‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 80 sur 125 · DE VIENG CHANG A KEMMARAT · texte numérisé non relu

DE VIENG CHANG A KEMMARAT

En route, le i5, entre des rives fertiles et peuplées, autrefois les plus prospères du Laos et qui, je l'espérais, allaient le redevenir, nous arrivons le 16 à Nong Kay, centre important formé en partie par des habitants deVieng Chang, et substitué à cette ville par les Siamois pour le commerce. J'avais à y choisir le terrain de l'Agence fulure dont M. Lugan devait surveiller la construction. Le Commissaire siamois chargé de représenter son gouvernement dans cette région du centre du Laos, prince Pra Kiak. s'était récemment retiré à Ban Dua Makeng. en dehors de la zone réservée où des troupes de ses soldats circulaient néanmoins constamment.

A peine arrivé je reçois la visite du Pra Datzakorn, Commissaire siamois désigné pour m'accompagner sur la rive droite, il s'excuse, pour cause de santé, de- ne pouvoir remplir sa mission et me fait connaître qu'il sera remplacé par le Phya Pacdi, fils aîné du Commissaire en résidence à Oubône.

M. Lugan, qui nous a accompagnés, rentre à \ ieng Chang le 17. il y passera une quinzaine de jours, puis accomplira une tournée dans les provinces relevant de son commissariat, Tourakom, Borikan, Patchoum, etc..

Continuant la descente du fleuve, j'entre en contact avec les chefs de la rive gauche qui, prévenus, m'attendent au passage. Je rencontre.

entre autres, au confluent du Nam Nhiep, ce descendant de la famille du Tranninh que j'ai, dix jours avant, mis en route de A ieng Chang vers son pays, il m'apporte des réclamations de ses- compatriotes contre les Siamois.

Sur la rive droite, j'ai lieu de constater à Ponepissaye, Sarraboury et Outhène la présence d'officiers, de soldats et d'agents siamois substitués partout aux autorités locales.

A Outhène nous retrouvons M. Garanger. Notre ancien compagnon, y a réinstallé le comptoir du Syndicat du Haut-Laos dont l'expulsion de MM. Champenois et Esquilat par les Siamois avait été une des causes des difficultés avec le Siam. 11 va partir sans retard pour le haut Nam-IIou, où, comptant sur son expérience et sa connaissance du pays, je l'ai fait désigner, pour créer à Muong Hahin, un poste qui sera l'intermédiaire de la mission pour les relations avec le Tonkin pendant les opérations avec les Commissaires anglais dans le haut Mé-Khong. M. Champenois, prochainement attendu, le remplacera à Outhène.

Pendant que nous étions à Outhène, le commandant de la canonnière Massie, prévenu de ma présence, vint de Tha kèk, poste français plus au sud, me rejoindre sur son bateau.

Je vis ainsi le petit vapeur, type des premières embarcations destinées à montrer sur le Mé-Khong, le pavillon français jusqu'aux frontières de Chine, et qui avait reçu le nom de mon malheureux compagnon. Long de 25 mètres, large de 3m,3o, ayant om,rj'] seulement de tirant d'eau maximum, son déplacement était de 26 tonneaux et sa vitesse de 10 nœuds. Il était armé de trois canons Hotchkiss. Son commandant, après lui avoir fait franchir les passes difficiles de Kemmarat et avoir remonté le grand bief du fleuve jusqu'à Sampana, était redescendu à Tha Kèk et y avait construit une installation en vue de l'hivernage. Il nous prit à son bord et nous conduisit à Lakhône, puis à Tha Kèk, où nos radeaux nous rejoignirent.

A Lakhône, le Commissaire siamois Phya Pacdi se présente; mon premier soin est de lui faire remarquer que comme sur toute la partie de La rive droite déjà visitée, des fonctionnaires siamois y sont, contraire-

ment au Traite, substitués pour l'administration et la police, aux autorités locales ; ensuite je choisis un terrain pour la future Agence commerciale.

A Tha Kèk, je trouve installé un inspecteur des milices annamites avec une petite troupe. Le pavillon français venait d'être mis en berne, et nous eûmes la douloureuse surprise d'apprendre l'assassinat du président Carnot.

J'y pris toutes les dispositions pour l'organisation de la région et des cantons de Kammon, de Kamkeut et du Pou Iloua, et pour le voyage des agents commerciaux destinés aux postes de la rive droite, Nongkay, Lakbône, Peunom, Ban Mouck et Kemmarat.

Poursuivant notre enquête avec le Phya Pacdi, nous stationnons à Peunom, le pays du sanctuaire le plus célèbre du Laos, devant le confluent du Sé-bang-hien. à l'important marché de Ban-Moue, en face duquel devait, peu après, s'établir le poste français de Savanakèk, et enfin à Kemmarat, devant l'embouchure du Sé-bang-faï, tous ces points devant être le siège d'Agences commerciales.

Les eaux avaient alors atteint leur maximum, elles débordaient partout sur le sol qu'elles couvraient jusqu'à de grandes dislances.

M. Caillât, remontant le Sé-bang-hien, gagna Songkhùne où un Commissaire français. M. Odendhal, était arrivé depuis quelques jours pour prendre l'administration de la région comprenant, outre ce canton, ceux de Saravane et d'Attopeu.

Le lendemain, ils me joignirent ensemble, et m'apprirent que la ligne télégraphique en construction, venant del'Annam, n'était plus qu'à quatre jours de marche du Mé-Khong. Ainsi que je l'avais fait pour tous les agents français de la rive gauche, je mis M. Odendhal en relations avec les autorités laotiennes de la rive droite.

DE KEMMAR \ T \ «il lîONE

Le 3 août, parla roule de terre suivie parla mission en i^<)0, nous arrivions à Oubone, centre en dehors de la zone réservée où je devais régler

l'installation d'un futur vice-consulat. Les Siamois y avaient transporté démontées, deux chaloupes à vapeur pour la navigation du Moun, mais ils n'avaient pu les mettre en état de fonctionner, et je dus renoncera les utiliser pour me rendre à Korat. Pressé par le temps, j'abandonnai alors l'intention que j'avais eue de gagner Bangkok par ce point important où je devais aussi installer un vice-consulat.

J'appris, à Oubône, la mort brusquement survenue du dernier prince laotien du pays, descendant des rois de Yieng-Chang, dont j'ai précédemment parlé '.

DE OUBÔNE A KHONE, A PNOMPENH ET A BANGKOK

Revenu au Mé-Khong en descendant le Moun en pirogues, nous nous dirigeâmes sur Ban Muong, gros village sur la rive gauche, où un poste comprenant des soldats de la Légion étrangère et des tirailleurs annamites était installé. De la berge, nous apercevions Bassac où le Commissaire siamois nous avait précédé et où nous nous rendîmes ensuite.

L'Agence commerciale était depuis longtemps organisée à Bassac où nous trouvons le Roi, qui reçut autrefois la mission de Lagrée, sous la tutelle d'un agent siamois d'ordre inférieur. Ici le Phya Pacdi considère sa mission comme terminée, il a reçu mes protestations et contre l'inexécution et contre la violation du Traité, en m'entendant lui dire que la conséquence en sera le maintien de l'occupation de Chantaboun par les troupes françaises, il m'assure qu'il y fera droit.

Kong, où nous arrivons le 9 août, était déjà en communication télégraphique avec Saigon. Un Commissaire venu de Cochinchine y avait sa résidence, et une garnison française y était établie depuis que les difficultés avec le Siam avaient éclaté.

Nous y vîmes arriver une chaloupe à vapeur, le Ham-Luong, commandée par M. Robaglia, enseigne de vaisseau, qui allait étudier le fleuve entre Kong et l'embouchure du Moun. MM. Simon, lieutenant de vais-

Page 1