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Laï-Chau des Annamites

LAOS ORIENTAL 213

Ngin allait m'accompagner avec la moitié des Cambodgiens : Som et les autres garderaient, en mon absence, mon installation provisoire à Luang-Prabang.

Pendant mon séjour, j'avais recueilli six inscriptions anciennes dans les temples de la ville.

DE LUANG-PRABANG VERS LE TONKIN

60 kilomètres de levé nouveau.

Le malin du deuxième jour de route mes six pirogues laissant le Mékhong, entraient dans le Nam-Hou.

La baisse des eaux depuis mon arrivée à Luang-Prabang n'avait fait que s'accentuer. A celle époque la navigation du Nam-Hou comporte des difficultés nombreuses qui, on partie, disparaissent aux liantes eaux : les bateliers s'en jouent, mais la marche en est très ralentie. Ses tributaires arrosent de larges plaines, et lui, le plus fort affluent du Mékhong, coule sans vallée, entre des hauteurs dont les pentes sont, par endroits fréquents, couvertes de cultures et chargées de villages.

La plupart de ces agglomérations étaient formées par îles Lues venus des régions thaïes du sud du Yunnan. Les femmes, jalouses d'avoir, les unes plus que les autres, des petites pièces d'argent pour orner le cou de leurs enfants, désireuses aussi de voir de près l'étranger voyageur, venaient, les soirs de halte, offrir pour les vendre : des poissons, des œufs, des oignons, des poulets, des fruits et, aussi leurs vêtements de fêle dont l'originalité et la nouveauté pour moi, me faisaient désirer l'emplette.

Le septième jour, arrêt à Muong-Ngoï, le principal centre du Nam- Hou, lète de plusieurs roules.

Les habitants apprenant que la troupe siamoise va quitter Luang- Prabang pour Bangkok, montrent de l'inquiétude, ils disent : « Si les gens dos cantons de la Rivière Noire qui ont subi les exigences des soldats apprennent ce départ, ils seront tentés de descendre se venger sur nous».

Les bateliers continuent la roule hè- soucieux.

Le neuvième jour, rencontre d'une pirogue portant un courrier qui, sans s'arrêter, crie: « Des bandes nombreuses en armes s'avancent vers Muong-Theng. Le chef de ce poste, point confiant dans la suite des choses, expédie, par noire barque, le trésor à Luang-Prabang ».

L'officier siamois, le chef laotien et les rameurs à celle nouvelle,

affectent un air indifférent; ils sont convaincus que je vais ordonner la retraite, comme au contraire, je presse la marche, on commence à parler tout bas dans les pirogues, de L'abandon possible de mon convoi.

Le onzième jour, entrée dans le Nam-Ngoua. Rencontre d'un nouveau courrier qui rassure tout le monde. Les bruits d invasion sont faux.

Pendant quelques jours, on a, il est vrai, cru à Muong Theng, à une levée d'armes des llôs ou des gens du nord, mais il n'en est rien, le calme est complet dans le haut pays.

Le Nam-Ngoua est une rivière étroite, torrentueuse, Mrs abondante, semée d'obstacles point dangereux à la montée à cette époque, mais difficiles à franchir, aussi, malgré la grande hâte d'arriver, la marche est lente à l'extrême.

Cependant nous approchons du terme de la navigation. J'ai, dans les derniers jours, pu me rendre compte que l'autorité siamoise, nouvellement établie dans le pays, n'\ est pas aussi assurée qu'on me l'a dil à Luang-Prabang. Cela ressort surtout de l'inquiétude que laisse pa-

FiK. 08.

Femmes Lues.

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raître le jeune officier au moment d'entreprendre seul avec moi, le voyage par terre vers les Pavillons Noirs : j'ai aussi compris par les encouragements que lui donnent les laotiens des barques, que les chefs amenés à Luang-Prabang pour descendre à Bangkok, sont des otages et non des volontaires, et qu'ils répondent, ainsi que les quatre captifs dont j'ai parlé plus haut, de la fidélité des cantons conquis.

Le 17 avril, à Pack-Teum, une douzaine de radeaux, en bambous frais coupés, passent précipitamment, ceux qui les montent disent : « Muong-Thcng a été pris celle nuit. Tout le inonde s'est sauvé vers les bois. »

L'officier siamois me prévient aussitôt que si je n'ordonne pas le retour immédiat les bateliers vont fuir.

Je redescends alors à Muong-Ngoï.

RETOUR A LUANG-PRABANG

Arrivé à Ngoï le 2?, j'envoie un courrier porter les nouvelles à Luang-Prabang, et je m'installe à terre.

Huit jouis après, une lettre du chef siamois me dit qu'il ne faut pas attacher d'importance à l'affaire de Theng, que cependant mon voyage ne peut plus s'effectuer, et il me prie de revenir à Luang-Prabang, ou même mieux, à Bangkok.

Comme je persiste à rester, l'officier siamois m'annonce <|ii il est malade, cl part. Mon cuisinier le suit. Après trois jours, le chef des pirogues me prévient que les nouvelles devenant plus mauvaises, les gens du village fuient et qu'il lui est impossible de retenir les bateliers..

Je pars pour Luang-Prabang où j'arrive après quarante jouis d'absence, le 10 mai. ne rapportant, comme travail géographique, (pie le cours d'une partie du Nam-Ngoua.

Le chef siamois, avec ses soldats, était parti, quelques jours avant, pour Bangkok. En plus des chefs des régions conquises, dont j'ai parlé, d y avail emmené trente jeunes gensde la famille du roi el de celles des premiers du pays.

Seul le commissaire est resté pour représenter Siam.

Dans la ville, le bruit, qu'il > a eu terreur injustifiée à Theng, a été répandu et a pris créance.

Cependant, après trois semaines au cours desquelles les nouvelles les plus contradictoires se succèdent, et, pendant lesquelles nies conseils de précaution, et niés efforts pour «pion me confie le soin de l'a défense,

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Le roi de Luang-Prabang, OunKani

sont inutiles, le commissaire pensant la ruine du pays préférable à son salut par un Français, on apprend que Ivam-Oum. le frère aîné de trois et le parent du quatrième des captifs qui deux mois auparavant sont passés enchaînés, est à quelques heures de Luang-Prabang avec des bandes nombreuses et bien armées.

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La population, prise de panique, s'éloigne précipitamment. Le roi décide qu'il attendra el recevra seul K.am-Oum el ses soldats. Il fait passer sa famille à Paclung, sur la rive opposée el m en donne la garde.

Apprenant l'entrée pacifique dans la ville de ceux qu'ils redoutaient, les habitants y reviennent en partie, et le roi pense qu'il pourra rester le maître. Mois des péripéties sans nombre se déroulent, et, le cinquième jour, le palais est pris, le second roi, un fils du roi, et beaucoup d'hommes sonl lues, la \ille esl en flammes et les Laotiens s'enfuient affolés.

Le pauvre vieux roi, sauvé par mes soins, échappe à la mort, emporté au milieu de la fusillade, par Kèo, un de nies Cambodgiens, que, dans la nuit même, j'avais eu la pensée de lui envoyer.

Il vient nie rejoindre dans une pirogue où ses pieds se mouillent dans le sang des rameurs, presque tous blessés. Il l'ail crier sur l'eau et sur terre, que Paclaï, au sud sur le fleuve, est le rendez-vous, et, avec sa famille et avec mes hommes, nous parlons tous deux.

SEJOUR A PACLAÏ

Sous quel terrifiant aspect j'ai vu pour la première lois celte partie du Mékhong ! Les fuyards n'emportent rien pour vivre, el les gens des villages vers où ils se dirigent, prennent peur à la Vue de leur foule et s'enfuient aussi! Combien de familles périrent dans les rapides et les tourbillons, pendant celle descente du fleuve dont les eaux tumultueuses grossissaient avec les pluies, les embarcations n'étant pour la plupart pas soutenues, suivant l'usage, parties faisceaux de bambous, el n'ayant pas pour les diriger, des hommes du métier.

Quand nous fûmes arrivés, le roi, désolé au possible de n'avoir pu tenir compte de mes conseils, ni accepter mes offres pour la défense, et ne voiilanl plus avoir confiance qu en moi. me pria de rester près de lui jusqu'à l'arrivée de son (ils aîné alors à Bangkok.

A Paclaï. nous trouvâmes le commissaire siamois complètement abattu par les événements, ne sachant que faire, el attendant des ordres.

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J'envoyai Kèo, qui «avait eu un rôle brillant dans le désastre, en porter, avec ma correspondance, la nouvelle à Bangkok. Le vaillant homme, fier de l'occasion -de montrer encore ce qu'il pouvait faire, ne s'arrêta qu'au Ménam, marchant à pied la nuit, dormant le jour à cheval ou sur un buffle changés, comme les guides, de village en village. En quinze jours il arriva dans la capitale, y devançant d'un mois le courrier apportant le rapport du commissaire.

Cependant le roi ne larda pas à apprendre la retraite des envahisseurs qui, après quelques jours passés dans les ruines de Luang-Prabang, étaient repartis pour leur pays, mais il ne put se décider à retourner dans sa capitale et persista à attendre son fils. Tout était détruit, la population était dispersée, il ne se sentait pas la force de réorganiser le pays. Les chefs laotiens des provinces voisines partirent, provisoirement chargés de commencer celte lâche.

Notre séjour à Paclaïdura deux mois et demi. Tous les blessés, pour avoir mes soins, vinrent s'installer près du groupe que mes deux barques formaient avec celles du roi. Parmi euv se trouvait le chef du temple de Vat Maï dont la reconnaissance me fut précieuse à l'extrême cl que son dévouement, pour la France et pour moi, devait plus tard faire passer par de dures épreuves.

J'appris alors tout ce que le roi et ceux qui l'entouraient savaient sur le pays, et, je pus, aidé par eux, traduire, avec Ngin et Som, les chroniques du Muong-Lan-Chhang (pays des millions d'éléphants) ou Laos oriental dont Luang-Prabang était la capitale, que le frère du piètre blessé était allé chercher, sur les indications du vieux roi, dans les décombres du palais ' .

Je pus aussi savoir, exactement, quels étaient ces quatre captifs dont l'enlèvement avait causé la catastrophe qui avait uni nos cœurs.

Kam-Seng, chef de Muong-Laï, sur la haute Rivière Noire, avait depuis longtemps été forcé par son grand âge, de confier à son lils aîné la conduite du pays, lourd fardeau en ces temps de troubles. Pendant

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