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3i8 MISSION PAVIE
DE MUONG LE A MUONG SING
Du ao décembre 189^ au 1" janvier 1895. 210 kilomètres dont 1 55 de levé nouveau.
Dans la marche précédente, de Mnong Nhié à Muong Lé, la frontière avait été reconnue sur un premier point, pics du \illagede Da-Tsao- Yang, sur la ligne de partage des eaux du Nam-Hou et delà Rivière Noire : dans celle-ci, qui allait comprendre douze étapes, nous allions la déterminer cinq autres fois.
Notre groupe, diminué de MM. Mailluchet et Oum, comportait avec moi, Al. Rivière chargé des observations astronomiques, M. Seauve qui l'assisterait et lèverait l'itinéraire, et MM. Caillât et Ngin.
La première journée, passée à sortir du bassin de la Rivière Noire, mène à La Lou-piang, petil hameau Khas sur la ligne de partage et à la frontière (1 225 m.). Le long du chemin, péniblement parcouru dans la boue parle même temps froid et pluvieux, se remarquent cinq ou six villages de pauvres cultivateurs Ilougnis dont les champs sont épars sur les pentes.
Deux heures après avoir quitté cette halte et être entrés dans le bassin du Nam-Hou, premier passage de ce cours d'eau dont les sources sont à peu de distance, et qui, venu de l'Est par un immense détour, a déjà ici un courant profond et une dizaine de mètres de largeur. A l'étape, à Kien-Séo, nous le retrouverons pour ne plus le revoir pendant tout le voyage.
Kien-Séo, important groupe de villages Lues et Thaïs Nheua, est le lieu de passage des caravanes qui de I-lIou et de I-Pang, les régions par excellence du thé, se dirigent par Muong Lé sur Lin Ngam et Yuen Kiang. Dans mon voyage vers le Mé-Khong en mars 1 89 1 avec MM. Lefèvre-Pontalis et Vacle, j'y avais déjà séjourné; le premier de mes compagnons, deux mois plus tard, après sa visite à I-Pang y était
DÉLIMITATION DE LÀ FRONTIERE AVEC LA CHINE
venu reprendre notre itinéraire primitif par un chemin que nous allions, à notre tour, suivre pendant deux jours1.
La troisième étape fut laite à Lu Thang (ait. i 700 m.), sur la ligne des eaux de la Rivière Noire et du Nam-Hou où nous retrouvons la frontière que, le lendemain, nous suivrons quelques heures sur la crête, pour atteindre à Ban Noï, le sommet du massif formant la séparation de la Rivière Noire et du Nam-Ban, ce gros affluent du Mé-Khong, appelé Lo-So par les cartes chinoises, et dans le bassin duquel s'accompliront les quatre étapes suivantes.
Dès les approches de Ban Noï, le chemin parcourt ces
Villa
remarquables plantalions de thé que dans le pays on désigne d'une manière générale sous le nom thaï, très expressif, de Bo Kia (mines de Thé). Ce centre intéressant par le commerce qui s'y fait de la feuille du précieux arbuste, compte 1 000 à 1 200 habitants en majorité Tche-Ping-jen, gens peuplant en partie Muong Lé, que nous retrouverons également, plus loin, à I-Hou et originaires de Tche- Ping dans le Yunnan. Ban Noï est intéressant par la culture et le commerce du thé, et aussi parce qu'il est le lieu de passage des caravanes venant non seulement des autres riches pays à thé, de I-Pang et de
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I-IIou, mais encore de toute la région sud du Laos et de la Birmanie. Deux journées de marche séparent Ban Noï de I-Hou. Dans la première, longeant en le remontant le cours de la petite rivière Nam-Lé, nous campons, après la rencontre de quelques Yaos allant vendre leur récolte et après avoir traversé des villages Khas Paï, dans un lieu désert nommé Ko-lé-ho (ait. i 070 m.). La marche, le lendemain, sur un plateau s'élevantpeu à peu jusqu à 1 38o m., dépasse les villages de Kao Sang et de Ma-lou-tang habités par des Tche-Ping, puis on atteint 1-Hou en traversant de belles plantations de thé, qui laissent voir des villages unis par des sentiers que parcourent des caravanes et des gens affaires donnant l'impression qu'on arrive dans un centre très actif.
Comme Muong Lé, I-IIou a des maisons en briques couvertes en tuiles. Elle diffère de cette première ville en ce que, au lieu d être au fond d'une vallée elle est bâtie sur les flancs d'un gros mamelon. Sa population composée en grande partie de Tche-Ping peut être estimée à 3 000 personnes y compris la portion flottante. C'est après I-Pang, le centre le plus important de culture et de commerce du thé. Plus de 1 100 caravanes, comptant chacune de 25 à 100 mules, viennent chaque année y prendre livraison du stock disponible.
Par un temps enfin devenu beau, après une journée supplémentaire de repos dans ce centre, déjà visité en 1 89 1 par deux membres de la mission, MM. Massie et Macey1, nous gagnons un point plus élevé, atteint par la route, et d'où l'on jouit d'une vue merveilleuse. Parcourant alors, vers le Sud, le plateau toujours pareillement cultivé et habité, nous arrivons, pour nous y arrêter, au village Lue de Long Hou qui clôt la région du thé proprement dite et celle habitée par les Tche-Ping. Les habitants s'y livrent à l'élevage de bœufs qu'ils vendent bon prix aux caravanes manquant de mules. Là s'amorce l'itinéraire que suivirent MM. Massie et Macey pour gagner le Mé-Khong et me rejoindre à Xieng Iloung en 1891 .
A gauche de notre route, la chaîne porte le nom de Doï Thieum, elle