CONVENTION
Les Plénipotentiaires ont arrêté dans la présente Convention les différentes mesures et les dispositions qu'entraîne l'exécution du Traité de paix signé en ce jour et de l'Ultimatum accepté le 5 août dernier.
Article premier.
Les derniers postes militaires siamois de la rive gauche du Mékong devront être évacués dans le délai maximum d'un mois à partir du 5 septembre.
SÉJOUR A BANGKOK. ÉVÉNEMENTS DE (3g3 2*9
Article II.
Toutes les fortifications de la zone visée à l'article III du Traité en date de ce jour devront être rasées.
Article III.
Les auteurs des attentats de Tong-Xieng-Kham et de kainmon seront jugés par les autorités siamoises; un représentant de la France assistera au jugement et veillera à l'exécution des peines prononcées. Le Gouvernement français se réserve le droit d'apprécier si les condamnations sont suffisantes, et, le cas échéant, de réclamer un nouveau jugement devant un tribunal mixte dont il fixera la composition.
Article IV.
Le Gouvernement siamois devra remettre à la disposition du Ministre de France à Bangkok ou aux autorités françaises de la frontière tous les sujets français, annamites, laotiens de la rive gauche et les Cambodgiens détenus à un titre quelconque ; il ne mettra aucun obstacle au retour sur la rive gauche des anciens habitants de cette
Article \ .
Le Bam-Bien de Tong-Xieng-Kham et sa suite seront amenés par un délégué du Ministre des Affaires étrangères à la Légation de France, ainsi que les armes et le pavillon français saisis par les autorités siamoises.
Article VI.
Le Gouvernement français continuera à occuper Chantaboun jusqu'à l'exécution des stipulations de la présente Convention et notamment jusqu'à complète évacuation et pacification tant de la rive gauche cpie des zones visées à l'article III du Traité en date de ce jour.
Des négociations lentes et laborieuses, au cours desquelles avaient été elleclués, l'occupation de Chantaboun par nos troupes, et le versement par le Siam d'une indemnité de trois millions de francs, prévue dans F « ultimatum », avaient précédé la signature de ces deux actes ; l'esprit de résistance à nos réclamations, caractéristique de la politique du Siam vis-à-vis de nous avant L'ultimatum, avait continué à se manifester dans
Ire SlÎRIE. —II. 3«
MISSION I'AVIE
la discussion des articles, laissant prévoir de combien de difficultés serait, en particulier, l'application des art. IV du Traité, III, IV et V de la Convention.
Le rétablissement des relations s'était vivement ressenti de ces dispositions, et dès les premiers jours, les tiraillements, en tout, avaient réapparu comme par le passé.
Alors aboutirent les pourparlers, entre la France et la Grande-Bretagne, relatifs à la situation réciproque des deux pays dans le haut Mékhong, <i le 25 novembre, un protocole en préparant le règlement, fut signé à Paris par M. Develle et lord Dufferin. Il avait en vue l'étude de la région susceptible de former un Etat-tampon, par un Commissaire de chacune des deux nations, accompagnés de fonctionnaires, et d'officiers topographes.
En même temps, le Gouvernement de la République se préoccupa de l'organisation des territoires de la rive gauche du Mé-khong dont le Siam nous avait reconnu la possession ; et il envisagea la nécessité de s'assurer de l'exécution des clauses du Traité et de la Convention, que le Siam prétendait remplies, et pour l'accomplissement desquelles, il nous demandait l'évacuation par nos troupes, du port de Chantaboun.
Il décida que tout en restant titulaire du Consulat général, je le représenterais en qualité de Commissaire à la Commission franco-anglaise du haut Mé-khong, et que nommé Commissaire général au Laos je procéderais à l'organisation des nouveaux territoires, et serais chargé de m'assurer de l'exécution des clauses du Traité et de la Convention. Un intérimaire gérerait le poste de Bangkok pendant mon absence.
Le Gouvernement ayant accepté ma proposition et celle du chef de l'Escadre, d ériger un monument sur la tombe des trois marins : François Guéguen, François Allongue et François Jaouen, tués dans le combat de Packnam, et enterrés dans le terrain du Consulat général dans la nuit du i3 au i^ juillet, je réglai, avant mon départ, la question des travaux à exécuter.
Le (i décembre, je remis la gérance du Consulat général à M. Har-
SÉJOUR A BANGKOK. ÉVÉNEMENTS DE i8g3 25i
douin, qui le 23 devait la confier à M. Pilinski, consul à Batavia, chargé de l'intérim, et je me rendis à Saigon où je m'entendis avec M. de Lanessan sur l'accomplissement de ma mission.
De retour à Bangkok, j'y attendis l'arrivée de mon ancien compagnon, Pierre Lefèvre-Pontalis, envoyé de France pour m'être adjoint, et de MM. Caillât et Oum nouvellement attachés à ma mission.
Le 6 janvier 189/i, M. Casimir-Périer, ministre des Affaires étrangères, m'adressa ses instructions concernant la mission ci-dessus, en outre de laquelle, il me confiait la délimitation de noire frontière avec la Chine, du Fleuve Rouge au Mé-khong.
M. Gérard nommé ministre de France à Pékin, devant passer à Saigon, fin février, j'en fus avisé par le ministre des Affaires étrangères, désireux que je me misse d'accord avec notre Agent en Chine, sur les questions de ma mission qui demanderaient sa sollicitude. Je me rendis en conséquence à sa rencontre avec M. Lefèvre-Pontalis récemment arrivé.
Revenu à Bangkok, j'y préparai mon départ, qui par suite de retards imposés par le Gouvernement siamois, ne put avoir lieu que le il\ mars.
Il pouvait paraître difficile de concilier le programme multiple de ma mission avec les circonstances du temps, forcément limité, et les grandes distances à parcourir. Mais en considérant que la Mission anglaise d'une part, et la Mission chinoise de l'autre ne se mettraient en roule qu'à la belle saison, c'est-à-dire vers novembre, la saison des pluies, tout entière, restait libre.
Mon itinéraire fut par suite ainsi entendu : Visite de la vallée du Mé-nam en gagnant le Mé-Ivhong à la frontière nord du Siam. Descente de la vallée du Mé-Khong jusqu'au Cambodge. Course à Bangkok pour les constatations nécessaires auprès du Gouvernement siamois, d'où, départ pour aller organiser, à Hanoï, la suite de la mission. Marche à la rencontre de la Mission anglaise, en délimitant la frontière du Fleuve Rouge au Mé-Khong avec les Commissaires chinois, avec qui rendezvous serait pris en conséquence.
Fie. ')!. — Trente-deux îles jeunes princes et lils de 'chefs de Luang-Prabang, emmenés à Bangkok en 1887.
24 mars au 9 septembre (8g4
Les renseignements parvenus de l'intérieur du Laos, montraient qu'à part l'évacuation de la rive gauclie, à laquelle nous avions, nousmême, fait procéder, le Traité y était resté lettre morte.
Avant de quitter Bangkok, j'avais cependant employé tous mes efforts à obtenir, du Gouvernement siamois, son application, et en particulier celle îles art. III, IV et V de la Convention. Je m'étais heurté à une résistance opiniâtre.
Néanmoins, au sujet de l'art III. un magistrat, très distingué,
EXÉCUTION DU TRAITÉ. ORGANISATION DU LAOS FRANÇAIS a53
M. Ducos, procureur général à Hanoï, qui fut dans la suite Lieutenant gouverneur de la Cochinchine et Résident supérieur au Cambodge, envoyé au Siam pour préparer le procès de Pra-Yot, grâce à son habileté, procéder à l'instruction de l'affaire, malgré les atermoiements qui lui furent opposés.
En ce qui concernait l'art. IV du même acte, une circulaire royale avait été rédigée en vue de faire connaître aux populations transportées qu'elles devenaient libres de retourner dans leurs pays ; mais non seulement elle n'avait pas été portée à leur connaissance, mais les obstacles les plus absolus étaient faits à celles qui tentaient de profiter de cet article.
Le 18 février j'avais dû adresser à M. Casimir-Périer, le télégramme suivant :
« Contrairement à ses assurances renouvelées, le Gouvernement siamois continue à chercher à éluder les conséquences de l'art. IV de la Convention, je n'ai pu obtenir l'envoi au Consulat général d'un seul des captifs originaires de la rive gauche, qui ont réussi à me faire parvenir leurs plaintes. Il ne peut se décider à rendre les 35 princes de Luang- Prabang amenés en otages \ »
La mise en route, pour leur pays, de 32 des princes laotiens, tout juste au moment de mon départ, et l'envoi au Consulat de quelques captifs que j'allais être dans la nécessité de rapatrier moi-même en cours de voyage, avaient été un résultat partiel qui ne faisait que mieux montrer quelle opposition je rencontrerais dans la suite.
Le voyage dans la vallée du Mé-nam où se trouvaient un grand nombre d'anciens habitants de la rive gauche, transportés à différentes époques, et ayant acquis le droit de retourner dans leur pays, me permettrait, je le savais, bien plutôt d'y constater l'inexécution de l'art. IV que son application, mais il me fournirait du moins l'occasion de compléter la documentation géographique sur cette intéressante région.
i. Voir Géographie et Voyages, vol. I. page ai 5.
ta » -• « » s ' - t.
Fig. q'i et 95. — Bangkok. Bonzeries abandonnées,