‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 60 sur 125 · Pages 200 et · texte numérisé non relu

Pages 200 et

SÉJOUR A BANGKOK. EVENEMENTS DE i8<)3

un accord donnant satisfaction à nos revendications dans les conditions qui pourraient le plus ménager (amour-propre du Gouvernement siamois.

J'avais, comme on l'a vu, déjà séjourné à Bangkok en i883, 188G, 1889 et 189 1 , et j'y étais bien connu de la Cour et des hautes autorités du Siam. J'eus un accueil empresse'' des Ministres du Roi. C'était l'époque chaude de la saison pluvieuse, le Minisire des Affaires étrangères me fit connaître le désir de son souverain, auquel je m'empressai d'acquiescer, que l'audience officielle pour ma réception eut lieu, non à son palais de

Fig. nl\. — Ko Sichan. Palais en bois tic teck, en construction, îS

Bangkok, mais à Ko Sichan, île très proche, où il avait son installation d'été pour sa famille et pour sa cour.

Un yacht royal me conduisit à cette jolie station qui allait, dans la suite, avoir un rôle important.

Ko Sichan, à 2 4 milles de l'embouchure du Mé-nam, est étendue dans une direction Nord-Sud à G ou 7 milles de la côte Est de la baie de Bangkok, en face des villages de Bang-Pra, Si-Maracha et In-Tapan près desquels se trouvait l'ancienne installation d'été pour le Boi. Elle aune longueur de huit à neuf kilomètres et une largeur de deux à trois S;i disposition et celles des petits îlots l'environnant constituent un abri suffisant pour les navires pendant la dure mousson du Sud-Ouest, aussi depuis un certain nombre d'années, les vapeurs et voiliers de commerce

fréquentant le Mé-nam, et ayant un tirant d'eau supérieur à trois mètres cinquante, y viennent commencer leur déchargement, ou compléter leur cargaison afin de pouvoir, en sécurité, franchir la barre peu profonde du fleuve. Une forêt très épaisse couvre les hauteurs qui occupent l'ensemble presque entier de l'île.

Dans cette audience où je remis au Prince Héritier la plaque de grand-croix de la Légion d'honneur, et où je reçus moi-même une décoration siamoise, et au dîner qui la suivit, les meilleures assurances de bonne volonté, pour le règlement immédiat de toutes difficultés, furent échangées, et je rentrai à mon poste, dans l'attente des arrangements qui

me seraient proposés pour le règlement le plus conciliant de chacune des questions.

Vers ce temps, j eus la bonne fortune de voir passer à Bangkok un très distingué et très sympathique voyageur, le lieutenant allemand Otto Ehlers. Il revenait de visiter une importante / partie de l'Asie et il avait achevé son voyage en parcourant, dans le Nord de l'Indo-Chine, les mêmes régions des Sip Song pahn na, où au commencement de l'année précédente1, je m'étais attaché à rétablir la paix. Je ne me lassai pas de l'interroger : aimablement il me donna des nouvelles des gens et des choses de ces contrées que j'aimais et où je me retrouvais par sa présence. Il me raconta les événements qui avaient maintenu le roi de Xieng-Houng au pouvoir, malgré de nouvelles discordes, et qui grâce à l'action de l'agent chinois, que je devais retrouver plus tard, avaient assuré la situation telle que je l'avais laissée. Par ses conversations et ses récits, il contribua singulièrement, auprès des Européens de toutes nationalités au Siam, à donner de mon rôle et de celui de ma mission

Otto Ehlers

i. Pages 117 a 126.

SÉJOUR A BANGKOK. ÉVÉNEMENTS DE i893 223

dans les territoires où j'avais opéré et qu'il avait vus, une opinion vraiment avantageuse. Nos amicales relations se continuèrent jusqu'au jour où une fin tragique arrêta tristement sa carrière brillante de voyageur et enleva, à son pays et à ceux qui l'aimaient, cet homme de grand avenir, au caractère droit, au tempérament hardi, aventureux et entreprenant ù qui je me plais ici à adresser l'hommage de mes regrets '.

En dépit des excellentes dispositions fréquemment affirmées, l'examen des affaires pendantes ne s'abordait pas. Celui des plus urgentes et celui des plus simples, d'intérêt politique ou d'intérêt commercial, même concernant celles de nos nationaux sur place, et de nos ressortissants, étaient reculés de semaine en semaine, par les moindres comme par les plus hautes autorités siamoises, généralement sous le motif de la nécessité d'étude plus approfondie à en faire.

Pendant ce temps nous pouvions constater que le Gouvernement britannique procédait avec activité à l'établissement de ses droits dans la vallée supérieure du Mé-Khong, non seulement vis-à-vis de la Chine, mais aussi vis-à-vis du Siam qui avait mis une sorte d'empressement à en finir avec lui, en lui donnant satisfaction complète.

Alors fut connue la prochaine arrivée d'un jurisconsulte belge, engagé par le Siam comme Conseiller légal pour aider plus particulièrement, assura-t-on, au règlement des difficultés internationales, et il fut permis de penser que la venue du nouvel agent allait mettre fin aux retards sans cesse apportés en tout.

Ancien Ministre des Travaux publics en Belgique, Grand-officier de la Légion d'honneur, M. Rolyn-Jacquemins, remplissait en dernier lieu, au Caire, les fonctions de Procureur général près de la Cour internationale d'Egypte. Spécialisé dans le droit international, il était considéré comme une autorité en la matière. On put donc croire, qu'il allait tout d'abord avoir pour mission d'éclairer les questions avec nous, en vue d'un arrangement que des concessions réciproques pourraient rendre facile.

i. Assassiné en 1899 dans l'île do Ranka (Nouvelle-Guinée).

MISSION PAV1E

Néanmoins il devint bientôt évident que le Gouvernement siamois, non seulement était resté dans ses dispositions anciennes à notre égard,

mais que se sentant ainsi renforcé pour la discussion, il croyait pouvoir attendre désormais de nous la reconnaissance de la situation et le renoncement à toute réclamation territoriale contre de vagues assurances amicales ; et, peu après mon premier contact avec le Conseiller légal, il me fut visible qu'il était surtout chargé de rechercher les moyens de réfuter ou d'éluder les demandes françaises quelles qu'elles fussent, en attendant notre acceptation de cette manière de voir.

Jusqu'à l'anniversaire du Moi (21 septembre), les choses se maintinrent sans que de plus grosses difficultés surgissent, mais aussi sans laisser plus d'espoir de solution amiable, malgré l'extrême bonne volonté, mise de notre part, à faciliter le commencement des arrangements.

Pour pi'éparer, par exem- |il<\ le règlement de l'affaire de Tong-Xieng-Kham. j'avais suggéré que notre sujet, le Bambien, toujours captif du Siam, fût libéré à l'occasion de cette fête. Sa mise en liberté ainsi présentée sous forme de

Fig. 76. — La Reine du Siam.

SÉJOUR A BANGKOK. ÉVÉNEMENTS DE i893

grâce, aurait sauvegardé l'amour-propre du Gouvernement siamois,

■y**màL

Fig. 77. — Princesse siamoise.

tout en montrant aux populations intéressées, le désir de s'accorder avec nous'. D'un autre côté, en attendant la, solution de la question des

Page 1