MISSION DL CAP 1IOHN
ont décimés sont la variole et la phtisie. Audacieux comme ils le sont, leur rude climat rend difficile la lutte pour l'existence, et il n'y a que le plus fort qui survit. Ils sont largement mélangés, au Sud, avec les Yahgan. Je ne pense pas que leur nombre dépasse *>oo âmes; plus probablement, ils sont entre 3oo et 4oo ('). Lorsqu'ils changent de campement, ce qu'ils font continuellement, les hommes vont en avant et préparent les haltes, les femmes et les enfants suivent, emportant les couvertures des tentes, les ustensiles de ménage el les provisions, ce qui constitue une charge assez lourde. Ils ont en grand nombre de beaux chiens de l'espèce des chiens courants, hauts sur pattes, actifs, vigoureux; beaucoup de ces animaux reviennent, parait-il. à la vie sauvage et trouvent facilement leur nourriture en surprenant les tucuturos dans leurs terriers.
» Les Ona font volontiers des feux, plutôt pour égarer les visiteurs que pour guider ceux-ci vers leurs campements; leurs rapports avec les étrangers, ou plutôt les rapports des étrangers avec eux ont été si tristes qu'ils font, avec raison, tout pour les éviter.
» Les Ona se procurent le feu, comme les Yahgan et les Alakalouf, par le choc de deux pyrites; la mèche est remplacée par du duvet d'oiseau ou delà fine poudre de Fungtis desséchés. Toutes les pierres à feu de la Fuégie proviennent de Mercury Sound, dans l'ile Clarence, où il en existe un amas inépuisable.
» Dans la baie Gente (détroit de Magellan), se trouve une grande exploitation agricole (chilienne?); lesOna ont souvent détruit avec leurs chiens des troupeaux de moutons de cette ferme. Quelques Ona ont été tués dans plusieurs excursions faites par les colons pour les chasser de ce territoire. Les indigènes reviendront peut-être et feront tout le mal possible, mais ils n'ont aucune chance de succès contre des colons à cheval, armés de fusils à répétition. Il ne restera sans doute qu'un petit lot de filles et de garçons : ceux qui pourront être utilement employés aux travaux de la ferme et à la recherche de l'or. L'ile de la Terre de Keu est éminemment aurifère et, dans quelques années d'ici,
i ' ) {/(.'Si aussi le chiffre indiqué par G. Bovoi voir HvtDn«. Bulletins de In Somtc d'Anthropologie de Paris; i88j, p. Git>.)
INTROIUCTIOS. Il
l'industrie de l'or occupera certainement des milliers de travailleurs dans toutes les parties de cette île, qui est deux fois aussi vaste que les Malouincs. »
Dans une conférence faite en iH8<i, à Buenos Avres ( Flores Parislt Magazine, vol. Il, p. 188; Buenos Avres, 1886), M. Bridges affirme que les Ona et les Tehuelches se comprennent en parlant chacun leur langue. Il ajoute que l'ile de la Terre de l'eu serait mieux appelée Terre des Ona, ou Onisin, du nom de ses habitants, et que cette grande ile doit être considérée comme patagonne au point de vue du sol, de la flore et de la faune; cependant, en raison de la plus grande fréquence des pluies, elle serait beaucoup plus riche en pâturages que la Palagonie. laquelle représenterait, comparativement, un désert.
Pour les Chiliens du détroit de Magellan, il n'est point douteux que les Ona ou habitants de la Terre de Feu ne soient des Patagons. A ce propos, nous avons enregistré à Punta-Arenas une légende vulgaire d'après laquelle les Ona seraient tout simplement les descendants d'un groupe de Patagons qui se seraient trouvés en excursion à pied dans la Terre île Feu au moment où s'est produite la déchirure qui sépare maintenant, sous le nom de détroit de Magellan, la Terre <le Feu et le continent américain. Ces Patagons, subitement isolés de leurs compagnons, n'ayant pas d'embarcations pour les rejoindre et dépourvus de chevaux ( peul-étre les Patagons du Sud n'avaient-ils pas de chevaux à cette époque ), auraient formé par la suite la peuplade des Ona .
M. Bridges (Mémoire inédit) croit que la peuplade Ona e>t certainement une branche des Tehuelches de la Palagonie méridionale ; tout confirme ce fait : le langage, la taille, l'apparence, les manières et le genre de vie. Le langage des Ona est si dur que, lorsqu'on l'entend pour la première fois, on a l'idée que celui qui parle s'attache à émettre les sons les plus bizarres pour exciter l'attention ou l'éloiinemcnt des auditeurs. Le capitaine Cook, ajoute M. Bridges, compare justement ce langage aux sons produits par un homme se gargarisant avec difficulté. Les Ona ont une intonation de voix très profonde, et leurs dialectes varient beaucoup suivant les districts. Kn somme, leur langue, très difficile à parler, est horrible à entendre : ce qui tient à sa pro-
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noncialion saccadée et à l'accentuation extrêmement forte de ses consonnes. Par eux-mêmes, les sons ne paraissent pas difficiles à reproduire : c'est leur arrangement en mots, leur isolement des voyelles qui en font la difficulté; les voyelles aliondent pourtant dans cette langue, qui serait des plus difficiles à apprendre et à ramener à une forme écrite; il y aurait intérêt toutefois à noter et à conserver tons les noms indigènes de localités sur la prochaine Carte que l'on fera du pays des Ona.