I.VO MISSION PI r.KP IIOHN
D'après noire Tableau VII, on voit que les petits individus ont leurs membres supérieurs relativement plus longs que les individus grands ou moyens. Cet allongement du membre supérieur chez les Fuégiens est produit surtout par la longueur excessive de la main : au lieu de représenter 1 1 ou lu centièmes de lu taille, comme dans la plupart des races humaines, cette main représente 13.9 en moyenne, ehill're que l'on ne rencontre que chez les Javanais (i3), les Japonais ) et les Patagons (1:2,7 )• ( ' nt ' z ' es s ' x Français ayant à peu près la même taille que les Fuégiens la main représente 1 1,7 pour ion de taille; chez les Aehaiitis, 1 1 ,2. Dans les cas individuels, ce chifTre dépasse 1 3 centièmes chez les Yahgan.
Par contre, Pavant-bras est relativement court, surtout par rapport au bras : le bras étant 100, Pavant-bras serait représenté par le chiffre Si, u, inférieur à ceux que présentent la plupart des autres races ; il se rapproche de celui des Japonais (80. 1), des Achantis (81 ) et des Hotlo mots (80,1) ('). Chez les individus yahgan de petite taille, le membre supérieur s'allonge surtout aux dépens de la main et du bras: Pavant-bras, au contraire, est relativement plus court chez eux que dans la moyenne.
La grande envergure dépasse la taille chez tous les sujets examinés, sauf chez un homme où elle est inférieure de u mm à la taille. Kn moyenne, elle est de 107,1 chez les hommes et de m'1,7 chez les femmes, en supposant la taille égale à ion. Pour les hommes, le chiffre est au-dessus de celui des Européens (io'j,3). Ktant donnée la même largeur des épaules (a3) dans les deux races, elle démontre l'allongement relatif du membre supérieur.
t>. Membre inférieur.
Le membre inférieur est beaucoup moins développé que le membre supérieur. Il est très court ( >o,r> en centièmes de la taille chez les hommes) comparativement à celui des Belges ( î )(.)a), des Nègres (>3),
(' / J t>KMk£R, Us HiUIrnloit ou Jardin <l' .Icclimatulimi (Reeue cl'Jnt/iropolngtc. p. 90 . lKSy 1.
( l ) Tohn vrd. Mentent* tf Anthropologie, p. io;i <>ul>dmsion II du Tableau).
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•les Arabes (52,3) et <les llottcntols (53,8); il se rapproche de celui des Annamites ( m, a) el des Ksquimaux ( m», 7 ). Les six Français qui ont presque la même (aille que les Fuégiens ont le membre inférieur un peu plus long ( 5 1,7 ).
Le membre inférieur est relativement plus long que la moyenne cbez les individus de grande taille et plus court chez les individus de petite taille. Le pied est assez grand, comme cbez les Kuropéens.
La cuisse est conique, très large en baut, où il y a toujours comme une pelotle de graisse, et très rélrécie vers le genou. La jambe, au contraire, est presque cylindrique, très maigre; la saillie du mollet est à peine marquée (Pl. VIII, fig. 1).
Ce contraste entre la cuisse et la jambe frappe l'œil, non moins que la façon des Fuégiens de se tenir debout, les membres considérablement écartés (Pl. III, VIII, etc.). On dirait que les Yahgan ne peuvent pas rapprocher les jambes et les pieds en restant debout. En même temps, leurs jambes et surtout leurs pieds sont un peu tournés en dedans. Dans n'importe quelle attitude on voit nettement cette torsion du pied, dont la pointe est dirigée en dedans et non en dehors comme chez nous. La face plantaire regarde en bas et en dedans, et les orteils sont déviés en dedans et à moitié fléchis (Pl. III, X, etc.). Une autre particularité du pied, c'est que souvent le deuxième orteil se trouve placé au-dessus du premier et du troisième qui paraissent le refouler en baut en se rapprochant. Cette disposition est due probablement à l'usage fréquent que font les Yabgan de leurs orteils en guise d'étau pour maintenir les lanières, façonner les harpons, etc.. De la sorte, non seulement le gros orteil n'est pas du tout écarté des autres, mais au contraire il s'en rapproche beaucoup plus que sur les pieds des Kuropéens (PL X,ftg. 1 ; PL XVlll,fig. ; PL III, fig. 2).
<-. Développement des membres.
La disproportion entre les membres supérieurs et inférieurs, de même que la conformation spéciale de ces derniers, sont la conséquence de la vie sédentaire des Yabgan dans les canots et de leur habitude de se tenir toujours accroupis. Ils font relativement beaucoup plus d'exercice avec
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leurs bras qu'avec leurs jambes. Le fait a été énoncé déjà depuis longtemps par J. Wilson, chirurgien à bord du Beagte ( J ). Voici ce qu'il dit à ce sujet : « Les pieds sont larges et courts : cette particularité tient sans doute à leur genre de vie. En effet, ils font peu d'exercice et sont constamment assis, pressés les uns contre les autres (') dans leurs pirogues ou dans leurs buttes. Le sang, cette source de nutr ition, ne peut circuler librement que dans la tële et le tronc (où il doit se trouver en grande quantité) à cause des obstacles à son passage dans les membres, obstacles qui tiennent à la position courbée. >»
Il importe cependant de noter que l'exercice ne fait pas défaut chez les Fuégiens. Dans leurs courses sous les bois à la recherche d'arbres pour la construction ou du bois de chauffage, ils sont obligés d'exercer leurs jambes ; lorsqu'ils accompagnaient des membres de la Mission à la baie Orange, ils ne se lassaient [tas à la marche, quand ils étaient de bonne volonté. On peut affirmer qu'ils sont bons marcheurs et que, dans leur pays du moins, il ne serait pas facile de les vaincre à la course. Il est évident que les conditions ne sont plus les mêmes s'ils accompagnent un Européen à contre-cœur : au bout de très peu de temps ils déclareront alors qu'ils sont fatigués parce qu'ils n'ont pas l'habitude de marcher. Nous reconnaissons d'ailleurs qu'ils font assez rarement de longues excursions à pied et encore moins souvent des ascensions de montagnes. Jamais ils ne montent sur les glaciers.