‹ Mission Pavie, Indo-Chine, 1879-1895Chapitre 93 sur 125 · Pages ia8 et i3o · texte numérisé non relu

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DÉLIMITATION DE LA FRONTIÈRE AVEC LA CHINE 3ai

renfermerait des gisements de plomb. Quelques villages Yaos parsèment le pays jusqu'au Nam-Him, le dernier affluent du Nam-Ban. que nous rencontrerons. La rivière, au bord de laquelle est le village Lue, est large d'une cinquantaine de mètres. La route s'est peu à peu rapprochée du Mé-Khong et l'altitude n'est plus que de 85o mètres.

Le Doï Pat, sommet de i 700 mètres séparant le bassin du Nam-Ban de celui du Nam-La, rivière qui y a ses principales sources, et dans lequel nous allons entrer, est à toute petite distance de la voie qui, ellemême, atteint 1 600 mètres.

Le Nam Ban n'est nulle part, dans la région des Sip-song Palm na, connu sous le nom de Lo-So. Son cours, sur la première carte de la mission, avait été indiqué jusqu'au Mé-Khong, cela d'après trois de nos itinéraires qui l'avaient coupé à de grands intervalles, et avaient fait connaître un nombre considérable de ses affluents, et d'après des renseignements recueillis surplace. Les cartes et les tcvtcs cbinoisliinissaient au contraire au Nam-La, autre affluent du Mé-Khong, plus au Sud, dont le confluent allait marquer la frontière. Ces affirmations chinoises étaient si claires et si précises, que la personnalité française la plus autorisée en textes chinois, avait, dans une note, pu écrire en octobre i8g3 : «Le cours du Lo-So et de ses affluents est trop bien déterminé par le cartes et les descriptions géographiques chinoises pour que nous puissions considérer comme exactes les indications fournies sur ce point par la carte de la mission Pavie qui embranebeà tort sur le Mé-Khong des cours d eau devant affluer dans le Lo-So. » Les rivières ainsi visées étaient le Nam- Ban et le Nam-Him. Il mêlait donc absolument indispensable de localiser le confluent du Nam-Ban et celui du Nam-La par des études complémentaires qui mettraient fin à toute contradiction, quoique les indications des habitants ne laissassent aucun doute, je résolus de tracer, parla suite, un itinéraire jusqu'au Mé-Khong, entre ces deux cours d'eau qu'il n'était pas possible de suivre en barque ou de longer '.

1. Ce travail lut accompli de Ban Lek sur le Mé-Khong à Ban Don, par le lieutenani Thomassin, voir page 358.

l'v Si::rie. — II. '1 1

Une descente en forêt, égale à la montée que nous venons d'achever, nous ramène, en suivant le lit d'un petit cours d'eau, à l'altitude que nous avons quittée le matin (85o m.), à Muong Ven, village Lue dans une jolie vallée, étroite d'abord, élargie ensuite et longue. Nous sommes définitivement en pays Lue. Les gens de cette famille, comme ceux de toutes celles de la race thaïe, ont fait leur bien des basses

vallées, de même que les Yaos et les Méos se sont fixés sur les hauts sommets, que les Tche- Ping cultivent le thé sur les plateaux, que les Hougnis font leurs rizières sur les pentes, et que les Khas défrichent les coins sauvages des forêts.

A mi-chemin de Muong Ven à Muong Pa l'étape suivante, se trouve le petit village de Ban Deu où s'amorce la seule route du pays allant au Mé-Khong qu'elle atteint à Ban Lek. La voie est devenue très bonne, relativement, depuis l'entrée dans le bassin du Nam-La : la température est moins rude, à Muong Pa nous ne sommes plus qu'à 800 m. d'altitude.

Un peu avant l'arrivée a ce village, on nous a signalé une source chaude, sur la gauche de la roule.

Muong Ven et Muong Pa sont des petits villages de plusieurs centaines d'habitants à peine, mais Muong Poung, au milieu d'une vaste plaine parcourue parle Nain-La et circonscrite par des hauteurs, principale agglomération d'un groupe de villages populeux, établis sur les bords du Nam-La, est un lieu de l'importance de Kien Séo dont il a été parlé plus haut, (lest après avoir rencontré et remonté pendant cinq kilo-

Fis;. 123. — Lues.

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mètres sur sa rive droite, la rivière large d'une soixantaine de mètres, et entre les berges de laquelle coule lentement dans la sécheresse, une nappe d'un demi-mètre de profondeur, qu'on arrive à la halte.

Muong Poung très rapproché du Mé-Kliong n'est qu'à 700 mètres d'altitude ; c'est le point le plus bas de notre itinéraire. C'est là qu'au milieu de février, j'ai rendez-vous avec le Commissaire chinois pour le règlement du travail de la délimitation.

Maintenant la température va de io° à 12° la nuit à 25" au milieu du jour.

Au lieu de la population Hougni et Tche Ping, vue dans la première partie de notre itinéraire par une fine pluie froide et dans la boue, plutôt laide et malpropre, et ne montrant guère au voyageur que des échantillons grossiers, mal éduqués à la chinoise et très importuns de son sexe fort, nous avons, dans les Lues, désormais

sous les yeux dans la grande lumière du soleil qui rapidement chaque matin relève le brouillard, une population d'éducation indoue, accueillante, charmée comme d'une bonne fortune de nous voir parmi elle, dont les vêtements proprets fleurissent de leurs couleurs les champs et les jardins et tous les coins des villages. Nos regards reposent avec bonheur sur cet ensemble, instantanément le contact s'établit : les hommes répondent aux questions sur le pays; les femmes et les jeunes filles se pressent avec une aisance familière autour de nous, curieuses de nous voir, offrant de vendre, avides de nos pièces d'argent, leurs bijoux, leurs plus coquets costumes. Les heures de passage, en chaque lieu, semblent trop courtes à ceux que nous quittons, ils nous voient avec regret nous éloigner vers le village voisin.

Fig. 12/i.

Jeune iil

(le Muong PoilnS

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Do Muong Poung à Muong Smg on compte deux étapes, mais nous sommes au premier janvier, c'est la date à laquelle nous devons nous rencontrer à ce dernier centre avec la Mission anglaise dont la marche \ ierit précisément de nous être signalée : pour èlre exacts nous devions y arriver le soir même.

Cette longue étape s'accomplit en remontant d'abord la vallée, parsemée de beaux villages, du Nam-Saï affluent du Nam-La, puis par le passage de la séparation des eaux entre celle petite rivière et le Nam-\oum, qui, à 9 A 5 mètres d'altitude, marque la frontière, et elle s'achève à la nuit tombante au campement que nous ont préparé les chefs de Muong Sing, à côté de celui où nos collègues Anglais sont déjà installés.

DE MUONG NHIE A MUONG SING

10 décembre i8ç)4 au lit janvier i8g5 Environ 435 kilomètres dont 3/|0 de levé nouveau.

MM. Lefèvre-Pontalis, Thomassiu et Lefèvre, conduits jusqu'à Muong Ha Hin par M. Garanger, s'étaient mis en route le 10 décembre pour exécuter, sur le côté Est de la frontière, une étude parallèle à celle qu'avec mes compagnons j'allais faire sur le côté Ouest.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut' le colonel Pennequin avec MM. Cogniard, Donnât et Dugast, avait déjà visité et relevé en 1890 le chemin de Muong lia Hin. A ce petit endroit, où M. Garanger était depuis peu installé comme Commissaire du gouvernement en attendant que le règlement de la frontière permît de transporler le chef-lieu de la région septentrionale du Laos à Muong Hou, commencera donc l'exploration proprement dile résumée ici, et dont M. Lefèvre-Pontalis a fait, clans le cinquième volume de l'ouvrage de la mission, le compte rendu détaillé2.

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