HABITATION
a. Hutte.
Lorsque le temps est beau, les Fuégiens vivent dans des taillis dont ils se contentent d'attacher quelques branches au-dessus de leurs tètes
Orange, un développement anormal do microbes (bâtonnets bactiridiens) et l'absence <lr diatomées el d'algues vertes. L'ingestion de celle eau n'a cependant jamais occasionné, \n-ndani notre séjour, de maladies ou do troubles digestifs.
M. Achille Miintz a bien voulu nous remettre la Noto suivante, après avoir examiné !••> eaux poUbles do la baieOrango : « Ces eaux sont assez anormales |K>ur expliquer pi>iirqu»i l'analyse hydrotimélriquo sur place n'a pas donné de résultats bien nets. Extrêmement pauvres on calcaire, elles contiennent des proportions très sensibles de chlorure de magnésium. Toutes renferment, en outre, de fortes proportions de matière organique. On troir.r
litre :
Eau
do Inc.
do rivière.
de ruisseau.
0,OOI
o.oli
o,oo3
faibles traces.
proportion
proportion
très sensible.
«crible.
Matière organique . . .
. proportion
petite
proportion
proportion
notable.
quantité.
notable.
notable.
Cette composition est évidemment en rapport avec la nature des roches. .
■tii MISSION DU CAP IIORN.
pour former une sorte de berceau de feuillage. Ils s'abritent aussi dans des grottes, dans des cavernes au bord de la mer. .Mais l'habitation fuégienne la plus commune est la hutte en branches ou en troncs d'arbre.
Dans le voisinage du cap Horn, la butte aflectc deux formes spéciales : en dôme avec des branchages fichés en terre et se reliant au sommet (Pi. XX), ou en cône avec des troncs d'arbres assez volumineux (Pl. XXI).
Voici les dimensions intérieures d'une hutte de cette dernière espèce, construite sous nos yeux à la baie Orange : hauteur sous le faite l'Vio; longueur 3"; largeur a 1 "; hauteur de l'ouverture d'entrée i m ,i »; largeur de cette ouverture, au niveau du sol, o"\Ç)o; hauteur des montants de l'ouverture d'entrée a'"; circonférence des plus gros troncs d'arbre (Fagus betuloides) servant de charpente o'", \'\ ( ' ).
Les interstices de la charpente sont plus ou moins obturés au moyen de brindilles, de plaques de mousses ou d'écorces, de débris de pirognes ou de vieilles peaux de phoques. Il n'y a pas de porte, mais l'ouverture d'entrée est souvent rélrécic par des branches ou des troncs d'arbre (voir les Planches), de manière à ne laisser passage qu'à un seul individu entranten rampant. Celle ouverture est, en général, ménagée du côté opposé au vent; quelquefois il en existe deux se faisant vis-à-vis.
L'air circule librement à travers les fissures nombreuses existant entre les montants de la hutte. La pluie, la neige ou la grêle passent aussi par le même chemin ; les Fuégiens s'en inquiètent peu ; si l'inondation devient trop forte à l'intérieur, ils ont vite fait d'v remédier en ajoutant sur la toiture quelques poignées d'herbes ou des plaques d'écorces.
Quelquefois, les enfants se construisent une toute petite hutte qu'on appelle AÂali el qui leur sert de logement et de lieu de repos dans la journée. Elle est toujours voisine de celle des parents.
< 1 j Nous avons v u deux fois, à la baie Orange, des Imites présentant deux ou trois compartiments intérieurs au moyen de troncs d'arbru verticalement plantés. Ces espèces de niches servaient chacune à abriter, la nuit, trois ou quatre personnes.
MCEIBS KT (HHTIMKS. MA
Sur les bords du canal du Bcagle, les huttes, plus grandes, sont coniques, faites avec des troncs d'arbre ('); le sol, en dedans, est creusé jusqu'à une profondeur de o m ,5o environ. La partie centrale, la plus excavée, sert de foyer.
Quelle que soit leur forme, les buttes sont toujours situées très près du bord de la mer, de manière que de l'intérieur le Fuégien puisse surveiller sa pirogue mouillée au large ou halée sur la plage, et voir les nouveaux arrivants. En outre, on choisit de préférence un emplacement protégé contre les vents régnants, soit par une ceinture de forêts, soit par des falaises ou des monticules. Le plancher de la hutte se trouve constitué simplement par le sol même, qui est piétiné par les hommes au moment de la construction. Malgré cette manœuvre, l'humidité du terrain est telle que souvent l'eau s'écoule dès qu'on presse un peu fortement sur le sol, et que les indigènes sont quelquefois obligés de pratiquer au milieu de leur hutte une rigole transversale qui fait l'office de drain.
Ils vivent là accroupis ou couchés, faisant véritablement tas de chair autour d'un foyer central, au nombre d'une vingtaine et quelquefois davantage, dans une hutte comme celle dont on a vu plus haut les dimensions (3"* sur 2* n ,8o), ceux qui reposent directement sur le sol étant imparfaitement protégés de l'humidité par une légère couche de paille ou de jonc, et ceux qui sont plus ou moins appuyés sur les autres mettant seuls sur leurs corps des morceaux de peau de loutre, de phoque ou de guanaque ou quelque misérable loque obtenue, par échange, d'un navire baleinier qui passait.
Grâce à l'aération constante de la hutte, l'air s'y maintient par malgré l'agglomération des habitants. Plusieurs fois nous avons pénétré sous ces abris, vers la fin de la nuit, avant que leurs hôtes ne fussent réveillés; jamais nous n'avons constaté alors de mauvaise odeur. Les Fuégiens ont pour règle de ne pas souiller la hutte avec leurs déjections : pendant la nuit, par exemple, la miction a toujours lieu hors de l'ouverture d'entrée, et la défécation s'opère, comme dans le jour.
(») Elle* ne dopassent guère a™ do bailleur sous le faite, cl leur diamètre, à la Iwse, varie de 3™,5o a 5 m .
iiil MISSION Dl CAP IIORN.
assez loin de l'habitation, si la nuit est claire; dans le cas où l'obscurité est épaisse, c'est dans le voisinage de la hutte, mais toujours en dehors de celle-ci, que les indigènes satisfont leurs besoins naturels. Si, en rentrant, ils sont souillés, ils ont soin, dès qu'ils s'en aperçoivent par la vue ou par l'odorat, de se frotter avec un tampon de paille et de jeter le tout au dehors. Les enfants font de même, dès qu'ils peuvent marcher; quant aux enfants plus jeunes, la mère a soin de les nettoyer avec un peu d'herbe sèche ou de duvet d'oiseau ou quelque autre matière analogue. Malgré ces précautions, certains immondices s'accumulent dans les huttes : les urines des petits enfants pénètrent le sol. qui d'un autre coté s'imprègne de détritus alimentaires, quoique les indigènes aient l'habitude de jeter au dehors les valves des coquilles qu'ils ont mangées, les arêtes de poissons, les os d'oiseaux, etc. Aussi, au bout de peu de temps, unequinzaine dejoursau plus, abandonnentils leur hutte pouraller s'établir ailleurs. Nous en avons même vu qui démolissaient leur habitation pour aller l'édifier avec les mêmes matériaux quelques pas plus loin, dans une situation moins favorable que la première comme exposition ou humidité : la seule raison qu'ils donnaient, c'est que la première hutte n'était plus aussi salubre que lorsqu'ils avaient commencé à l'habiter. Généralement, quand ils changent ainsi de place, ils laissent leur hutte intacte, et quelques semaines ou plusieurs mois après, ils l'occupent de nouveau, mais pour une période de temps toujours très courte. On comprend du reste qu'une hutte ainsi déshabitue, balayée par le vent et arrosée par la pluie, se trouve assez promptement très bien nettoyée.
La construction de la hutte exige ordinairement une ou deux heures, rarement une demi-journée. Dans tous les cas, elle reste la propriété de ceux qui l'ont édifiée et qui ont seuls le droit de la détruire; mais il est permis à tout le monde de l'habiter quand elle est inoccupée.
C'est dans les huttes que les Fuégieus se réunissent pour manger, causer et se reposer. Ils ne connaissent pas les objets de couchage; leurs préparatifs pour dormir la nuit se bornent à placer sous leur corps un peu de paille ou de menues branches garnies de leurs feuilles et qu'ils ont exposées un instant à lu flamme pour les cbaullèr. Assez souvent, ils placent leur tète sur un support peu élevé : morceau de
M<*ms et coi tiues. :ti:, bois, paquet de chair de phoque qu'ils mangeront le lendemain, rlc Pour se protéger contre le refroidissement nocturne, ils ont une peau d'otarie, ou plusieurs peaux de loutres cousues ensemble, qu'ils étendent sur leur poitrine. Ils sont tellement entassés les uns sur les autres qu'une seule peau d'otarie peut recouvrir cinq ou six personnes.
b. Chauffage- Chaque hutte contient, dans le milieu, un grand foyer alimenté par de gros troncs d'arbre, qui dépassent souvent l'ouverture d'entrée el dont une partie reste à l'extérieur. Outre ce feu central, les indigènes établissent quelquefois dans les coins de la hutte, en (rois ou quatre endroits différents , de tout petits foyers supplémentaires où ils se chauffent les pieds, la tète, la poitrine, le dos. Ces foyers accessoires servent aussi aux individus qui ne peuvent trouver place autour du feu central, et principalement aux enfants.
A cause de la rigueur du climat et de l'absence de vêtements, les Fuégiens ont la passion du feu. Ils le transportent partout avec eux, même dans les pirogues, même dans les forêts, et ils mettent tous leurs soins à ne pas le laisser s'éteindre, bien qu'ils puissent l'allumer facilement, au moyen d'étincelles de pyrite de fer, produites par le choc d'un morceau de minerai contre un autre, et reçues sur du duvet d'oiseau ('). Pour la nuit, avant de s'endormir, les Fuégiens laissent tomber leur feu, de manière à ne conserver que de la braise, qui leur servira, le lendemain, à rallumer un grand foyer. Ils ont ainsi plus de place pour se livrer au sommeil, et moins de chances de se brûler tout en donnant. Néanmoins, il n'y a pas de Fuégien qui ne porte sur le corps, et surtout sur les jambes, des marbrures dues à l'action trop vive de la chaleur sur la peau.
Ils ne brûlent que du bois, principalement des Fagus betuloùles el
(') Les pierres a feu dos Kuôpieoa sont constituée* par do la pyrite do for avec un peu do pyrite de cuivre; l'analyse de ces pierres, foito par M. A. Miituz a donne :
Pyrite de fer y 1,3 pour io<>
Pyrite do cuivre 1,0 »
Mi„wn du cap Hurn, t. Vil 4*
SIISSIO.N Oï CAP 1IOHN
des Drymis, qu'ils trouvent sur la plupart des cotes voisines du cap Horn. Ils font au jour le jour provision de ce combustible, évitant de couper des arbres verts ou des troncs vermoulus, et choisissant du bois mort, mais sec. En dépit de cette précaution, leur feu s'accompagne d'une fumée souvent épaisse qui s'échappe par le faite de la hutte et qui los incommode fortement, malgré l'habitude qu'ils en ont. M. Bridges, après VVeddell, a avancé que le contact de cette fumée avec les yeux déterminait des conjonctivites graves : nous n'avons pas constaté cette particularité; nous avons noté seulement du larmoiement sous l'influence directe de la fumée, mais nous sommes d'accord avec M. Bridges sur l'odeur désagréable et pénétrante de cette fumée, odeur dont les Fuégiens se trouvent souvent imprégnés.
Les indigènes n'emploient pas seulement le feu comme moyen de chauffage et de cuisson des aliments : ils l'utilisent aussi pour des usages industriels, parmi lesquels on peut citer la préparation du jonc qui sert à fabriquer les paniers, les amarres de pirogue; ils passent alors à travers la flamme des faisceaux de brins de jonc tordus ensemble, avant de les tresser. Ils flambent l'écorce de bouleau pour l'approprier plus aisément à la confection de pirogues, ou d'autres objets. Enfin, ils abattent quelquefois les arbres en mettant le feu à leur [lied.
c. Éclairage.
Les Fuégiens dans leurs huttes n'ont pas d'autre éclairage que la llamme du foyer. Lorsque, pour un motif quelconque, ils désirent voir clair la nuit, ils jettent sur le feu quelques petites brindilles arrachées, sans se déranger, aux branches qui revêtent la hutte et pénètrent dans l'intérieur; ces brindilles, très desséchées, brillent avec beaucoup de flamme. Ils s'éclairent aussi, lorsqu'ils ont besoin de se guider au dehors pendant la nuit, au moyen de tisons embrasés qu'ils agitent devant eux.
Enfin, ils ont la coutume d'allumer des feux partout où ils se trouvent quand ils veulent signaler, de proche en proche, leur présence ou leur arrivée.
H (Cl' S.S KT COOTt MES.