‹ Mission scientifique du Cap Horn, 18821883Chapitre 68 sur 161 · CARACTERES PHYSIOLOGIQUES. !'JI · texte numérisé non relu

CARACTERES PHYSIOLOGIQUES. !'JI

pu un enfant mort depuis, se trouvait seule avec la parturiente. A notre arrivée dans la hutte (io b du matin), elle nous dit que l'enfant s'était présenté par la tète, la face en avant, et était sorti rapidement suivi du délivre, aprèsl'issue d'une petite quantité de sang. Celle femme avait coupé le cordon, à 11 e ™ de l'ombilic, avec un fragment de coquille de moule ramassé sur le sol de la hutte dans les déhris de cuisine. A notre arrivée, la mère était accroupie dans un coin de la Imite, tenant sur ses genoux, et tachant de lui (aire prendre le sein, un nouveau-né (mâle) hien conformé. Il avait été hien nettoyé avec de l'eau tiède immédiatement après la naissance. Il mesurait 5o r '" de longueur et pesait ï kf ,r)~t-. Les diamètres de la tétc étaient : i j5""" pour l'anléroposlérieur, 9 V" 1 » pour le transverse, 1 îS ,mn pour roccipilo-tnentonnier.

Le cordon oinhilical ne présentait pas de traces de ligature : celle-ci était rendue inutile par le fait de la section avec un morceau de coquille, qui mâchait les tissus. Les Ftiégiens pratiquent toujours ainsi la section du cordon.

Le placenta avait été déposé sur le sol, à *>o™ environ de la hutte, près des cendres d'un foyer presque éteint. Nous le recueillîmes parfaitement intact, et nous remportâmes ostensiblement sans aucune marque de désapprobalion,dc la part des Ftiégiens. D'après ceux-ci, ils auraient toujours eu l'habitude de brûler le placenta, de même que le cordon ombilical après sa chute, jusqu'à l'arrivée des missionnaires anglais qui auraient fait adopter l'usage d'enterrer ces parties. Mais, à la baie (Mange. 011 ne suit pas encore les pratiques conseillées par les missionnaires et l'on aurait brûlé le placenta si nous ne l'avions recueilli à temps.

Ce placenta mesurait i8 t,n de diamètre; la longueur du bout du cordon qui lui adhérait était de 3j c,d . Conservé dans le liquide de Mùller, ce placenta a été examiné à Paris par M. le D r de Sinélv, qui a bien voulu nous remettre à ce sujet la note suivante :

« Les vaisseaux fœtaux et maternels contiennent du sang en abondance, principalement les seconds. Ce fait démontre que la section du cordon, telle qu'elle est pratiquée chez les Fuégiens, empêche l'écoulement du sang, aussi bien que la double ligature en usage chez nous....

lltt MISSION DC CVI- HOUX.

» Los parois do la veine ombilicale sont d'une épaisseur considérable, au point d'égaler celle des artères. Celle épaisseur des parois de la veine ombilicale est un fait constant chez les femmes de nos pays; mais, dans ce cas-ci. elle est encore plus accusée que dans les autres placentas normaux que j'ai pris comme termes de comparaison ... »

Le jour même de l'accouchement, la mère est allée seule prendre d'heure en heure quatre bains de mer, le premier quatre heures après sa délivrance. Nous avons assisté, à j h du soir, au dernier de ces bains, qui a dure un quart d'heure et s'est passé comme suit. La mer est haute à ce moment; sur la |>laj?o, la nouvelle accouchée se déshabille rapidement (son costume consistait en un vieux gilet de chasse par-dessus une vieille chemise), en tournant le dos à la lame; elle entre à reculons dans la mer, de manière à avoir de l'eau jusque sous les seins. Elle se lave alors, avec les deux mains, tout le corps, et spécialement le cou, les aisselles, la poitrine et les parties génitales. Cela fait, elle se lève et vient s'accroupir, toujours sur ses talons et tournant le dos à la lame, un peu plus près du bord de la plage, de manière h avoir de l'eau jusqu'aux genoux. Elle reste une minute dans cette position «•I ne se lave plus que les parties génitales, et moins qu'auparavant. Elle se lève encore pour aller s'accroupir dans la même position, tout au boni de la plage, n'ayant de l'eau que jusqu'aux chevilles au moment de l'arrivée de la vague : il en résulte une espèce de douche vaginale. L'accouchée reste dans cette position plusieurs minutes, sans se laver. Elle nous dit alors que c'est son quatrième et dernier bain de la journée, que les bains précédents étaient identiques à celui-ci, et que les jours suivants elle en prendra deux par jour; elle ajoute que toutes les femmes l'uégiennes en font autant après leur accouchement.

La température de l'air était alors -h?","], celle de l'eau de mer -h V»7' le vent était vif: N.-N.-O., 5'" par seconde. Le pouls de l'accouchée au sortir de son bain était à 8.j. Quelques minutes avant le bain, elle était allée, comme d'habitude, puiser de l'eau à ioo™ de sa hutte, avec deux autres femmes qui, d'ailleurs, ne s'occupaient pas d'elle.

Le soir, nous la trouvâmes dans sa hutte, complètement nue sauf une peau de mouton sur le ventre ; elle se plaignait un peu d'avoir froid.

c \ h i r, r É n e s Pin sioLOGiytHS. l!t:i quoiqu'elle eut le dos contre le feu; sa peau était, en effet, fraîche, mais il est probable qu'elle voulait surtout avoir en cadeau quelque vêtement. Kl le avait mangé un petit morceau de pain que nous avions apporté à son mari.

L'cnlanI prend assez bien le sein, dans cette première journée, mais la mère a des mamelons très larges et aplatis; pour engager le nouveauné à les saisir, elle les humecte avec un peu de salive. Elle calme son enfant, quand il crie, avec de petites tapes dans le dos; l'enfant crie rarement et pas longtemps; il fuit alors entendre un vagissement très doux. Les petites lapes paraissent le calmer, mais la mère le tapote ainsi même lorsqu'il ne crie pas: elle n'a que celle manière de le caresser.

Le lendemain de l'accouchement (\ août), la mère ne prend pas île bains, parce qu'elle se trouve trop souffrante de douleurs entre les épaules et aux hanches.

La palpation de l'hvpogastrc fait constater la rétraction de l'utérus et n'est pas douloureuse.

Le deuxième jour après l'accouchement (5 août), la mère se plaint encore de douleurs dans les hanches, mais moins vivement qu'hier; elle prend deux bains sur. la plage, l'un à 8 1 ' du matin, l'autre à 2 h du soir (température de l'air 4- i u , de l'eau de mer -+- /| u ; direction et vitesse du vent : Ouest, G m par seconde, pour ces deux bains identiques à celui précédemment. décrit).

La couleur rougeàtrc de la peau de l'enfant est passée au blanc un peu sale; il tette toujours sans beaucoup de succès, les mamelons n'étant pas proéminents. Le colostrum qui s'écoule par la pression des doigts sur le sein est opalin, au lieu d'être transparent comme hier.

Le troisième jour (t> août), dans la matinée, la mère prend un nouveau bain de mer, qu'elle ne renouvelle pas dans la journée (température de l'air o", de l'eau de mer -+- \"; direction et force du vent : O.-S.-O., l 'i* 1 ' par seconde). Elle se trouve moins faible, ses douleurs aux hanches et entre les épaules ont encore diminué, et elle se sent presque tout à fait bien. La sécrétion lactée s'est établie sansqu'il y ait eu de douleurs aux seins. L'aréole brunâtre de la mamelle est très développée en étendue et très foncée en couleur, ce qui avait été observé dès le moment de l'accouchement. Les tubercules de Malpighi se

Million ilu cny livra. I. VII. - i.*>

MISSION Ut CAP 110 UN

son! beaucoup développés depuis hier autour du mamelon, ainsi que le réseau veineux superficiel de la mamelle.

L'enfant est parvenu à prendre le sein dont les bouts se sont formés, et il tette beaucoup. Il ouvre bien les veux (iris brun assez clair, presque bleuâtre), suit les mouvements d'une bougie et parait entendre le bruit d'une montre qui se déplace autour de sa léle.

Le cordon est desséché et ne lient plus à l'ombilic que par un pédoncule filiforme. La mère l'a ligaturé aujourd'hui à son extrémité libre avec un bout de ficelle mince qui est attachée d'autre part à une handclcllc de linge fixée autour de la jambe droite de l'enfant. On devait nous remettre le cordon ombilical après sa chute: mais, en nous voyant ce soir l'examiner attentivement, les femmes, et même les hommes, pensent que nous voulons le couper et protestent avec énergie contre une section qui, disent-elles, culminerait sûrement la mort de l'enfant. Elles ajoutent que le cordon tombera tout seul la nuit prochaine et que nous pourrons alors l'emporter sans inconvénient.

Le quatrième jour (- août ), la mère ne va pas se baigner, à cause «lu froid disent les l'uégiens. C'est, en elfet, le jour de la plus basse température de l'année (— 7VÎ }, et une épaisse couche de neige couvre le sol. Le cordon s'est détaché celle nuit; il a été aussitôt jeté au feu et brille, malgré la promesse des Fuégiens de nous le remettre.

Le cinquième jour (8 août ), la mère prend deux bains dans la journée, quoique le temps soit très froid (— u" en moyenne ». Elle a beaucoup de lait; ce liquide, comme goût et comme coloration, parait de très bonne qualité. On peut supposer que la mère est gênée par la quantité de ce lait dont le nourrisson ne la débarrasse pas suffisamment, car on la voit presser de temps à autre la mamelle que l'enfant ne tette pas et jeter quelques gouttes de lait sur le feu. Deux jeunes tilles habitant la même butte avaient ce jour-là sur le visage, au-dessous des yeux, des raies noires faites avec du charbon, et disaient s'être peintes ainsi ii cause de la venue du lait chez la jeune mère; mais elles ne se sont pas expliquées clairement sur ce sujet.

Le sixième jour (<) août), nous assistons fortuitement au bain de la mère, à i j' d du soir : elle se déshabille prornptctncnt au bord de la plage et entre de face dans la mer jusqu'à ce qu'elle ait de l'eau à

CVAACTÈIIES PHÏSIOI.OCIQI-KS. Ifl.ï

mi-cuisses. Elle se tourne alors vers la terre, s'accroupit et se lotionnc très rapidement la poitrine et les parties génitales, puis sort de l'eau sans faire les deux stations signalées dans les hains du premier jour de l'accouchement.

La température de l'air était alors -h i". relie de l'eau de nier -+- î"; la direction et la force du vent : K.-N.-E, 7"' à la seconde.

Les septième, huitième et neuvième jours, la mère prend un bain chaque après-midi; elle prend son dernier hain le onzième jour et va pécher des oursins en pirogue pendant toute la journée du iG août (treizième jour après l'accouchement").

Lorsque l'enfant n'est pas au sein, il repose sur les cuisses et le ha sventre de la mère; il dort beaucoup; sa mère le nettoie quelquefois avec de l'eau chaude dont elle s'humecte la main; nous l'avons vue aussi masser doucement le dos de son enfant avec sa main, qu'elle réchauffait, après chaque application sur la peau, en soufflant à travers ses doigts fléchis,

4" Lactation.

Nous venons de voir la lactation s'établir sans aucune difficulté chez une nouvelle accouchée. La durée de la période d'allaitement est en général de trois ans; mais les Fuégiennes commencent de bonne heure à donner à leurs nourrissons, sans les sevrer complètement, des aliments solides, tels que moules cuites, poissons, etc. On a prétendu que, pendant tout le temps oii elle allaite, la Fuégicnnc n'avait aucune communication avec son mari; un Fuégien de la mission d'Ouchouaya nous a dit que, d'après le conseil des missionnaires, les femmes devaient s'abstenir de cohabiter avec leur mari avant qu'une année fut écoulée depuis l'accouchement ; mais il s'est démenti ensuite, et les autres Fuégiens des deux sexes que nous avons interrogés sur cette question ont été unanimes à nous déclarer que. dés le deuxième mois après l'accouchement, les rapports recommençaient entre les époux. Nous avons vu de jeunes mères dont les enfants n'avaient pas un an et qui ne se privaient pas de relations sexuelles. Nous ne pensons pas, par conséquent, qu'il existe chez les Fuégiens, comme peut-être chez d'autres peuplades d'Amérique, d'après d'Or-

l'JIÏ MISSION 01 CM' IIOUN .

higny ( ' ). l'usage d'allaiter trois années, pendant lesquelles la femme n'aurait aucune communication avec son mari dans la crainte qu'une nouvelle grossesse l'oblige au sevrage.

Page 1