‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895 (volume 2)Chapitre 55 sur 87 · I. VOS ORIENTAL · texte numérisé non relu

I. VOS ORIENTAL

que celui-ci, avec ses contingents, servail contre nous sous Lu-Vinh- Phuoc, le chef célèbre des Pavillons Nous. Le commandanl des troupes siamoises qui venait, après sa campagne, d'arriver à ïheng, expédia au vieillard malade I invitation de faire acte de soumission au Siain en venant le rencontrer. Ne pouvant se rendre à son appel, Kam-Seng lui envoya trois de ses fils, Kam-Sam, kani-llouil cl K.am-La, el son parent Kam-Doï, qui après avoir déclaré se croire dans l'obligation de reconnaître les Français pour maîtres, furent saisis, mis en cage el envoyés à Bangkok.

Quand à Luang-Prabang, on avait connu cet acte, toul le monde avait tremblé. On y savait l'esprit de famille des chefsde Laï, el aussi que le jeune Kam-La élail le lils préféré de sa mère : on connaissail surtout le tempérament de guerrier el l'indomptable énergie de l'aîné qui, dans sa jeunesse, avait, pour son instruction, passé plusieurs années dans les bonzeries de la ville : les Thaïs l'appelaient Kam-Oum, il était connu des Chinois el des Annamites sous le nom de Déo-van-lri.

Avec quel intérêt j'écoutais lous les détails sur cet événement, prologue d'une des phases les plus intéressantes de ma mission el quel grand parti j'espérais déjà tirer pour son succès futur, des conséquences nouvelles que je lui prévoyais! J'écrivis de suite au chargé d'affaires de France à Bangkok, pour lui demander de faire délivrer les quatre jeunes gens de Laï. sujets français, el le prier de les envoyer au plus lût me rejoindre.

Bientôt le roi reçut l'avis de la prochaine arrivée de son lils à Muong Fang sur les bords du Ménam d'où il allait gagner Luang-Prabang, en même temps lui arriva l'invitation du roi de Siam de se rendre à Bangkok pour y attendre les troupes qui, sous les ordres de I ancien commandanl siamois à Luang-Prabang, devenu général, le rameneraienl dans -on pays.

Le vieillard aurait bien préféré remonter à Luang-Prabang avec son (ils: il dut se décider à partir pour Muong Fang. Sur son désir, je résolus de l'accompagner jusqu'à sa rencontre avec celui-ci. je me dirigerais ensuite vers Luang-Prabang par le pays de \an. en visitanl cette importante principauté du Laos occidental.

MISSION l'A\ [E

• DE PACLAI A MUOING FANG ET A PITCHA1

190 kilomètres.

Le départ eut lieu le 26" août. Le roi avait soixante éléphants, j'en axais quatre ainsi que le commissaire siamois.

J'avais laissé Soin sur nia barque avec mon bagage. Il avait pour instruction, de suivre le fils du roi à Luang-Prabang lorsqu'il s'y rendrait.

J'étais très fatigué, depuis la catastrophe, je n'avais pins de provisions, mes approvisionnements déposés au palais y ayant élé brûlés dans l'incendie. Je vivais depuis lors dans des conditions difficiles car on manquail <l<' tout à Paclaï. J'étais prêt pour la fièvre. Elle arriva dès les premières étapes, la dysenterie s'y ajouta.

Ce trajet de Muong Fang, que le brave Kèo avait parcouru en quatre fois vingt-quatre heures, notre caravane, sur un sol détrempé par des pluies torrentielles ininterrompues, mil dix-sept jours à L'accomplir;

Remontant par les vallées duïN'am-Luï et du Nam-Pâl qui contiennent

LAOS ORIENTAL

quelques tecks, passant par l'importanl canton de Muong Houa, nous franchîmes la ligue de partage des eaux au col de Pou Dou (750 mètres) el entrâmes dans le hassin du Ménani par la vallée du Nam-Pàt.

C'est alors à mi-route de Faug, qu'une terrible panique des éléphants vint causer au pauvre roi une affreuse douleur.

Par une chaleur accablante, la caravane avançait lentement. Malade et désireux d'être tôt à l'étape, j'avais demande au roi la permission de le dépasser.

J'étais depuis quatre heures au bord du Nam-Pât, l'attendant inquiet

de son retard lorsqu'il arriva, les yeux pleins de larmes, me dire le malheur nouveau qui venait l'accabler.

11 marchait en tête de la caravane, quand subitement, à un détour dans la forêt, son éléphanl à moitié endormi, s'étail heurté à un autre éléphant venant en sens inverse el portant un fonctionnaire siamois envoyé pour saluer le roi. La bête effrayée, flageolant sm- ses jambes, s'était affaissée, jetant dans l'air un hurlemenl d'épouvante. Le vieillard n'avail eu que le temps de passer de sa monture sur l'éléphant cause de ce trouble, el de fuir. L ne panique effrayante s'étail emparée des animaux du convoi : les

éléphants avaient lancé à terre el dans les branches cornacs, voyageurs et bagages, et, piétinant les mis et les autres, avaienl disparu dans la forêt.

\ ingl personnes, parents ou serviteurs du roi, presque toutes des femmes étaient blessées, on lès apportait sur des branchages! Je les soignai de mon mieux, cinq moururent. Il fallut quatre jours pour reprendre les éléphants.

\ Fang nous trouvâmes le fds aîné du roi, et aussi mon Cambodgien Kco. revenu de Bangkok, avec des provisions.

Fang n'est qu'un petit village laotien, choisi à celle époque de Tannée comme extrémité de la roule du Mékhong au Menant, parce que les chemins de la campagne de Pitchaï. centre important plus fréquenté en temps ordinaire, vers Lequel nous descendîmes en barque, sont à peu près noyés.

Depuis mon départ de Bangkok, la question d'une convention avec le Siam. relative au Laos avait élé complètement écartée par le gouvernement français ; par suite, à partir de mon arrivée à Pitchaï, les agents siamois ne voulurent plus me considérer que comme un voyageur ordinaire dont ils n'étaient en rien tenus de faciliter la lâche, et ils firent même tout pour m'obliger à retourner à Bangkok. Il me fut dans ces conditions impossible de trouvera me loger à terre, et comme il fallait rendre à son propriétaire la barque qui m'avait amené, je dus en acheter une sur laquelle, après le dépari du roi, je m'installai au bord du fleuve, décidé à y attendre la fin des pluies pour aller vers Nan et Luang-Prabang.

Malgré mon état de faiblesse, je me maintenais sur pied, mais lorsque j'eus expédié le volumineux courrier que je préparais depuis deux mois. les nerfs se détendirent, la lièvre prit le dessus; elle devint si forte que pendant une semaine je ne sus plus ce qui se passait. jNgin et Ivèo me soignaient de leur mieux, tremblant à l'idée qu'un malheur pouvait arriver. Enfin le vent du nord-est ramena le beau temps et peu à peu les forces me revinrent.

FU. 101. — MM Gauthier, Pavio cl Pinson, ;-i Fang.

LAOS OCCIDENTAL

MM. A. PAVIE n GAI III 1ER li octobre au "25 oovembre 188*5

Un matin, un négociant fiançais. M. Camille Gauthier, arriva à Pitchaï. Apprenant à Bangkok où ses affaires l'avaient appelé, mon prochain voyage vers Luang-Prabang. il avait résoin de me demander de se joindre à moi pour faire mie étude commerciale dans la \ allée du Mékhong. Il avait avec lui un interprète, M. Pinson, ancien officier italien, ipu préeédeminenl avait été ù Luang-Prabang comme instructeur dans les troupes siamoises. Tout heureux de son désir, je fixai le dépari pour la fin de la semaine.

Sur ces entrefaites, M. Hardouin, chancelier du Consulat général de France à Bangkok, m'apporta un courrier (14 octobre) dans lequel j'appris qu'une commission franco-siamoise, sous ma présidence, allail être organisée pour 1 ('Inde des frontières cl aue, sous peu, deux officiers

ee | français viendraient me rejoindre.

'I ([lie.

Fig. 102. — Ma tente, nia Laïque et la chaloupe de M. Hardouin à Fang.

Sa chaloupe nous remorqua jusqu'à Fang où nous devions prendre la voie de terre. Là, tout moyen de transport ayanl été refusé à M. Gauthier, ceux que je pus obtenir, si\ éléphants, étànl par ailleurs insuffisants pour moi, il renvoya ses bagages cl ses marchandises à Bangkok par la chaloupe de M. Hardouin. et j'abandonnai, dans une pagode, sous la

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