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Je ramenais à Luang-Prabang, dans leurs ramilles, un certain nombre déjeunes femmes et d'enfants qui avaient été enlevés lors de la prise de la \ille el que j'avais pu racheter. .1 \ retrouvai en lionne santé le personnel cambodgien que j \ avais laissé, heureux au possible de l'arrivée des dix camarades venus le rejoindre. Le vieux roi était réinstallé, le pays était calme. La population connaissait nos progrès rapides dans Le nord, elle comprenait (pi ils lui assuraient la tranquillité, et accueillait avec une faveur extrême l'augmentation et l'installation dans le pays du personnel nouveau de la mission. La construction sur la rive droite du fleuve d une vaste maison destinée à notre logement allait être terminée. Des relations régulières, pour la poste et les approvisionnements, étaient
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organisées avec nos moyens vers Hanoï par Theng cl Laï. L'entente à Theng avec la Phya Surrissack avait écarté toute difficulté sérieuse sur ce terrain a\cc les autorités siamoises; Kam-La venait de mètre remis et des ordres étaient donnés pour le rapatriement des divers chefs et habitants des Sip Song Chu Thai au pouvoir des Siamois. La situation enfin était bonne à ce point (pie le moment me parut favorable pour profiter de l'autorisation que |«" venais de recevoir, d'aller en France rendre compte de ma mission et préparer la campagne suivante.
Je m'occupai alors delà mise en roule de MM. Cupel cl Garanger. Le départ du capitaine cul lieu le 13 janvier: remontant d'abord le \anikhane, il allait passer à Muong-Son, de là gagner l'Annam en relevant le cours du Song-Ka, et se rendre ensuite à Hanoï où se ferait la mise au net d une carte d'ensemble de nos itinéraires.
M . ( raranger partit sur le fleuve le 28 janv ier : il devait de Xieng-Sen, où il quitterait le Mékhong, se rendre à Xieng-Toung puis à Mandalay, terme de son étude, el d'où il avait L'intention de l'entrer ensuite eu France.
Laissant à M. Mcolon, devenu capitaine, la conduite de notre petit poste qu'il avait presque constamment dirigé depuis son arrivée dans la mission, je lui adjoignis M. Massie qui le remplacerait à son retour en France, qui pouvait être prochain car sa santé était chancelante, el je m embarquai le I 5 février avec M. A acle, pour descendre le fleuve jusqu à Houtène, le point où le Mékhong se rapproche le plus de la côte, el d où je me dirigerais sur Vinh, centre important à proximité.
Fig. 1^9. — Luang-Prabang. Elcinstallation du vieux roi.
LAOS ORIENTAL
M. NICOLON 6 avril au 1 1 novembre 1 888
Depuis mon départ pour Tak-Khoa avec le capitaine Cupet, M. Nicolon avait conservé la charge de notre petit poste de Luang-Prabang. Il y avait suivi les événements en observateur, avait assisté au retour et à la réinstallation solennelle du vieux roi le 2 mai. levé un plan topogra-
LAOS ORIENTAL 30i
phique de la ville, surveillé la construction de la maison ël accompli les deux voyages vers Theng donl je \ais parler. Pendanl le commencement de son séjour, K.éô étail enfin arrivé avec nies bagages abandonnés près de Pitchaï, sur le Ménam à la fin de l'année précédente.
DE LUANG-PRABANG \ MUONG-KHOA 2 .' ' kilomètres de levé nouveau
Aux premiers jours du mois de juin, M. Nicoloh, ayant pour IhiI de gagner Theng par terre en voyageant sur la rive droite <lu Nam-Hou puis sur celle du Nam-Ngoua, se mit en route pour Muong-Ngoï où il prit le chemin de Muong-Saï, petit chef-lieu situé exactement à l'ouest près de puits salins où les pays voisins s'approvisionnent de sel, gagna M/uong-La, au nord, sur le Nam-Pat gros affluent du Nam-Hou el joignit, par la vallée de ce cours d'eau Muong Khoa. centre important sur le Nam-Hou près du confluent du Nam-Ngoua. Parvenu à ce point, M. Nicolon gravement atteint par la fièvre dut renoncera son voyage par terre, il s embarqua sur une pirogue pour remonter le Nam-Ngoua, niais après quelques jours, le mal augmentant, il lui fallut s'arrêter et le 10 juillet il était de retour àLuang-Prabang, où il reprenait la direction du poste confiée à Soin en son absence, et séjourna jusqu'au voyage vers Laï à ma rencontre, dont j'ai parlé plus haut.
1" Sébie. — I. 39
■"ig. 130. — Vieng-Chang, Ruines du mausolée roval
MM. PAVIE i i VA. CLE
2 janvier au '29 mars 1889
Le voyage qu'avec M. Vacle j'allais accomplir pour me rendre en Amiani. présentaîl un intérêt géographique considérable en ce qu'il aurait pour résultat de faire connaître la voie de communication la plus courle entre le fleuve et le golfe du Tonkin. Il s'imposait de plus, dune manière» pressante, à un autre point de vue: le Gouvernement général de l'Indo-Chine avait en effet appelé mon attention sur l'étal de choses qui venait d'être créé dans une partie de cette région, par 1 entrée en scène
d'un agent siamois, qui avait reculé les anciennes bornes indiquant les limites entre 1 Armani proprement dit et les principautés du Mékhong, les avait placées à moins de 2 't beures du bord de la mer, et s'était installé avec des soldais dans les cantons de lvamkeut et de Ivammon, dépendances de l'Annam, et dont la rébellion annamite nous a\ ail t'ait ajourner la réorganisation administrative. Il m'avait prié de m assurer de la situation et de remédier à un état de choses qui pouvait devenir dangereux. Je partais avec la pensée de procéder au Kaininon comme je l'avais fait précédemment à 11 î en g.
Vvee MM. \icoloii et Massie. le lils aîné du roi, et le Phya Surrissack nous accompagnèrent au radeau. Les Cambodgiens reçurent là mes dernières recommandations de servir bien, comme ils m avaient servi, mes compagnons leurs nouveaux chefs : je laissais Ngin et Soin, hommes sages et dévoués, qui avaient acquisde l'expérience et seraient très utiles à MM. Nicolon et Massie. ils prépareraient aussi leurs camarades au rôle que nous attendions d'eux plus tard. kéo. seul, était du voyage.
Lorsque Luang-Prabang eut disparu à nos veux, nous entrâmes sous le toit élevé au milieu fin radeau. \ notre surprise, le chef du temple de Wat-Maï s'y trouvait. Le vieux roi avait voulu que les dernières paroles que j'entendrais dans le pays lussent la prière pour mon voyage, pour mon retour et pour l'avenir, envoyée \ers le ciel au nom de la population parce prêtre qui m'aimait comme lui. I ne pirogue montée par des prêtres et des élèves de la bonzerie l'attendait près du rapide Keng-ïeng pour le ramener. Après nous avoir séné les mains, il descendit sur les rochers s'y agenouilla, et quand le radeau eut repris le large, il se leva, raide. de toute1 sa hauteur, élevanl des deux liras allongés son grand parasol. Emportés par le courant, neus entendîmes les premiers mots de sa prière, agitant nos chapeaux, nous le saluâmes, mais ses regards n étaient plus sur nous, quelques instants encore nous le vîmes, entre les rochers du rapide, dans son altitude exaltée ! Nos bateliers impressionnés, courbés sur leurs rames, priaient aussi !
DE LUANG-PRABANG A LAKHONK
Pendant la descente du fleuve nous visitâmes la vallée d'un de ses affluents de droite, le Nam-Poun, qui contient un belle forêt de teck, non exploitée, dont le superbe développement nous montra, comme du reste celui des forêts de la vallée du Nam-Laï me lavait précédemment fait
Vieng-Ghane. Huincs du Vat-Prakèo.
reconnaître, que le sol à celle latitude était encore très favorable à la production de ce bois précieux qui ne se rencontre pas, plus au sud.
Nous fîmes également plusieurs baltes pour prendre une idée des centres importants de Nong-kaï. principal entrepôt du commerce du Bas-Laos, et de Vieng-Chang. 1 ancienne capitale dont la destruction en 1828 avait marqué la sujétion au Siam, du pays au sud de la principauté
de Luang-Prabang, el pour visiter les chrétientés dissiminées jusqu'à Lakhône, sur les bords et dans les îles du Mékhong.
DE HOUTÈNE A KENG-KIEC 115 kilomètres de love nouveau.
Après avoir quitté notre radeau à fïoutène, nous nous embarquons le 15 mars sur des toutes petites pirogues pour remonter en partie le Nam-Hin-Boun, unluent de gauche du Mékhong dont le cours, fort long, ne devait cependant, en raison de ses sinuosités et d'un coude considérable, nous rapprocher que de i5 kilomètres delà côte annamite.
La rivière, qu'il fallut i jours pour parcourir jusqu'au rapide de Keng-Kiec, où commence la route terrestre, coule entre des soulèvements calcaires autour desquels les habitants de nombreux hameaux cultivent des terres alluvionnaires, riches. Elle est coupée par des barrages de roches qui ne constituent pas une grosse difficulté.
Dans la partie supérieure de son cours, elle passe sous une montagne par une voie souterraine de plusieurs kilomètres que les barques peuvent fréquenter. I ne route terrestre, passe également sous le massif calcaire, dans la même région, par un tunnel naturel fort long.
\ou loin du confluenl 'lu Nam-Hin-Boun, sur le bord d'un de ses affluents de gauche, le !\am-Paten, une mine d'étain était exploitée par les indigènes du village de \a- Hi.
La majeure partie des habitants des pays de Lakhône, d'Houtène el des bords du Hin-Boun appartient à une de ces innombrables familles qui peuplent les régions orientales de la vallée du Mékhong; ils se donnent le nom de Nhiors.
DE KENG-KIEC \ NAPE I 10 kiloméli es de le> é nouveau.
\ partir de Keng-Kiec nous allons voyager en éléphant jusqu'à
310 MISSION PAME
Hatraï, au bord de la petite rivière, de I autre côté de la ligne de partage des eaux du Mékhong et du golfe, sur laquelle nous nous embarquerons pour descendre à N inh. Mais par suite des circonstances noire marche subira un arrêt de quelques jours à Napé le dernier village au pied de la grande chaîne.
Tout (1 abord nous franchissons les hauteurs des Pou-Haï, élevées de 700 mètres, séparant le bassin du Nam-Hin-Boun de celui du Nam- Kading, autre affluent du Mékhong d'un 1res fort débit mais navigable seulement par petites fractions. A leur base nous remarquons une sorte de portique vermoulu qui, sur le chemin, marque la séparation des principautés du Mékhong cl de I Vnnam, et près duquel se trouvaient les bornes dont j'ai parlé.
aussitôt ces monts dépassés nous nous trouvâmes sur le plateau de kamkeul kaminon traversé par le Nam-Kadinh dont deux affluents, le Nam-Kiéo etleNam-Pao, tracent pour ainsi dire la route jusqu'à Napé. Le plateau est habité par des Pou Thaïs cultivateurs, et qui en dehors de leurs travaux des champs, font pour les négociants de Vinh et d'Houtène ou de Nongkay, le transport des marchandises entre Hatraï où elles arrivent par eau. et Iveng-Kiec où elles reprennent cette voie. Ils ont à cet effet une cinquantaine d'éléphants dont la location est pour eux un revenu important.
Le plateau se trouve à une altitude de 250 mètres au pied des monts Pou Haï. il s'élève progressivement vers la chaîne annimitique à la base de laquelle il atteint 600 mètres, le terrain en est fortement accidenté, le principal obstacle du trajet entre ces deux points qui comporte 00 kilomètres et quatre jours de marche en éléphant, est le passage du INam- Kading, rivière qui n'a pas moins de 150 mètres de largeur au point où on la franchit sur un pont flottant en bambous que chaque année la première crue emporte.
Entre Kammon et Napé, à la base des monts Pou Pi-Ron, se trouvent des éminences sur lesquelles les indigènes recueillent des pierres variées dont ils ornent leurs bagues et leurs bijoux. Un peu au nord, dans la région du Nam-Kading, on trouve, nous dit- on. de l'or dans plusieurs ruisseaux.