DE QUINHNOXE A TIARAO-LOUK. RETOUR EN ANNAM
355 kilomètres de levé nouveau.
M. Cogniard trouve à Anké une nouvelle lettre de M. Cupet lui fixant pour le rendez-vous à Kôn-Toum une date plus éloignée ; en conséquence, voulant utiliser le temps dont il dispose, il fait partir pour Kôn-Toum le gros de son convoi et se dirige vers le plateau des Goelars qui n'avait pas encore été reconnu.
Cette plaine, des plus remarquables, au milieu d'un système montagneux très compliqué, a de nombreux villages ; grâce à son altitude (/ioo mètres), et aux cours d'eau qui la sillonnent, elle pourrait être très utilisée.
Au cours de cette élude, à Peleï-Guoï, il reçoit un courrier porté par un sauvage. C'est la lettre de M. Cupet, demandant de l'aide pour continuer sa route. Hâtant sa marche vers la mission, où son convoi est arrivé, le capitaine Cogniard se porte le plus directement au Sud, atteint le sadet Loum et y trouve un avis de M. Cupet qui est à Ban- Done. 11 lui envoie dix miliciens et vingt coolies, puis revient sur ses pas et va, au Nord, pour interdire l'accès du pays à une troupe siamoise qui lui est signalée comme ayant pris celte direction. Arrêté un instant par le chef des Yaraïs qui ne le voyant plus qu'avec cinq hommes
CAMBODGE, RÉGION SAUVAGE ET ANNAM i73
essaye de s'opposer à son passage, il parvient à Peleï-Gong-IIouëte où il rencontre M. Bricourt et apprenant alors que les Siamois sont à proximité il se rend à Tiarao-Louk, d'où il (ait prévenir leur chef de sa présence, celui-ci abandonne alors la direction qu'il suivait et M. Cogniard revient à Kôn-Toum.
Alors arrive, deDac-Kodé, la nouvelle que les Siamois, que M. Cupet a fait se retirer de Ban-Done, marchent vers le Bla et la mission catholique, croyant sans doute le pays évacué par nous. M. Cogniard, accompagné du père Guerlach, se porte rapidement vers ce point qu'il atteint le lendemain soir au moment oîi le Luang-Sakhonc, le chef siamois, menacé par les sauvages très surexcités, se trouvait dans une situation fort critique; se jetant alors entre eux il peut, grâce sourtout au père Guerlach, arrêter l'élan des sauvages et sauver ainsi la colonne siamoise que son chef, après une entrevue avec M. Cogniard, peut ensuite emmener sans danger vers Attopeu.
De retour à Kôn-Toum. M. Cogniard y apprend l'arrivée de M. Cupet à Nha-Trang, il rentre alors lui-même en Annam par la route d'Angké, où il arrive le 3 mai.
Fig. 5i. — Uncpagodo à Luang Prabang.
M. DE MALGLAIVE
Du i4 octobre 1890 au iG avril 1891.
M. de Malglaive ayant pour mission l'étude des territoires de la rive gauche du Mé-Khong situés entre les derniers itinéraires dans le bassin du Sé-Bang-Faï du groupe dont il faisait partie et ceux, qu'avec M. Cupet, ses autres compagnons allaient parcourir dans le Sud, avait quitté Lakhone avec MM. Cogniard et Dugast, marchant sur la rive droite du Mé-Khong vers Sakhone-Lakhone. Là, se séparant d'eux, il était allé exécuter le levé du chemin entre cet endroit et le centre commercial de Muong-Mouck sur le Mé-Khong, pour entreprendre ensuite la traversée du pays entre le grand fleuve et la mer de Chine, prenant Panom et Dong-lloï (Quang-Binh) comme extrémité de l'itinéraire
LAOS ORIENTAL, ANNAM ET RÉGION SAUVAGE i75
qu'en cours de voyage il relierait à ceux de M. Harmand (1875) et du capitaine Cupet.
DE SAK.HONE-LAKHONE A MUONG-MOUC
82 kilomètres de lève'' nouveau.
Le i/i novembre, accompagné de l'interprète cambodgien Craucht, M. de Malglaivc s'engage sur un chemin qui, en une ligne presque droite, va joindre Muong-Mouc. Cette voie, parallèle au Nam-Kam, par lequel s'écoule le Nong-IIan, longe d'abord ce lac dans sa partie Sud ; elle se tient ensuite sur un terrain voisin des sources des plus petits affluents du Nam-Kam qu'occupent de belles forêts lorsqu'il n'est pas garni par les villages échelonnés nombreux sur le parcours, et qui s'abaisse aux approches du Mé-Khong. Le trajet y devient difficile à cette époque de l'année où les eaux séjournent encore sur les inégalités du sol. Là population y est composée presque entièrement de gens enlevés par les Siamois, au pays de Mahasaï, sur la rive gauche du ffeuve. Ce sont des Pou-Thaïs, des Khas-Leung, des Khas-Sos, qui pratiquent l'élevage du bétail sur une grande échelle.
Le chemin du ffeuve étant encore trop rempli d'eau pour être suivi, M. de Malglaive, de Muong-Mouc gagna, en barque, Panom où il prépara son voyage.
DE PANOM A DONG-HOÏ (QUANG-BINIl), PAR VANG-KHAM 36 1 kilomètres de levé nouveau.
A Panom, centre religieux, où se trouve le monument bouddhique dont il a déjà été parlé, M. de Malglaive traverse le Mé-Khong; prenant s;i roule à l'embouchure et sur la rive gauche du Sé-Bang-Faï, il se dirigea vers Muong-Vang, point qui avait eu une importance politique, en parcourant la vallée de Nam-Ba-Hao, petil affluent du Mé-Khong, puis la
i76 MISSION PAVIE
région des sources du Sé-Kiam-Pôn, aiïluent du Sé-Bang-Hien, jusqu'au delà de la ligue des hauteurs de Pou-Sang-Hé (45o mètres); il se trouva pour un instant dans le bassin de Sé-Bang-Faï et entra, sans qu'un mouvement de terrain indiquât une séparation, dans le bassin du Nam- Kok, affluent du Sé-Bang-Hien, et sur lequel se trouve l'ancien, et, un peu plus au Nord, le nouveau Muong-Vang-Kam.
Dans ce parcours de 170 kilomètres, il avait coupé, à Ban-Dung, l'itinéraire de M. Harmand, de Kemmerrat à Lakhône et il s'était relié à Na-Noï à celui de M. Cupet, de Pou-IIoua vers Salissen.
Il avait, à une journée du Mé-khong, remarqué l'exploitation de marais salés, à Muong-Vang celle de minerai de fer et, avait appris à Vang-kham, qu'une des ressources du pays était le lavage des sables aurifères du haut Sé-Bang-Faï, ce qui avait fait donner le qualificatif de kham (or) au nouveau Vang.
Les chemins parcourus étaient assez bons. La population, composée de Pou-Thaïs, lui adressait partout les plaintes les plus vives contre l'envahissement récent de leur pays par les Siamois. Le chef de Muong- Vang lui exposa que la situation dilïicile datait d'après la fuite de Hué du roi d'Annam Ham-Nghi, par Tchépon, Vang-Kham, Séling, Pouhoua, Tong-Ac. Il y avait deux ans, en dernier lieu, les Siamois, d'accord avec les chefs annamites rebelles, étaient venus occuper le pays y installant quatre postes qui avaient mis fin aux relations même commerciales avec l'Annani. Lui même était, en vain, allé se plaindre à l'autori lé annamite de Cam-Lo dont le canton avait toujours relevé. S'il fallait en croire les indigènes, plus de cent villages des territoires annamites avaient été enlevés et transportés par les Siamois dans les régions au Sud. Du reste, il constatait à mesure qu'il avançait que les gens vivaient dans les défrichements tant était grande la terreur des envahisseurs.
Aussi à son arrivée à Vang-Kham, ne fut-il pas surpris du mauvais accueil que lui fil le commissaire siamois qui s'y était installé et qui, ne tenant aucun compte de sa qualité et de son passeport, s'attacha à l'obliger à renoncer à son exploration, le mettant dans l'impossibilité
de louer des éléphants, nombreux dans le pays, pour le transport de son interprète malade et des bagages. Malgré les difficultés qui lui étaient suscitées, il alla à 63 kilomètres au Nord, relier à Na pa Nang,
Fig. 5a. — Le monument de Panom,
près de Salissen, son itinéraire à celui de M. Cupet, puis il redescendit à Na-Poung. à mi-chemin de Vang-Kham. pour poursuivre sa route vers Dong-Hoï. Là, il s'aperçoit que le commissaire siamois le fait suivre par des émissaires qui empêchent les chefs de village de l'assister.
ire Série. — II. 23
Résolu à arriver au but, il confie les bagages à l'interprète que la fièvre empêche de marcher et lui remet une lettre faisant connaître au commissaire siamois (pie si à son arrivée en Annam il n'y trouve pas son interprète el ses bagages transportés par ses soins à Quang-Tri, il viendra les chercher avec un escorte française.
Alors, par une marche de 75 kilomètres, remontant la vallée de Nam-Pa-nang et franchissant la ligne de partage par 780 mètres d'allitude, il parvient au confluent du Nam-Taleng et du Nam-Tiarap dont la réunion forme une rivière qu'il relève pendant 5o kilomètres et sur laquelle il atteint en barque Don g-Hoï, le 12 novembre. Il quitte aussitôt cette résidence et arrive par mer à Hué le 18, ayant louché Quang- Tri où il a retrouvé son interprète.
Dans la région des sources du Sé-Bang-Faï et du Nam-Kok, il avait rencontré les mêmes soulèvements calcaires signalés depuis le Kammon. Les habitants, jusqu'à la chaîne du partage, sont des Khas-Sos dont le voyageur n'eut qu'à se louer.