ALIMENTATION
a. Aliments.
Les Kuégiens du cap Horn ont une alimentation exclusivement animale Pondant l'été, comme rafraîchissement, ils consomment les baies de quelques arbrisseaux, mais nous ne les avons jamais vus faire des repas composés uniquement d'aliments végétaux, ainsi que cela existerait, d'après M. Bridges, sur les bords du canal du Bcagle, où ils pourraient vivre plusieurs jours avec les diverses variétés de champignons du bouleau. Pendant l'hiver, lorsqu'ils sont réduits au dernier
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degré de la disette, ils ont quelquefois recours, pour tromper leur faim, à des racines qu'on ne peut considérer comme alimentaires, telles que celles A' Armeria.
A toutes les époques de l'année, ils sont exposés à subir les tortures de la faim, de violentes tempêtes les confinant dans leurs huttes, d'où ils ne sortent alors que pour ramasser du bois de chaulîiige. Suivant M. Bridges, ils peuvent en être réduits à manger le cuir de leurs lanières, sans jamais songer, d'ailleurs, au cannibalisme, qui est incompatible avec leurs mœurs et leurs idées.
On comprend leur joie immense au retour du beau temps qui leur permet de se livrer fructueusement à la recherche de leur nourriture.
La base de l'alimentation indigène est constituée par les mollusques, surtout les moules, qu'ils vont récolter à chaque marée basse et qui forment en quelque sorte leur pain quotidien.
Pendant les mois d'été, de décembre à mars, les poissons, abondants et faciles à prendre, composent ordinairement, avec les mollusques, la seule nourriture des Fuégiens : cependant ils ne mangent jamais certaines espèces, telles que les raies, les chiens de mer; nous ignorons les motifs de cette abstention. Après le mois de mars, les poissons remontent dans le nord jusqu'au canal du Beagle; le Yahgan les remplace alors dans son alimentation par «les crustacés, et surtout par des oursins à courts piquants, du volume d'une grosse orange : il ne mange pas les petits crustacés tels que les crevettes, ni aucune espèce d'insectes.
Les Fuégiens recherchent, comme mets, les oies ou bernaches, les canards, les cormorans, les goélands, les manchots, et ne dédaignent, en fait de nourriture, aucune espèce d'oiseaux.
Ils estiment beaucoup la chair de baleine, de phoque, de loutre; lorsqu'ils sont pressés par la faim, ils mangent quelquefois des renards, mais jamais des chiens ni des rats; ils ont ces derniers en horreur.
Ils aiment avec passion tous les corps gras : lard, graisse, moelle des os, et surtout l'huile de baleine ou de phoque, qu'ils conservent dans des sacs faits avec des vessies d'animaux, et qu'ils boivent par petites quantités dans les intervalles des repas. Ils ne connaissent aucun autre condiment cl n'aiment pas le sel.
Ils sucent volontiers le miel des fleurs d'Embotrvum; ils mangent
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aussi les fleurs de Philcsia au suc savoureux et les jeunes tiges de tussac, quand ils en trouvent.
Nous n'avons pas constaté chez eux les aiïoctions pustuleuses de la peau signalées comme fréquentes par M. Bridges à la suite de l'ingestion de chair de baleine ou de phoque avariée, pas plus que nous n'avons observe de cas des maladies d'estomac attribuées par le même auteur à l'alimentation par les champignons croissant sur les arbres.
Les indigènes, suivant M. Bridges, conserveraient indéfiniment ces champignons, après les avoir desséchés et enfumés; mais ils n'ont pas cette habitude pour les viandes. Quand ils sont en possession d'un phoque ou d'une baleine, ils consomment complètement la chair de ces animaux, sans qu'elle se putréfie, probablement à cause de la basse température du climat et de la pureté de l'air.
Tous les aliments d'origine animale ne sont mangés qu'après avoir subi une cuisson plus ou moins complète dans la cendre ou sur les tisons; quelquefois cependant les oursins sont avalés tout crus.
Dans le vocabulaire (p. 3io), nous avons donné des détails sur la cuisson des oiseaux, l'acte le plus compliqué de la cuisine fuégienne. Les Yahgan n'ont pas d'ustensiles de cuisine, ni de poterie quelconque ; ils se servent de cailloux chauffés au feu pour faire fondre la graisse et tiédir l'eau, dans lesquelles ils plongent ces cailloux; ils emploient quelquefois des coquilles de grandes moules comme plats ou assiettes; leurs vases à boire sont les seaux en écorce dont nous avons parlé, page 307.
b. Boissons.
Les Fuégiens ont, pour unique boisson, l'eau puisée dans les petits ruisseaux qui descendent à la mer ou qui viennent se perdre sur la plage autour de leurs huttes. Ils boivent aussi l'eau des lacs cl des mares si nombreuses dans leur pays, et ils ne paraissent pas faire grande attention à la couleur un peu foncée que cette eau doit souvent à la présence de nombreuses matières organiques, surtout quand elle est prise dans des mares de quelques centimètres seulement de profondeur (').
(') M. A. Certes a constaté, dan» leau qui servait de boisson aux Fuégiens de la baie
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Si, par exception, les Fuégiens ne trouvent pas d'eau potable à leur portée, ils emploient, d'après M. Bridges, le procédé suivant : ils creusent un trou dans un sol marécageux, et le remplissent avec des poignées d'herbe qu'ils tassent doucement; l'eau passe comme dans un fdtre à travers cette herbe et de là dans la bouche des Fuégiens accroupis près de cette source improvisée; ils boivent quelquefois pui aspiration avec des pipettes formées de tibias d'oiseaux, de tiges creuses de joncs ou d'autres végétaux, quand ils ne peuvent pas atteindre directement la nappe liquide.