PEUPLADE ONA
Lorsqu'on veut coordonner tous les documents que nous avons cités, on constate d'abord que les voyageurs se sont trouvés d'accord pour diviser les Fuégiens en plusieurs peuplades, mais qu'ils ont différé dans les appellations de ces peuplades. L'une habite la grande ile de la Terre de Feu, depuis la côte Sud du détroit de Magellan jusqu'aux environs de la rive Nord du canal du Beagle : ce sont les Yacana ou Yacana Kunny, ou Oens-Men, ou Ona si l'on adopte la dénomination des missionnaires anglais. Très probablement rameau des Patagons dont ils se rapprochent par les caractères physiques, vivant de chasse et spécialement de la chair du guanaque, qu'ils tuent avec l'arc et des flèches, ayant des chiens, mais dépourvus de chevaux et d'embarcations, ils sont pour ce dernier motif appelés quelquefois foot Indians. Indiens marcheurs. Nous ne les avons jamais vus, et jusqu'à notre départ de la Terre de Feu, en septembre i883, les missionnaires anglais n'avaient pas été plus heureux que nous, malgré plusieurs tentatives pour les rencontrer et les amener, par groupes, à l'établissement d'Ouchouaya. Depuis i88j, d'après le South american Misstonary Magazine, les Ona ont fait quelquefois une apparition à Ouchouava; mais la complète ignorance de leur langue n'a pas permis aux missionnaires de lier des relations suivies avec eux, et le gouverneur argentin qui a remplacé les Anglais à Ouchouava s'est heurté à la même difficulté lorsqu'il les a rencontrés dans ses expéditions à la recherche de districts
mission ni r. \p iio»\.
aurifères ('). Knlïn un voyageur récent, M. H. Lista (1887), ne donne «| ne quelques imliealions succinctes sur cette peuplade. On sait donc peu de chose sur les Ona. <lont le nombre est évalué très arbitraire, ment à 2000 par Kitz-Roy, et par M. Bridges tantôt à aooo, tantôt à "ton.
Voici d'ailleurs ce que dit M. Bridges, en 188(1, au sujet des Ona Mémoire inédit) : • J'ai vu et fréquente des Ona dans trois endroits de leur territoire et dans six occasions différentes. Ils sont encore plus misérables que les Vatican; leur genre de vie est beaucoup plus dur: ils sont réduits aux ressources alimentaires qu'ils trouvent en pécbant le long des places, en capturant des oiseaux dans l'intérieur de leur pays ou en chassant le j-uanaque. Voyageant sans cesse, ils passent la unit n'importe toi, choisissant naturellement des endroits abrites pour établir leurs toldus ou tentes. Ils fréquentent toutes les cavernes au boni de la mer. mais préfèrent, pour leur babitation. les lisières des bois el des taillis, les pentes des collines, les places abritées du vent par des rocliers. Ces habitations sont ouvertes <l'un coté au moins, sur un tiers de leur circonférence: elles sont petites el contiennent en général quatre ou cinq personnes. Klles sont en charpente légère, couvertes du cote du vent avec de vieilles peaux de phoques à fourrure. de guaiiaques, et avec des touffes d'herbe. Leur hauteur est d'environ j pieds, leur largeur de 8; à l'intérieur, le sol est toujours creusé au milieu, et tout autour de la hutte le terrain entassé forme un rebord. Il ne leur faut que quelques minutes pour installer leurs huttes mi pour quitter leur campement.
» J'estime que la plus grande taille chez les Ona est de > pieds <j pouces < ■ 7 % > ; ils sont solidement charpentés, jamais obèses, aussi actifs, hardis et bien constitués que n'importe quels hommes. Leur pays, ouvert de tous cotés et balayé par les vents, est salubre: leur nourriture, presque entièrement animale et suffisamment variée, en fait une race vigoureuse. Ils tuent les phoques dans des cavernes ou sur les plages ii coups de masse, ou bien ils les harponnent du bord «le la mer avec île fortes lances ou des harpons attachés par un lien léger, mais solide.
(<j Stmth Àmcriciiii miiuonarj M'i^nzinr, vol. XX J. 1887.
INTRODUCTION. î)
aulour du corps du chasseur; ils tuent de la même manière les marsouins et île grands poissons. Comme les Yahgan et les Alakalouf, ils prennent beaucoup de cormorans sur les falaises, où ces oiseaux se retirent pour dormir ou pour élever leurs jeunes. Ils escaladent ces falaises en s'assujettissant avec de fortes lanières. Ils se livrent à cet exercice la nuit, préférant les nuits obscures, par mauvais temps, les oiseaux étant alors moins alertes pour éviter les agresseurs. Ils sont naturellement aventureux, bons grimpeurs et chasseurs habiles. Ils établissent le long des plages de grossiers barrages ou des nasses et prennent quelquefois de grandes quantités de mulets ou d'éperlans. Ils pèchent aussi le poisson avec des lignes et des cannes ii pèche. Comme les indigènes des autres peuplades fuégiennes, ils sont habitués à se peindre de toutes manières, avec les couleurs rouge, blanche (argile) et noire (charbon), mais ils ne se tatouent pas et ne se font aucune mutilation. L'eau est leur unique boisson. Ils n'emploient aucune substance vénéneuse. Sauf le fait qu'ils n'ont pas de pirogues, ils sont, pour les mœurs, semblables aux Yahgan et aux Alakalouf. En général, ils portent des mocassins et des jambières ou grandes guêtres en peau de guanaque, pour protéger leurs pieds et leurs jambes contre les épines si communes dans les bois et les terres découvertes de leur pays. Ils ont des manteaux en peaux de renard, de phoque, de loutre et de guanaque. Ils font des paniers en joncs, comme les Yahgan, et de deux espèces : à mailles serrées et à mailles larges. Leurs arcs et leurs flèches sont bien confectionnés, parfaitement unis. L'arc a environ i pieds de longueur, et les flèches 2 pieds un tiers. La corde de l'arc est formée de tendons de guanaque tressés. Ils prennent des oiseaux au piège, exactement comme les Yahgan. Ils ont les mêmes coutumes, les mêmes idées que ceux-ci relativement aux naissances, aux mariages, à la mort, au deuil, a la vengeance, à l'éducation des enfants, à la sorcellerie.
» La peuplade des Ona était, il y a quelques années, bien plus nombreuse que maintenant : cette diminution de la population doit être attribuée à des épidémies successives et à des combats presque continuels entre indigènes. J'ai eu sur ces combats des détails très circonstanciés concernant les Ona de l'Est. Les maladies épidémiques qui les
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