DE KRATIE A KON-TOUM PAU BAN-DON ET KHA-SOM
48o kilomètres de levé nouveau.
M. Cupét quitte, le 22 janvier, les bords du Mé-Khong pour s'enfoncer dans l'Est, vers les villages Penongs. Sun convoi se compose de dix miliciens cambodgiens, de six éléphants et de douze charrettes à bœufs. Il emporte du riz, du sel et une pacotille d'objets d'échange, car l'argent n'a pas cours dans la région qu'il a en vue de parcourir.
C'est dans le bassin du Preck-Té, affluent important du Mé-Khong que se déroule la première partie du voyage. La route est presque constamment en terrain plat, couvert de forets clairières, presque désert et sans eau dans cette saison. Il faut cinq jours pour atteindre Pou-Klia que les voitures ne pourront dépasser faute de chemin. Le capitaine y trouve les Penongs, habitants du pays, irrités contre les Cambodgiens qui leur ont récemment volé des éléphants. Malgré ces dispositions, il obtient d'eux, après plusieurs jours de pourparlers, guides et porteurs pour continuer sa route.
Six jours encore, dans le bassin du Srépok ou Sé-ban-Khan, en terrain boisé, élevé peu à peu à 750 mètres d'altitude à la séparation des eaux du Preck Té et du Srépok et redescendu insensiblement à 200 mètres, amènent à Ban-Don où commence le territoire sauvage proprement dit. La région est déserte, couverte de forets, avec de grands espaces déboisés formés d'anciens défrichements envahis par les hautes herbes et les broussailles.
Ban-Don est eonslitul dans une île, au milieu du Sé-bang-Khan, c'est pour ainsi dire la porte des pays sauvages, séparés du Cambodge par 200 kilomètres de désert. Il était jadis en communication avec les centres du Mé-Khong, el servait de lieu de transaction avecles peuplades de l'Est. Aux hautes eaux la ri\ ière est navigable jusqu'à Slung-Treng. La suzeraineté du Cambodge s'étendait au loin vers le Nord. Un bon chemin de piétons conduisait en Annani.
i6i MISSION PAVIE
La région sauvage est une longue bande de territoire à cheval sur la ligne des eaux et où la densité de la population dépasse celle des centres les plus habités du Laos. Il restait a5o kilomètres pour arriver à la mission de kon Toum dont le père Guerlach est le supérieur.
La route ne tarde pas à sortir du bassin du Sé-Bang-Khan pour entrer dans celui du Se Ba qui va à la mer de Chine, et retomber ensuite dans celui du Se San, affluent du Sé-Bang-Khan. L'altitude oscille entre 3oo et 800 mètres, celle de la séparation entre les deux derniers cours d'eau et non loin de laquelle se trouve un petit lac dont les eaux s'écoulent vers le Sé-San.
Une seule fois en cours de route, M. Cupet dut faire un détour pour éviter un village avec qui les gens qui le guidaient étaient en guerre. A mi-chemin il rencontra les villages de deux personnages importants connus dans tout le pays sous le nom de roi du feu et de roi de l'eau, et dont l'influence considérable s'étendait au loin sur les deux versants. Pour s'assurer leurs bonnes grâces, il alla les visiter, alors le bruit se répandit dans les villages que le voyageur français venait pour s'emparer de leurs fétiches et ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à dissiper les préventions et à inspirer confiance. Il s'arrêta trois jours au village du roi du feu, fit amitié avec lui, et gagna enfin sans incidents la mission catholique.
Il trouva à Kon-Toum M. Dugast accompagné de M. Bricourt, garde principal de milice en Annam.
Dans ce trajet, les sauvages n'avaient nulle part montré d'hostilité, mais avaient laissé voir beaucoup de défiance et d'inquiétude. Ils s'attendaient à voir le caj^itaine, suivi d'une troupe nombreuse. Sa venue, ainsi seul, les avait rassurés pour l'avenir. La bonne impression produite était du meilleur augure.
Le bon accueil, le concours empressé du père Guerlach, les ressources dont dispose ce missionnaire qui, venu de l' Annam installer sa chrétienté chez les Bahnars, est en communication avec nos premiers postes, décident M. Cupet à choisir son village comme base d'opération et à y faire venir M. Cogniard, qui bloqué dans une région dont les che-
CAMBODGE, REGION SAUVAGE ET ANNAM i65
mins avaient été rendus impraticables par les pluies, et, atteint par les fièvres, avait dû regagner Tourane.
M. Dugast va alors au-devant de M. Garnier explorer la région Nord dont on n'a pas de nouvelles et le capitaine va partir de son côté.