MISSION DU CAP HOBN
en dehors de cette grande caverne, est inégale. Il est bosselé à sa surface, avec des indurations séparées par du tissu plus mou. Sa couleur à la surface est un peu ardoisée par places. Sur une surface de section, malgré la putréfaction qui s'était établie avant l'action de l'alcool, on peut reconnaître que le tissu est granuleux, avec des grains un peu saillants. La languette antérieure de ce poumon est bépalisée, dure. Il y a aussi, au niveau de la partie inférieure du lobe supérieur, des pertes de substance qui paraissent être des cavernes plus petites (mais cela pourrait être de la putréfaction). Le lobe inférieur est mou, également adhérent, mais il présente dans sa partie supérieure des inégalités et des granulations limitées qui donnent bien au doigt la sensation de tubercules. Sur la surface de section, on ne peut reconnailre les caractères habituels de la tuberculose; on constate seulement des grains un peu plus durs que la partie qui les enveloppe. Ces granulations n'existent pas dans la portion la plus inférieure de ce lobe. Le poumon droit est très adhérent à la plèvre; les deux lobes sont, de plus, adhérents l'un à l'autre par des brides fibrineuses et fibreuses. Le lobe supérieur est bosselé, inégal; quand on le palpe entre les doigts, on sent, avant de l'ouvrir, des nodosités de la grosseur d'une noisette et une partie molle qui donne la sensation d'une caverne. Il y a une grande caverne au milieu et des cavernes plus petites. Quand on a ouvert, au centre on trouve une grande caverne à surface lisse et parcourue par des tractus. Dans la partie supérieure du lobe supérieur, la surface de section présente un aspect qui, abstraction faite de la couleur et de la putréfaction, parait se rapporter à de la pneumonie caséeuse ou à de la granulie. Dans la partie inférieure de ce même lobe, on sent de petites granulations et de petites masses granuleuses au milieu d'un tissu uni se rapprochant plus de l'état normal. Le lobe inférieur est plus souple. Il est en partie crépitant, avec une teinte rosée qui fait supposer qu'il y a eu de la congestion, dans sa partie supérieure surtout. Dans les parties supérieures de ce lobe, on a les mêmes grains que dans la partie inférieure du lobe supérieur.
» L'état de décomposition très avancée de tous les organes contenus dans l'abdomen ne permet pas de faire des recherches ayant la moindre valeur sur l'état de ces organes. »
c\n \CTKtiEs r atiioi nr. iqi kx, 2.1:1
Nous devons ajouter que M. le professeur Cornil a constaté très nettement l'existence des bacilles do la tuberculose dans les poumons de la fillette fuégienne dont nous avons fait l'autopsie à Ouchouaya.
L'invasion de la tuberculose chez les Fuégiens qui vivent depuis assez longtemps à rétablissement de la .Mission anglaise du canal du Beagle nous parait due à l'importation et à des facteurs secondaires d'une grande valeur, au premier rang desquels il faut citer le changement d'habitudes et de régime des indigènes, une fois qu'ils ont été en partie civilisés par les missionnaires. Ceux-ci, par l'organe du plus autorisé d'entre eux, .M. T. Bridges, attribuent la fréquencedes phtisies pulmonaires chez les Fuégiens à la dureté du climat et estiment que la mortalité est bien plus considérable parmi les indigènes vivant à l'étal sauvage que parmi ceux établis à la Mission d'Oucbouaya (Soulh american Magazine, may 1882, p. 10 1). Cette opinion est en complet désaccord avec nos observations. La rigueur du climat est admirablement supportée, au point de vue physiologique, par les Fuégiens sauvages à coté desquels nous avons vécu, et nous n'avons constaté chez eux aucun décès du à la phtisie. Plusieurs faits observés par nous portent même à croire que des sauvages, atteints par le bacille de la tuberculose pendant une visite à Ouchouaya, ont été rapidement guéris en reprenant leur vie errante, continuellement en plein air, dans leurs pirogues ou sur les plages. Cela n'a rien de surprenant si l'on se rappelle le malade du D r Stokes, chez lequel cet éminent clinicien avait constaté les signes non douteux d'une phtisie avancée, et qui s'est complètement guéri en vivant pendant deux années en rase campagne dans une hutte toujours ouverte à l'air extérieur (' ).
Nous manquons de renseignements précis sur l'époque d'apparition du premier cas de tuberculose en Fuégie. Nous croyons cependant que cet événement ne remonte pas à plus de quelques années. Eu effet, les anciens voyageurs qui ont bien observé les Fuégiens, Fitz-Roy par exemple, ne font aucune mention decette maladie qui, si elle avait existé lors de leurs voyages, n'aurait pas manqué d'attirer leur attention, lin outre, nous avons depuis 18I9 les Relations, imprimées, des
(«) UïADES. Jicvue tVlhgiène. Paris, juillet 1884, p. 58a. iliition du cap Hvrn, t, VU.
MISSION Dl C.kP HOIIN.
missionnaires anglais à la Terre de Feu. et ce n'est qu'en 1882 qu'ils parlent pour la première lois de la mortalité occasionnée par les affections pulmonaires. On est donc fondé à admettre que l'importation de la phtisie chez les Fuégiens a eu lieu vers 1 88 1 . Quant à la manière dont cette importation s'est effectuée, on ne peut que former des conjectures basées sur la présence dans le canal du Beagle d'Européens tuberculeux et sur la facilité avec laquelle leur maladie a pu évoluer dans un terrain absolument neuf, tel que l'organisme des Fuégiens.
Nous avons parlé des facteurs secondaires qui avaient favorisé le développement de la tuberculose à Ouchouava. Les plus importants sont la diminution de l'activité physique, le séjour dans une atmosphère confinée et la contagion, attestée par M. Bridges lui-même qui en a vu des cas chez des indigènes ayant habité avec les malades, et principalement chez des femmes qui avaient soigné leurs maris morts de tuberculose. Cet ensemble de circonstances explique bien la propagation rapide de la phtisie parmi les Fuégiens vivant à la Mission anglaise; mais il faut, de plus, comme cause primordiale, admettre l'importation, puisque toutes ces causes secondaires existaient depuis une vingtaine d'années sans avoir, à elles seules, déterminé la maladie.
Une autre maladie pour laquelle l'importation est encore plus évidente, c'est la rougeole, qui a fait son apparition à Ouchouava. longtemps après notre depart.au commencement de l'année 1880. En quelques mois, cette maladie, par elle-même ou par ses complications, a enlevé la moitié de la population fuégienne yahgan. D'une lettre adressée à l'un de nous, de la Terre de Feu, le y mars ■ 88f>, par M. T. Bridges, il ressort que les indigènes vivant à la baie Orange, là où était établie la Mission française, n'ont eu aucun cas de rougeole. Tous ceux que nous avons connus dans ces parages étaient alors bien portants, sauf les deux plus belles jeunes femmes de ce groupe, Kamanakar Kipa et Chaoualouch Kipa, qui sont allées à Ouchouava où elles sont mortes de la rougeole le même jour. Mais sur les bords du canal du Beagle. des familles qui comptaient 22 personnes en juin 188', étaient réduites à G au mois de mars suivant, et, dans quelques cas, la mortalité avait été encore plus forte. Il résulte de la même lettre que la maladie a fait plus de victimes parmi les hommes que parmi les femmes.
CARACTÈRES P A T II OLOG t Q l E *. £Vi
Cette différence j>eul s'expliquer par le fait (juc les Fuégiens du canal du Beagle on( des relations plus fréquentes avec les Européens que leurs femmes, et que celles-ci passent au grand air plus de temps que les hommes, pour leurs occupations habituelles, telles que la pèche et la recolle des coquillages.
Homme on l'a vu plus haut, au nombre des affections contagieuses ou Iransmissihles, nous avons observé quelques cas de maladies vénériennes, sans gravité du reste, et à Ouchouaya de rares accidents syphilitiques. Nous n'avons vu aucun cas de variole.
Rappelons enfin que sur neuf Alakalouf qui ont été exhibés en Kurope, cinq sont morts de la rougeole, compliquée, chez quelquesuns, d'affections des voies respiratoires et de syphilis (').