PL. IX
E.GIFFAULT, DEL.
en w
zi -
cours de six kilomètres seulement, devant la chrétienté du missionnaire. Très sinueux, profondément creusé par la marée, il peut être remonté par les chaloupes à vapeur, ce qui n'est pas le cas des deux canaux, trop envasés.
De Pétriou je gagnai également en barque le confluent du Klong Takien dont j'avais en vue de relever le cours ainsi que celui du Klong Ivakiàp jusqu'aux mines de 1er de Sarekam.
La petite rivière de Takien est profonde ef accessible aux chaloupes jusqu au village du même nom. Son courant était rapide à cette époque
Fig. 62. — Chrétienté de M. Sthmilt à Pétriou.
de crues, et quoique la marée ait action sur tout ce trajet en temps ordinaire, elle ne me fut pas utile. Ses bords sont extrêmement peuplés.
Son affluent le Klong Kakiâp se termine en cul-de-sac à Sarekam. petil centre administratif près d'un riche gisement de fer dont le minerai qui affleure le sol est exploité par des Chinois d'après la méthode dite « catalane ».
La population de celle région est presque exclusivement composée de Cambodgiens transportés.
\ travers une immense plaine qu'inondent les crues du fleuve de
142 MISSION l'W IK
Pétriou et de ses ;illlncnfs. un chemin, rencontrant une quantité de villages cambodgiens et laotiens, conduit à Bang Pla Soi au bord de la baie de Bangkok en passant par Phanat, petit centre administratif.
Le pays est cultivé en rizières : le kloug Louang. dernier affluent du fleuve de Pétriou est. taule de ponts, l'obstacle le plus grave aux voyages pendant l'époque des pluies.
Aux approches des collines de Bang Pla Soi, ancienne île. sans doute, on passe du sol alluvionnaire sur un terrain sablonneux. La petite ville s'étale au pied des hauteurs et au bord de la mer. C'est aussi un chef-lieu de province, la population est évaluée à 10,000 habitants. La pèche y est une ressource importante.
De Bang-Pla-Soï à Rayong, un chemin fréquenté, longe la côte jusqu'à la petite baie de Na Kleua et s'engage ensuite dans l'intérieur, coupant, en ligne droite, l'avancée de terre inhabitée qui a pour extrémité le cap Liant.
Les cours d eau rencontrés dans le parcours sont insignifiants, les premiers naissent dans les collines Kao kiéo longeant la côte à petite distance, les derniers sont les sources d'affluents de la rivière de Rayong.
La côte est jolie et le pays bien cultivé dans ses abords. Les principaux points rencontrés en la suivant sont : Ang lu. ancien lieu de plaisance fréquenté par la famille royale du Siam sous la régence qui a précédé le règne actuel, et Bang Phra, centre administratif en face de lile de K.o-si-chan, abri dans la saison pluvieuse pour les navires qui ne peuvent stationner à 1 entrée du Ménam.
A une demi-heure de Bang Phra. une source thermale (37°) réputée salutaire, et qui. au dire des gens du pays, devient plus chaude lorsque la mer esl mauvaise, est située sur la pente des bailleurs.
Relativement facile à parcourir pour les charrettes, la route court la plupart du temps eu forêt après (pion a quitté la côte. Elle est surtout utilisée pendant la mousson du sud-ouest qui rend les communications par mer souvent très difficiles.
La plaine de Rayong semble une succession de petites dunes
sablonneuses fertilisées par les alluvions du joli cours d'eau (|iu venu du Nord coule au milieu d'une superbe plaine de rizières très habitée.
Rayong esl un centre administratif et commercial de peu d'importance, plusieurs centaines de Chinois, marchands ou cultivateurs y sont établis. Des peliles barques de mer y font le cabotage sur la côte. La ville esl située à 2 kilomètres cl demi seulement delà mer. mais à l'embouchure de la rivière une longue dune formée avec le temps en allonge beaucoup le trajet en barque.
De Bang-Pla-soï à Rayong, le pays est en majorité peuplé de Siamois.
DE RAVONG A PETRIOU ET A NAKHON NAIOK 220 kilomètres de levé nouveau.
Cet itinéraire comporte les reconnaissances de la rivière de Rayong. de la roule de Lahann à Pétriou, dune partie du fleuve de Pétriou, et de la rivière de Nakôn Naïok.
Dans la saison des pluies la rivière de Rayong peut être remontée jusqu'à Lahann situé à 25 kilomètres de son embouchure. Dans la saison sèche le village de NaPedou près de Rayong, où la marée se fait sentir, limite la navigation.
La marche vers Lahann est rendue difficile par le courant rapide et les bancs de sable qui obstruent le lit de la rivière dont les bords bien cultivés montrent de nombreux villages siamois. Elle a son origine à 70 kilomètres au Nord sur le petit plateau de Kansong qui prolonge les monts Krcvanh jusqu'à la mer: la marche vers Pétriou fait rencontrer ses principales sources.
La route de Lahann à Pétriou se déroule dans le bassin de la rivière de Rayong et dans celui du klong Louan g affluent du fleuve de Pétriou.
Jusqu'à la ligne de partage entre ces deux cours d'eau, elle s'élève peu à peu sur le plateau de Kansong au milieu d'une forêt exubérante
144 MISSION PAME
longeant d'abord la rivière, se tenant ensuite entre deux affluents de sa rive droite où elle rencontre de rares villages.
Elle est surtout difficile à suivre lorsqu'elle entre dans le bassin du Klong Louang, la pente du plateau y est plus accentuée que sur le coté opposé. Ensuite la plaine, terrain alluvionnaire argileux sillonné par les sources du Klong Louang. est couvert d'une immense forêt inhabitée où le bambou domine, elle est presque impraticable dans les pluies aux charrettes à buffles, le seul moyen de transport qui y soil employé jusqu'à Phanat d'où le voyage peut s'achever en éléphant.
De Phanat à Pétriou le chemin passe par la chrétienté de Houa phaï. conquise sur les éléphants sauvages dans une immense plaine où les villages, la plupart habités par des Cambodgiens, commencent à être nombreux.
J'avais dans le voyage précédent fait le relevé du cours du fleuve de Pétriou depuis le confluent de la rivière de Chantakam jusqu'à la rencontre du canal de Bangkanat, je fis cette fois celui de la partie entre Pétriou et ce dernier point en allant reconnaître la rivière de Nakôn Naïok son dernier affluent de droite.
Dans ce trajet le fleuve garde une largeur moyenne de 200 mètres avec 10 mètres de profondeur. 11 a une douzaine de villages sur ses rives.
La rivière de Nakôn Naïok sort des derniers contreforts des monts Dangreck dont l'extrémité S.-O. la plus avancée, arrive près du village de ce nom, jusqu'où elle est navigable dans la saison des pluies pour les petits vapeurs qui viennent charger du riz. Elle ne peut être remontée en temps sec que jusqu'à Ban Ho, limite atteinte par la marée. Large de quarante mètres, elle parcourt une plaine d'herbes qui à lOuest s'étend vers le Ménam et dans laquelle un dos d'âne séparant les deux bassins n'est pas encore achevé: aussi, les eaux des deux fleuves s'y mêlent en temps d'inondation, et la communication pour le transport des bois se fait-elle encore par le Klong bang-pla-kot qui, au delà du dos d'âne, prend le nom de Klong Ban Lang.
Nalvùn J\aïok est un petit chef-lieu de province près duquel une des chrétientés de M. Schmitl se trouve sur la rive.
Fie. 03. — M. Schmilt dans un de ses vi
HKTOtK A RAYONO
Rentré à Pétriou, je tentai de continuer mon voyage en allant prendre à Phanat un chemin vers Chantaboun qui autrefois était fréquenté, mais je dus me rendre aux assurances que cette voie, depuis longtemps abandonnée, était totalement envahie par la forêt et que personne dans le pays ne l'avait parcourue. Il me fut même impossible d'obtenir des indications me permettant de faire, sur la carte, un tracé par renseignements.
Je me décidai alors à retourner à Rayong pour continuer 1 examen de la cote \ers Chantaboun. Je gagnai hang Pla Soï par la route que
I" Série. — I. 19
MISSION l'AVIE
j'avais visitée, de là. une barque de pécheurs me conduisit à Rayong en deux jours.
DE RAYONG A CHANTABOUN
15ô kilomètres do levé nouveau
Cet itinéraire, en plus de la reconnaissance de la route longeant la côte, comporte celle de la rivière de Pasè.
Dans un pays un peu peuplé, la route se déroule le plus souvent
Fig. Gi. — Les écoliers du missionnaire de Cliantahouii devant sa maison.
sous les ombrages de forêts quelquefois très épaisses, souvent remplies de marécages salés où le « melaleuca cacheputi » domine communément.
Elle est coupée par huit cours d'eau dont le Klong Pasè est le plus important.
Celui-ci peut cire remonté, non sans difficulté, pendanl 30 kilomètres. La marée le remonte jusqu'au village de Hien-Ié-Long. Sa largeur esl d'environ 200 mètres pendant les 10 premiers kilomètres, à la
Fi''. 65. — Une famille à Clinntabuun.
sortie d'un canal qui réunit les deux extrémités d'un coude, elle n'est plus que d'une vingtaine de mètres. Né sur ce même plateau, prolongement des Krevanh, d'où Ton a vu sortir les Klongs Takien, Louang et Rayong, il parcourt un terrain qui n'est habité que dans sa partie basse.
Ii8 MISSION PAME
Le pays entre Rayong el Ghantaboun est généralement peuplé de Siamois, un grand nombre de Chinois se mêlent à la population pour le commerce et les cultures. Parmi les nombreux villages disséminés sur le parcours, les plus gros sont ceux de: Plie, devant la grande île Samil avec laquelle ses rapports sont constants, de Ivlamin dans un canton très beau, de Pasè à l'embouchure du Klong Pasè, de Pang-Ratt au Nord duquel on trouve de l'or. La colline de Ivao Iloua-ven est remarquablement cultivée par des Chinois, les premières plantations de poivre s'\ rencontrent. On y recueille des agates et des pierres de petite valeur dans plusieurs endroits.
Ghantaboun esl le centre commercial le plus important et le seul port de toute la cote Est du golfe de Siam. La mer forme à l'embouchure de la rivière, une rade vaste, où les navires d'un tirant d'eau ne dépassant pas 4m,50 peuvent entrer. Les vapeurs venaient à l'époque de mon passage y charger le poivre, le riz et les produits du pays. La population assez nombreuse compte environ 1.000 Annamites dont 2,000 forment une chrétienté établie au bord de la rivière, et un millier de Chinois. La culture la plus importante est celle du poivre qui fournil une récolle annuelle d'environ 1.500 tonnes.
DE CHANTABOUS A SKAKKO lôô kilomètres de levé nouveau.
Après Pétriou, Chant&boun devint mon centre de rayonnement. J'acquis en y arrivant la confirmation de ce qui m avait été dil relativement à l'ancien chemin qui de Phanat y conduisait anciennement, par contre, je sus que je pourrais parcourir deux itinéraires l'unissant à la route lélégrapbique cl qu'un troisième longeant la côte me mènerait de Chantaboun au Cambodge.
Le premier comporte les reconnaissances de la rivière de Chantaboun, de la roule de Takien-Tong à Vang-lloc cl de la première partie de la rivière de Srakéo.
SI \M ET C \MI!i)l)(iK l'.'.l
Les pluies avaienl cessé dépuis une quinzaine de jours quand je m'embarquai sur une pirogue pour remonter la rivière de Chantaboûn. J'ai donc vu ce cours d'eau dans la période de son pelit débit. Descendu du massif montagneux des Krevanh, il permet aux pirogues d'atteindre à 35 kilomètres au Nord, le village de Takien-Tong au delà duquel il n'est plus qu'un torrent roulant sur les roches. Sa largeur dans le trajet passe insensiblement de cent à vingt mètres.
Les rives sont très peuplées dans sa partie basse où elles sont bordées de plantations de poivre et de tabac entretenues surtout par des Chinois ou des métis.
A partir de Peuc, le pays est habité par des Tchiongs, anciens sauvages, aussi civilisés que les campagnards siamois de la légion, et qui ont vraisemblablement la même origine. Ils ne forment pas moins de trente villages disséminés surtout dans la partie orientale du haut plateau et appartiennent à la même famille que ceux déjà rencontrés à Kompong-Som.
Quelques radeaux chargés de produits des forêts se rencontrent journellement sur la rivière jusqu'au point, quatre kilomètres au-dessous de Takien-Tong. où la navigation cesse d être possible.
Takien-Tong est un joli village de quarante cases entourées de jardins, avec un temple bouddhiste dans une belle plaine de rizières au pied des hauteurs. On ne se douterait pas. à 1 accueil empressé des Tchiongs. qu'ils oui jamais, dans le passé, mérité d être considérés comme des sauvages.
Le chemin vers Vang-Hoc, simple sentier, court en forêt, traversant les petits affluents de gauche du Klong Tarong. principale source de la rivière de Chantaboûn, qu'il passe le deuxième jour de marche, avant de franchir le col dans lequel il quitte son bassin.
En dépassant la ligne de partage des eaux il longe, à partir de sa source, le Stung Srakéo, l'un des deux cours d'eau donl le Heine de Pétriou esl formé, jusqu'au moment où. à Vang-Hoc, la rivière permel la circulation aux pirogues.
Le plateau et les montagnes qu'il parcourt contiennent du cardamome, le principal de leurs produits naturels. Les gens du Sud qui en font la
cueillette ne dépassent pas La ligne de partage des eaux, ceux du Nord respectent également cette limite.
Tha-Ruahg, le seul village sur le trajet, est habité par des Cambodgiens chasseurs; toutes les autres haltes se font en des endroits déserts connus sous le nom de Domnac.
Le Stung Srakèo, près du chemin, coule abondant sur une pente peu inclinée, recevant quelques affluents sur la droite.
Aucun autre moyen de transport que L'homme n'est possible dans
Fie. 66.
Bords du Slun"r Srakêo.
les sentiers de cette région. Les Tchiongs sont heureusement habitués à la parcourir chargés et les étapes sont facilement atteintes.
La plupart de ceux d'entre eux qui m'accompagnaient parlaient le siamois et le cambodgien en plus de leur langue maternelle.
Dans cette foret ininterrompue, les fauves sont nombreux plus que dans les précédents itinéraires ; la nuit, les Tchiongs entouraient le campement de feux pour tenir éloignés rhinocéros, tigres cl panthères dont les traces se voyaient partout.
\ ang-Hoc est habité par des familles siamoises réfugiées depuis longtemps dans la forêt.
si vm et c wmoncE 151
Leurs petites pirogues peuvent à peine contenir trois ou quatre personnes. Du reste, la rivière ne permettrait pas à de plus grosses embarcations de circuler sur son courant à peine profond d'un mètre et, que les roches encombrent.
Dans plusieurs endroits, d'énormes arbres tombés en travers de la rivière ont une large entaille au milieu pour laisser passage aux barques.
Des affluents sans importance, les soulèvements calcaires, pleins de cavernes de Kao-Sakam et quelques villages, jalonnent le trajet jusqu'à Srakéo. Les rives commencenl surtout à être couvertes de cases isolées, à partir de Ban-Na. En même temps la pente s'accentue et les roebcs créent des obstacles plus contrariants.
A Srakéo la rivière commence à dessiner le coude à angle droit qui lui fera quitter la direction Nord pour celle Ouest dans laquelle elle se continue jusqu'à sa rencontre avec le Stung Patrang.
Srakéo, sur la route télégraphique, est le chef-lieu d'un petit canton cambodgien comptant sept villages.