérabos, le cours du (louve n'est tracé qu'à l'aide de nombreux renseignements, quelques-uns fort précis, malheureusement ne s'appuyant que d'un seul côté et à assez grande distance sur une base exacte.
De Goya à la source du fleuve, nous le passons trois fois et le longeons presque constamment à distance toujours faible. Là encore, l'exactitude de notre tracé, malgré le manque de renseignements chez les peuplades Nguérés, doit être grande.
Le cours entier paraît donc défini avec une précision relative, sauf pour le secteur Gléoulo-Goya. Encore convient-il de remarquer que nos itinéraires Méno-Fort-Binger-Douébli- Goya forment trois côtés d'un quadrilatère, ce qui a permis le recoupement des renseignements et que de plus le cours du Douobé, déterminé avec une approximation suffisante, fournissait de nombreux points de repère.
Je dois réfuter en passant deux hypothèses émises par le capitaine M'oelffel. Sur un renseignement du chef de Ndo lomou (près de Nzo, non loin de la source t^u Gavally), qui lui a parlé du Nuon, cours d'eau qui prendrait sa source dans le- Nimba et se réunirait au Diouou (Gavally) sur lequel il l'emporterait en importance, Woelffel a supposé, au vu des premiers croquis publiés sur notre mission, que ce Nuon était ou bien le Douobé, ou bien le Gavally lui-même dont le Diouou ne serait qu'un affluent : nous aurions à Goya franchit le Nuon, à Zouaya le Diouou, et la fameuse boucle n'existerait pas.
La première hypothèse tombe de suite : le Douobé, fleuve de
MJSSIOy JfOSTAIXS-DOLLONE,
80 mètres à Makra, n'en a plus que 15 au point où nous l'avons passé chez les Kopos, c'est-à-dire qu'il n'est pas là à plus de 60 kilomètres de sa source que les indigènes nous ont indiquée avec des détails précis dans le mont Bô, chez les Zigons, à quatre jours de marche ; ce même massif du Bô arrête le Gavally et le rejette à l'Est, et donne naissance aux fleuves Samé et Diobo.
Quant à la deuxième hypothèse, elle donnerait à supposer que le capitaine Woelffel ne procédait pas de la même façon qui nous a si bien réussi : j'entends, ne marcher qu'après s'être entouré de renseignements assez précis pour pouvoir à l'avance dresser une carte du pays, et contrôler ensuite ces renseignements tout le long de la marche. Nous ne sommes pas arrivés à l'improviste à Goya et à Zouaya, sur deux grands fleuves inconnus que nous aurions hardiment supposé n'en former qu'un seul, le Gavally. Non, nous savions dès Paoulo — la carte dressée par nous et expédiée de Sooudi au Ministre par les deux Graoros qui nous ont quittés en fait foi — que le Youhoii (nom du Gavally depuis Fort-Binger) décrit une vaste boucle, et plusieurs indigènes nous l'avaient dessinée avec tout ce qu'elle contient; ^ous avons ensuite en marchant vérifié l'exactitude de tous les aetails. M. Woelffel pense-t-il donc que nous avons traversé deux fleuves sans savoir même leur nom? C'est bien le Youbou que les deux fois nous avons rencontré à la place exacte où nous étions prévenus que nous le trouverions.
Qu'est-ce donc alors que le Nuon? Je vais à mon tour faire des hypothèses, mais avec plus de droits, puisque nous connaissons leDouobé dont M. Woelffel ne sait l'existence que par nous, le Gavally dont il n'a vu que la source, et un autre fleuve dont je vais parler.
Nous avions appris ce nom de Nuon par le lieutenant Blondiaux qui en avait entendu parler vaguement au même endroit et dans les mêmes termes que Woelffel. Nous avons donc sans cesse questionné à ce sujet, mais sans succès : les Kroumen ne connaissent pas le Nuon ; de plus, et ils étaient très
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affirmalifs sur co |)()iiil, le. (lavally \\(\ rcroil aiirun ^los aniuciiL en amont du Donolx'.
lui rovaiu'lu^ on n'a cosscdo nous onlrotenirdii llouvc ]\ij)ou('. Il y a certaines connaissances j^dographiqnes ({ni sont en quelque sorte proverbiales dans la l'orèt : ainsi, d(;s I<\jjt-Hinger, on nous avait appris que le Douo (on Voubon, on (^avally) avait sa source dans la môme montagne qu'un autre lleuve, le Nipoud, qui se jette dans la mer très loin dans l'Ouest. Où otait cette montagne, tout le monde l'ignorait, il est vrai. En marchant vers l'Ouest les renseignements sur le Nipoué devinrent abondants, enfin du haut de Zouaya on nous a montré de la main les collines qui bordaient ce fleuve.
Son existence ne peut donc être mise en doute, et la notion populaire qu'il a sa source à l'opposé de celle du Gavally, donc dans le Nimba, se trouve confirmée par la direction de sa vallée que nous avons aperçue. Mais alors ce serait soit le Nuon, soit le Mani, qui d'ailleurs peut-être ne font qu'un.
Quel est le nom européen de ce fleuve, car enfin toutes les embouchures sont connues. Ce ne peut être que le Saint-Paul, seul cours d'eau ayant une embouchure assez grande pour convenir à un cours d'eau si long, à moins cependant qu'on ne vienne à découvrir plus à l'Est sur la côte libérienne une embouchure importante. Ceci n'est pas impossible, personne n'a exploré sérieusement la côte même de ce soi-disant État; d'ailleurs il faut se rappeler qu'il y a quatre ans, avant M. Pobéguin, personne n'avait encore fait attention à la Sassandra, laquelle est un fleuve de plus de 600 kilomètres.
Mais si le Nipoué a sa source dans le Nimba et est bien le Saint-Paul, que deviennent alors les cours d'eau qui prennent leur source entre le Nimba et Beyla et qu'on considérait comme l'origine de ce fleuve?
Ou bien ces cours d'eau se réunissent au Nipoué, dont la source du Nimba n'est alors pas la principale, ou bien ils vont se réunir à la Loffa qui, au lieu d'être une des branches du Saint-Paul, serait un fleuve indépendant et tomberait dans la mer
]\flSSfO\ Ï/OSJAIXS-D'OLLOXE.
plusà l'Ouest. Cette suppositionestd'accordavec une cartepuhliée par M Delafosse, agent consulaire de France à Monrovia. Cette carie est sans valeur au point de vue de l'intérieur du pays sur lequel M. Delafosse ne pouvait avoir aucun renseignement, puisque personne n'y a jamais pénétré sauf nous, mais sur la côte elle présente une nouveauté remarquable en faisant de la Half-Cape-Mount-River l'embouchure de la Loffa. M. Delafosse n'a dû faire cette modification aux cartes que si l'importance de cette embouchure a bien été réellement reconnue. Et alors, le problème serait résolu : le Saint-Paul serait le Nipoué, appelé Nuon ou Mani dans les pays Nguérés, et sortirait du Nimba; la Loffa, grossie du Dianou et des autres rivières du Nord, deviendrait le grand fleuve de Libéria.
La question de la Sassandra peut être considérée comme définitivement résolue. Je la rappelle en deux mots :
On connaissait à la Côte d'Ivoire l'embouchure d'un fleuve, baptisé jadis parles Portugais San Andréa et depuis par corruption Sassandra. On le considérait comme peu important. Au Soudan on connaissait les sources de trois rivières, le Férédougouba, le Sienba et le Tienba, sans savoir ce que devenaient ces rivières. On avait supposé que les deux dernières étaient les sources du Cavally, et la P^érédougouba son affluent de droite. Puis Marchand avait fait de ces trois cours d'eau les sources du Bandama rouge.
Mais en 1896, M. Pobéguin ayant remonté la Sassandra pendant 80 kilomètres environ découvrit que le fleuve était très important, et supposa que le Férédougouba devait être son cours supérieur. En 1897 le lieutenant Blondiaux reconnut les confluents du Tienba, du Sienba et du Bafing avec le Férédougouba et fut d'avis lui aussi que ce cours d'eau, d'après sa position au point où il entrait dans la forêt et dans l'inconnu, devait former la Sassandra. Quant au Cavally, il lui attribuait comme origine le Diouou ou Diougou, source près de Nzo.
Ce qui n'était que des suppositions se trouve démontrépleinement exact par notre exploration, de façon directe en ce qui concerne
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leGa\;tlly doiil nous .ivoiis conslaiiiiiicnl suivi le, l).'i.ssiii, iiuJirectoon cci ((ni loiiclicl.'i S;iss;ni(Ii\'i. l'iiicd'cl riiiij)orl.'inl('- rivi("'rc Ftîrodoiig'Oiiba i\(\ pcnl, iiiu^ l'ois (miIim'c. m forrL où v.r, nom l)aml)ara csi incoiiim, devenir (|iie le (^avaliy ou la Sassandra, puis(|ii'il faut hieii (|u'ollc so jctlo à la incr. Or clic n'(!sl ni uiui branche ni un aflluonl du (lavally, nous nons en sommes assures, cll(» est donc hien la Sassaiidi'a. Les renseignements des indi{i,ônos, malgré la diffieiiltd (jiie présentent lescliangemcntsde noms no laissent d'ailleurs aucun doute à cet c'^ard : la Sassandra, ([u'ils appellent Néga chez les Tabdtouos, Ibo chez les peuplades plus au Nord, vient de très loin et ref;oit comme affluent de droite le Zo, qui a été reconnu par M'oelfTel. VA, détail particulièrement curieux, tout en croyant qu'elle prend sa source à une année de marche et en ignorant absolument ce qui se trouve sur ses bords au nord du Zo, ils savent partout dans la forêt qu'elle est formée de trois cours d'eau. Ibo saré (rouge), Ibo iré (noir) et Ibo plou (blanc), ce qui correspond parfaitement au Férédougouba, aux Sienba et Tienba réunis, et au Bafing (rivière noire, comme Ibo iré).
Il ne peut donc y avoir d'erreur : puisqu'il n'y a qu'une embouchure de fleuve dont on ne connaisse pas la source, la Sassandra, et une seule rivière importante dont on ne connaisse pas l'embouchure, la Férédougouba, l'identité de ces deux cours d'eau paraît certaine.
Si tout le pays à l'est du Gavally se trouve donc sorti de l'obscurité, à l'Ouest il reste bien des problèmes, outre la question du Saint-Paul. Nipoué ou Loffa, dont j'ai parlé plus haut.
J'ai porté sur la carte le Kiki, affment du Gavally dont on nous a partout parlé avec force détails précis: cependant ni M. Pobéguin ni M. Hostains, qui ont remonté le fleuA'e au delà de son confluent signalé en amont de Niania, n'en ont eu connaissance, et la carte du lieutenant Dromard ne l'indique pas non plus.
Nous n'avons pu identifier avec aucune des embouchures portées sur les cartes de la côte libérienne les fleuves Non, Samé, Diobo qui coulent dans l'intérieur.
MISSI().\ IIOSTAIXS-D'OLLONE.
Enfin il conviendrait de rayer définitivement des cartes les renseignements fantaisistes fournis par le noir libérien Anderson, dont l'exploration n'a certainement jamais eu lieu. Ce ne sont que noms inventés ou placés au hasard. Ainsi Nzolou et Nsapa, indiqués comme à plus de GO kilomètres l'un de l'autre, sont en réalité à portée de la voix, d'après leurs habitants qui sont venus ensemble faire leur soumission au capitaine Basset, à Beyla. Et c'est là une des moindres erreurs, on le constatera en comparant l'itinéraire d'Anderson à l'Est du Saint-Paul avec notre carte. A mon avis, celle d'Anderson a été fabriquée à l'aide de renseignements fournis par des captifs de l'intérieur et placés au petit bonheur.
J'insisterai en terminant sur la nécessité pour les géographes d'indiquer fortement l'existence de la forêt sur les cartes. Plus que des montagnes, cette forêt crée une région impénétrable, absolument spéciale comme caractère des habitants aussi bien que du sol, et son importance à tous points de vue est bien plus grande que celle de la fameuse chaîne de Kong, qu'on se serait bien gardé d'omettre. Dans ce pays, fleuves ou montagnes comptent peu, une seule chose domine tout, la forêt.
AprKXDici-: m
Cliiiial.
DANS les pays dquatoriaux, l'année se divise ordinairement soit en deux saisons, sèche et pluvieuse, soit en quatre, grande saison sèche et petite saison de pluies, petite saison sèche et grande saison de pluies ; pendant la saison sèche il ne pleut jamaip.
Ces divisions ne sont pas applicables à la région du GavalJy : il y pleut toute l'anne'e. Sans doute l'humidité entretenue par l'épaisse végétation, les marécages formés par les ruisseaux dont un arbre tombé barre le lit, exercent une influence considérable et amènent des pluies toutes locales. Sans doute aussi les courants atmosphériques venant du golfe de Guinée et de l'Atlantique, se rencontrant au cap des Palmes, concentrent sur cette région les orages.
Voici le résumé des notes prises dans la forêt pendant douze mois :
Jours de pluie
Décembre 1898 4
Temps couvert, quelques orages. Le 30 commence à souffler Iharmaltan, vent du Nord très sec et froid. (Région de Grand-Bassam.)
Janvier 1899 1
L'harmattan cesse de souiller le 16.
Février 4
A partir du 20, les orages qui jusque-là étaient accidentels deviennent réguliers. Les nuages arrivent de l'Ouest chargés de tonnerre, mais ils crèvent rarement. (Passin duCavally.)
Mars 14
L'heure des orages qui d'abord avaient lieu vers le coucher du soleil a\ance tous les jours, et la pluie devient fréquente, surtout depuis le 20.
A reporter . .... 23
M/SS/O.V ffOSTyXIXS-D'OLLONE.
Jours de pliiio
Heport 23
A vril \'i
A partir du 10, les pluies jiis(|ii(;-là presque journalières s'espacent.
Mai 18
l?oau temps jus(pi"au 7. Ce jour-là pluie violente et commencement de la hausse des rivières, 4 pluies diluviennes.
Juin 23
3 pluies très violentes. Les averses ne cessent pas. Tout est inondé.
Jiiillel 20
4 pluies très violentes. A partir du 19, les eaux baissent un peu.
Août 18
Plusieurs belles journées. Averses plus rares.
Septembre. 27
Les orages viennent de l'Est. Pluies presque continuelles (6 torrentielles). Inondations très forte=.
Octobre 25
4 pluies très fortes, mais plusieurs fois des averses insigniliantes. Le 8, un coup de vent subit et excessivement violent, qui selon les indigènes annonce la fin prochaine des pluies, de même que l'arrivée d'aigles blancs. A la fin du mois, les orages ont lieu à une heure de la journée de plus en plus tardive.
Novembre G
Le 2 les pluies régulières cessent. 11 n'y a plus que des orages durant parfois deux jours. Les eaux baissent rapidemenl.
Total des jours de pluie pendant un an 17j
Au mois de décembre 1899, nous sortons de la forêt et atteignons le plateau qui sépare le bassin du golfe de Guinée de celui du Niger. Nous sommes donc dans des conditions différentes, et en effet nous ne recevons aucune pluie, tandis que dans le mois correspondant de 1899 passé sur la côte, nous en avions quatre.
De ce tableau il ressort que les mois de novembre, décembre, janvier et février peuvent, si l'on veut, être considérés comme une saison sèche, car on n'y est pas assuré de recevoir de la pluie et les eaux sont assez basses, le sol est sec. Néanmoins les orages n'y sont pas rares et la pluie tombe en moyenne un jour sur huit (15 pluies sur 120 jours).
Pendant les huit autres mois, il y a 160 pluies sur 240 jours, soit 2 jours sur 8 en moyenne. Ce sont toujours des pluies d'orage, c'est-à dire des averses plus ou moins longues et plus ou moins espacées. Le tonnerre gronde presque constamment:
cLi 1/1 y.
sij^iio pai'liculior, il loinhc lirs l'.irciiicnl clou ne v<jil. j)r(;sqno jamais d'dclair ; Ir roiiIciiUMil de, la fondre se prrjdwil an sein inriiio dos nna^cs, sans (jn'on aperçoive la ilainmc.
La l(Mnp('i'alui'o est très snp|)()rlal)l('. Je, ne peux donner ancnii eliill'r(\ noire nni(ino lliermomètro s'étant casse' à la première étape. Heaucoup de voyageurs disent (pic la chahiur Inimide des forcis est plus ix'nihle ([uc l'cclat du soleil. .Je ne puis (jne répondre ceci : nous avons toujours marché du malin au soir sans nous apercevoir de Theurc, et sans «'prouver pins de fatigue ([ue si nous avions fait le incme ellbrl en France. La flanelle ou la toile peuvent se supporter également.
La nuit, la température s'abaisse sans brusquerie, ce qui est un des points les plus importants pour la santé. Dans les pays on la chaleur persiste longtemps pour tomber brusquement de 15 ou 20 degrés entre 2 et 4 heures du matin, on s'endort insuffisamment couvert et le froid subit amène presque toujours la fièvre ou la dysenterie. Dans la forêt, j'ai toujours supporté, à l'intérieur d'une case, une ou deux couvertures dès 10 heures du soir. Cette fraîcheur graduelle de la température, qui dure jusqu'à 8 heures du matin, est bienfaisante pour la santé. Pendant les mois de mai, juin et juillet, nous avons presque toujours allumé du feu, dans les cases, depuis cinq heures du soir, tant les pluies abaissaient la température.
Le soleil est très souvent caché par les nuages ; pendant des journées entières, il reste voilé par des vapeurs. Il en est de même des étoiles la nuit. Ces circonstances rendent presque impossible les observations astronomiques, à moins de faire de très longs séjours dans le même endroit et de n'avoir aucune autre préoccupation, ainsi que l'a fort bien expliqué le docteur Gurreau.
Pendant les mois de décembre 1899, janvier, février et mars 1900, nous avons traverse le Soudan méridional et la Guinée. Là, les saisons sont bien tranchées et nous n'avons pas reçu une goutte d'eau. Quoique sans cesse au soleil, car les feuilles des arbres étaient desséchées et ne donnaient aucune ombre, nous
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avons également trouve la température supportable, et nous avons souvent chassé à pied toute la journée. Pendant le mois de janvier la température de la nuit tomba à 3" au-dessus de 0° (observation faite au thermomètre du poste de Kouroussa), et il fallait coucher tout vêtu, entouré de trois couvertures, auprès d'un bon feu dans une case. Binger avait déjà noté 8" à l'intérieur d'une case, ce qui s'accorde tout à fait avec ces observations. Les noirs qui dorment volontiers nus prennent à cette saison des maladies de poitrine et meurent en foule de pneumonies ou de bronchites.
On voit combien grande est l'erreur de ceux qui croient, d'après les descriptions du Sud-Algérien et du Sahara, que toute l'Afrique est une contrée brûlante. Il faut autant s'y garer du froid que de la chaleur, et on peut s'y porter très bien à condition de savoir profiter et de l'un et de l'autre.
J'ai indiqué dans le cours de l'ouvrage, mais cela mérite qu'on y revienne, qu'il n'y a pas de moustique dans la foret, et que malgré nos marches pénibles et notre vie dans un perpétuel marécage rempli de matières organiques en décomposition, nous n'avons jamais eu un accès de fièvre sérieux. Le premier phénomène serait la cause du second, d'après une théorie récente. Mais qui expliquera l'absence de moustiques dans un pays qui semble fait pour eux ? Gela vaudrait la peine d'être étudié, car peut-être découvrirait-on que certains arbres ou certaines plantes sont funestes au moustique, et en les introduisant dans d'autres contrées, on pourrait en chasser cet insecte et partant la fièvre.
Si en même temps on parvenait à diagnostiquer les tempéraments sujets ou rebelles à la fièvre, de même qu'on reconnaît les personnes anémiques ou faibles de poitrine, le climat qui pour tant de gens est un épouvantai!, cesserait d'être un danger ^
1. J'ai dit que presque toutes les plaies deviennent ulcéreuses. Pour combattre le mal, il est nécessaire de cautériser la plaie et de détruire les chairs contaminées soit avec de la teinture d'iode soit avec du permanganate de potasse. L'emploi de la poudre iodoforme est très funeste tant que la plaie n'est pas tout à fait assainie.
N AT uni: nu s m.
N.iliiir cl (•(iiili:;iir .ilidii du sol.
Lo l(M*raiii ost uiio ar^ilo silico-forruf^incusc recouvrant du granil. Un ({iiailz très cliargo do mica apparaît fr(5(iiicmnfîcnt sur les flancs dos ravins; dos blocs do grès so rcncontront aussi par places. A mesure qu'(Hi s'approche des sources du (Javally et du massif entièrement graniti([uc du Nimba, le roc sort de terre davantage, et le sol se recouvre de lat('rile.
La configuration du terrain est très claire et très logique : des hauteurs séparent nettement les difl'érents bassins, les vallées sont bien dessinées. C'est une circonstance particulièrement heureuse dans ce pays couvert et invisible, car, d'après ce qu'on rencontre, ruisseaux, collines, etc., on peut deviner la forme générale : vérification faite, toute supposition logique s'est trouvée juste.
Il semblera peut-être étonnant que dans ces conditions je parle souvent de marécages ou de terrains détrempés : les eaux devraient s'écouler, si la pente du terrain était bien accusée. Oui, mais il ne faut pas oublier que nous étions en forêt : il suffit d'un gros arbre tombé dans un ruisseau pour en barrer le lit ; tous les débris entraînés viennent s'accumuler contre l'obstaclo et forment une véritable digue, si bien que l'eau arrêtée inonde toute la vallée. Si le lit des rivières était nettoyé, l'écoulement serait parfait. Il faut aussi songer que les pluies sont si torrentielles qu'elles amènent des hausses subites, et les débordements sont forcés dans des pays où pendant huit mois il pleut presque sans cesse. On ne trouve aucun marais proprement dit, sauf celui signalé chez les Mboros, et nous n'avons rencontré en tout que trois étangs ou pièces d'eau libres d'arbres.
Nous n'avons nulle part trouvé trace d'or. Cependant la nature du sol est absolument la même que sur la rive gauche du Bandama et que dans l'Indénié et la Côte-d'Or anglaise où l'or se rencontre en grande abondance. Il est assez peu croyable que
Missioy nosTAiNs-iroLLoyi:.
subitement le sol cesse d'être aurifère sans qu'on constate d'autre différence importante. L'or peut très bien exister sans que nous l'ayons trouvé.
Cependant il serait étonnant que les indigènes ne l'aient pas découvert, alors qu'ils l'ont fait dans les régions voisines. Partout où nous sommes passés, ce métal dont nous avons montré quelques spécimens était inconnu ; on attribuait au cuivre, employé à faire des bracelets, une très haute valeur, ce qui montre que l'or eût été recherché avec avidité si sa présence eût jamais été signalée.
Cependant je dois mentionner des récits de vieillards recueillis chez les Tépos par M. Pobéguin et par M. Hostains, et d'après lesquels autrefois l'or aurait été connu, mais des blancs seraient venus (il y a eu des Espagnols et des Portugais sur la côte du xv^ au XVI II*" siècle) et il y aurait eu alors tant de guerres et de massacres à cause de lui, qu'il aurait été interdit sous peine de mort de le rechercher désormais.
Le fer se rencontre en abondance.
Faune.
Je ne veux point faire une énumération interminable des animaux de la forêt : les individus y sont rares, mais les espèces très nombreuses. Je vais simplement signaler ce qui est digne de remarque.
Les éléphants se rencontrent en assez grand nombre, mais pas partout : ils affectionnent certains cantons que rien ne distingue des autres en apparence. Ainsi, on en trouve au bord même de la mer entre la rivière Tabou et le Cavally^ puis le pays en est absolument dépourvu jusqu'au Nord du mont Niénokoué. Ils sont absents sur la rive droite du Douobé depuis son confluent jusqu'à hauteur de Douébli, et subitement ils apparaissent entre Douébli et les Kopos. k certaines époques fixes, ils se rendent d'un de ces cantons à l'autre. Ils affectionnent, paraît-il, un fruit rond, de la grosseur d'une prune, à la chair jaune, qui abonde
l'A II \/:.
dans le pays Ixx) cl dont le noyau ('(juliciil iiik; amaiidc (l(; la(iii('ll(> les m(li;i,'oiios tirniil de, la {^raisso.
I/liil)|)()|)()lain('. <|ii'()ii trouve- dans Ions les lloiivcs de la (ICjUt d'ivoire, n'exish» pas dans le(]a\ally. (Refait esl à noter; ildoit avoir poni' oxplicalion l'abseiiee d'iiorhag'es snr tonle yél(M\(\\u- (In cours d'eau : l(>s anlres llouvcs an contraire ont tons leni* source hors de la foret, si bien (jue les hippopotames peuvent trouver des pâturages, et on constate en effet qu'ils sont Ijien plus nombreux vers les sources bordées de prairies que dans les cours inférieurs qui traversent des forêts et où sans doute ils ne descendent qu'accidentellement.
J'ai dit qu'en revanche on trouve en abondance le petit hippopotame de Libéria, qui n'existe qu'en ce point du monde. Il circule beaucoup à terre.
Cet animal avait été déjà signalé, mais je crois que personne n'a parlé d'un autre monstre nain, le petit crocodile, long d'un mètre au plus. Nous en avons pris deux, l'un à la ligne (avec un appât fixé à un nœud coulant qui se loge entre les dents de l'animal et se resserre sur une des mâchoires), l'autre dans un des souterrains qu'ils se creusent et dont l'orifice est au-dessous du niveau de l'eau. Nous pensions, malgré leurs fortes dents, que c'étaient de jeunes caïmans, mais non seulement les indigènes nous ont assuré qu'ils étaient fort vieux et d'une espèce spéciale, mais nos Soudanais ont confirmé leurs dires et affirmé que ce petit caïman existe aussi dans les affluents du Niger : ils l'appellent non pas brfna comme le grand caïman, mais bassa en bambara et lo>>f/a//a en dioula. Les Kroumen le nomment kaaa.
Nous avons pris au filet deux grands crocodiles, les seuls que nous ayons jamais vus. Ils sont d'une espèce singulière : leur museau est excessivement mince et allongé, moins qu'un gavial certainement, mais cependant bien plus que le caïman ordinaire. Cette espèce ne paraît pas féroce, et on se baigne impunément partout.
Les sangliers sont à poil roux très fin, n'ont que de courtes défenses, et ressemblent fort au cochon dont leur chair a le goût.
MISSIOy IIOSTAINS-D'OLLONE.
Au contraire les cochons domestiques qu'on trouve sur le littoral ont le poil noir.
Il y a deux variétés de buffles, Tune noire, l'autre brune ; de nombreuses variétés d'antilopes connues au Soudan (l'une, couleur gris de fer, n'existe que dans la forêt et le Soudan méridional).
J'ai donné le curieux signalement du blé. M. Milne-Edwards attachait un grand intérêt à déterminer Taire d'habitat des singes. Voici donc la liste de ceux que nous avons rencontrés; la comparaison avec celle dressée par Binger dans rindénié facilitera cette détermination :
1° Le Oué ou Chimpanzé, rencontré par Binger;
2' Le Téoulo, noir et rouge brun, sans doute le tah-hié de Binger, quoique je n'aie pas reconnu la manière de sauter décrite par celui-ci ; c'est de beaucoup le singe le plus commun, il vit en bande de vingt à trente individus ;
3" Le Plé, ou foc de Binger (cependant il a la tête non pas blanche, mais noire, avec une sorte de crinière blanche retombant sur les épaules) ; on en voit rarement plus de quatre ou cinq ensemble ; très souvent ils sont avec une bande de téoulos qu'ils abandonnent à la première alerte, si bien que presque toujours ceux-ci sont seuls tués ;
4" Le Glé ; sa description ressemble fort à celle du tiédiQ Binger, sans être identique : dos gris parsemé de poils clairs, avec une ligne brun-rouge foncé suivant l'épine dorsale; ventre et queue blancs, cuisses d'un feu éclatant, face noire avec sourcils blancs.
5" Le Tatoué, ou pain à cacheter [adéré de Binger) ;
6° Le Kadoué, gris souris, face rose cuivrée ;
7° Le Doué, appelé aussi tokoui et tabahou, face claire, robe gris verdâtre;
S"* Le Glébli, noir avec barbiche blanche;
9° Le {nom devenu illisible) entièrement blanc; dans la forêt il n'existe, paraît-il, que chez les Boos et Booniaos, dans la boucle du Gavally, oii nous l'avons vu. Je sais qu'il y en a
FA uni:.
aussi dans le Kissi ; ut c'est peut rire le Soula Massa (dominicain?) vu par lUiigor près do Kong-.
1)0 ces espèces, soûls le chimpanzé et le tdoulo [colohiis jnHijlnosus do Moskowitz) sont roprésontds au Muséum de Paris, i.e t'olobns ji()/i/c()i/H(.s ilu !)' Maclaud (Guinée) ressemble fort au plé, mais il n'a quo do rares cheveux blancs sur les côtés, tandis que la perruque du plé est abondante et couvre toute la tôte ; le colobus fuliginosus do Maclaud n'a pas la face rose, mais noire, ni le ventre rouge, mais jaune clair, et est bien plus semblaljle au colobus nt/a/'i(h'(jinus du Sénégal. Le glé se rapproche du cercopithecus Brazzœ.
Lo singo blanc n'est peut-être qu'un albinos de cercopithecus ruber.
En somme, cinq de ces espèces ont été signalées par Binger dans rindénié ; une autre, peut-être, existe en plaine vers Kong, ainsi que dans les pays couverts du Kissi; enfin, quatre espèces de l'Indénié ne se rencontrent pas dans le Gavallj, non plus que trois espèces du Gavally dans l'Indénié.
Il y a de curieux rapprochements à faire entre les singes de la Côte d'Ivoire, de la Guinée et du Congo, qui sont parents, mais non identiques.
Nous avons eu un jeune chimpanzé pris après le meurtre de sa mère. Il était très intelligent et très affectueux envers nous, mais, chose curieuse, plein de mépris pour tous les noirs. Au contraire, tous les singes que nous avons eus ou vus ont toujours manifesté une terreur épouvantable à notre approche, malgré leur familiarité avec les noirs ; en une foule de points, le chimpanzé se différencie nettement des autres singes, aussi les indigènes prétendent qu'il est non un singe, mais un homme.
Cet animal a un langage, rudimentaire sans doute, mais parfaitement précis : j'ai pu noter neuf intonations différentes correspondant nettementàneuf ordres d'idées constants. J'en citerai un bien curieux : jamais cet animal n'arrivait en notre présence sans s'arrêter et nous saluer de trois sons brefs émis en avançant les lèvres, après cela seulement il se considérait comme introduit;
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la j)iupart du temps, il procédait de môme avant de repartir. Gela signifiait clairement bonjour et au revoir, et jamais ce signe n'était employé dans un autre cas. Gela était parfaitement spontané, et j'ai pu faire les mêmes observations sur d'autres chimpanzés.
Dans toute la forêt on trouve des chiens pareils à nos roquets : ils sont généralement blanc etfeu, à poil ras. Signe particulier, ils hurlent, mais ils n'aboient jamais. Ils ne rendent aucun service, ni comme chiens de chasse, ni comme chiens de garde. Dans quelques tribus, celle des Paloubés par exemple, on les mange.
Le chat, évidemment importé, est très rare.
Je signalerai deux filaires que des tirailleurs ont prises dans l'eau après uneforte pluie qui avait lavé la terre, et qu'ils m'ont affirmé être des vers de Guinée. Ges deux filaires ont été envoyées au Muséum avec d'autres insectes, mais ne sont jamais arrivées à destination. G'est grand dommage : on sait que, suivant l'opinion admise, le ver de Gainée ne croît qu'à l'état parasitaire, non à l'état libre ; il eût été fort intéressant de pouvoir contrôler le fait. Suivant les noirs, cet insecte se trouve dans de petits grains de terre agglomérés qu'on voit souvent sur le sol et où sont contenus les œufs. Les pluies dissolvent ces amas, et les œufs sont bus avec l'eau ou s'introduisent dans les plaies par les lavages.
Les bœufs sont petits et très rares ; les moutons sont très beaux, sans laine, mais avec une crinière de longs poils; quelques chèvres, des canards de Barbarie. Enfin, lespoules sont assez nombreuses, quoiqu'on ne sache guère faire couver; ces poules viennent dormir dans la case de leur maître, quelquefois dans un double fond pratiqué à cette fin dans la paroi ; nourries surtout des grains de riz tombés des mortiers, elles ont une chair blanche et agréable. On trouve quelques pigeons importés. Il y a excessivement peu d'oiseaux. Les plus communs sont diverses espèces de touracos, des calaos, des perroquets gris à tête rouge ; les pigeons verts et les tourterelles sont plus rares.
Des hii'()ii(l('ll(\s iioii'cvs on hlciics ,mss(^z iioiiihroiisos ; dos |)<'i'<liix grisos, assez l'ai'cs ; des comp.-i-^ii'Kîs de |)iiit.'id('.s l^lciics avec uneiua{^ni(i(liie Imppe l)l(Ml(^ à la place de corne.
Il mv, Caul iiHMdioiiiier an Soinlan, unire le fabulcnx ponijjo (giiidiara) dont j'ai parh', l'existence do doux sortes de hyènes. Toutes deux sont Ix^anconp plus grandes, plus fortes et j)lns hardies que celles d'Algérie ou d'Orient. Mais Tii no surtout, ({ue les indigènes appellent suondra (cheval panthère), serait formidable et inspire une très grande terreur. Un soouara avait tué un sergent français <l((iis tme case peu avant notre passage. Cette hyène serait, paraît-il, tachetée.
Flore.
On peut dire que presque toutes les cultures réussissent dans ce sol riche. Les légumes d'Europe plantés à Fort-Binger sont venus fort bien, quoique la saison fût très pluvieuse et le soleil trop souvent caché.
Voici les principales cultures du pays, qu'on ne trouve pas toutes, loin de là, dans chaque village :
Le riz de montagne, blanc, plus rarement rouge, base de la nourriture ; le manioc, très abondant aussi; le plantain ou grosse banane, qu'on ne trouve guère que près delà côte; la patate, peu sucrée et très agréable; l'igname, trèsrare fon trouve parfois l'igname sauvage); le maïs, les haricots ; le bananier, partout sauf chez les Koposet Pérabos ; orangers (à fruits amers), citronniers, kolatiers, arachides, piments. Nous avons trouvé à Paoulo des arrow-root, et aussi de petits haricots de la taille et delà couleur d'une lentille. Enfin partout un tabac assez agréable,quoique les indigènes lui préfèrent de beaucoup le tabac de Virginie dont nous avions emporté plusieurs charges.
Ce tabac si abondant a-t-il été importé? Cela n'est guère probable, puisque les indigènes vivent sans communication avec le reste du monde. Ceci viendrait à l'appui de la thèse de Binger qui pense que le tabac serait originaire du Soudan.
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A ce sujet, une remarque curieuse est à faire : Binger, entre autres arguments, dit que le tabac est appelé en langue mandé faba. Cependant, si on montre du tabac à un Mandé quelconque en lui demandant le nom indigène, il vous répond (( sara », et non (( taba ». Binger s'est-il donc trompé? Pas du tout : les Soudanais distinguent deux qualités de tabac, Tune supérieure, qu'ils fument et qu'ils nomment sara, l'autre inférieure, qu'ils prisent et qu'ils nomment taba. Et comme ils trouvent très bon le tabac européen, ils l'appellent sara, si bien que ce produit, qui probablement est venu de chez eux avec son nom, perd celui-ci dès qu'il rentre dans le pays où il Ta reçu originellement.
Chez les Graoros, nous avons trouvé une petite prune jaune, oblongue, assez agréable ; chez les Boos, sur un grand arbre inconnu ailleurs, mais là très fréquent, un fruit pareil à une grosse reine-claude, dont la chair jaune, assez fade, est prisée des éléphants, et dont le noyau contient une amande d'où les indigènes extraient une graisse.
Enfin, il faut signaler un singulier fruit dont il peut être tiré parti : il ressemble à une châtaigne rouge, en l'ouvrant on trouve, dans trois cavités, trois noyaux noirs recouverts d'une sorte de gélatine qui y adhère fortement. Cette gélatine est extraordinairement sucrée, si bien qu'il suffit de placer un de ces noyaux dans sa bouche pour sucrer au passage n'importe quelle boisson. Nous en avons souvent fait usage quand nous n'avons plus eu de sucre.
Je ne m'étendrai pas sur les essences de la forêt, pour la plupart inconnues et dont je ne sais que les noms indigènes.
Le palmier à huile se trouve dans toute la forêt, mais seulement dans les endroits où on en a planté, car sa graine trop lourde ne peut être transportée par le vent. Il est donc inutile d'en chercher loin des villages, et même il est rare dans certaines régions. Le cocotier n'existe pas dans la forêt. On en voit quelques-uns cependant chez les Tépos et chez les Graoros ; ils ont été importés par des hommes qui ont voyagé sur les bateaux, comme un souvenir de leurs voyages dans le pays des blancs (!)
liO kol. -il i (M' polisse i).ii'l oui . maison iio I(î trouve eu abonda m co (|U à pai'lii'du pays koj)o jus(|u';i la lisioro Nord, (d, souleriHiul où ou la plaiili'.
Lo caïlc('dra est ulilis(' j)ai' les indigènes pour ^^lu'i'ir les plaies do la inrnio faeou (|uo IJiuger a observée nu Sf)U(baM : lavages ave<* une (li'cociion du l)ois, ousuito écorcc r('(luile eu poudre servant à saupoudi'ei' la |)laic. Celle n^'lbode nous ;i i)ie.n réussi dans plusieurs cas déruptions. Il est à remarquer ([u'aueun do nos hommes no la connaissait, ollo doit donc être peu répandue au Soudan.