‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 66 sur 125 · Voir In gravure page t\"i · texte numérisé non relu

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SÉJOUR A BANGKOK. ÉVÉNEMENTS DE i8g3

18 juin. — Le Ministre des Affaires étrangères du Siam répond à nos demandes de réparations, qu'il ignore l'affaire de Keng-Kiec et qu'il se refuse à admettre la véracité d'informations que son Gouvernement ne pourra vérifier avant la fin du mois.

26 juin. — L'Escadre d'Extrême-Orient est concentrée à Saigon.

29 juin. — Le Gouvernement siamois fait connaître que d'après ses renseignements, il considère l'affaire de Keng-Kiec comme un combat régulier.

Les Siamois coulent deux vieux navires à droite et à gauche de la passe de Paeknam, pour la rétrécir.

6 juillet. — Une canonnière allemande est annoncée comme devant arriver prochainement à Bangkok.

8 juillet. — Le Gouvernement français informe le Gouvernement siamois que le Gouvernement anglais ayant résolu d'envoyer plusieurs bâtiments de guerre à

Bangkok en vue de protéger ses nationaux, il a décidé de renforcer nos forces navales, et en précisant qu'il s'agit exclusivement d'une mesure identique aux dispositions dont l'Angleterre et d'autres puissances ont pris l'initiative, il lui annonce l'arrivée de navires qui rejoindront le « Lutin ». En faisant en même temps connaître ses intentions à notre Ministre à Bangkok, il le prévient qu'il est entendu qu'on ne devra engager aucune hostilité sans qu'il lui en ait été référé, sauf le cas où nos bâtiments seraient attaqués et forcés ainsi de répondre au feu de l'ennemi.

9 juillet. — Une canonnière hollandaise mouille à Bangkok.

Les canonnières anglaises « Pluver » et « Linet » sont annoncées comme devant arriver dans quelques jours,

r™ Sértf. — II. 3o

Capitaine de frégate Bory, Commandant de la division navale.

1 1 juillet. — ■ Répondant à la communication du Gouvernement français du 8, le Gouvernement siamois l'informe qu'il n'a pas reçu notification du Gouvernement anglais de l'intention d'envoyer dans le Mé-nam un autre bâtiment que la canonnière qui s'y trouve actuellement dans les mêmes conditions que le « Lutin ».

Il conclut des termes de notre déclaration, que la France n'insistera pas pour envoyer un second navire dans le Mé-nam aussi longtemps qu'une autre puissance n'en aura pas plus d'un.

Le Ministre de France en recevant cette communication en même temps qu'elle est présentée à Paris, insiste auprès du Ministre des Affaires étrangères du Siam, pour que, en attendant la décision du Gouvernement français, le mouillage à Packnam, de nos bateaux actuellement en route et qui doivent y arriver le i3 à la marée du soir, ait lieu conformément aux droits que nous confère le Traité de 1 856. i3 juillet . — Le Gouvernement siamois persiste dans son refus et déclare que dans les circonstances présentes il ne peut consentir à ce que chaque puissance ait plus d'un bâtiment dans la rivière.

Le Ministre de France envoie un des officiers du « Lutin » au-devant du Commandant de la petite flotille pour le mettre au courant de la situation.

Conformément aux instructions reçues à son départ de Saigon, le Capitaine de frégate Bory, avec l'aviso «Inconstant)), et la canonnière « Comète » commandée par le lieutenant de vaisseau Dartige du Fournet, arrive à la barre du Mé-nam à G heures du soir. Ne trouvant pas

Lieutenant tic vaisseau, Louis Dartiiie du Fournct.

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de pilote, il embarque pour ce service, le capitaine du « J.-B. Say », vapeur des messageries fluviales de Cochincliine qui en a un. et franchit la barre à la suite de ce bateau ' .

Subitement attaqué par le fort à l'Ouest de l'entrée, le Commandant riposte après le dixième coup de canon, et évitant les torpilles placées sur sa route, et dont l'une fait explosion, force la passe du flenve sous les bordées de sept bâtiments siamois échelonnés au-dessus du barrage, et le

Fig. 83. — Les canonnières « Inconstant » et « Comète » mouillées à la suite du « Lutin » , devant le consulat général de France.

feu des forts de Packnam, et ayant eu trois tués, trois blessés, et d'insignifiantes avaries, vient, malgré les difficultés d'une nuit obscure, mouiller à 9 heures 1/2 à Bangkok près du « Lutin », devant la légation de France".

1. État major de 1' « Inconstant » : MM. Bory (V.), Capitaine de frégate.

Borsat de La Pérouse (A. C. E.),

Lieutenant de vaisseau.

Vautier (A. P.), Lieutenant de vaisseau.

Pcrot (J.), Enseigne de vaisseau.

Houard (E. M.), id.

Germon (L. L. S.), Aide commissaire.

Etal major de la « Comète » :

MM. Dartige du Fournel (L. R. C. M.), Lieutenant de vaisseau.

Méléart (P. V. M.), Lieutenant de

vaisseau.

Fournier (G.), Enseignede vaisseau.

Gervais(B.J.M.), id.

Bazin (L.), id.

Conle(.l. P. C.), Médecin de 2pclasse.

Bergeret (<»■), Médecin de :i" classe.

2. Les Siamois axaient eu quinze tués et trente blessés; cinq de leurs bâtiments avaient de tories avaries.

\ l'immédiate demande d'explications du Ministre de France et pendant que les deux petits navires en bois, qui avec 197 Français, viennent d'accomplir ce fait d'armes, prennent leurs dispositions de combat, le

« J.-B. Say. » « Inconstant. »

jFig. 84. — L' « Inconstant » et la « Comète », précédés du « .1.-1! Saj

(D'après une aquarelle de M. Ml

Ministre des Affaires étrangères du Siam tente d'établir que l'attaque contre nos bâtiments et leur entrée, résultent d'un malentendu : il donne avis d'un télégramme qu'il a reçu le matin à onze beures, et dans lequel le Ministre du Siam à Paris lui fait connaître que M. Develle, répondant à la communication du Gouvernement siamois du 11 juillet a

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donné le 12 au soir, son consentement à ce que, tant qu'une autre puissance n'aura pas plus d'un bateau dans le Mé-nam, nous ne changerions rien à la situation, et a annoncé qu'il allait faire donner

icinu'i'i'S Ciinomin.Trs sianmi^os

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passe du Mé-nam, sous le feu des forts et des canonnières siamoises. n conseiller légal du Siam).

des instructions à l'amiral Humann pour que |nos navires s'arrêtent à la barre.

Devant cet aveu, que le Siam, connaissant les intentions pacifiques du Gouvernement français, n'a cependant pas hésité à faire ouvrir le feu contre nos bâtiments qui, il le savait, n'étaient encore, pas plus que le

COMBAT DE PAKNAM!

E.Giffauk del.

I,rs canonnières françaises « Inconstant. » et « Comète » forcent l'entrée du Mé-nam, le 1 3 juillet i?q3.

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Ministre de France, avisés d'aucun contre-ordre, le Ministre de France proteste énergiquement et annonce qu'il en réfère à son Gouvernement, i^ juillet. — Dans une entrevue, le Ministre des Affaires étrangères du Siam, déclare au Ministre de France et au Commandant Bory qu'il considère nos bâtiments comme étant dans la même situation que tous les autres navires étrangers, et qu'aucun acte hostile n'est à craindre pour eux, et il demande de lui faire la même assurance. Elle lui est donnée en

Fi<». 86. — Capitaine Gicquel, C

anelanl Bory et État- Major de 1' « Inconstant ».

attendant les instructions du Gouvernement français sous la condition que les navires siamois ne se déplaceront pas le jour sans en aviser au préalable le Ministre de France, et qu'ils ne circuleront pas de nuit.

La canonnière anglaise « Linet » mouille à Bangkok.

Le vapeur des Messageries de Cocbinchine « J.-B. Say » passant la barre en même temps que les deux canonnières, avait été atteint par un projectile et s'était échoué pour se réparer. Ce travail terminé il allait monter à Bangkok le 1 4 au matin, lorsque des Siamois conduits par un

Danois s'en emparèrent, le pillèrent, ouvrirent les prises d'eau, et firent subir les plus mauvais traitements à l'équipage qu'ils déposèrent la nuit, devant un hôtel de Bangkok.

Dans la soirée, parvient au Ministre de France un télégramme de M. Develle, daté du i3. Suite à la démarche du Siam du u, il l'invitait, à déclarer au Ministre des Affaires étrangères du Siam, que nous

n'admettions à aucun degré les prétentions du Siam, et que nous nous réservions absolument d'user à notre convenance des droits formels que nous tenons du traité de 1 856, et il lui prescrivait d'envoyer au-devant de la division navale, et de la prévenir que le Gouvernement avait décidé qu'aucun bâtiment français ne devait franchir la barre tant qu'aucune puissance n'aurait pas plus d'un bateau dans la rivière.

Le Commandant Bory, reçoit de

l'amiral, un télégramme analogue.

i5 juillet. — Le croiseur français

« Forfait » , est mouillé à la barre ainsi

que le croiseur anglais « Pallas ».

iG juillet. — Le Gouvernement siamois publie dans le journal

officieux « Bangkok Times », les documents relatifs aux difficultés avec

la France.

17 juillet. — M. de Coulgeans qui depuis trois ans réside à Stung- Treng, avait été chargé par le Gouverneur général, dès que loccupation de ce poste et de l'île de Khone avait été décidée, de relier télégraphiquement ces deux points au Cambodge, il achève cette mission, rendue très périlleuse par la concentration que les troupes siamoises opèrent aux abords de ces deux postes.

Le Ministre de France ayant prié, d accord avec le Ministre des

M. (le Coulçreans.

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a/ii

Affaires étrangères du Siam, le commandant du « Forfait », M. Reculoux, de venir à Bangkok, celui-ci remarqua en passant en canot à vapeur devant le « J.-B. Say », que le pavillon français y était hissé au grand mât au-dessous du pavillon Siamois : il lit amener les deux pavillons, et continua sa route. Un peu après, il fut rejoint par une chaloupe portant un européen et une quinzaine d'hommes armés, fut arrêté, insulté et menacé d'être fusillé. Grâce à son sangfroid, il se dégagea de cette agression, pour laquelle le Ministre de France protesta énergiquement auprès du Gouvernement siamois comme il l'avait fait pour le pillage du « J.-B. Say ».

18 juillet. — La Chambre des Députés vote à l'unanimité l'ordre du jouisuivant : « La Chambre comptant que le Gouvernement prendra les mesures nécessaires pour faire respecter les droits de la France en Indo-Chine et assurer les garanties auxquelles elle a droit, passe à l'ordre du jour. »

19 juillet. — Le Gouvernement français en mesure d'apprécier la gravité des récents incidents, et les responsabilités nouvelles qui sont venues s'ajouter à celles que le Gouvernement siamois avait déjà encourues vis-à-vis de nous, fait remettre, par le Ministre de France, au Ministre des Affaires étrangères du Siam, un « ultimatum » pour l'acceptation des conditions duquel le Gouvernement siamois aura un délai de qua-

1" Série. — IL 3i

Le commandant Rcculoux.

rante-huit heures. A défaut de réponse satisfaisante à l'expiration de ce délai, le Ministre de France quittera Bangkok avec les trois canonnières et se retirera à bord du « Forfait ».

Fig. 89.

clEi

t. «Triomphante», cuirassé, U 700 tonneaux, 1 5 canons, 45o hommes.

« Forfait »,

croiseur,

2 3oo

« Inconstant »,

id.

« Comète »,

canonnière,

5oo

« Lutin »,

id.

5oo

« Lion »,

id.

5oo

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20 juillet. — Les troupes siamoises sont délogées de toutes les îles du Mé-Khong jusqu'au delà de Khône.

22 juillet. — Le Gouvernement siamois ayant fait une réponse qui

it cle\;mt Ko Sichane '.

« Vipère », « Aspic », « Alouette », Torpilleur 5o.

id. 43.

canonnière, 5oo tonneaux, /j canons, 80 hommes.

ich

5oo 5oo

MISSION PAN 1 1

n'ésl pas pleinement satisfaisante, le Ministre de France lui annonce,

qu'il quittera Bangkok le 26 juillet avec les canonnières, la marée ne devant pas permettre à 1' « Inconstant » de franchir la barre avant cette date.

Le Ministre de Siam à Paris, demande au nom de son Gouvernement, une prolongation du délai fixé pour l'acceptation de nos conditions, à M. Develle qui répond négativement.

23 juillet. — Le Gouvernement de la République ayant approuvé les dispositions prises par le Ministre de France en vue de quitter Bangkok, avise le Gouvernement néerlandais des motifs qui nous mettent dans la nécessité de recourir aux bons offices de son représentant à Bangkok, et lui demande d'autoriser celui-ci à se charger de la protection des intérêts français

au Siam.

Le Ministre de France amène le pavillon du Consulat général, et remet le scrvice au Chevalier Keun de lloogerwoerd, Consul général de S. M. la Reine des Pays-Bas.

2,5 juillet. — Le Minislre de France s'embarque sur 1' « Inconstant » avec M. Hardouin Chancelier, et le lieutenant Le Myre de Vilers.

Le chevalier Keun rie Hoogerwoerd.

Fig. (ji. — « La Triomphante ».

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A deux heures, le pavillon néerlandais est hissé au mât du Consulat général de France.

A quatre heures, les canonnières saluées par tous les pavillons, défilent entre les deux rives, garnies d'une foule perplexe et silencieuse, et vont mouiller à Packnam.

26 juillet. — Le Commandant du « Forfait », M. Reculoux, déclare

Fig. 0,2. — L'amiral et son état-major.

le hlocus, et débarque trente hommes dans lîle de Ko Sichan dont il prend possession ' .

Les canonnières franchissent la barre et joignent le « Forfait » à bord duquel monte le Ministre de France.

29 juillet. — Le Contre-Amiral Humann, sur la « Triomphante », arrive à Ko Sichan avec l'escadre d'Extrême-Orient.

30 juillet. — Le Ministre du Siam à Paris, ayant fait connaître le 29 à M. Develle que son Gouvernement acceptait sans réserve les

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