L’INDO-CHINE ORIENTALE
LTndo-Chine orientale, cette seconde partie de l’Inde transgangétique et de la Cliersonèse d’or des Anciens, qui renferme aujourd'hui la plus belle possession coloniale de la France, est constituée par un prolongement considérable des contreforts du Thibet, s’abaissant progressivement avec des sommets de plus de 3 ooo mètres au Nord et de plus de i ooo mètres au Sud, et, qui comporte deux arêtes principales dont la première s’achève vers le io° de latitude, et dont la seconde, qui va former le détroit de Malacca, n’a que son versant Est et jusqu’au 120 seulement compris dans l’ensemble ici présenté.
Bornée au Nord par les territoires de la Chine et à l’Ouest par les limites birmanes de l'Empire anglais des Indes, elle se découpe en une large presqu’île dans la mer de Chine qui, à l’orient de la péninsule de Malacca, la circonscrit à l’Est, au Sud et au Sud-Ouest.
Sa superficie totale est de 1 2o3 84o kilomètres carrés.
Un grand fleuve, le Mé-nam Khong1, et, deux autres beaucoup moindres, le Mé-nam Chao-phaya2 et le Fleuve Rouge, coulent dans les
1. Le Mé-nam Khong (en langue thaïe, mère des eaux ou lleuve de Khong), né aux pieds du Thibet, arrive à la limite Sud du \ un -N an proprement dit sous le nom chinois de Kiéou-loung kiang; il prend alors, en entrant dans le pays des Sip- Song Pahn-nas, le nom du village thaï de Khong sur sa rive droite.
Dans la pratique on supprime généralement nam dans Mé-nam Khong.
2. Mé-nam Chao-phaya (Fleuve royal). Chao-phaya ne signifie pas exactement roi ni royal, mais il implique une idée de suprématie qui correspond assez bien au sens royal dans nos composés : tigre royal, etc.
plissements de la chaotique confusion de soulèvements, surgis de cet immense bloc, plutôt granitique, dont ils colligent les eaux et les alluvions pour les mener vers leurs deltas grandissants à vue d’œil.
Trois races occupent les vallées de ces lleuves et des autres plus petits tributaires de la mer de Chine. Les Annamites peuplent le delta du Fleuve Rouge et les côtes de la mer de Chine, jusque et y compris le bas delta du Me-Khong ; les Khmers ou Cambodgiens habitent le haut delta de ce dernier fleuve ; les Thaïs s’étendent sur les bassins supérieurs du Fleuve Rouge et du Mé-Khong et sur le bassin entier du Mé-nam.
Ces derniers, établis aussi au Nord-Est de la Birmanie, et qui se retrouvent dans le Yun-Nan, sont venus des confins du Tliibet par la province chinoise de Kouei-Chéou, bassin du Fleuve Bleu. L origine, plus ancienne, des Annamites est moins facile à préciser ; cependant il semble établi qu'ils sont issus des mêmes régions que les Thaïs1, et qu’ils ont suivi la voie du IIou-Nan également dans le bassin du Fleuve Bleu, pour se répandre d’abord dans le Kouang-si et le Kouang- Toung. L’origine indoue des Cambodgiens, fortement mélangés de malais et de chinois, n’est pas contestée2.
Ces populations sont soumises aux lois, très opposées, de deux antiques et grandes civilisations. Les Annamites observent les règles de celle de la Chine, les Khmers et les Thaïs suivent les grandes lignes de la civilisation de l lnde. Dans leur marche envahissante, les uns et les autres ont, chacun de son côté, refoulé vers les lignes de faite, de nombreuses peuplades autochtones ou provenant de migrations moins anciennes, considérées par eux comme étant à l état sauvage, dont une partie vit réellement à un degré très inférieur, et qui comportent des types indiquant les origines négrito, malaise et thibétaine. Ces peuplades
1. On est porté à croire que les populations des plateaux de la région de la Lasse Rivière Noire, entre Sontay et Moc cliau, sont des représentants de la race d’origine. Leurs cantons forment la province de Ghobo.
2. Une quatrième race, les Kiams, de provenance malaise, qui a eu un rôle important dans le passé de l’Indo-Chine, et qui, en dernier lieu, était établie sur les côtes du Sud-Est, est aujourd’hui en partie absorbée ou dispersée.