‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 14 sur 125 · DE KENG-KIEC A LA MENE D ETAIN DU NAM-PATEN SEJOUR A LAKHONE · texte numérisé non relu

DE KENG-KIEC A LA MENE D ETAIN DU NAM-PATEN SEJOUR A LAKHONE

De Keng-Iviec, M. Counillon s'élant dirigé sur Nahi, au bord du Nam-Paten, alllucnl du Hin-Boun, reconnut en y arrivant que le gisement qui depuis longtemps était signalé comme contenant du plomb, était une mine d'étain. Il remarqua que ce petit bassin du \am-Paten était enveloppé de soulèvements calcaires semblables à ceux qui garnissaient les bords du Nam-Hin-Boun et qu'ils étaient séparés de la rivière par une série d'éminences argileuses sur le liane de l'une desquelles, et du côté du cours d'eau, étaient creusés une centaine de petits puits d'un ire Série. — 11. 7

mètre de profondeur sur o./io de diamètre. La couche de minerai qui fournissait à L'extraction, avait de a, 60 à 0,80 d'épaisseur, et une pente de .'!.)'. Le minerai était induit sous des pilons au village de Nalii, lavé puis

Kig. 31, — Femme el jeunes filles de Lakhone

fondu dans desfours primitifs <|ui. au nombre de huit y étaient entretenus depuis longtemps.

Muni d'échantillons, M. Gounillon se dirigea sur lloutène et sur Lakhone. Avant d'arriver au Mé-Khong, il passa sous un tunnel de 3 à

ANNAM ET LAOS ORIENTAL 5t

4oo mètres de longueur, entre les villages de Ban-Bon et Nan-O, et de même nature que celui-ci où circule le Nam-Hin-Boun.

ALakhone, M. Counillon apprit l'existence d'une mine de fer également exploitée par les indigènes du village de Nakia près de Pou-Houa, sur la rive gauche du Mé-Khong. Il s'y rendit aussitôt, mais en arrivant sur les lieux, il ressentit les atteintes de la fièvre. Ses guides le ramenèrent à Lakhone avant qu'il eût pu faire l'examen du minerai. Là, MM. Cupet et Lugan, qui venaient d'arriver, le voyant dans l'impossibilité de se remettre en route, le confièrent au chef d'une mission catholique voisine, M. Biondel, qui avait offert de le garder et de le soigner jusqu'à sa guérison.

M. Counillon resta à la mission de Kam-Keun jusqu'au 18 avril et s'embarqua pour Borikan où il rejoignit ses compagnons.

DR LAKHONE A POU-HOUA ET SOUEN SALISSEN RETOUR A LAKHONE

2/10 kilomètres de levé nouveau.

Au Sud de Lakhone, un affluent important, le Sé-Bang-Faï, vient au Mé-Khong sur sa rive gauche, dans son cours supérieur il disparaît sous une montagne le Pou-Pak-Tam, ainsi que le Hin-Boun, mais il n'est pas comme ce dernier, navigable dans sa partie souterraine dont la longueur n'a pu être déterminée ; à partir de sa sortie du tunnel il peut être descendu en bateau jusqu'à son confluent.

Le point intéressant de la région était alors Pou-Houa, noyau de plusieurs routes venant de l'Annam et du Mé-Khong. Les premières, que MM. Rivière et de Malglaive, devaient reconnaître d'autre part étaient fréquentées par quelques caravanes de commerçants annamites. Le gouverneur de la province résidait à Pou-Houa où était aussi installé un petit poste militaire siamois,

Deux routes unissent Lakhone à ce centre, M. Cupet parti le 6 mars, parcourt à l'aller celle du Mord qui passe à Pou-Ling où M. Lugan doit

5a MISSION PAVIE

raccorder ses itinéraires aux siens. Au retour il suivra celle plus directe qui aboutit sur le Mé-Khong à Song Nat en face de Lakhone.

De Pou-Houa. M. Gupet étendit son levé topographique dans la région Sud-Est jusqu'au village frontière de Ban-Noï, puis il remonta au Nord, joignit le Sé-bang-faï à Soucn Salissen près de l'endroit où cette rivière sort du Pou-Pak-Tam, et la descendit jusqu'à Pou-lloua.

Toute cette région entre le Mé-Khong et la perte du Sé-bang-faï, forme une vaste plaine sillonnée de soulèvements calcaires aux pieds desquels s'étendent alternativement des terrains fertiles cultivés en rizières et de maigres forêts clairières, suivant que l'eau y est ou non abondante. Les montagnes de la chaîne de partage sont riches en minerai de fer mais les indigènes n'exploitent que le gisement de Nakia dont il vient d'être parlé.

Le pays est surtout habité sur les bords du Sé-bang-faï et de ses affluents. En plus de la population laotienne, M. Cupet y signale un groupe nombreux d'une race, sans doute aborigène, les Sos, différente des Thaïs par le langage, et que le contact prolongé avec leurs voisins a amenés à un certain degré de civilisation.

Le 20 mars, M. Cupet se retrouvait à Lakhone avec MM. Counillon et Lugan. Ils y eurent le pénible devoir d'accompagner à sa dernière demeure un jeune missionnaire français mort de la fièvre.

DE KAMMON A POU-HOUA ET A LAKHONE

270 kilomètres de levé nouveau.

En même temps que M. Cupetaccomplissait son voyage de Kammon à Lakhone et à Pou-Houa. M. Lugan explorait la même région par des voies différentes. De Kammon il s'était rendu par terre à Keng-kiec où il avait rencontré, comme on l'a vu, le chef du groupe : il avait ensuite, remonté en pirogue pour en faire le relevé, le Nam-Hin-Boun, jusqu'à Pa-Tang, point où s'y étaient embarqués MM. Cupet et Counillon, et de

là, il s'était rendu par terre à Pou-IIoua, en parcourant un chemin qui passe à Muong-Luong et à Pou-Ling, lieu de raccord avec l'itinéraire du capitaine. De Pou-Houa, M. Lugan avait relevé enle descendant jusqu'au Mé-Khong, le Sé-bang-faï, dont M. Cupet avait reconnu la partie supérieure.

De l'embouchure du Sé-bang-faï, M. Lugan avait gagné Lakhoneen remontant le Mé-Khong.

DE LAKIIONE A NONG-KAY 3oo kilomètres de levé nouveau.

MM. Cupet et Lugan partis le 21 mars pour Nong-Kay, atteignent ce centre important le Ier avril après douze étapes rendues très fatigantes parla température, la poussière et la réverbération sur un sol généralement blanchâtre, et peu boisé.

La nouvelle région visitée, située sur la rive droite de Mé-Khong, diffère sensiblement de celle parcourue précédemment sur l'autre rive. Au terrain accidenté, couvert de forêts luxuriantes, clairsemé de villages, est substitué un sol uniformément plat, à peine mouvementé à la séparation des vallées des deux cours d'eau importants qui la traversent le Nam-Song-Kham, et leNam-Luong. Garni de forèls-clairières, défrichées aux abords des centres nombreux et populeux ; l'eau y est rare dans cette dernière période de la sécheresse, la plupart des ruisseaux et des mares jalonnant la route sont à sec, deux grandes dépressions couvrant une superficie de 7 à 10 000 hectares, le Nong-IIan Xicng-Soum et le Nong-llan- Noï, situées, la première près de Lakhone, la seconde près de Muong- Han, gardent de l'eau toute l'année, et ont pour déversoirs, la première le Nam-Kham alllucntdu Mé-Khong, la seconde le Nam-Pao, sous-affluent du Nam-Moun. Le pays bien que beaucoup plus habité que celui sur la rive gauche, est loin de présenter une densité de population proportionnelle à sa richesse par suite des perturbations continuelles dont il a été le théâtre, invasions, guerres, enlèvements d'habitants, etc.

v, MISSION PAV1E

Nong kay détenait alors la plus grande? partie du transit du haut Laos, et c'était vers Korat que les caravanes se dirigeaient pour gagner Bangkok avec les produits de valeur du pays.

DE NONG KAY A TOURAKOM ET BORIKAN

a 45 kilomètres de levé nouveau.

Le principal centre entre Nong Kay et Borikan, est Tourakom, cheflieu d'un district qui comme toute cette région avait été ravagé par les bandes chinoises venues du Tran-Ninh, dont il a été parlé. M. Cupet y arriva le 6 avril. Situé au bord du Nam-Ngoum grosse rivière navigable qui n'y a pas moins de 3oo mètres de largeur, il est en communication avec Nong Kay par deux routes, le capitaine avait suivi celle de l'Ouest qui longe à grande distance la rivière; M. Lugan avait visité l'autre.

Pays bien différent d'aspect de celui vu dans le précédent itinéraire. Plus de forêts-clairières, aux arbres maigres, plus de chemins poudreux, mais des plaines découvertes, verdoyantes, parsemées de bois à la végétation luxuriante. Sur le parcours, de nombreux et populeux villages. Plusieurs vastes marais vaseux, qu'il faut franchir de l'eau jusqu'à mijambe, coupent la route.

De Tourakom à Borikan où le capitaine arriva le i3 avril, le chemin parcourt un pays montagneux, mais se tient généralement en terrain plat au fond des vallées. 11 remonte d'abord celle du Nam-Som affluent du Nam-Ngoum. puis descend celle du Nam-Nhiep qui va directement au Mé-Khong. Seule la partie entre les sources de ces rivières est ravinée, on y atteint l'altitude de 75o mètres, le Nam-Mang y prend naissance.

Le pays est peu habité, tous les villages avaient aussi été brûlés par les Chinois.

SEJOUR A BOIUKAN

MM. Cupet, de Malglaive, Rivière et Lugan réunis le i5 avi*il comme il avait été convenu, avaient tous souffert du voyage, un arrêt de dix jours à ce point leur permit de reprendre des forces pour l'exploration

Fa m

qui devait les mener à Luang-Prabang, et leur donna le temps de raccorder leurs itinéraires. Un nouveau rendez-vous fut pris, pour les derniers jours de mai, à Patang, village important près des sources du Nam-Song, sous-affluent du Nam-Ngoum. Le voyage s'achèverait ensuite par Muong-lvhasy visité par M. Cupet en 1888, et par le Nam-Khane. MM. Rivière et de Malglaive partirent le 28, le premier vers \ieng- Kliouang, le second par Tourakom. Le if\, M. Lugan prit une deuxième

route vers Xieng-Kouang, et le 2.5, M. Cupet se dirigea vers le Namkading. M. Gounillon était arrivé le 23, en raison de sou état de santé il ne lui fui donné qu'un très court itinéraire à relever; il partit également le 25. allant en barque à Tourakom.

DE TOUKAKOM A XIENG-KHAN ET A LUANG-PRABANG 70 kilomètres de levé nouveau.

M. Counillon ne devait relever que le trajet de Toural<om à Muong- ^. ang, au bord du Mé-kbong à bauteur du centre important de Xieng- Klian sur la rive droite du fleuve, et se diriger ensuite en barque sur Luang-Prabang où il arriva le 8 juin, le premier de son groupe, comme on I a vu plus baut.

Ayant atteint Tourakom en pirogue, le 5 mai, il y trouve une lettre de M. de Malglaive lui signalant une exploitation de sel, à Ban-Bo, dans les environs. Il s'y rend et constate que 3oo kilos sont extraits ebaque jour, par évaporation, de l'eau contenue dans deux puits.

Le 9 mai, M. Counillon part à pied, le pays qu'il visite est peuplé et bien cultivé dans les vallées. Le cbemin va vers le Nord-Ouest d'abord, pour ebereber les pentes des hauteurs où deux afiluents du Mé-Kbong, le Nam-Tbon et le Nam-Sang ont leurs sources : après le passage de ces deux cours d'eau, navigables depuis le point où on les franchit, il descend au Sud.

A Ilouang-Mon, les habitants lui apprennent qu'ils retirent un peu d'or en saison sèche, de deux puits de G à 7 mètres dans le lit du Nam-Sang.

Le iG, après avoir dépassé Nalé, la lièvre reprend le voyageur, il se fait porter pour continuer sa route. Le même jour il rencontre M. de Malglaive. Celui-ci a relevé l'itinéraire depuis le Mé-Kbong jusqu'à ce village; le malade n'aura donc plus à se préoccuper de topographie. Il achève son voyage vers Muong-Vang, et Xien-Khan où il s'embarque le 2ri mai pour Luang-Prabang.

DE TOURAKOM AU NAM-KADING

g5 kilomètres de levé nouveau.

Les renseignements les plus contradictoires avaient été fournis sur l'état de navigabilité «Ici Nam-kadiug dont la source est dans la chaîne annamilique du coté du pays de llaltinh et qui arrive au Mé-Khong à travers le Kammon, après un cours de plus de 200 kilomètres.

Le capitaine ayant résolu de le relier dans sa partie inférieure au réseau de ses itinéraires, était, en se séparant de ses compagnons, parti pour l'atteindre à Sop-Pang, par un chemin qui longe le pied du Pou- Ngou, longue arête calcaire d'une centaine de mètres de hauteur, bordée de villages, il le franchit le deuxième jour de marche.

Le Nam-Ivading a 25o mètres de large à Sop-Pang, il peut être remonté jusqu'à Na-Tiang, où la navigation est arrêtée par une série de chutes à une trentaine de kilomètres de son confluent.

Redescendu au Mé-Khong par celle rivière, M. Gupet gagna le Nam- San et le remonta jusqu'à Borikan. Au confluent de ce dernier cours d'eau, le capitaine remarqua le nouveau centre de Patchoum, installé en remplacement de l'ancien lieu du même nom dans l'intérieur. 11 ne comptait encore que quelques cases, mais sa situation au débouché d'une roule importante du Tran-Ninh devait lui donner rapidement de l'importance.

DE LAKIIONE A NONG KAY ET A BORIKAN

345 kilomètres de levé nouveau

M. Lugan avait quitté Lakhone pour Nong kay avec M. Cupct ; il se sépara de lui pendant ce trajet pour reconnaître un chemin parallèle unissant Outsouman à Muong-Sakhône, et une deuxième voie entre Kiampa-Tiounlabot cl Muong-IIan.

De Nong Kay à Tourakom. pendant que le capitaine parcourait le

i'1' Série. — II. 8

chemin de l'Ouest, M. Lugan avait suivi celui de l'Est qui franchit le Nam-Ngoum près du village de Hat-Tien et montre un canton peu habité.

A Tourakom il s'était embarque sur le Nam-Ngoum, l'avait relevé jusqu'à son confluent avec le Mé-khong, et par le fleuve, avait atteint l'embouchure du Nam-San dont le cours a été relevé par le Dr Néïs en i883, et en remontant cette rivière était arrivé à Borikan le [2 avril. Le pays qu'il avait vu ne différant pas sensiblement de celui indiqué pour la marche du capitaine Cupet.

DE KA.MMON A. CAY-CANH ET A BORIKAN

63o kilomètres de levé nouveau.

M. de Malglaive, en se séparant de ses compagnons le 2.3 février à Kammon, avait pour objectif de toucher le poste annamite de Cay-Canh sur le Song-Ka, de lever le cours du Nam-Niouong et ceux de ses affluents et d'atteindre Borikan par le Nam-San.

Gagnant Kam-Keut en suivant l'itinéraire que j'avais parcouru en 1889, il s'y embarque sur le Nam-Teun d'où il passe dans son affluent, le Nam-Niouong. Arrivé à Keng-Sot, trouvant qu il voyage trop lentement, il revient à Kam-Keut. et y prend par terre le chemin de la source de la rivière afin de relever son cours en le descendant.

Au cours de cette marche effectuée dans la direction du Nord d'abord, par les ravins des affluents du Nam-Mouon, à des altitudes de 35o à 700 mètres, il joint au village de Luong-Det, une voie qui, par un pays des plus accidentés où il s'élève à 1 200 mètres, le conduit à Cay-Canh. Revenant alors sur ses pas, il va chercher le commencement de la partie navigable du Nam-Niouong, descend ce cours d'eau jusqu'à Ken- Sot, y prend la direction de Muong-Mouon, où il va s'embarquer sur la rivière du même nom, passe sur son affluent le Nam-Tiouen et parvenu à son extrémité navigable, va par terre à Na-Tam se relier à son itinéraire vers Cay-Canh. Revenu continuer son exploration il lève le Nam-

ANNAM ET LAOS ORIENTAL 5g

Sang, rentre dans le Nam-Mouon et par un de ses affluents de droite gagne le Nam-San et arrive au rendez-vous à Borikan le i5 avril.

Le pays qu'il avait visité, peuplé et bien cultivé dans quelques parties, était généralement presque désert depuis qu'il avait été dévasté par les bandes chinoises. La population y appartenait aux variétés de la race thaïe.

DE KAMMON A l'OU-HOUA ET A BOH1KAN

5 1 5 kilomètres de levé nouvean.

M. Rivière en quittant Kainmon le 2/5 février, marcha sur Muong- Yang et Mo-Nang, dans la direction du Pou-Houa, en longeant de loin la chaîne de partage sans quitter le bassin du Nam-Kading. Descendant au Sud-Ouest, il prit à Na-lvadeng un chemin parrallèle à celui de kammon à Ma-Nang, qui le conduisit à Kam-keut. Continuant ensuite dans la même direction il entra dans le bassin du Nam Mouon, longea ce cours d'eau, un des plus forts affluents du Nam-Kading, jusqu'à Muong-Mo, et atteignit Muong-Ngan d'où il descendit à Borikan par le Nam-San.

DE BORIKAN A XIENG-KOUANG ET A PATANG

33o kilomètres de levé nouveau.

M. Cupet, le lendemain de son arrivée, 3o avril, prend la route de Xieng-lvhouang, capitale du Tran-Ninb, le pays des Pou-Euns. Il faut cinq jours pour franchir la distance séparant les deux centres. Le chemin se tient dans la vallée du Nam-Nhicp, non navigable, formé de deux rivières réunies à \ieng-khouang, le Nam-Niou et le Nam-Dînh-Soung dont les sources, sur le plateau du Tran-Ninh, sont à plus de i 200 mètres

6o MISSION PAVIE

d'altitude. Le pays pauvre, peu habité, se ressentait encore du passage des bandes chinoises. Quelques-unes de ses parties sont très pittoresques. Après avoir franchi le Nani-Nhiep près du village de Na-Huong, le chemin côtoie sur si rive gauche et pendant près de 25 kilomètres, la rivière qui se déverse en une série de plans inclines, étages en gradins, et tombe en cascades, se frayant un passage au milieu d'un chaos de roches détachées des montagnes des deux rives, dont les pentes sont couvertes d'une luxuriante végétation.

Près d'arriver au but, on gravit les montagnes formant le talus du plateau. Brûlé par les bandes chinoises, Xieng-khouang dépeuplé par les Siamois, avait alors peine à sortir de ses ruines. Des cases misérables dans un pays désert !

Le /j mai, en même temps que M. Cupet, M. Lugan arrivait par un chemin différent. Le 7, ils se remettaient en route pour Patang, chacun de son côté.

Le chemin que le capitaine va parcourir présente un développement de 200 kilomètres, dont une quarantaine sur le plateau, 70 à 80 en montagne jusqu'au village de Muong-Leuk et le reste dans les vallées.

D'immenses contreforts se détachent du plateau dans toutes les directions, ceux de l'Ouest atteignent 2 000 mètres d'altitude et couvrent le terrain jusqu'au Mé-Khong. Ceux du Sud ne dépassent guère 1 700 mètres. Toutes ces chaînes resserrées à leur origine dans un étroit espace, forment autour du plateau une région difficile, profondément ravinée, sans autres habitants que les khas et les Méos qui y sont clairsemés, le Nain-Ngouni la coupe du Nord au Sud, le chemin passe cette rivière à khon-Mou. qui marquait autrefois la frontière entre le Tran-Ninh et le royaume de \ ieng- ( diang.

Cette première partie de marche, fut très pénible pour le capitaine, la saison des pluies commençait à s'établir, les orages étaient journaliers ; le chemin peu fréquenté, par suite pas débroussaillé, la faisait plus fatigante encore. Rebutés par les difficultés, ses coolies porteurs l'abandonnèrent pendant la nuit au village méo de I longkang. Il lui fallut laisser là une partie de son petit bagage qui lui parvint plus tard.

Gi

Le pays qui se présente ensuite, entre le Nam-Ngoum et le Nam- Song, est plus praticable et plus peuplé. Le terrain s'abaisse insensiblement jusqu'à Muong-Leuk où l'altitude n'est que de 35o mètres. Le trajet s'effectue dès lors en terrain plat, le long des affluents du Nain- Ngouni et du Nam-Song. La imite joint le Nam-Song à Inkanmak et le

— Ponl

un torrent dans la forêt.

remonte jusqu'à Patang. C'est un gros torrent qu'on peut suivre depuis Palang jusqu'au Nam-Lick, affluent du Nam-Ngoum.

Le 18 mai, M. Cupet arriva à Patang.

Depuis son départ de Borikan, des accès de lièvre presque quotidiens sur lesquels la quinine demeurait impuissante cl qui dataient d'un commencement d'insolation pris pendant une observation astronomique, l'épuisaienl peu à peu. Pour atteindre Palang. il fut souxenl obligé de raccourcir les étapes afin d'assurer l'exécution de son levé topographique.

6a MISSION PAME

Le lendemain de son arrivée, la fièvre augmenta, accompagnée de délire, cl le mal alla de jour en jour en s 'aggravant. Sur ces entrefaites, l'interprète du capitaine, son tout dévoué annamite Ro, apprit que M. de Malglaive opérail dans les environs, il parvint à le joindre, et le o.[\. il l'amenait à Nong-Ivéo, où le malade, en proie au délire, s'était fait porter. Quatre jours après, M. Lugan arrivait aussi. Tous deux le soignèrent de leur mieux, après avoir désespéré de le sauver et avoir même cherché un emplacement convenable pour l'enterrer, ils eurent la joie, le a juin, le jour même où M. Rivière arrivait, de le voir hors de danger.

DE BOR1KAN A Ml ONG-LIEP ET DE XlENG-KHAlN A PATANG

63a kilomètres de levé nouveau.

M. de Malglaive en se mettant en route le a4 avril avait pour objectif de gagner le Mé-lvbong au confluent du Nam-Met en passant par Tourakom : puis, de descendre à Xieng-Khan, sur la rive droite du fleuve et de prendre à Muong-Vang, sur la rive opposée, un chemin qui en le menant au lieu du rendez-vous à Patang, lui permettrait d'achever le levé de la partie ouest du terrain que le groupe avait mission de reconnaître.

D'abord, il se dirige sur le Nam-NIncp, le descend, et à partir de son confluent suit la rive gauche du Mé-lvbong à une distance de 2 à 3 kilomètres jusqu'à ce qu'il rencontre le Nam-Ngoum qu'il longe également à bonne distance jusqu'à Tourakom.

Le chemin se tient ainsi éloigné du fleuve, puis du Nam-Ngoum, afin de passer dans les nombreux villages garnissant la base du massif montagneux qui se termine sans atteindre les rives des deux cours d'eau, et d'où sortent le Nam-Maug, le Nam-Ngoum et une foule de torrents et ruisseaux, leurs tributaires.

Le pays est peuplé, et riche en buffles et bœufs. C'est un terrain d'élevage qui approvisionne les provinces voisines en bestiaux.

\u delà de Tourakom la marche continue dans la direction Nord,

sur la rive droite et à distance du Nam-Lik, le plus fort affluent du Nam-Ngoum que ses rapides rendent inaccessible à la batellerie. Arrivé à Na-Maï, au moment d'entreprendre le passage du col entre le Nam-Lik et le Nam-Met, M. de Malglaive apprend que la voie est impraticable, les pluies torrentielles par lesquelles débute la saison ont fait déborder le ruisseau dont le lit sert de chemin d'accès. Limité par le temps, il ne peut attendre la baisse et prend au Sud, le chemin de Muong-Liep par Muong-Tuong et Muong-Ky, et parcourant par un temps affreux, les ravins et les crêtes d'où sortent le Nam-ïong et le Nam-Sang, il arrive au Mé-Khong le i3 mai et se dirige par le fleuve sur Xieng-lvhan et Muong-Vang.

Le 16 mai, M. de Malglaive prend, à Muong-Vang, la route de Patang; il rencontre M. Counillon malade, à Na-That, continue sa marche obligé de repasser par les ravins de Muong-Fuong, et atteint le bassin du Nam-Koang, affluent du Nam-Song, pays d'élevage, très peuplé et dont le sol donne des récoltes superbes. Dans celte région il apprend, le 23 mai, par les indigènes, que M. Cupet est malade: il se hâte pour le joindre. C'est alors qu'à In-Tamak il rencontre l'interprète Ro, et le lendemain le capitaine.

DE BORIKAN A XIENG-KOUANG, TOURAKOM ET PATANG

/ig3 kilomètres de levé nouveau.

M. Rivière en quittant Borikan le i!\ avril avec l'interprète cambodgien Takiâte, avait pour objectif de parcourir le pays entre ce centre cl Xieng-Khouang, en passant par Muong-Nhiam et Muong-Ngau, de redescendre à Tourakom par un itinéraire touchant Muong-Hom au Sud et allant joindre le Nam-Ngoum à la limite nord de la batellerie, de relever ce cours d'eau jusqu'à Tourakom, puis de gagner, au Nord, Patang, en reconnaissant partie du Nam-Lik.

Cette exploration terminée le 3i mai, lui avait montré la partie méridionale du plateau du Tran-Ninh et la portion supérieure de la plaine

64 MISSION P\\ II'

du Mé-Khong. Elle lui avait permis d'achever la reconnaissance hydrographique de ce large espace dont les eaux colligées par quatre cours d'eau, le Nam-San, le Nam-Nhiep, le Nam-Mang el le Nam-Ngoum, se déversenl au Mé-Khong entre les points rapprochés de Patchoum et de Pùnpissay. Les chemins visités offrant surtout un intérêt géographique, n'avaient pas tous de l'importance : celui de Borikan à Xieng-Khouang passe après Muong-Nhiam par une altitude de \>. ooo mètres. Le pays ruiné par les bandes chinoises, dépeuplé sur le plateau par les Siamois, donnait dans bien des parties une impression défavorable que les centres comme Borikan et rourakoin tendaient à effacer. \u cours du voyage, M. Rivière avait beaucoup souffert de la lièvre et de la diarrhée, pour sa santé il était temps que le voyage prît lin.

BE BORIKAN A XIENG-KOUANG, V1EN-SOUILLE, MUONG-LEUK ET PATANG

35o kilomètres de levé nouveau.

M. Lugan, en parlant le 26 de Borikan, avait pour instructions, de gai; iht \ieng-khouang par un chemin passant par Muong-Bo et Muong- Om. et qui avait pour ainsi dire été frayé lors de l'invasion des bandes chinoises par les populations en fuite. De Xieng-Khouang, il irait à Patang le plus directement possible.

Dans la première partie de cet itinéraire, le pays offre les mêmes caractères que les parties vues dans les précédentes marches. La voie, bonne jusqu'à Muong-Bo, est à peu près abandonnée à partir de ce point, elle fut, par suite, difficile à relever. Le voyage s'acheva sur des crêtes el dans des ravins de 1 200 à 1 600 mètres d'altitude, où l'on rencontre le Nam-Ngoum au milieu du parcours, et où naissent une foule de tributaires de ce cours d'eau. Les sinuosités infinies du chemin qui touche à Muong-Souï et à Muong-Leuk, allongent considérablement la course, mais elles rendent la reconnaissance extrêmement complète. Le 28 mai, à Nong-Kéo, près de Patang, M. Lugan retrouve MM. Cupet el de Malglaive.

DE PATANG A LUANG - PRABANG

25 kilomètres de levé nouveau.

Des quatre compagnons, seul M. Lugan était valide. M. Rivière était sérieusement malade. M. de Malglaive avait des plaies au pied qui le faisaient beaucoup souffrir. M. Cupet se trouvant en état d'être transporté,

i'i — Convoi de radeaux à Luan<> Prabang.

les indigènes improvisèrent des palanquins pour tous les trois et l'on se mit en roule vers Muong-Khassy, précédemment reconnu par M. Cupet, et Pak-Sa sur le Nam-Khane, où les malades s'embarquèrent pour Luang-Prabang. Faute de pirogues en nombre suffisant, M. Lugan ne put les accompagner et dut séjourner trois jours au bord de la rivière. Enfin, le i3 juin il retrouvait la mission réunie au complet.

Au cours de cette exploration, que le commencement des pluies avait rendue extrêmement pénible, la reconnaissance de toute la région comprise entre le Sé-bang-faï, au sud, et le Nam-Khane, au nord, se trouvait terminée tant par les itinéraires précédents de M. Cupet et moi que ceux

ire Série. — IL 9

qui venaient d'être achevés et donl le développement n'atteignait pas moins de 65oo kilomètres.

Elle avait, en particulier, achevé de faire connaître les voies de communications entre l'Annam et le Mé-khong. par le Kammon et la vallée du Sé-bang-faï, montré la région sud du plateau ruiné du Tran-Ninh et les vallées peuplées et riches, par l'élevage des bestiaux, des cours d'eau cpii amènent au Mé-khong les eaux de ce plateau dont les centres importants étaient Borikan et Tourakom, enfin l'itinéraire de MM. Cupet et Lugan, sur la rive droite du fleuve, de Lakhône à Nongkay, avait donné une première idée de la région nord du plateau laotien, vers lequel se dirigeaient alors tous les produits du Nord de la vallée du Mé-khong.

Fig. 2J. — Les radeau* de la Mission au départ de Luang-Prabang.

MM. PAVIE, PËNNEQUIN, MASSIE, LEFÈVRE-PONTALIS, FRIQUEGNON, DONNAT, DE MALGLAIVE, RIVIÈRE et MOLLEUR

G juillel au 27 août 180,0

DESCENTE DU ME-MIONG DE LUANG-PRABANG A KEMMARAT

Ainsi qu'un l'a vu, la mission avait quitté Luang-Prabang le t\ juillet pour descendre le fleuve. Les eaux grossissaienl . mais n'avaient pas encore atteint leur haut niveau lorsque nous nous présentâmes devant le Keng- Louong, le rapide réputé le plus dangereux de celte partie i\n Mé-Khong. Par une négligence des bateliers qui auraient dû décharger le bagage et suivre la berge de très près, trois de nos embarcations portant avec moi, \l\l. Lefèvre-Pontalis et Meilleur et nos domestiques indigènes, furent

entraînées dans les tourbillons du rapide cl sombrèrent à demi. Les épaves garnies de faisceaux de bambous, se maintinrent entre deux eaux et purent cire amenées intactes à la berge. Cet accident montrait le genre de danger auquel on peut être exposé sur le fleuve et comment grâce à une construction bien entendue des radeaux on peut y échapper1.

Continuant la descente, nous notons successivement sur la rive droite, le confluent du Nam-Poun, rivière cpie j'ai remontée, l'année précédente avec M. Vacle, pour visiter une belle forêt de teck sur ses rives, et Paclay, tête de la seule route fréquentée entre les vallées centrales du Mé-Khong et du Ménam, où j'ai séjourné trois mois avec le vieux roi, après la destruction de Luang-Prabang en 1887.

Le 11 juillet au matin, quatrième journée de navigation effective, nous dépassons la petite île don Men, limite de la principauté de Luang- Prabang, et le centre important de Xieng-Khan, après le confluent de la grosse rivière Nam-Loeui.

Le l3 juillet nous sortons définitivement de la partie turbulente du fleuve et reconnaissons le village de Sampana au commencement de l'immense bief tranquille, interrompu seulement à Kemmarat, après un développement de 000 kilomètres. Cependant, avec la saison qui s'avance, les eaux croissent, et dans la plus grande partie du lit du fleuve, le courant se maintient rapide.

Le i4, visite aux ruines de Yicng-Cbang, dans le bas de la magnifique vallée dont la fertilité, en même temps sans douteque le débouché du Nam-Ngoum, aujourd'hui rejeté loin à l'est, avait décidé, dans les temps anciens, du choix de l'emplacement de la vieille capitale du bas- Laos dont les habitants en nous voyant si actifs parmi eux. commencent à espérer le relèvement.

Le même jour, arrêt à Nong Kay, le centre qui avec Oubone partageait alors le commerce de la vallée du Mé-kbong, et où cependant les marchandises du Siam n'arrivaient qu'après trente jours en chars à bœufs. Comme un grand village, ses cases, sur une longue étendue bordaient à

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