DOCUMENTS ANCIENS SUR LA LANGUE DES FUÉGIENS
Dans la séance de la Société de Géographie du <> juillet 1 883. M. le l) r Delislea communiqué des extraits d'une lettre que l'un de nous lui avait écrite de la haie Orange, et où était signalée l'inexactitude du vocabulaire tékénika. ou valigan. recueilli par Filz-Hov vers iK'Jo (').
Sur 2o<» mots contenus dans ce vocabulaire, on comptait, en effet, seulement 5o mots exacts, Jo plus ou moins éloignés de l'exactitude, el i an entièrement Taux.
D'ingénieuses observations- lurent immédiatement présentées par M. Bouquet de laCrye et par M. d'Abbadie pour expliquer ce désaccord : la tribu avec laquelle nous avions été en contact à la baie Orange n'était peut-être pas celle qui avait fourni ii Filz-Koy les éléments de son vocabulaire; il pouvait y avoir eu. de part ou d'autre, inaptitude à entendre et à écrire les sons de cette peuplade sauvage; enfin, disait M. d'Abhadie, il est très facile, à moins d'avoir une longue connaissance d'un pays, de confondre deux tribus parlant des langues tout à fait différentes, mais que l'on croit semblables parce qu'on ne les comprend pas parfaitement.
Nous pensons que les renseignements que nous avons recueillis permettent de répondre à ces réllexions. On sait déjà qu'il n'existe que trois peuplades dans tout l'archipel situé du détroit de Magellan au cap Horn : les Ona (ou Yacana) au Nord, les Alakalouf (Alaailoof ou Alikfioo/ip des Anglais) à l'Ouest, el les Yahgan (TèAr'm'ka) au Sud. Nous n'avons pas à nous occuper des Ona, rameau des Patagons dont ils se rapprochent beaucoup par leur langue.
( 1 ) Xarrutiic of t/ic suncying voyages of H. M. ships Allvcntur? and Bcsgle betireen l/,?>ear< i*i6 uml iX36, Appcmlix to vol. II. p. ili. Londoii, 18Î9.
Pour les Yahgan, au milieu desquels nous avons vécu en 188'i, il a été relativement facile de comparer tous les mots du vocabulaire de Kitz-Roy aux termes réellement en usage. Nous avons multiplié les interrogations auprès des indigènes de divers groupes, dans les circonstances les plus variées, de manière à bien établir le sens exact des mots. Ko outre, nous avons pris, sur tous ces termes, l'avis de M. Bridges, dont la compétence en langage yahgan ne saurait être contestée, qui. après plus de vingt ans d'étude assidue de cet idiome, a composé un dictionnaire manuscrit de près de 3oooo mots, rédigé une grammaire dont nous donnerons un aperçu plus loin, et qui a publié, avec un alphabet phonétique, la traduction en yabgan de l'Kvangile de Saint-Luc.
Les premiers renseignements que nous connaissions sur la langue tles Fuégiens de la peuplade yahgan remontent à i8a3 et se trouvent dans la relation du voyage de Weddell ('). Cet auteur, dont tout le récit est empreint d'un remarquable cachet de simplicité et de sincérité, ne cite que quatre mots de celte langue, très diflicile à saisir, dit-il, à cause de la manie d'imitation qui fait répétera ces sauvages toutes les interrogations qu'on leur fait. Voici ces quatre mots :
Soyarn, qui signifie eau,
Abaish, qui signifie femme,
S/icvoo. qui signifie approbation,
Aw/i, qui signilie déplaisir.
Nous avons transcrit ces termes avec l'orthographe anglaise : le premier seul a une très vague analogie avec le terme çima qui désigne l'eau en yahgan, les trois autres ne se rapportent en rien à cet idiome.
Cependant les détails dans lesquels est entré Weddell sur les mo-urs de la peuplade, rencontrée par lui à Indian Cove ou baie Indienne, dans le New Year Sound, ne permettent pas de douter qu'il a eu affaire à des Fuégiens appelés plus tard Tckènika et Yahgan. Si l'on peut être surpris de ne pas retrouver chez les Yahgan un terme voisin d'Abec/i (Abais/i) pour indiquer le mot femme, il n'y a pas d'importance à donner à la disparition des mots qui auraient indiqué l'approbation :
(') James Wkdiieu., A vnjage tanards the South Pôle performeil in ihe Jean iSni8ij. Loadon, 18-/Ï, p. 7;!.
*>i MISSION Dl' CAP HORN.
Chivou (Shivou), ou le déplaisir : Xach (Xosh), car il a très bien pu arriver que ces mois, usités en 182$ comme interjections, fussent passés de moite chez les mêmes indigènes quelques années plus tard. Pendant l'année de. notre séjour, nous avons eu des exemples analogues. Quant au mot Abcch, il est peut-être de provenance alakalouf ( alikoulip).
De 18J17 à i8'5-2, les Fuégiens du Sud furent beaucoup plus longuement examinés parKing, Stokes, et surtout Filz-Roy, commandant du /Ira gif, qui revit très souvent cette peuplade, emmena en Angleterre, en 18 '5o. un jeune garçon qu'il appela But/on, et qu'il ramena dans son pays, non loin de la baie Orange, à la fin de 18 îi. Très vraisemblablement, ee jeune Fnégien lui servit de principal interprète pour la rédaction du vocabulaire que nous reproduisons ci-après textuellement, avec le 'sens français et les mots exacts en regard, en indiquant ces derniers eonfurmément à la prononciation française.
Fitz-Kov fait précéder son travail des remarques suivantes : « Dans ce fragment de vocabulaire, le son des voyelles est rendu comme dans les syllabes anglaises : bah, bat, ecl, bit, J, bit, no, top, raie, bût, hay ; les consonnes résonnent comme en anglais, mais en donnant au kh un son très guttural. Une expression fuégienne peut à grand'peine être reproduite au moyen de nos lettres : c'est quelque chose comme le gloussement d'une poule, et cela signifie: non. » Cette dernière réflexion ne peut s'appliquer qu'à la langue alakalouf (alikhoolip), dont Fitz- Itoy indiquait les termes en regard de ceux de la langue tékènika. L'avertissement placé en tète du vocabulaire, et d'après lequel quelquesuns de ses mots sont également usités chez les Patagons (Tehuel-het ) et chez les Indiens Ohonos. se rapporte aux langages alakalouf ou ona.
Nous avons laissé, tels qu'ils sont imprimés dans l'ouvrage anglais, les mots tékènika cités par Fitz-Hoy; car la prononciation anglaise ne nous parait pas indispensable pour se rendre compte des analogies et des diirerences que ces termes présentent avec la langue telle qu'elle existe actuellement. Nous avons, de même, respecté l'ordre des mots adopté par Filz-Boy, ce qui rendrait plus facile leur recherche dans le texte original.
La liste suivante comprend donc : dans la première colonne, les mots
français traduits de l'anglais; dans la deuxième, leur traduction exacte en yalifian; dans la troisième, les mots indiqués par Fitz-Rov comme traduisant ceux de la première colonne.
riî.wvus.
TL'M;MkA (pitz-hoy).
Toura»|'ou.
Trîppalli.
Kaniuiu ou Ganiaïu.
Av.inl-l>ra*
OuwVli.
h It^i'bc
Arakou.
TV Vu- Il
Acb.
Acon'tisli.
Aro.A.i.
Aciriiiùfkà.
Ouiiua.
\V,.-„ni.
l'iinîer
Ka.djim.
KiVkk.-m ou Kùsli.
l'alala çirh.
AI.-kl.ioni
;\«;ina <lr»igni> un lollior
en tre*»*; l'alak. çirb,
nu collier on verroterie-s,
Clivlif cl Gnlya.
<J imporUliou étrangère.
Fuugu» lia bouleau (')....
Amaleigb ri Oucliouin.
AfMi-klii.
Bikh.
Dc'gbr.
Ilikh desifjneun oiseau en
^entrai .
Yoiia.
F.'t.iùm.
Alaina veut Jiro mangrr.
Lambi <>« Lonipi.
Sbùb'bâ
Yaroumatia.
Yâriiinato'ii.
Anèn.
Walch.
Aloucli.
Ahlùsh.
Ouayaua.
Wbv-àunâ
OuaiUoua-
Yura.nua.
Attangouriou.
l'U,rg««).u
Krirr
Mnkouj.
MarY»*.
Vunio»tHw.
Yumértè-lè.
Kwauala yaomlim.
Yar-ha.li.
A lu.
ït'li
Ouaikol toufraniaka.
Ou.uke-l loupa.aaka di-
sigtie une ebaine do pro-
vi-naucu étrangère (■)
KayaUkau.
Cùp'pïiiiea.
Kitiouali.
Yàrhàm
Onaiii.
W,»nV.
Il.imi.ika.
' ) <~i Onna DttrwtHti.
' « i m«l. Irè. p»a emploie • d« *lr« UiTfi p»r lu Furent itliw pour d«.l(ii»r lo cbilat» il ««te» de, n«< in. élr«nf»r«, Mtl nl*r» va «um», «al iWIIbui qgclqarloi, le, «Me, de Irur piji
Million du cap Horn. t. VII.
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