‹ Mission scientifique au Mexique et dans l'Amerique CentraleChapitre 53 sur 89 · S. II · texte numérisé non relu

S. II

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On y verra qui- toutes les conditions météorologiques, température, hauteur barométrique, état du ciel, vont, variation magnétique, sont restées presque exactement ce qu'elles auraient dil être à celte époque de l'année et aux heures indiquées, s'il ne s'était produit aucune secousse de tremblement de terre. Pourtant, si l'on voulait absolument trouver quelque chose de particulier, on pourrait constater que le ciel a été un peu plus couvert qu'il ne l'est d'ordinaire pendant la saison sèche, que l'atmosphère a été exceptionnellement calme après une période de vents du nord très-violents qui avaient souillé au commencement de décembre i enfin que la variation magnétique a été quelquefois un peu plus

faible que d'habitude. Quoique celle queslion ne nous semble avoir, surtout dans le cas présent, qu'un intérêt toul à fait secondaire, nous y insistons un peu, parce que, pendant un certain temps, l'observatoire de Guatemala avait une tendance marquée à considérer les tremblements de terre comme intimement liés à des phénomènes thermo-magnétiques, et recherchait avec grand soin toutes les particularités météorologiques qui les accompagnaient. On avait cru remarquer ainsi que, sans que le baromètre variât d'une façon sensible, il y avait une surélévation du thermomètre dans les jours précédant un tremblement de terre, que l'hygromètre indiquait une grande sécheresse, et que l'évaporation, très-forte avant le phénomène, diminuait rapidement après qu'il s'était produit. On avait remarqué que, quelque temps avant les secousses, il y avait entre deux vents, généralement nord-nord-est et sud-sud-ouest, une lutte qui s'arrêtait tout à coup et faisait place à un calme parfait au moment du tremblement de terre; le ciel était souvent couvert de cirrus, et, si une abondante pluie orageuse venait a se déclarer, la tendance aux tremblements de terre s'arrêtait. On. croyait encore (pie les actions électriques et magnétiques subissaient l'influence du phénomène, les décharges des batteries augmentant d'intensité, et les variations de l'aiguille aimantée étant soumises à une légère perturbation. Quoique nous ne soyons pas |>ortés a donner à ces conclusions une généralité absolue, et à croire qu'elles aient été vérifiées dans tous les cas qui ont été étudiés, nous devons pourtant penser qu'elles s'appuient sur quelque chose de vrai et de bien constaté, puisqu'elles sont le reflet de l'opinion de savants sérieux et d'observateurs consciencieux. C'est à ce titre seulement que nous les reproduisons ici, mais en déclarant qu'il sera fort intéressant de voir si les travaux postérieurs vérifieront ces hypothèses, don» la valeur sera peut-être mieux démontrée plus lard qu'elle ne l'est aujourd'hui.

EFFETS DES THKV1ltl.KV1K>TS H TERRE DAÎNS L'AMÉRIQUE CENTRALE.

Les effets des tremblements de terre sont à peu près les mêmes dans l'Amérique centrale que dans toute la région séismique de l'Amérique tropicale, et ils causent parfois d'épouvantables désastres; mais, par leur fréquence même, ces phénomènes ont perdu une grande partie de leur prestige sur l'esprit des populations, accoutumées à vivre avec eux et à lutter incessamment contre eux. S'il

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est vrai que, quand une ville entière est renversée d'un seul coup, les habitants s'abandonnent au désespoir et à l'épouvante avec pins de facilité que ne le ferait une race plus énergique, il faut bien reconnaître aussi qu'une maison détruite, qu'une église crevassée, ne les émeut guère et qu'ils restent à peu près indifférents pour des phénomènes qui mettraient sur pied toute une cité européenne.

Fwi« KM» Ainsi que nous lavons dit, les secousses les plus dangereuses sont celles qui affectent l'allure de trépidations; mais les ondulations peuvent aussi produire des résultats terribles, surtout quand elles se répètent à des intervalles Irès-rapprochés, ou bien quand elles acquièrent une amplitude inusitée. Ainsi Jes secousses ondulatoires du .mois d'avril 1 83o renversèrent une grande quantité de maisons a Guatemala, mais aussi le nombre en fut réellement extraordinaire. Elles commencèrent le i " avril , et se continuèrent faiblement jusqu'au 1 vt , où il y en eut trente-cinq dans la même journée ; le ai, il s'en produisit cinquante-deux entre h heures du matin et 5 heures du soir. Les édifices, ébranlés par une semblable série de mouvements, ne purent plus résister au choc violent qui se fit sentir le a3 à 9 heures du soir; et, comme pour compléter les ruines, de petites secousses se firent encore sentir av ec intermittence jusqu'au 18 mai de la même année.

De même, les tremblements de terre de la fin de 181c* causèrent de graves désordres dans les deux capitales de Salvador et de Guatemala , ainsi que dans toutes les villes situées entre elles; mais la marche du phénomène fut différente. 11 se produisit d'abord, le i 9 décembre 1 8liîj,à 7 heures a» minutes du soir, une trèsviolente secousse de 160 millimètres d'amplitude, et une série d'autres petits mouvements ondulatoires, continués pendant plusieurs jours, achevèrent ce qu'avait commencé le premier. Nous avons ressenti nous-mêmes, le 9 août 1866, à 7 heures 1 minute du matin, pendant que nous faisions l'ascension du volcan d'Atitlan, un tremblement de I erre assez violent, qui s'est manifesté sous la forme de trois ondulations successives, d'une durée d'à peu près une seconde chacune, la première étant la plus forte. Ce tremblement de terre fut ressenti à la même heure il Guatemala, et, quoiqu'il n'ait pas été assez fort pour renverser des maisons, nous avons pu constater l'énergie de ses effets par les effrayants éboulemenls dont il détermina la production dans les ravins du volcan.

On peut dire, sans exagération, que les tremblements de terre ont parsemé l'Amérique centrale de ruines; mais les deux plus terribles dont on ait conservé le souvenir sont celui du 29 juillet 1778, qui détruisit la Antigua Guatemala, et relui du 16 avril 1 854 , qui causa la ruine de la ville de San Salvador. Nous allons donner quelques brèves indications sur ces catastrophes, d'après des documents officiels.

La ville qui porte actuellement le nom de La Antigua Guatemala, ou plus s*, simplement de La Antigua (l'ancienne) a été, pendant plus de deux siècles, la ca- trrmTiT-rn m

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pitale du pays, jusqu'à l'époque où elle fut abandonnée par les autorités et les

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principaux habitants à la suite des tremblements de terre qui l'avaient dévastée. Elle avait été fondée eu i542, pour remplacer la première capitale, qui s'élevait autrefois sur l'emplacement où est aujourd'hui le gros vdlagc de Giudad Vieja (la u^jltL™^,» vieille ville) et qui disparut elle-même à la suite d'une épouvantable catastrophe dont voici le récit, extrait, ainsi que tout ce qui suit, de l'ouvrage publié au commencement du siècle par l'historien Juarros et intitulé : Compendio de la Uistovia de la Ctudad de Guatemala (t. I, tr. Il, ch. xi, p. 2 a 3 et suivantes).

«La plus effrayante calamité qui eût encore affligé celle ville infortunée se produisit le 11 septembre 1 56 1 au matin. Il avait plu d'une façon incessante et avec une très-grande violence pendant les trois journées précédentes, particulièrement pendant la nuit du 10,011 l'eau semblait tomber plutôt comme une cataracte que comme de la pluie; il est impossible de décrire la fureur du vent, les lueurs perpétuelles des éclairs, les éclats effrayants du tonnerre. Le 1 1, à a heures du malin, les secousses de tremblement de terre étaient si violentes, que l'on ne pouvait se tenir debout; les chocs étaient accompagnés de bruits souterrains qui causaient une épouvante générale. Bientôt après, un immense torrent d'eau se précipita du sommet de la montagne, entraînant avec lui d'énormes quartiers de roc et des arbres gigantesques; il descendit précisément sur la malheureuse ville, détruisant presque toutes les maisons, et ensevelissant un grand nombre d'habitants sous les ruines. Entre autres, Doua Béatrice de la Cueba, veuve de Pedro Alvarado, perdit la vie dans cette catastrophe. *

Depuis l'époque de sa fondation, l'histoire de la Antigua n'est qu'une série presque ininterrompue de désastres : «Plusieurs secousses violentes de tremble-

mentsde terre furent ressenties à diverses époques. Celui de 1 565 endommagea sérieusement plusieurs des principaux édifiées. Ceux de 1 575, 1576 et 1577 ne furent pas moins ruineux. Le 97 décembre 1 58 1 , la population fut de nouveau alarmée par le volcan (de Kuego), qui commença à rejeter du feu, et la quantité de cendres projetées en l'air fui si considérable, que le soleil en fut entièrement obscurci, et qu'il fallut, dans la ville, allumer des lumières à midi.

.«Le» années 1 585 et 1 586 furent extrêmement terribles. Le 1 6 janvier 1 585, on ressentit des tremblements de terre, et ils se continuèrent, pendant toute cette année ainsi que pendant la suivante, avec une telle fréquence, qu'il n'y eut pas, pendant toute cette période, un intervalle de huit jours sans qu'on ressentit un choc plus ou moins violent. Pendant des mois, des flammes s'échappèrent incessamment de la montagne, et augmentèrent encore la consternation générale. L'événement le plus grave de toute cette série de malheurs eut lieu le u3 décembre i580, et la \ille entière fut de nouveau transformée en un monceau de ruines, sous lesquelles étaient ensevelis un grand nombre de ses infortunés habitants. La terre trembla avec une telle violence, que le sommet de plusieurs collines élevées fui précipité dans lu plaine et que de profonds abîmes s'ouvrirent en plusieurs endroits dans le sol.

"Le 18 février l65i, on entendit tout â coup un bruit souterrain extraordinaire, auquel succédèrent immédiatement trois chocs violents, à très-court intervalle l'un de l'autre, qui renversèrent beaucoup d'édilices et en endommagèrent d'autres. Les tuiles des toils des maisons furent dispersées dans toutes les directions comme des fétus de paille par un ouragan; les cloches des églises se mirent en branle, des quartiers de roc se détachèrent des montagnes, et les hèles sauvages elles-mêmes furent tellement épouvantées, que, quittant leurs retraites, elles vinrent se réfugier près des habitations des hommes.

f* L'année 1717 fut mémorable. Pendant la nuit du a 7 août, la monlague commença a vomir des flammes, accompagnées d'un bruil souterrain continuel. La nuit du 28, l'éruption augmenta de violence, et l'effroi des habitants devint plus grand. Les images des saints furenl portées eu procession, îles prières publiques furent dites journellement, mais la terrifiante éruption continuait toujours , et elle fut suivie , pendant plus de quatre mois , par de fréquentes secousses de

tremblements de terre. Enfin, pendant la nuit du 29 septembre, il sembla que c en était fait de Guatemala et que la ville allait être détruite de fond en comble. Il y eut des ruines terribles dans les édifices publics; bien dos maisons furent renversées, et toutes subirent des atteintes plus ou moins violentes, mais c'est dans les églises qu'eut lieu la plus grande dévastation.

« L'année 1773 fut l'époque la plus douloureuse dans les annales de la métropole; elle fut alors détruite, cette belle capitale, et ne se releva plus jamais de ses ruines. Le 99 juillet, a U heures de l'après-midi, à peu près, on ressentit une épouvantable vibration, et bientôt après commença la terrible convulsion qui décida du sort de cette ville infortunée. Le 7 septembre, il y eut un autre tremblement de terre qui renversa tous les édifices qui n'avaient été qu'endommagés par celui du 29 juillet, et enfin, le i3 décembre, un autre, plus violent encore, vint achever l'œuvre de destruction. *

C'est à la suite de cette catastrophe que la capitale fut transportée dans la vallée de Las Vaccas, à l'endroit où s'élève actuellement Guatemala.

La république de Salvador a eu aussi sa capitale détruite par un tremblement Df*w4i»n

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de terre, et a voulu la transporter dans un autre endroit, à Santa Tecla, où l'on a ,1* s«i s»i.«i>e» essayé de créer une Nueva San Salvador. Mais l'amour des habitants pour leur hùJJJ—^i ancienne ville a été le plus fort, ils y sont restés, et elle se relève aujourd'hui de ses ruines, malgré le triste état dans lequel elle avait été mise. Voici le récit de i«mi»iM». cet événement, tel qu'il est donné dans le Hnlefin ertraordinario dcl Gobierno del Salvador du a mai i 854 :

"La nuit du îfi avril 1 854 restera pour le peuple du Salvador un pénible et amer souvenir. Dans rette malheureuse nuit, notre belle et tranquille capitale a été transformée en un monceau de ruines. Des mouvements du sol furent ressentis, pendant la matinée du jeudi saint, accompagnés de bruits comparables à ceux d'une lourde artillerie roulant sur le pavé, ou d'un tonnerre éloigné. Le peuple fut un peu alarmé par ces phénomènes, mais cela ne l'empêcha pas de se réunir dans les églises pour célébrer la solennité de la journée. Le samedi, tout était tranquille, et la confiance avait reparu. Le peuple des environs se rassembla comme d'habitude pour célébrer la fête de Pâques. La nuit du samedi fut Iranquille ainsi que tout le dimanche. Il est vrai que la température était très-élevée,

niais l'atmosphère était calme et sereine. Pendant les trois premières heures de la soirée, il n'arriva rien d'extraordinaire, mais, à 9 heures î/a, une violente secousse de tremblement de terre, survenant sans les bruits préliminaires habituels, vint alarmer toute la ville. Bien des familles quittèrent leurs maisons pour s'arranger des campements sur les places publiques, tandis que d'autres se préparaient à passer la nuit dans leurs cours.

"Enfin à 11 heures moins 10 minutes, sans aucun avertissement, la terre commença à s'agiter et a trembler avec une force si épouvantable, qu'en moins de 1 o secondes tonte la ville était renversée. Les craquements des maisons et des églises terrifiaient les citoyens, euveloppés dans un épais nuage formé par la poussière qui s'échappait des ruines. Impossible de se procurer une goutte d'eau pour venir au secours des gens blessés ou étouffés; les puits et les fontaines étaient comblés ou desséchés

-La destruction fut effectuée, avons-nous dit, dans les dix premières secondes, mais les secousses suivantes n'en furent pas moins terribles et accompagnées d'un bruit effrayant qui se produisait sous nos pieds; si elles n'eurent pas de résultats considérables , c'est que la première ne leur avait pas laissé grand' chose à ravager On a trouvé que beaucoup moins de citoyens qu'on ne le pensait

d'abord ont perdu la vie dans cet accident, et il semble maintenant probable que le nombre des morts ne dépassera pas une centaine, et celui des blessés une cinquantaine

«Les mouvements de la terre continuent toujours avec des secousses violentes, et le peuple, craignant que toute la cité ne soit engloutie dans quelque gouffre ou ensevelie par une éruption soudaine du volcan (qui semble annoncée par une odeur sulfureuse intense remplissant l'atmosphère), s'empresse de s'enfuir, emportant ce que chacun a pu sauver, ses dieux lares, les doux souvenirs de son enfance, et quelques animaux domestiques, peut-être la seule propriété qu'ils aient pu conserver pour le soutien de leurs familles, s'écrianl avec Virgile :

No* |>alriw fine» H dulrin linquimus nrv».-

Nous n'avons rien à ajouter à ces récits, qui suflisent à prouver quels terribles effets produisent les tremblements de terre dans l'Amérique centrale, lorsqu'ils

DANS LES RÉIM RI.IQl ES DE GUATEMALA ET DE SALVADOR. 513

dépassent leurs proportions ordinaires. En moins d'un siècle, deux florissantes capitales ont été transformées en des monceaux de ruines; il y a vingt ans à peine, des centaines de personnes périssaient sous les décombres de leurs demeures, et qui sait ce que réserve encore l'avenir à ces infortunés et merveilleux pays, auxquels la Providence semble avoir infligé comme compensation de leur splendeur et de leur richesse ce terrible fléau dont la puissance étrange domine le génie de riiomme. Que dirions-nous de plus? Aussi bien nous faut-il arriver au terme de notre travail, et soubniler que ces quelques recherches puissent contribuer un jour au succès des tentatives que fera quelque grande intelligence pour déchirer le voile dont sont environnés ces mystérieux phénomènes de la nature.

Viw»jj|. Cn»l„|[i,|„e.

APPENDICE Al LIVRE PREMIER.

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