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MISSION PAME
Pendant cette même campagne, la pacification des régions de la Rivière Noire était devenue complète et la retraite définitive des Pavillons Noirs avait eu lieu. Elle avait aussi été marquée par la soumission des compagnies chinoises de Huyen-Khao qui, en lutte avec les réguliers du Yunnan, avaient franchi la frontière pour se rendre à nous.
Plusieurs des vastes régions de la rive gauche du Mé-Khong, parcourues par la mission, avaient dans les années précédentes élé ravagées par les bandes chinoises ou dépeuplées par les Siamois, en particulier le Tran-Ninh, les Opanhs et les territoires de Vieng-Chang, le passage des membres de la mission avait contribué dans la plus grande mesure à y faire renaître la confiance parmi les populations.
En outre des nombreuses éludes achevant celles entreprises au Cambodge, au Laos cl en Aiinam dans les périodes précédentes, la troisième période comprend des explorations dans le Yunnan el dans les régions sauvages de l'Estel du Sud-Est de l'Indo-Cbine.
Tous les cours d'eau non encore reconnus jusque-là avaient élé examinés au point de vue de la navigabilité et le Mé-Khong — dans ses passes de Kong, qui étaienl supposées susceptibles d'être pratiquées par des chaloupes à vapeur — était l'objet d'une étude complète conduite par un membre de la mission, officier de marine, qui avait pour objectif de remonter le fleuve aussi loin qu'il le pourrait si ses travaux axaient une suite heureuse.
Les résultats des voyages, outre qu'ils montraient des pays nouveaux — Yunnan el régions sauvages — permettaienl d'ajouter aux observations contenues dans les considérations générales de la période précédente relatif emenl an Laos cl au Ton km. d'intéressantes observations :
Sur la rive gauche du Mé-Khong, la mine d'élain de Nabi dans la région du Nam-In-Boun, avait été spécialemenl étudiée. Des exploitations d'or dans l'alluvion, par les indigènes, y avaient élé visitées à kélxi sur le baul Sé-San. affluent du Stuns Treng, et à Houang-Mon,
la mission, cl iN<><> kilomètres avaient été levés par M. de Malglaive, avant son entrée dans la mission.
CONSIDERATIONS GENERALES
sur la route de Tourakom à Xieng-Kan dans le lit du Nam-Sang. Des mines de fer également exploitées avaient été reconnues à Nakia près de Pou-Houa à la hauteur de Lakhône, et à Pou-Lek près de Siempang non loin de Bassac. Des échantillons de plomb argentifère et d'antimoine recueillis entre lîassac et Siempang avaient été analysés. Des puits d'extraction de sel avaient été \isilés à Ban-Bo près de Tourakom, à Bo- Hé et Bo-Luong dans le hassin du Nam-La au nord de Luang-Prabang, à Bo-Sao près de Muong-Hou, et enfin sur la rive droite du Mé-Khong, entre Lakhône et Nong-Khay.
Le commerce du Laos, localisé pour ainsi dire à Nong-Kaj . à ( >ubôn et dans quelques centres de la môme rive du Mé-lvhong. avait peu d'importance par suite des difficultés des transports et était presque complètement entre les mains des chinois.
Les territoires de la rive gauche, principalement depuis le sud du royaume de Luang-Prabang, avaient été reconnus plus particulièrement propres à l'élevage des bœufs et des buffles, et des troupeaux importants étaient, de cette région, dirigés, pour la vente, sur Oubôn d'où ils prenaient les routes du Cambodge ou du Siam.
Un grand nombre d'objets des âges de la pierre polie et du bronze avait été recueilli dans les pays des Bahnars et des Sédangs, dans les environs de Kôn-Toum sur le haut Sé-San, allluent du Stung Treng.
A Panoni. rive droite du Mé-Khong, nous ('lions passés devant un beau mausolée, élevé au xv' siècle, unique en son genre, et plus loin, sur la rive gauche, un peu avant Kemmarat on avait appelé notre attention sur l'ancienne ruine Minière Run-In (maison de pierre), dont pour en faire l'éloge, les indigènes disent : « elle a été bâtie par les hommes tandis que le monument de Panom est l'œuvre des femmes ».
Parmi les curiosités naturelles reconnues, il y avait à signaler les cours souterrains des rivières Nam-Bou et Nam-Meuk affluents de droite de la Rivière Noire, celui du Sé-Bang-Hien affluenl de gauche du Mé-Khong, impraticables tous trois et dont la longueur n avait pu être déterminée, et celui du Nam-In-Boun, autre aflluenl de gauche du Mé-Khong qui, quelques centaines de mètres après a\ oir reçu le Nam-Bôn,
entre dans un tunnel où l'on navigue à la lumière des torches sous une voûte généralement si régulière qu'on la croirait une œuvre humaine et qui, large d'une dizaine de mètres, haute de /| a 5, a environ .'? kilomètres de longueur: et le tunnel de Ban-Bon, de '|oo mètres, par
Kllll II!
lequel passe la roule qui conduit du Mé-Khong à la mine d'élain de Nahi.
Dans les régions sauvages de l'Est et du Sud-Est, l'altitude des tribus avait été trouvée plutôt déliante et hostile à l'égard des étrangers en général, grâce aux procédés des membres de la mission, non seulement toute difficulté avec elles avait pu èlrc évitée mais leur concours avait souvent été acquis.
En entrant dans les régions des sources du Nam-Hou, j'avais pu
CONSIDERATIONS G E N E R A L E S
constater que le* cantons de Muong-Hou étaient rattachés à tort aux Sip-song pahn na (douze cantons de mille rizières), et par suite au Yunnan. Ils leur étaient en réalité unis seulement par la similitude de la population Lue, envahissante, et formaient la petite confédération appelée depuis les temps anciens lloua-palin, lla-lang-ha (cinq cantons des mille sources), et composée outre Muong-Hou-Nheua ' et Muongllou-Taï" habiles par les Lues, de Muong I lahin, Muong-Ngay et Muong-Wa peuplés de Laotiens. Cette constatation nous fut très précieuse dans la suite et nous permit de ramener ces pays à leur ancien état politique lors de la délimitation de la frontière avec la Chine.
Nous avions exploré les Sip-song pahn na, ce pays du thé par excellence, 1res accidente'' dont les plateaux sont couverts de plantations du précieux arbuste, et les basses vallées cultivées en rizières. Principale .contrée habitée par les Lues, elle est tributaire de la Chine qui y exerce une autorité plutôt nominale ayant pour cause le besoin de s'assurer les achats du thé. Nous l'avions vue de lEsl à 1 Ouest et du Nord au Sud au moment où elle était agitée par une révolte que je fus assez heureux pour apaiser.
Les principautés de Xieng-Toung (Birmanie) et de Xieng-Kheng ou Muong-Sing, sur le haut Mé-Khong avaient aussi été parcourues par la mission.
Enfin j'avais personnellement étudié dans le Yunnan, le coté chinois de la frontière depuis les principales sources de la Rivière-Noire jusqu'à Manhao et Laokay, trouvant un pays presque pauvre où quelques produits similaires des nôtres, tels que le sarrazin, la pomme de terre sont cultivés ; peuplé d'habitants d'origine très variée, Thaïs, Lolos, Hougnis, Khas, dans les campagnes, et de chinois dans les petits centres commerçants de Muong-Lé, Van-Pouten, Manhao.
Pour les transports dans les régions sauvages de l'Est et du Sud-Est, l'homme et l'éléphant sont presque seuls employés: dans les Sip-song
i. Nheua, nord.
•i. Taï, sud.
pahn-na et le Yunnan, les mules servent surtout et à leur défaut l'homme,
\u mois de janvier 1890 nous axions constaté la chute de grêlons de la grosseur d'une noix à Muoncr-Moun entre Muons-Lai et Muonar-
Theng, el au mois déniai 1891, j'avais dans la même journée, ressenti les températures presque extrêmes de 1 Indo-Chine, (i degrés au-dessus de zéro le malin à 2 4oo mètres d'altitude sur la ligne de partage entre la Rivière-Noire et le Fleuve-Rouge, et 36 degrés à l'ombre, dans l'aprèsmidi, à Manhao au bord du Fleuve-Ro.uge.
Fig. 3. — Rive gauche du Ménam, près Je Bangkok.