LAOS ORIENTAL, YUNNAN ET ANNAM
boisé sur lequel les exploitations de sel sont nombreuses et dont sept, entre Bo-Luong et Bo-Hé, les principales, sont visitées par MM. Massie et Macey, et le vingtième jour de la marche Muong-La est atteint.
Ils y apprennent aussi le passage récent, au sud de la frontière des Pahnnas, d'un autre voyageur anglais, Lord Lamington, venu du Siam et allant au Tonkin.
Du canton de Muong-La, ils gagnent, au Nord, le plateau de I-Hou, I-Bang, dans le bassin du Nam-Bane ou Lo-So, cours d'eau que j'ai signalé dans mon itinéraire vers Xieng-Houng. C'est la région du thé riche, si estimé dos Chinois, et qu'avec mes compagnons j'ai contournée pour suivre la frontière du Yunnan. Elle est habitée par des Chinois, des Lo-los et des Khas, cultivateurs de thé ; son altitude moyenne est de 1 000 à 1 200 mètres.
Arrivés près de I-Hou, les voyageurs quittent la route directe pour aller visiter les plantations de thé qui couvrent le flanc des montagnes. Les villages sont très rapprochés, la population très variée; en même temps que le thé, croissent des pêchers, des poiriers, des pruniers qu'on ne rencontre pas au Sud. I-Hou est une petite ville en maçonnerie : des petits forts crénelés sont construits à ses extrémités. Entre les forts et la ville campent les caravanes venues chercher le thé. MM. Massie et Macey y recueillent d'intéressants renseignements sur la culture, la préparation et le commerce de la précieuse plante.
Continuant leur voyage par Muong-Noun et Muong-Hàm, où ils atteignent le Mé-Khong, ils apprennent en cours de route la révolte contre le roi de Xieng-Houng et rencontrent des troupes d'hommes armés, conduites par le chef du Pahnna de Muong-Noun, un des frères du roi, et allant à son aide.
Muong-Ham est un centre important sur la rive gauche du Mé-Khong, à quelques heures de Xieng-Houng que les deux voyageurs alleigent le 2/i mars. M. Massie part au-devant de moi pendant que M. Macey installe ses marchandises dans une case que les autorités mettent à sa disposition.
Dans cette course les voyageurs ont reçu partout bon accueil, et
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aucun incident n'a marqué leur exploration accomplie chez des populations donl l'indication suivante donne une idée de la variété. Leurs nuits se sont passées: 12 chez des Lues; 8 chez des Khas de diverses familles; (i chez des Yaos et :i chez des Chinois.
Le lendemain même de la réunion des deux groupes de la mission, M. Macey se prépare au retour vers Luang-Prabang par une route nouvelle. En même temps que ce nouveau voyage lui permettra de compléter son étude commerciale, il va lui fournir l'occasion d'augmenter nos matériaux géographiques. De Luang-Prabang, le délégué du syndicat du llaul-Laos se propose ensuite de descendre le Mé-Khong jusqu'à lloutène et de parcourir le pays entre ce point et \ inh afin de se rendre compte des ressources qu'il peut offrir au commerce. Il ralliera ensuite le Tonkin, puis la France, où il ira renseigner la Société à laquelle il appartient.
DE XIENG-1IOUNG A LUANG-PRABANG
PAU I-llOl 1. MUONG-IIOU, MUONG-II AHIN ET MUONG-WA
255 kilomètres de levé nouveau
Le Ier avril, après avoir reçu mes conseils, il quitte Xieng-Houng avec son convoi de 17 mules, chargées de ce qui lui reste de marchandises et •le son bagage. En sept jours il regagne 1-Iîou par une route parallèle à celle qu'il a levée à l'aller. Il y étudie, avec les gros marchands de thé de l'endroit, la question de l'exportation de ce produit vers le Tonkin et complète, avec des échantillons de diverses qualités récollées dans le pays, le chargement de sa caravane. Jl se dirige ensuite par la grande route des caravanes sur Muong-Hou où il relie son itinéraire au mien le \3 avril.
Passant ensuite sur la rive gauche du Nam-lfou il se sépare de sa caravane chinoise qui regagne le Yunnan, il en organise une nouvelle avec des bœufs porteurs, puis, par-dessus les crêtes du massif séparant le Nam-Hou de son plus gros affluent, le Nam-Kang, il marche dans la direction du village de Sin-Tio-Sane, et longeant à distance ce cours d'eau, il prend, à son confluent, le lit même et les berges du Nam'-Hou
LAOS ORIENTAL, YUNNAN ET ANNAM i3i
pour route. Il atteint, le 2 mai, Muong-Hahine, point déjà reconnu L'année précédente par le groupe Pennequin, et à Muong-Wa, un jouiplus au Sud, s'embarque pour Luang-Prabang où il arrive le i(i mai.
DE LUANG-PRABANG A HANOI l'Ali HOUTHENE ET WNH
M. Macey séjourne i5 jours à Luang-Prabang, fait une dernière vente, organise son comptoir pour qu'il puisse fonctionner pendant son absence, achète des produits du pays utiles à emporter comme échantillons et s'embarque sur un radeau pour descendre le fleuve. Treize jours plus tard il est à Houlène. qu'il quitte le lendemain se dirigeant sur \ nih par le Nam-Hin-Boun.
Parvenu au Keng-Kiec, où commence la route de terre que j'ai relevée en 1889, il forme une caravane de cinq éléphants et se dirige sur Napé où il séjourne jusqu'au [5 juillet, le pays sur notre territoire n'étanl pas sûr par suite de la présence de bandes de pirates. Il profite de son séjour dans le canton de Kammon pour initier les habitants à la préparation du caoutchouc, et il s'entend avec un négociant français de \ inh pour leur assurer l'écoulement de ce qu ils voudront recueillir.
Le (5 juillet, M. Macey atteignait \ 111I1 d'où il gagnait Hanoï et s'embarquait pour la France.
DE XIENG-HOUNG A LUANG-PRABANG
Le surlendemain du départ de M. Macey, c'est le tour de M. Massie de se remettre en route. M. Yacle l'accompagnera jusqu'à Luang-Prabang. Leur voyage doit s'effectuer par la rive droite du Mé-Khong jusqu'à Xieng-Sen, où ils s'embarqueront sur des pirogues.
Tous deux parlent avec un petit convoi de chevaux juste suffisant pour leur bagage. Dès les premiers jours ils croisent des renforts d'hommes se dirigeant au secours du roi de Xieng- rloung. Ils ici mi m lient
i32 MISSION PAVIE
aussi beaucoup de familles ayant fui le lieu de la guerre el venant s'installer provisoirement dans les pays, plus tranquilles qu'ils parcourent.
La route suivie est l'itinéraire de la mission de Lagrée ; parallèle au Mé-Khong, elle cherche, pour passer les lignes d'eau de ses petits affluents, les endroits les plus commodes. De là, des détours allongeant le voyage mais montrant bien le terrain. C'est ainsi que, du Pahnna de Xieng- Houng ils passent clans celui très peuplé de Muong-Long parcouru par le Nam-Locui, cours d'eau d'un débit assez fort pour que les radeaux de bambous le remontent et le descendent entre la route et le fleuve.
Dépassant la frontière des Sip-song Palmnas, ils se trouvent dans la petite principauté de Xieng-Kheng, indépendante, qui a ses terres sur les deux rixes du Mé-Khong. C'est dans ce district que sont passés MM. Archer et Lamington, les voyageurs anglais dont il a déjà été parlé. Ils s'y sont séparés, le premier se dirigeant sur Dien-bien-phu et Luang-Prabang, le second sur le Tonkin par Muong-Saï et Muong-Laï. Lorsque la mission de Lagrée a reconnu le pays, le chef-lieu était à Muong-Loeui, il était maintenant à Muong-Sin. sur la rive gauche, depuis une dizaine d'années. Les autorités locales font partout bon accueil aux explorateurs et leur renouvellent leur passeport qui, dans ce pays, est écrit sur des lames de bambou.
M. Massie signale dans la région, des mines de fer, d'antimoine et de plomb argentifère qui se trouveraient dans les hauts monts formant le bassin du Nam-Loeui. Successivement Muong-You et Muong-Yong sont visités. Fertiles et lies peuplés, ils étaient au moment de ce voyage, désolés par une épizootie qui avait couvert la campagne de cadavres de buffles.
MM. Massie cl Vacle, rejoignent le Mé-Khong à Sop-Yong ; dans ces parages le fleuve est encombré de roches et compte des lapides difficiles à franchir, ha route, à cette époque, suit le bord de l'eau jusqu'à \ieng- Lap on elle rentre dans l'intérieur des terres, parcourant jusqu'à \ieng- Sen une plaine cultivée.
A Xieng-Sen, où j'avais aussi passé en 1887, ils trouvent un poste siamois et rencontrent M. Mac-Carthy, topographe anglais au service du
LAOS ORIENTAL, YUNNAN ET ANNAM i33
Siam qui s'efforce de leur être agréable et utile. Tous deux s'embarquent sur le Mé-Khong et atteignent Luang-Prabang après neuf jours, le 27 avril.
Le voyage par la rive droite avait duré seize jours, il leur avait permis de constater l'existence de forets de teck dont les Siamois cberchaient à s'assurer la propriété en prévision de l'avenir.
Fi^. i.i — Halte du convoi de mules au bord d'une rivière.
SIP-SONG PAHNNAS, YUNNAN ET TONKIN
MM. l'AME et LEFEVKE -PONTALIS
i ' ' ou 3o ;n r 1 1 i 89 1 .
Après le départ de MM. Massie, A acle et Macey, il était dans mon programme de regagner directement le Tonkin avec M. Lefèvre-Pontalis en choisissant un itinéraire au nord de celui que nous venions de parcourir. Les événements qui menacent de se dérouler dans la principauté de Xieng-Houng vont nous conduire à prolonger sensiblement notre exploration vers l'Ouest.
Le roi, fils de celui qui. il\ ans auparavant ;i si bien accueilli la mission de Lagrée, est devant les rebelles à Moung-Haï, à 45 kilomètres dans l'Ouest.
SIPSONG-PAHNNA, YUNNAN, TONKIN [35
A peine âgé de a3 ans, le jeune prince parcourt une vie déjà accidentée. A la mort de son père, assassiné par les gens d'un frère qui s'était emparé du pouvoir, il a été emporté, enfant, à Xieng-Toung, chez le roi des Kuhns (variété de la race thaïe), qui, plus tard, lui a donné sa fille, princesse intelligente et belle, et l'a aidé, d'accord avec un certain nombre de chefs du pays, à reprendre le trône de son père. Ses partisans ayant tué son oncle à Xieng-Houng, il exerçait paisiblement l'autorité depuis trois ans, lorsque, quelques-uns de ceux auxquels il doit sa fortune, trouvant qu'il ne leur donne pas d'avantages suffisants en paiement de leur concours passé, se sont révoltés et ont mis un de ses frères à leur tête.
A mon arrivée à Xieng-Houng, j'avais prié la reine et les chefs de faire connaître à son mari ma présence, mon désir de le rencontrer, ma bonne volonté de tenter de ramener la paix dans le pays, et aussi que, pressé par la saison, je serais au bout d'une semaine obligé de repartir pour le Tonkin. En faisant grande diligence, le courrier avait, six jours après, apporté la réponse. Elle semblait indifférente en ce qui concernait le rétablissement de l'ordre, laissait percer un peu d'inquiétude de la présence de la caravane à Xieng-Houng montrait qu'un agent chinois auquel il était fait allusion, avait un rôle important dans le pays et me demandai! de venir le voir à Xieng-Haï. Cette réponse peu engageante était prévue, aussi nos préparatifs de départ pour le Tonkin étant terminés, M. Lefèvre- Pontalis et moi allons-nous, accompagnés de Déo van tri et Ngin, prendre aussitôt congé de la reine.
La jeune princesse et les chefs ont pu apprécier les voyageurs pendant leur séjour. Ils se sont peu à peu habitués à l'idée de voir la tranquillité rétablie grâce à eux ; ils se sont flattés que la lettre du roi suffirait à les décidera entreprendre la course de Muong-Ilaï. qu ils croient d'ailleurs décidée d'avance dans notre esprit. Aussi, la reine montre-t-elle une véritable douleur en reconnaissant que le retour de la caravane est bien décidé. Elle ne peut croire, dit-elle, que les Français dont le bon cœur est connu depuis le passage du commandant de Lagrée, l'abandonneront avec son mari dans les circonstances critiques où se trouve le pays. Ils ne
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sauraient se retirer avant d'avoir ramené la concorde. Sûrement une autre lettre du roi va venir, plus pressante, car tous les jours, depuis leur présence à Xieng-Houng, elle a écrit à son mari et aux chefs voisins pour leur demander de faire intervenir les Français, dont elle leur a dit chaque fois le plus grand bien.
Désireux de m'assurer des dispositions qu'elle indique, je relarde d'un jour le départ.
Les chefs deviennent alors d'une prévenance extrême. Ils font connaître les divisions assez compliquées du pays des Sip-song Pahnnas, dont chacun des douze cantons est souvent partagé en plusieurs autres, ils disent ses rapports constants avec la Chine et la part de chaque Palm na dans la formation de la somme d'environ ioooo francs, annuellement portée comme impôt au préfet chinois de Pou-Eul.
Ils nous disent aussi le passage récent d'une mission anglaise dans le pays, qui n'a paru s'y intéresser que relativement, parce que l'Agent chinois actuellement à Muong-Haï, aurait précisément été envoyé de Pou-Eul à son occasion, afin de lui bien montrer quel rôle joue la Chine dans la région.
Le lendemain une lettre du roi arrive, adressée au Conseil des chefs et à la reine, leur demandant de me décider à venir à Muong-Haï où la situation est devenue grave.
En même temps m'est arrivée une dépêche de l'Agent chinois, me priant de venir près de lui avant de repartir pour le Tonkin.
Tous les membres du Conseil viennent au logement de la mission pour porter ces nouvelles et me supplient de céder à leurs instances. Je les prie alors d'aller annoncer ma visite et celle de mon compagnon à la reine. Je suis maintenant décidé à aller joindre le roi, mais je ne dirai que devant elle ma décision. La jeune femme nous reçoit inquiète, puis, quand je lui ai parlé, elle devient joyeuse. Des copies des lettres du roi me sont remises, ainsi qu'une missive écrite séance tenante en son nom par les chefs. Le soir, une autre lettre pressante du roi arrive, elle m'est directement adressée. Le départ pour Muong-Haï est fixé au o avril.
SIP-SONG PAHNNA, YUNNAN, TON K IN 137
DE XIENG-HOUNG A MUONG-IIA1 '1 5 kilomètres de levé nouveau
La caravane traverse Xieng-Houng, ville détruite à plusieurs reprises et qui n'est plus qu'un village au bord du Mé-Khong, à ce point où débouche le Nam-lïa. fort affluent, et où le fleuve s'étendant en un véritable lac a une largueur de plusieurs kilomètres. La marche dure trois tours, dans un pays extrêmement pittoresque, très habité, bien cultivé. Muong-Haï est situé à 1 200 mètres d'altitude : pour atteindre son plateau, le chemin suit les bords du Nam-Ha dont les eaux torrentueuses roulent sur les rocs avec une pente de i/i mètres par kilomètre.
Sur le plateau, le Nam-Ha coule, rivière paisible, dans les rizières étalées et étagées au pied de jolies collines dont les pentes sont généralement cultivées en thé. Les villages s'y succèdent, c'est un des pays les plus intéressants rencontrés, (l'est l'époque où la cueillette du thé va commencer. De nombreuses caravanes chinoises ont leurs campements dans les rizières. Malgré l'état de guerre du pays, les marchands circulent insouciants, en sécurité. Les gens des deux partis respectent les Chinois, et le thé étant la seule fortune du pays on n'a garde d'en compromettre le commerce.
Les hommes rencontrés sur les chemins, dans les villages, dans les temples, sont armés de fusils; les prêtres mêmes ont des sabres, des poignards à la ceinture. Les femmes paraissent inquiètes; dans les maisons le bagage est disposé pour la fuite s'il fallait s'y résoudre. Quand la caravane passe, les gens s'informent, puis font des souhaits pour le succès.
Le roi, prévenu de notre arrivée, a fait disposer nue vaste pagode pour nous recevoir ; désinstallés, d vient nous rendre visite. Des guerriers en foule raccompagnent: leurs armes sont des fusils à pierre, des sabres et des poignards fabriqués dans le pays.
L'usage de l'opium donne au jeune prince une apparence molle. efféminée qui ne lui gagne pas tout d'abord la sympathie. Il dit à peine
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quelques mots, laisse parler pour lui sou beau-père, le second frère du prince de Muong-Lem, état Shan au Nord. Celui-ci, en quelque sorte l'allié, le conseiller du roi, a pour femme une veuve de l'ancien roi de Xieng-Toung, déjà mère de la reine de Xieng-Houng. C'est à ce titre qu'il est près du roi qui l'a appelé à son aide. Il est arrivé en même temps que la mission anglaise dont il a été l'introducteur et qui a passé précédemment par son pays. Comme le roi, il est adonné à l'opium.
Pour être en mesure de tenter la réconciliation, je demande au roi ses griefs contre les rebelles. J'envoie, d'autre part, aux chefs de ceux-ci. un courrier pour leur dire la démarche du roi auprès de moi, ma bonne volonlé d'aider à ramener la paix dans le pays, et leur demander d'accepter mon intermédiaire pour une entente.
Le lendemain, les membres du Conseil du roi viennent me présenter l'exposé écrit de leurs doléances. Puis ils ajoutent: « Quand les Anglais sont passés, le chef chinois leur a demandé où allez-vous ? Ils ont montré leur passeport disant qu ils allaient à Xieng-Houng et Xieng-Toung. À nous, ils ont dit : il ne faut pas vous combattre entre frères, il faut vous réconcilier. Nous avons dit: ce n'est pas nous qui voulons la guerre, ce sont les autres. Les autres leur ont dit que c'était nous. Là-dessus ils ont quitté le pays disant qu'ils reviendraient l'an prochain. Il y a six semaines nous avons eu une rencontre à Muong-Choeung, sept de nos hommes ont été tués, les autres en ont perdu 5o quoiqu'ils disent que c'est le contraire. Après le combat, chacun est rentré dans son campement. Hier, sans votre présence ils nous attaquaient. Nous étions prévenus. »
Le quatrième joui-, je recuis la réponse des chefs rebelles. Ils accusent le parti du roi d'être cause de la guerre. « il a fait assassiner par ses hommes le chef de Muong-Hune. » Ils prennent à témoin de la justice de leur cause, le Chao de Locliok, chef birman réfugié dans le pays. Leur lettre se termine ainsi : « Nous venons humblement vous demander, M. Pavie, vous qui êtes un grand personnage, de nous venir en aide, et de rétablir l'union entre les chefs et entre les habitants. » Après sa lecture, celui tpii l'a apportée étant chargé de me guider vers le camp
S1PS0NG-PAHNNA, YUNNAN, TONKIN i39
révolté, je fais choix comme route de retour de celle qui, passant par Muong-Kié où est ce camp, va au Nord, joindre le Mé-Khong à Muong- Khong où le fleuve, perdant son nom chinois, prend ce nom Thaï, et où la plupart des caravanes venant de l'Est le passent en hac.
L'agent chinois dont le campement est à 3 kilomètres du nôtre, est dans le pays, a-l-il dit, non pour recueillir l'impôt, ce qui est l'affaire des autorités locales, mais envoyé par le préfet de Pou Eul, en premier lieu, au sujet du passage, prévu d'Européens munis de passeports, entre la Birmanie, le Mé-Khong et le Tonkin, dont il a charge d'informer les cantons intéressés. D autre part, dans le hut de mettre fin aux trouhles, vingt-cinq soldais l'accompagnent. 11 retournerait en Chine si les affaires s'arrangeaient, mais il n'en prévoit pas la fin, personne ne voulant faire de concessions.
De mon côté, je lui fais connaître mon but de ramener la paix, que mon temps est très limité et que je ne puis séjourner, dans chaque camp, plus de trois ou quatre jours.
L'agent chinois tâche de me dissuader de passer sur le terrain des rebelles et cherche à me garder près du roi, donnant l'insécurité comme motif, puis lorsqu'il voit le départ décidé, il déclare que les rebelles ayant envoyé un mandataire comme guide on peut se fier à eux, du reste il va aussi se rendre à Muong-Kié. Cet officier n'est pas d'origine chinoise, c'est un thaï du Yunnan. Il nous montre ses instructions, elles prescrivent en particulier d'empêcher les Européens non munis de passeports, de pénétrer dans les centres d'I-Pàng et d'I Hou où se reeueille le fameux thé réservé à l'empereur de Chine.
Cependant la présence de la mission dans le camp du roi, lui a, ainsi qu'à ses partisans, ôté toute inquiétude, ils ne tardent pas à prendre assurance, et leurs désirs d'entente avec les rebelles se changent peu à peu en idées belliqueuses.
Je vois bientôt qu'il importe de ramener au plus vite loul le inonde à la notion exacte de la situation et ni 'al tache à faire comprendre au roi et aux chefs qu'il ne saurai! entrer dans mon espril d'autre moyen de ramener le calme dans le pays que celui pacifique qui a déterminé mon
i',<> MISSION PAVIE
mon voyage sur la rive droite, que je liens à laisser le même bon souvenir chez les populations de Ions les cantons, et que ne pouvant prolonger mon séjour au delà du terme que j'ai au début fait connaître, il est nécessaire qu'on accepte rapidement et sans arrière-pensée la proposition que je vois la seule pratique dans les circonstances actuelles, a savoir :
Que des deux côtés il est décidé que la guerre est terminée et que les difficultés pendantes vont être réglées amicalement soit par deux arbitres que je propose être l'agent chinois pour la part du roi, et le Chao Loctiok pour l'autre, assistés des principaux chefs.
Le bons sens naturel de ces populations leurmontre qu'il n'\ apasde solution plus avantageuse, la saison s'avance, le moment va venir de préparer les rizières, l'absence des hommes tle leurs villages serait désastreuse pour la future récolte, aussi on s'y soumet volontiers et nous prenons congé du roi qui charge plusieurs des chefs de nous suivre près des rebelles.
Je fais prévenir l'agent chinois de notre départ. Il se mettra en route en même temps pour Muong-kié.
DE MUONG-HAI A MUONG-K1K, PAR MUONG-YANG
33 kilomètres de levé nouveau.
La caravane met six heures pour atteindre les avantqîostes rebelles, un détachement de 3n hommes est là pour la recevoir. Des chefs s'avancent au-devant de nous. Agenouillés, ils nous souhaitent la bien- \enue, nous présentent en témoignage de respect des fleurs blanches et des bougies de cire vierge, puis pour nous guider prennent joyeusement la tète de la petite troupe.
C'est à Muong-Yang, chez le Chao de Loctiok qu'on va camper. L'accueil est le plus empressé et le [tins sympathique que nous ayons reçu. Le Chao de Loctiok n'est dans le pays que depuis trois ans. 11 a fui le canton dont il était chef sur les frontières de Birmanie parce que
SIP SONG PAHNNA, YUNNAN, TONKIN
les Anglais contre qui il l'a défendu l'ont occupé. Ses vœux, nous dit-il, sont pour la France qui a donné asile à son prince, Mingoon. Il sera heureux si les voyageurs portent à celui qu'il voudrait être son roi et revoir dans son pays, l'expression de sa fidélité inaltérable : « Si les Anglais envahissent jamais ces régions où nous sommes aujourd'hui, je me réfugierai avec toute la population qui m'a suivi et m entoure sur les terres dont la France est maîtresse et je la servirai ».
Déo van tri est tout surpris de comprendre le langage de ces populations si éloignées de son pays et comme lui d'origine thaïe ; et aussi, de voir les Français connus et sympathiques dans ces cantons lointains. Entouré par les chefs et les soldats, il raconte ses guerres contre nous, les circonstances qui l'ont fait notre ami, notre sujet, notre frère. Il s'exprime en termes tels sur moi et mes compagnons que tous sont pénétrés d'admiration. Les plus grands efforts sont faits pour nous garder, ce n'est pas quelques jours, mais des mois. Je reste inébranlable, le temps presse. Le troisième jour on quittera le pays, il faut donc se hâter de s'entendre.
Le lendemain, les chefs rebelles viennent écouter les propositions d'accord faits déjà ù
l'autre parti. Aucune objection n'est faite et il est entendu que ceux du camp opposé peuvent désormais venir sans inquiétude dans ces cantons redevenus amis. L'agent chinois et le Ghao de Loctiok sont acceptés comme arbitres pour arranger tous différends avec les chefs.
Afin de me rencontrer avec le prince qui; les rebelles ont pris pour chef et, pour prendre congé de I officier chinois, nous allons campera Muong-Kié à une heure de marche, les chefs nous installent dans la
Fig. kk- — Un des Chefs du Chao Loctiok,
i',! MISSION PAVIE
plus grande pagode. L'officier chinois est aussi dans une pagode. Il me remercie d'avoir rempli un rôle pacificateur qui lui est si utile et ajoute qu'être du pays qui a donné asile au prince Mingoon, est un grand titre dans ces régions. Il m'assure qu'il considère la paix comme assurée dans les conditions que nous avons préparées et que le service que nous avons rendu à ce pays ne scia pas oublié. Il fait ensuite partir un courrier afin que nous ne rencontrions pas de difficultés dans notre voyage vers la Chine.
La rencontre avec cet agent chinois ne devait pas être la dernière (pie j'aurais : quatre ans plus tard je le retrouvai, lors de la délimitation de la frontière, comme commissaire du Gouvernement de Pékin, et cet antécédent de relations servit singulièrement à la marche rapide de la mission que nous avions alors à accomplir.
DE MUONG-KIE A MUONG-KHONC OU LE KIEOU LOIM; kl.lMJ PUE M) LE NOM DE
MÉ-NAM-KHONG 72 kilomètres de levé nouveau.
Le rç) avril, nous nous mîmes définitivement en marche pour le retour. Les orages se succédaient, il ne fallait pas s'exposer à trouver la route barrée par les cours d'eau débordés.
Nous avions pour but d'aller joindre au nord le Mé-khong au bac de Muong-Miong. où le fleuve entre en territoire des Sipsong-Pahnnas et perdant son nom chinois de Kiéou loimg kiang, prend celui de cet endroit, important aussi, en ce que la frontière y est marquée par un poste chinois de douane.
La route pour y arriver est fréquentée par de nombreuses caravanes. Elle parcourt la lin du plateau du Nain-lla et atteignant une altitude de 1 5oo mètres, passe dans le bassin du Nam-Lang, puis dans celui duNam- Teng alfluenl direct du \lé -Khong, qui continuent ce même plateau. La descente a ensuite lieu vers le fleuve par un chemin accidenté à l'extrême.
SIPSONG -PAHNNA, YUNNAN, TONKIN i\.\
Tout le pays est peuplé et cultivé clans cette direction ; les gros village de Muong-Ngat, Muong-Kang et Muong-Vang marquent nos principales étapes. Les habitants sont Lues sur les plateaux et les petites vallées, Khas et quelquefois Chinois ailleurs.
La nouvelle que la paix est faite est apportée partout par la mission et nous vaut les plus grands témoignages de reconnaissance ; souvent, les cliefs de villages nous disent : Nous avions la moitié de notre contingent chez le roi, la moitié chez les rebelles, afin de ne pas mériter les reproches du vainqueur.
Lorsqu'après une semaine de marche le Mé-khong est enfin aperçu du haut d'une montagne le dominant de i 200 mètres, quoique l'étape ait été de douze heures ce jour-là et que tous soient exténués, personne ne songe à camper ailleurs qu'au bord du fleuve.
Aussi bien le meilleur accueil y attend les voyageurs. Un jeune officier chinois est là avec vingt soldats pour assurer la sécurité du commerce. Sur ses instances, nous séjournons une journée pour reposer la caravane et nous renseigner sur le trafic des convois qui choisissent ce point pour franchir le fleuve. Lui n'est pas là à poste fixe mais seulement pendant la saison commerciale active. Il veille aussi à l'encaissement des droits de douane et de bac, et a des instructions du préfet de Pou Eul relatives aux voyageurs européens, en particulier pour favoriser notre voyage et il éprouve un grand soulagement de notre arrivée et aussi de pouvoir nous signaler comme continuant notre marche dans de bonnes conditions.
Muong-khong ((i.'io mètres d'altitude), n'est pas le seul point où les caravanes traversent le Mé-khong, mais il a une importance relative en ce qu il est sur une route très parcourue vers Sémao et Pou Eul. Il y passe par an 5 à 6 000 mules chargées. Les gens du village sont Lues sur la rive droite, Thaïs du nord sur la rive gauche ; ils cultivent la vallée d'un petit affluent de droite <lu fleuve qui a aussi le même nom.
Le bac n'est pas uniquement manœuvré par les habitants du canton, chacun des centres de la région envoie pour cet objet trois hommes et un chef chaque mois et a ainsi une part dans le bénéfice.
,',ï MISSION PVV1E
Les hommes de Déo van tri, hardis piroguiers de la Rivière Noire, ont des moqueries impatientes à l'adresse de ces bateliers d'occasion dont la lenteur à la manœuvre lait perdre un temps précieux aux caravanes, ils se jettent dans les quelques bateaux amarrés à la berge, et faisant assaut de force et d'habileté accélèrent le passage, malgré les cris d'effroi des hommes du bac qui, les prenant pour des Chinois, croient (|ii ils vont se laisser entraîner dans les rapides et y périr.
Les mules passent le lleuve, large de no mètres, à la nage, en groupe serré, le courant les entraîne à 800 mètres, les admirables bêtes ne semblent pas impressionnées, sitôt les pieds remis à terre elles recommencent à paître.
En quittant le Mé-Khong, chacun dans le convoi éprouve un sentiment de satisfaction. La marche en avant est terminée et si l'exploration n'en continue pas moins sur des terrains nouveaux, chaque pas rapprochera du Tonkin. fous sont joyeux et c'est avec un véritable contentement qu'avec M. Lefèvre-Pontalis je constate que malgré les longues marches accomplies pas un homme n'est malade et que le moral ayant toujours été bon, nos compagnons indigènes ne peuvent que donner, en rentrant au pays, une impression qui excitera bien plus l'émulation de ceux restés dans les villages qu'elle ne leur fera craindre d'être un jour d'une semblable excursion.
DU ME-KHONG A MUONG-HÏNG ET A LAO-PEU-KIA.1
60 kilomètres donl 45 de levé nouveau.
Marchant sur un terrain accidenté élevé de 1 ooo à i 200 mètres et où naissent les affluents de droite du Nam-kun. nous atteignons, le 25 avril, Kieng-Nheua, série de villages lues et thaïs dans une belle \allée, et où je relie mon itinéraire à celui parcouru 23 ans auparavant par la mission de Lagrée se dirigeant vers le Yunnan. Quatre jours plus tard revenus dans le bassin du Nam-Bane ou Lo-So, et après avoir retrouvé à Muong-Hing notre route de l'aller, nous arrivions à Lao Peu
SIP-SONG PAHNNA, YUNNAN, TONKIN
Ki;ii, petit village chinois sur la route directe de Sémao à I-Pang le canton le plus fameux de production du thé.
Chaque étape nous a l'ait franchir des montagnes séparant des petits cours d'eau et sur les pentes desquelles ont leurs cultures des villages de populations variées, Chinois, Uougnis, Yaos, Khas, etc.. Les Lues
Fig. 45. — Femmes Yaos.
ayant toujours le monopole des vallées, comme l'ont ailleurs les Thaïs des inities fiiniilles. Il est remarquable de constater ici combien la civilisation de l'Inde a de force sur celte vaste ligne de contact avec la civilisation chinoise, et quelle barrière ces populations thaïs offrent à celle civilisation qu'au Yuniïan et au Tonkin elles suivent. Nulle part, en Indo-Chine, on ne rencontre de pagodes plus riches el mieux cons-
I" Skkie. — Il l,|
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truites, en aucun lieu du Laos les gens ne paraissent plus attachés à leurs usages et à leur religion. Un tempérament peu endurant, querelleur, défiant, particulier aux Thaïs-Lues, nuance encore cette situation et fait penser que, si l'exercice de la puissance chinoise n'y était aussi sagement compris, le pays ne serait pas aussi sur pour les caravanes yunnannaises.
L'itinéraife que nous venons de parcourir depuis le fleuve, a été la continuation de l'étude des frontières du Yunnan proprement dit que notre voyage de Laï à Xieng-Houng avait commencée. Mon intention avait d'abord été de visiter Sémao après avoir eu quitté le Mé-Khong, et d'y prendre la roule pour le Tonkin avec M. Lefèvre-Pontalis. J'avais dû modifier mon projet, et il avait été convenu qu'afin d'ajouter à notre travail topographique la reconnaissance du pays d'I-Pang nous nous séparerions à Lao peu-Iviaï : M. Lefèvre-Pontalis accompagné de Déo van tri ferait un levé jusqu'à I-Pang et Kien-Séo près de Muong-Hou, où il reviendrait rejoindre notre itinéraire de Laï qu'il suivrait ensuite vers le Tonkin, pendant que de mon côté passant la frontière, je la reconnaîtrais de nouveau, mais cette fois sur territoire yunnannais et jusqu'à Manhao sur le Fleuve Rouge.
DE LAO-PEU-KIAÏ A MANHAO PAR MUONG-LE ET MUOING-LA
278 kilomètres dont 220 do levé nouveau.
Tandis que M. Lefèvre-Pontalis se dirige vers la région des thés riches, je marche par la roule déjà parcourue à l'aller, jusqu'au village chinois de Talen, où laissant la direction vers Muong-Hou et Pou-fang, je prendrai la voie du ^ unnan vers Muong-Lé.
\ Muong-Bant. première étape, je suis à peine installé dans la pagode (pie le chef du l'alinna demande à me voir. Il a reçu de Chine une lettre lui recommandant un Européen, il désire savoir si je suis celui qu'on lui annonce ; sur ma réponse affirmative, il se sent soulagé, il n'a
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plus de souci. Je le prie aussitôt d'envoyer copie de la lettre à I-Pang, afin d'y assurer meilleur accueil à M. Lefèvre-Pontalis.
\ Xieng-Tong, on m'attend depuis longtemps. J'y trouve un courrier du Tonkin envoyé à ma rencontre, et les fameuses défenses de l'éléphant tué au commencement du voyage. Le tout a été soigneusement gardé et on est heureux de pouvoir me les remettre. Xieng-Tong est le dernier village de cet itinéraire habité par des Lues. Au delà, quoique la frontière soit encore éloignée de deux jours, on ne trouve plus que des populations lloiignis qui peuplent en grande partie le sud du Yunnan.
Le lendemain, près de Takolen, passage de la ligne de partage des eaux du Mé-Khong et de la Rivière Noire, par un col à i 4oo mètres d'altitude.
C'est l'époque des semis, partout sur la route, les gens des villages s'occupent à détourner les eaux des ruisseaux pour irriguer leurs rizières : ces travaux ne laissent pas que de rendre la route plus pénible et d'allonger fort souvent le chemin. Par contre, ils donnent un aspect de vie à ces régions montagneuses très pittoresques.
La caravane s'avance lentement dans le bassin de NamAé, un des affluents les plus considérables de la Rivière Noire. Le cours de la rivière, dans ce pavs extrêmement accidenté, est si curieux à son début (pie dans les régions voisines on a appelé, avec complaisance, mon attention sur lui. Né sur un plateau de i 5oo mètres d'altitude, il coule d abord vers le sud, puis décrivant, pendant les trente premiers kilomètres, presque une circonférence, s'en va droit au nord chercher la Rivière Noire.
Au sud du plateau sortent les sources du Nain-lion qu'on avait si longtemps placées dans le Yunnan et qui sont absolument déterminées par cette exploration.
Le 5 mai, arrivée à Muong-Lé, important centre de commerce au milieu du plateau el premier poste militaire chinois du Yunnan,
C'est le point du voyage que j'aborde avec le plus de curiosité, sentiment qui n'est pas sans être mêlé d'un peu de défiance due à la surveillance
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dont les officiers chinois de cette résidence ont entouré les débuts de noire marche dans le Pahnna.
Silùi après avoir franchi le Nam-Yé coulant vers le Nord et qui, déjà gros, n'est qu'à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, le chemin escalade le plateau par une série de crête cl atteint à 1 4&o mètres d'altitude. Une pente assez roide conduit ensuite dans la \ allée du Nam- Lé, au milieu de laquelle Muong-Lé (1 25o mètres) est longtemps vu d'avance.
\ mesure qu'on approche les villages sont plus fréquents, les gens regardent curieusement de loin, et quand je suis près, reconnaissant un Européen, les hommes étonnés baissent le nez, les femmes embarrassées tournent le dos. Les uns travaillent au riz. les autres reviennent du marché hebdomadaire de Muong-Lé. Quelques femmes à cause de leurs petits pieds suivent péniblement leurs compagnons. Il pleut à verse, tout le mondeesl trempé, l'aspecl de la caravane es! pileux, chose regrettable pour le prestige à l'entrée dans la première ville chinoise de la route.
Un guide a été envoyé en avant avec un des hommes de la caravane pour prévenir les autorités de Muong-Lé, niais inquiets de leur mission, ils s'arrangent pour n'arriver qu avec moi. Des soldais de garde à la porte, surpris, vont prévenir leur chef. Le guide est conduit \ers une pagode à l'extrémité delà ville. Les marchands sortent de leurs boutiques, encombrent la rue étroite. Des Chinois à son service, que Déo van tri m'a donnés comme interprètes et pour faciliter les relations, ont perdu toute assurance, el ne paraissent avoir qu'une médiocre confiance dans leurs compatriotes, mais sans doute cela esl personnel et est dû à leurs antécédents ou au rôle qu'ils peuvent craindre de se voir reprocher. Sur les -landes dalles mouillées, les chevaux glissent, niais leur adresse extrême leur permet néanmoins de parcourir sans accident la longue rue et de descendre les escaliers qui la partagent en deux. On s'arrête devant la pagode. Mes Chinois, se voyant au but, se pressent d'entrer pour demander suivant l'usage l'hospitalité à celui qui en a la garde pendant que je mets pied à terre, niais ils essuient un brutal refus. Croyant imposer plus de politesse, ils me prient d'entrer et disent ma
SIP-SONG PAHNNA, YUNNAN, TONKIN i4g
qualité. La grossièreté du gardien devient de l'insolence, il renvoie au dehors les malheureux Chinois qui voyant la foule s'amasser, deviennent blêmes et se retirent derrière moi. Les badauds, au Yunnan, sont très indépendants, il faut beaucoup de calme et de prudence pour éviter les difficultés que leur curiosité avide peut faire naître. Il faut ne pas leur laisser voir qu'on a la plus petite défiance d'eux et la moindre crainte de leurs procédés. Se trouvant tout à coup nez à nez avec moi, qui le regarde souriant, le gardien reste interdit, il devient alors l'objet delà risée générale, chose fâcheuse qui ne l'adoucit point : détournant la tête de celui dont il semble que le regard le gène, c'est aux spectateurs qu'il débile les raisons de son refus. Il n'a plus de place, qu'on cherche ailleurs, etc. Un négociant que je distingue dans la foule, et auquel je m'adresse, flatté d'être remarqué, s'empresse d'indiquer une autre pagode en dehors de l'enceinte locale qui à cause des chevaux sera plus avantageuse. Je m'y rends avec un peu l'espoir que le mauvais temps empêchera tout le monde d'y suivre la caravane, mais la foule qui ne fait que croître m accompagne jusqu'au bout, A ce moment un officier chinois s'approche de moi, qui êtes-vous, d'où venez-vous? puis repart. Pendant que je m'installe, les traînards du convoi rejoignent et l'officier revient. La foule devient plus convenable en s apercevant que deux soldats portant un chapon et un quartier de porc le suivent. « Mon chef envoie ces provisions à M. Pavie que je viens saluer de sa part. » Je remercie disant qu'après la pluie passée et mes vêlements changés j'irai faire visite au chef du poste chinois.
L'accueil fait par le mandarin militaire du grade de Commandant rsl parfait, je n'ai été mieux reçu nulle part dans mes voyages. « Depuis longtemps j'entends parler de vous, j'étais, au possible, désireux de vous voir. Si j'avais connu votre venue, aujourd'hui, je vous aurais offert moitié de ma maison, etc.. » Sur ses instances, je passe la journée du lendemain à Vluong-Lc. Il me fournit des guides militaires et prend toutes les mesures pour assurer la suite de mon voyage sur le N II n nu 11.
Dans les "V ingl quatre postes militaires chinois que je rencontrerai avanl
d'être à Laokay, la réception sera la même. Si les autorités sont empressées et bienveillantes, la foule est curieuse et indiscrète au possible,
Fig. 46. — Soldats Chinois.
et une patience et une sérénité de tous les instants peuvent seules permettre de n'en pas trop souffrir.
Il m'a paru à propos de saisir celte occasion d'entrer dans quelques détails afin de permettre une sorte de comparaison avec l'accueil fait à l'étranger, (tins particulièrement au Français, par les populations et par les chefs dans les territoires où le Siam exerce l'autorité et où les pre-
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mières sont aimables et respectueuses, et ceux qui les dirigent sont rendus embarrassés, timorés et défiants par des instructions le plus souvent en contradiction avec le texte des passeports.
Muong-Lé a trois mille habitants, mais les Chinois y sont en minorité, le fonds de la population est indigène, c'est-à-dire Hougni, Loos, Thaï, etc. C'est le centre commercial de la région. La campagne mieux peuplée depuis (pion est en Chine, jouit visiblement d'une sécurité de longue date favorisant le commerce. Tandis que nos cantons étaient bouleversés par la guerre et les bandes chinoises, ceux des Sip-song Pahnna par les pirates ou des troubles locaux, Muong-Lé, où le calme régnait, était l'entrepôt des affaires les plus curieuses. C'était là que le butin, fait n'importe où et par n'importe qui, était vendu à des marchands qui 1 expédiaient en Chine.
On y recueille un thé qui passe pour supérieur à celui d I-Pang, Toute la région des sources de la Rivière Noire en fournit du reste de grandes quantités de qualités appréciées, celles de kimapa et de Malisou entre autres.
Les autorités civiles, là comme sur la route jusqu'au Fleuve Houge, sont indigènes et s'effacent complètement devant les chefs des postes militaires quant aux rapports avec les voyageurs étrangers. Presque toujours j'ai logé dans le poste même à moins qu'on eut mieux à m'olïrir.
Manhao est le point commercial important le plus rapproché de Muong-Lé, mais ce n'est pas sa route que suivait la majorité des caravanes sortant de cet endroit. Celles-ci, en raison de l'état de trouble sur le Fleuve Rouge, trouvaient meilleur compte à se diriger sur Yuen- Kiang ou Pou-Eul. Le développement des relations, et la sécurité devaient, dans mon esprit modifier ce mouvement au profit de Manhao et même de Laï-Chau.
Le départ de Muong-Lé a lieu le 7 mai. Muong-Léo, Kimapa, Xieng- Mi, Muong-La, Van Pouten et Manhao sont les étapes intéressantes de cette voie de communication qui en terrain unmannais longe noire frontière.
Le lendemain passage du col de Malisou. petit pays à thé réputé : par
,.,. MISSION PA\ IE
une altitude de i 65o mètres il sépare le Nam-\é de la Rivière Noire. Celle-ci est atteinte le 9 à Muong-Léo village habité par les mêmes Thaïs que le canton deLaï-Chau; quelques soldats Chinois détachés du poste de Tasuchan, laissé on arrière sur une crête, y résident. Quoique la Rivière Noire n'ait pas encore reçu l'apport des très gros affluents, Kimapa-IIo et Nam-Na, elle y a déjà une grosse force, et un débit supérieur à celui du Fleuve Rouge à Laokay par exemple. Elle y coule à une altitude de /joo mètres.
Deux jours d'une marche facile sur lescrêtes conduisentau très beau canton deKimapa, producteur d un thé renomméen Chine, et habile par des Thaïs-Yiao-Lao population déjà rencontrée sur les bords du Mé- Miong ' et dont les femmes portent le costume le plus gracieux de l'Indo- Chine (700 mètres). Le poste chinois est situé sur une montagne qui domine le village de Coo mètres. Presque toutes les installations militairesdela route sontsur des grandes hauteurs, autant, disent les officiel s. pour éviter la chaleur des vallées que pour la sécurité. Le chemin au delà a été traversé parla bande du Huyen-Khao, qui a dévasté des villages lors de sa lutte contre les troupes du Yunnan, l'année précédente; quoiqu'il n'y ait maintenant danger d'aucune sorte, l'officier tient à me fournir une petite escorte, qui loin d'être utile est un embarras, car il faut faire porter ses fusils et elle n arrive à 1 étape qu'après le convoi. Le pays extrêmement accidenté et très pittoresque est peuplé de Lamis, cultivateurs paisibles, très accueillants.
Le 1 1\ mai passage du col de la ligne d'eau entre le Kimapa ho et le Nam-Mi le plus important des affluents du Nam-Na. L'altitude est de 1 (i.'io mètres, un beau village \ao est situé au passage même. Le lendemain arrivé au poste chinois du Xieng-Mi, chef-lieu d'un très beau canton dans la longue vallée du Nam-Mi où je rencontre aussi le poste de Susongpa. Tout ce pays, ainsi que le bassin du Nam-Na dans lequel j'entre ensuite, est habité par des Thaïs dont les chefs sont presque tous parents ou amis de la famille de Déo van lii.
1. A \nng Sums(ij) sur la rive gaurlir du Mr-klionq près de Xieng-Hong,
SIP SONG PAHNNA, YUNNAN, TONKIN 1 53
Le 18 je suis à Muong-La gros centre thaï dont le chef indigène a une milice vêtue comme les soldats chinois. C'est là qu'a eu lieu le combat à la suite duquel la bande de Huyen-Khao, défaite par les soldats yunnannais musulmans, se réfugia l'an dernier sur notre territoire.
Muong-La est sur le Nam-Na, c'est, ainsi que les cantons précédemment visités, un pays limitrophe de Muong-Laï et que Déo van tri aurait voulu voir rattachés au Tonkin, non qu'ils en aient fait partie antérieurement mais à cause de la communauté d'origine de leurs populations thaïs. Le canton de Tenu, au Nord de Muong-La, était également dans ce cas.
De Muong-La à Van-Pouten, petite ville chinoise entrepôt marchand de la région, qui a la plus grande analogie avec Muong-Lé, la roule offre un vif intérêt. Elle suit d'abord le cours d'un petit affluent du Nam-Na qui charrie de l'or et dont les habitants remuent l'alluvion pour y découvrir des paillettes du précieux métal. Elle gravit ensuite, sur les pentes, la vallée du Nam-Pé, autre affluent du même cours d'eau sur le bord duquel Van Pouten est situé à une altitude de i l\oo mètres. Dans le trajet plusieurs chemins venant de directions variées la joignent, lui apportant un important contingent de caravanes. Les voyageurs logent à Van Pouten dans des sortes d'hôtelleries où on est heureux de n'avoir qu'une nuit à passer. Le poste militaire est à petite distance de la ville.
Le 20 mai, après mètre élevé par une pente douce jusqu'à la source du Nam-Pé, j'atteins la ligne de séparation des eaux de la Rivière Noire et du Fleuve Rouge, au col de Pouten, 2 /joo mètres. Les sommets à droite semblent dominer le passage de 5oo mètres ceux à gauche de plus de 1000 mètres. C'est la partie haute de la chaîne des Talung-Po, la plus élevée de 1 Indo-Chine orientale, et qui, étendue en une ligne presque droite du Nord-Ouest au Sud-Est, impose un cours parallèle à la Rivière Noire et au Fleuve Rouge.
A celte date, époque chaude de l'année, lu température de l'air, au col, était de i4° à midi, celle de l'eau, dans les ruisseaux, de S".
Le lendemain, par une pente beaucoup plus raide, descente au bord du Fleuve Rouge, à Manhao, altitude 0G0 mètres. Quelle différence de température en une journée : à midi, à l'ombre 36° !
1™ Série. — II. 20
i.V, MISSION PAVIE
Manhao est le port de l'important centre commercial de Mongtzé sur la rive gauche, au milieu d'un plateau à i /ioo mètres d'altitude, dont les pentes apparaissent sillonnées de chemins où se distinguent de nombreuses caravanes.
Un vieux commandant chinois, ami de Déo van tri m'offre l'hospitalité, le convoi va à l'hôtellerie. Le télégraphe fonctionnant déjà à cette époque je pus entrer de suite en relations avec Hanoï.
Manhao est bien connu aujourd'hui, malgré l'insécurité qui existait alors sur le Fleuve Rouge dans notre territoire, des affaires importantes se faisaient entre ce centre et le Tonkin. Le fleuve, qui y a un débit bien mince si on le compare à celui de la Rivière Noire à Muong-Léo, le point correspondant, était encombré de bateaux attendant la crue pour descendre à Laokay. Dans les magasins, d'assez grandes quantités d'étain étaient empilées pour être expédiées sur Haïphong.
Il est remarquable qu'au cours de celle marche, accomplie des deux côtés d'une frontière d'un développement aussi considérable, et qui n'est pas déterminée par une ligne d eau unique mais est au contraire constituée d'une manière très variable, aucun doute ne subsiste, chez les chefs et même parmi le peuple, sur la possession de la plus petite parcelle du territoire. Par suite des observations que j avais faites sur ce terrain, j'étais certain qu'une délimitation, entreprise avec connaissance de cause de part et d'autre ne donnerait lieu à aucune difficulté et pourrait être conduite avec une grande rapidité.
DE MANHAO A HANOI
Ayant mis en marche pour Laï, par la route de Bactan, avec les chevaux cl les mules, les excellents compagnons que m'avait donnés Déo van tri, je m'embarque sur le Fleuve Rouge avec Ngin et mes domestiques, conduit jusqu'à Laokay par deux soldats chinois changés de de poste en poste, soi I huit fois pendant ce trajet que les eaux très basses font lent à parcourir et qui dura trois jours.
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A Laokaï résidait le Quan-Phong qui autrefois avait guidé la colonne Pernot vers Laï, et dont l'animosité contre les chefs de Laï nous avait conduits à l'éloigner du pays de la Rivière Noire en 1888. Il était maintenant le chef indigène du haut Fleuve Rouge et le Résident était satisfait de ses services. Il était absent au moment de mon passage. Je priai son chef de lui dire ce dont j'étais redevable à ses anciens ennemis, et combien d était regrettable de voir de bons serviteurs de la France comme lui et eux en pareil désaccord. J'appris alors par celui-ci, que depuis longtemps le Quan-Phong avait le désir de se réconcilier avec Déo van tri et cpie la crainte seule d'un mauvais accueil l'avait retenu, cpie si je voulais bien prendre sa démarche sous mes auspices il se rendrait sur la Rivière Noire au moment du passage de M. Lefèvre- Pontalis et de Déo van tri, afin de se rencontrer amicalement avec ce dernier et d'arriver à l'oubli du passé. Je fus très heureux de cette proposition que je fis connaître à mon compagnon.
Le résident, M. Larose, m'ayant prévenu que la sécurité n'était pas assurée dans la vallée du Fleuve Rouge, me fournitune escorte de quinze miliciens, commandée par un garde principal français, qui m'accompagna jusqu'à Yen-Baï d'où une chaloupe à vapeur me conduisit à Hanoï où j'arrivai le 28 mai.
DE LAO-PEU-MAl Y I-PANG ET XIENG-SEO 1 10 kilomètres (le levé nouveau.
M. Lefevre-Pontalis en me quittant à Lao-peu-Kiaï, avec Déo van tri, avait pour mission de visiter I-Panget la région du thé auquel cet endroit donne son nom, puis de ramener à Laï, la plus grande partie de notre caravane.
Relevant un itinéraire nouveau, il visite successivement les principaux centres de production du fameux thé impérial, l-Pang. Ban-Soung, l>an-Noi\ au Nord de la région d'I-Hou parcourue par MM. Massie et Macey, et qui sont situés à une altitude de [700 a [800 mètres. Chaque
année, l'Empereur de Chine y fait prélever la qualité supérieure de la
recolle, aussi, les caravanes sillonnent-elles toutes les roules, venant chercher les provisions de thé que les marchands chinois établis à demeure fixe dans le pays, y cillassent dans leurs magasins.
Laok.iv Le C
I-Pang, habité uniquement par ces commerçants, n'avait pas encore été visité par un Européen. La présence de M. Lefèvre-Pontalis excite la curiosité générale. Parmi ces Chinois, Déo van tri retrouve d'anciennes connaissances, il leur propose d'entrer en relations d'affaires avec eux, les assurant des facilités qu'ils trouveront, sur notre territoire el enparticulier dans son canton, à diriger leurs produits vers le Tonkin, qui deviendrait un nouveau débouché pour leur commerce.
Cette région du thé, estimé le meilleur par les Chinois, csl localisée dans le bassin du Nam-Bane ou Lo-so, ce qui n'empêche pas celui récollé dans les cantons voisins d être très recherché.
SIP-SONG PAIINNA, YUNNAN, TONKIN
En suivant la ligne des crêtes, M. Lefèvre-Pontalis rentre dans le bassin du Nam-Hou, et rejoint à Xieng-Séo, noire premier itinéraire qu'il suit pour reiia^ner Laï.
■Ti avec le Fleuve Rouge
DE XIENG-SEO A MUONC-LAl
\ Bo-Sao, lieu d'exploitation des mines de sel dont il a été parlé, il apprend le passage, trois semaines auparavant, de M. M ace y qui \ a pris
la roule de Luang-Prabang.
Le i 1 mai il franchit la limilc du pays de l^aï. Wec Déo van tri il se préoccupe de l'amélioration des roules existantes et principalement de celle, qui du Tonkin, serait la plus courte pour atteindre la région du thé
qu'ils considèrent être celle qui parlant de Muong-Nhié, notre dernier poste près de Pou-fang, conduit par le territoire laotien d'Hahin . en quatre jours à Bosao. Ban-Noï étant à trois jours du Nam-Hou, et d'un autre côté Muong-Miié à cinq jours de Laï, des caravanes pourraient en douze jours de ce dernier point atteindre le pays du thé.
Le 19 mai, en arrivant à Laï-Chau, M. Lefèvre-Pontalis a la satisfaction de trouver le bourg enfin rebâti grâce au retour de Déo van seng, le vieux père île Déo van tri au foyer de ses ancêtres. Le poste militaire réduit à ses limites nécessaires, permet à la ville de s'étendre et de se développer. Il y est rejoint par MM. Massie et Vacle. qui arrivent de Luang-Prabang, et y apprend mon passage à Laokay par les hommes qui faisaient partie de ma caravane. Il descend alors la Rivière Noire avec ses deux compagnons et Déo van tri qui, en témoignage de dévouement et de confiance, m'amène quatre jeunes gens de sa famille pour les faire élever en France.
Sur la Rivière Noire, Van-Bou est en construction pour remplacer Sonia comme chef-lieu de la région. Les voyageurs sont frappés de la simplification que le choix du nouvel emplacement apporte pour toutes les affaires.
C'est à ce poste français qu'a lieu la rencontre et la réconciliation de Déo van tri et de son ancienennemi le Quan-phuong que j'avais vu à Laokay.
Cette rencontre dans les meilleures conditions de bonne volonté de part el d'autre était un résultat heureux. Le Quan-Phong s'y appliqua à ménager I amour-propre de son bienfaiteur. Si au fond de leur cœur les vieilles rancunes pouvaient encore subsister, du moins à partir de ce jour, les relations d'affaires entre les indigènes des deux pays brisées, depuis plusieurs années, allaient être reprises sans arrière-pensée.
MM. Lefèvre-Pontalis, Massie et A aele arrivèrent à Hanoï le i 4 juin, j avais quitté la veille le Tonkin pour Saigon où j'allais rencontrer le nouveau gouverneur général, M. de Lanessan, avant de rentrer en France où j'avais reçu avis du département de me rendre le plus tôt possible pour l'examen des questions donl j'avais poursuivi l'étude. Sui-
SIP SONG PAIINNA, YUNNAN, TONRIN i5g
vant mes instructions, M. Lefèvre-Pontalis laissa Déo van tri à Hanoï aux soins de MM. Massic et Vacle qui devaient attendre l'arrivée du Gouverneur général, le lui présenter et le ramener dans son pays. 11 s'embarqua le a5 juin pour Saigon, m'amenant les quatre jeunes gens que nous confiait Déo van tri.
M UIVTERE
5 janvier au ia mars i8gi .
M. Rivière ayanl quitte Hanoï le 5 janvier, avait pris, à Y'inh. le chemin d'Houlène par Hatraï, Kammon et Reng-Kiec el était arrivé au Mé- Kliong le 3o. En dépit du passeport dont il était muni, relatif à l'installation d'une agence à Houtène, il rencontra un si grand mauvais vouloir chez les autorités siamoises, qu'après quatre jours il dut renoncer à l'exécution de celte partie de ses instructions et revint au Kammon.
DE HOUTENE A KAMMON. VISITE AUX MINES D ETAIN DU XAM-P VTEN
34 kilomètres de levé nouveau
M. Rivière profita de ce voyage de retour pour relier par un itinéraire les mines d'étain «lu Nam-Paten à l'ensemble des travaux lopographiques.
11 trouva dans cette plaine, étendue entre le Hin-Boun cl les monts Pou-Hac, de nombreux villages entourés de terres bien cultivées au nulieu desquelles surgissent les rochers calcaires dont il a été parlé précédemment.
Ayant achevé ce travail, notre compagnon continua au Kammon son élude générale de la région, non sans des difficultés de toute sorte avec le chef siamois Pra Yot, et finalement, très éprouvé par la fièvre qui ne lui laissait aucun répit, il prit la route de l'Annam au Iveng-Loï sur le Nam-Nuong, affluent du Nam-Kading, qu'il atteignit par une voie déjà décrite.