‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 13 sur 125 · DE MUOING-LAI A POU-FANG · texte numérisé non relu

DE MUOING-LAI A POU-FANG

120 kilomètres de levé nouveau.

M. Penneqûin et ses compagnons, conduits par Kam-Heun et Kam- Sam, frères de Déovantri, étaient partis par la vallée du Nam-Laï commencement de la roule de Muong-Theng, pour aller à son extrémité au Sud, à Muong-Toung, prendre la voie de Pou-fang.

Celle-ci s'élève d'abord 11700 mètres, altitude ordinaire de la plupart des montagnes séparant les petits affluents de la Rivière Noire, puis elle remonte, dans son entier, la vallée du Nam-Ilé affluent principal du Nam- Laï, gravit de nouveau les hauteurs, atteint 1 200 mètres, passe les sources du Nam-Nhiac et remonte son plus fort affluent le Nam-Nhié, jusqu'au village de Muong-Nhié à quinze kilomètres de Pou-Fang. Elle achève alors de se dérouler sur des mamelons près desquels on rencontre une mine de sel autrefois exploitée, et entre dans la vallée du Nam-Ma où Pou-Fang est situé au pied des collines, au bord de la rivière.

Dans ce parcours, un assez grand nombre de villages avaient été rencontrés, entre autres Muong-Mà, Muong-Ivia, Muong-Tone et Muong- Miié, ceux-ci thaïs, et placés dans les vallées, les autres khas, yaos, méos et ougnis installés sur les pentes et les sommets. Mais le pays, comme celui que M. Gogniard venait de visiter, avait été dévasté par les bandes chinoises, et la plupart des habitants étaient encore réfugiés dans les bois qui couvrent les trois quarts de ce sol.

En dernier lieu, ils avaient eu affaire à ce Hoanh-Dinh-Qui dont le colonel Penneqûin avait surveillé l'exode du Tonkin. Après avoir dépassé Laï et cessé le contact avec nos postes, la bande s'était rabattue sur cette route en pillant les hameaux, alors les Thaïs de Muong-Kia appuyés par les Yaos et les Méos. avant mis leurs familles à L'abri dans

la foret, harcelèrent les chinois, ils curent leur village brûlé, mais Iloanh- I )inh-Qui fut tué.

Le moment du passage de la mission, était précisément celui où les troupes du Yunnan étaient entrées en campagne contre la bande de Huyen-Khao, et tout le monde s'attendait à voir les pirates franchir la frontière et envahir de nouveau la contrée. Pcnnequin s'attacha à ramener les gens vers leurs cases et à les persuader qu'ils n'avaient plus rien à craindre de personne. Tous étaient accourus pour le voir, car sa réputation leur était parvenue. C était le moment de préparer les champs de riz et de coton, l'installation du nouveau chef et de ses hommes influa aussi sur leur détermination, l'annonce du prochain voyage de M. Vacle l'acheva, ils restèrent.

Après examen du pays le colonel plaça le nouvean poste à Muong- Nhié qui lui parut en meilleure situation, la route de Luang-Prabang s'amorçant à celle de Chine et du Mé-Khongplus près de ce village que de Pou-fang.

La marche avait duré dix jours au cours desquels, une petite caravane chinoise comptant vingt mules avait été rencontrée venant de Muong-Lé pour faire une tentative commerciale. M. Pennequin n'avait pas manqué d'encourager son chef à revenir, le chargeant de répandre dans son pays la nouvelle que la sécurité était désormais assurée en territoire français.

En route on avait constaté la présence de nombreux éléphants sauvages dans les parties désertes du pays. Les hommes de Kam-Heun avaient même tué, près de Muong-Nhié, un solitaire dont le colonel rapportait les défenses, du poids de vingt kilos.

Environ douze ans auparavant, le chef de Pou-fang d'origine chinoise et partisan des Lues de la précédente invasion, avait tenté de recommencer la guerre contre les Sip song chau thaïs. Il avait i à 3oo hommes, pour la plupart des Klias Ougnis. Déo-van-lri ayant construit une redoute à Muong-lvia, arrêta sa marche, s'empara de lui et le livra au gouvernement du Yunnan qui le fit décapiter. Le frère et successeur du chef rebelle, vivait depuis, retiré dans les montagnes. 11 commandait non

seulement à la population Khas de Pou-fang, mais aussi à celle de Ly-fang près de la frontière. Il n'était pas possible de ramener les habitants à Pou-fang sans accord avec lui. Le colonel lui fit écrire, il vint, promit obéissance, fut confirmé dans ses fonctions, et fournit dès lors un concours utile.

Après cinq jours à Pou-fang et Muong-Nhié, passés à organiser le poste, le départ pour le Laos s effectua.

DE MUOiNG-ÏNHIE A MUONG-HAHINE ET A MUONG-W \

70 kilomètres de levé nouveau.

C'est de Muong-Nhié que le groupe se mit en route ayant en vue d'atteindre Muong-IIahine sur le Nam-Hou.

Dès la première journée, la ligne de partage des eaux de la Rivière Noire et duMé-khong, limite du Tonkin et du Laos, fut franchie par un col à 1 5oo mètres d'altitude, près duquel prend sa source une petite rivière, le Nam-Nou, dont le chemin suit la vallée jusqu'à son confluent à Muong-IIahine.

L'insécurité du pays avait, depuis plusieurs années, fait abandonner la route, et le convoi se trouva, dans sa portion médiane, obligé de faire un détour d'une journée pour éviter les endroits rendus impraticables parla chute des arbres et l'envahissement de la végétation. La dernière partie était meilleure parce qu'un chemin fréquenté la joint allant de Ilahine aux mines de sel de Muong-IIou un peu au Nord.

Le quatrième jour, arrivée à Muong-IIahine. Le village habité par des Laotiens, avait été détruit par les bandes chinoises et n'était reconstruit que depuis six mois. Le principal motif de son choix comme première étape de la roule au Laos, est qu'on y passe le Nam-llou à un gué facile pour achever le voyage sur sa rive gauche.

Le groupe de la mission ne devait pas continuer sa marche par terre au delà d'Ilahine, mais les eaux étant trop basses à cette époque de 1 année pour la facile circulation sur la rivière, il descendit pour s'embarquer

mii des radeaux, à Muong-Wa, à une journée au Sud. Dans ce trajet, le chemin suit d'abord le bord de la rivière puis il s'en éloigne et franchit un col, gardé par une petite fortification destinée à prévenir le retour des invasions de pillards. A Muong-\\ a se trouvait un petit poste militaire siamois. Ce fut là que Kam-Heun et Kam-Sam, très heureux d'avoir ainsi conduit jusqu'au Laos M. Pennequin et ses compagnons, prirent congé d'eux.

Les chemins qu'avait visités le colonel étaient dans le cas de tous ceux des hautes légions d'Indo-Chine, simplement entretenus par ceux qui les fréquentaient et par les villages ayant intérêt au passage des carabines ils ne comportaient d'obstacles graves; autres que le passage des cours d'eau en temps de crue. L'insécurité les avait fait négliger, le retour à des temps meilleurs allait sûrement y ramener le mouvement commercial.

DE MUONG-WA A MUONG-HOUNE ET A LUANG-PRABANG

!io kilomètres de levé nouveau.

Le Nam-Hou offre une série de biefs où le courant était alors presque nul, séparé par des rapides point dangereux. Le 3 mai, deuxième jour de navigation, Muong-Houne était atteint. Un petit poste militaire siamois y était installé. C'était de là que M, Nicolon avait relevé la rivière en la descendant, après son voyage à Muong-Theng l'année précédente.

Les bords de la rivière montraient de nombreux hameaux jusqu'à son confluent, le calme commençait à renaître et le meilleur accueil était fait partout aux voyageurs qui atteignirent Luang-Prabang le 7 mai.

Fig. 20. — Keng-Kiec sur le Nam-Hin-Boun.

MM. CUPET, HINIÉlîE, DE MALGLA.IVE, LUGAN et COUMLLON .") février au i i juin 1890.

Le capitaine Cupet arrivé à Vinh le 5 lévrier avec M. Lugan, suif, jusqu'à Kammon, mon itinéraire de mais 1 88f) ; là il s'entend avec le commissaire siamois jtour l'exécution du programme que je lui ai indiqué et qui comprend, l'exploration, sur la rive gauche du Mé-Kliong. du terrain compris entre Lakhone et Luang-Prabang, avec toute liberté pour visiter à l'occasion, les territoires sur la rive droite du ileuve,

1. Pour les cartes de détail de cette exploration voir les vol. lit cl 1\ .

Le 21, il est rejoint par MM. Rivière, de Malglaive et Gounillon : son groupe est au complet : il partage les travaux à accomplir et donne rendez-vous à ses compagnons à Borikan, aux environs du i5 avril.

Le a4, M. Rivière part vers Pou-Houa, il a pour mission de reconnaître d'abord la ligne de partage des eaux et de relier ses itinéraires au réseau du Tonkin.

M. de Malglaive se met en route le même jour, il se dirige vers Cay- Canh sur le Song-Ca où il raccordera ses levés avec les itinéraires antérieurs de M. Cupet.

Le 26, M. Lugan prend la direction de Keng-Kiec pour suivre des chemins parallèles à l'itinéraire du capitaine, et le même jour M. Cupet part vers le Mé-Khong, emmenant M. Counillon qui, voyageant pour la première lois, fera avec lui son apprentissage d'explorateur.

DE KAMMON AU ME-KHONG ET A LAKHONE

100 kilomètres de levé nouveau.

Pour relier le Mé-Khong à Yinh, en mars 1889, j'avais commencé par remonter la rivière Hin-Boun jusqu'à Keng-Kiec, le trajet correspondant par terre restait à reconnaître ; d'un autre côté, un l'ait géographique intéressant était à vérifier, le Llin-Boun, dans sa partie supérieure, disparaît sous une montagne pendant plusieurs kilomètres, tout en restant navigable. Pour examiner l'un et l'autre, M. Cupet prend la route de Pa-Tang, où commence la circulation pour les bateaux, et s'embax*que le 28 février avec M. Counillon.

Après le confluent du petit cours d'eau Nam-Tôn, une superbe grotte apparaît s'ouvrant dans la montagne. Les pirogues s'engagent à la fde dans un tunnel d'une largeur moyenne de dix mètres, haut de k à 5. Au premier coude, la lumière cesse, et c'est avec des torches que s'accomplit en quatre heures, le trajet d'environ trois kilomètres. Le boyau se termine par une ouverture demi-circulaire et l'eau se déverse dans un vaste bassin par une chute que les barques ne peuvent franchir.

La route longe alors la rive droite et traverse le Hin-Boun un peu avant d'arriver à K.eng-Kiec où les voyageurs rencontrent M. Lugan arrivé de la veille.

Le lendemain tous trois se séparent, M. Counillon descend la partie de la rivière que j'ai relevée et part pour Nahi sur le Nam-Paten, visiter en 188g une mine cpie les indigènes exploitent. Il se rendra ensuite à Lakhone où le capitaine le rejoindra.

M. Cupct achève alors sa route vers le Mé-Khong qu'il joint le 3 mars à Ban Don. à mi-chemin des confluents des Nam-Kading et Nam-Hin- Boun après avoir suivi, pendant la majeure partie du trajet le cours de cette dernière rivière.

Le nouvel itinéraire, parcouru dans celle région intéressante où le Mé-Khong est le plus rapproché de la mer, l'avait encore plus qu'à moi, montrée au capitaine : accidentée et mouvementée dans sa première partie que traverse le fort cours d'eau Nam-kading non navigable, et dans sa seconde partie, sillonnée par d'énormes soulèvements calcaires qui bordent, et môme encaissent parfois, sur ses deux i-ives, le cours inférieur du Nam-IIin-Boun.

Après avoir atteint le Mé-Khong, M. Cupct descend sur sa rive droite, à Lakhone, qui devient pour quelques jours son centre de rayonnement et d'où il partira en reconnaissance dans la région de Pou-Iloua.

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