‹ Mission scientifique du Ka-TangaChapitre 11 sur 47 · LS · texte numérisé non relu

LS

Jeudi, 25 août 1898.

La nuit à été infecte, A peine levé je suis pris de vomissements. Minima de la nuit : 48.

Poids de la pêche : 19 kilogrammes.

Ca ne va pas; essayons de dormir un peu. L’estomac est chargé de bile. Vers 10 heures, une dose d'ipéca me soulage, juste au moment où arrive le chef Ka-Tanga, brave homme, dont le village comporte bien une dizaine de huttes en un joli site dominant le lac, un peu à gauche de la route qui va de Moliro-station à Moliro-village. Je l’interroge sur le lac Souzi et obtiens les renseignements suivants : partant de Moliro, on marche pendant six heures et l’on campe dans la brousse; le lendemain, six heures de marche mènent à la rivière Ka-Pemba (bonne eau) ; le troisième jour, nouvelle marche de six heures pour atteindre le village Ki-Panda, proche du lac Souzi. Ce lac (?) aurait 1 1/2 kilomètre de diamètre; il s'écoule dans la rivière Mou-Kondié, laquelle passe par le village N'tambala pour aller se perdre dans la Ki-Piri (marais Moéro), en territoire anglais. Ces renseignements, — donnés avee une complète assurance, — me font décider que nous pousserons une pointe vers le lac Souzi, après la dernière observation de lune. A 16 heures, mon estomac, reposé, accepte une tartine de fromage blanc; ensuite, je puis effectuer quelques calculs.

De 18 à 20 heures, excellente observation de la lune et de treize étoiles. Maxima diurne : 2e.

Vendredi, 26 août 1898.

Nuit plus calme, bien que j'aie peu dormi. Levé assez reposé.

Minima nocturne : 18°,6.

Poids de la péche : 95 kilogrammes.

La nuit dernière, un fauve (léopard ou lion), a pénétré dans la cuisine et y a dévoré une demi-chèvre qui x était pendue; les griffes sont incrustées dans la muraille, et l’animal a laissé, de son passage, des traces malodorantes autant qu'abondantes. On suit sa piste dans la poussière qui couvre le sol de la station; la bête à franchi le boma d’enceinte.

A 8 heures, visite du chef du village Ki-Panda, ce village près du lac Souzi, dont Ka-Tanga m'a parlé hier: il confirme les renseignements de son collègue.

Nous partirons mercredi pour le Souzi.

Je puis travailler toute la journée, mais n’arrive pas à me mettre tout à fait au courant, bien que je sois rendu à la tombée du jour.

Soirée d'observation faite précaire par un ciel encombré d’alto-cumulus; toutefois, je parviens à prendre la lune et cinq étoiles.

Maxima diurne : 31°.

A 93 heures, rugissements de fauves.

Samedi, 27 août 1898.

Assez bonne nuit; toutefois, je voudrais bien me sentir plus reposé et mieux en appétit.

Minima nocturne : 199.

Poïds de la péche : 18 1/2 kilogrammes.

Des hyènes sont venues cette nuit essayer de déterrer les noirs dont les tombes sont voisines de celles de De Windt et Caisley.

Après le déjeuner, les vomissements me reprennent.

Force m'est de me recoucher pour trouver un peu de repos, car je suis vraiment rendu de la besogne iles

calculs.

Pre

Jai la chance de pouvoir dormir, ce qui me permet de me lever à 17 heures pour l’observation de nuit, qui donne de bons résultats.

Avant de me coucher, je calcule la longitude fournie par l'observation qui vient d’être faite, et, le résultat étant bon, je me mets au lit, plus tranquille d'esprit. C’est effrayant de vivre ici dans cet état de tension d'esprit qui fait que l’on appréhende toujours de manquer une observation.

Heureusement que cela ne durera pas; je sens déjà que la période des débuts et des tâätonnements tire à sa fin.

Je consigne dans ce récit toutes les circonstances caractérisant une vie d’observateur amoureux de la vérité : elles paraîtront à d’aucuns puériles et ne valant pas d’être mentionnées. Je préfère cependant dire seulement ce qui est, quitte à ne rien narrer d’étrange et de « Mayne-Reidesque », mais à donner à ceux qui s’y intéresseront l’exacte idée d’une vie congolaise, que je me garderais bien, d’ailleurs, de donner comme type de la vie courante.

Le temps, au surplus, est passé — heureusement — des récits de choses bizarres vues à travers le curieux prisme du mirage africain; ceux qui sont destinés à aimer la vie d'Afrique pour ce qu'elle est réellement — non pour ce qu’elle paraît — me liront avec fruit; et cela me sufhit, soit dit une fois pour toutes.

Maxima diurne : 31°,8.

Dimanche 28 août 1898.

Dormi un peu mieux.

Le minima de la nuit n’a pas été relevé. Poids de la pêche : 13 1/2 kilogrammes.

La cuisine à de nouveau reçu la visite du fauve de l’autre nuit.

Je me sens beaucoup mieux et puis calculer toute la journée; les résultats sont des plus satisfaisants.

De leur côté, Michel et Dardenne ne perdent pas une minute; grâce à eux, nous pourrons probablement faire déjà un envoi de collections avant de quitter Moliro.

Des lettres de M#° Roelens et du capitaine Joubert, arrivées de Baudouin-Ville, prient M. Helaers de nous transmettre des compliments de condoléances à l’occasion du grand malheur qui à marqué notre arrivée iei.

Les Pères Blancs envoient 15 paniers de pommes de terre d'Europe, cultivées avec tant de succès chez eux ; trois de ces paniers sont destinés à être plantés aux pluies prochaines.

Malheureusement le blé n’a pas réussi cette année, et on ne pourra en obtenir que pour semailles.

Je gronde un peu le chef de poste de Moliro de ce qu'il a cru devoir demander aux bons missionnaires des pommes de terre et du blé à l’occasion de notre venue chez lui. Je pense que si lon veut franchement accepter, en passant, l'hospitalité complète dans les missions, il convient de ne pas abuser en leur demandant de loin l’envoi de vivres ou de produits obtenus par leur travail. Etant dans des régions analogues à celles où ils vivent, c’est bien le moins qu'on puisse cultiver soi-même les produits qu'ils réussissent à obtenir en abondance et de bonne qualité, comme nous aurons plus tard l’occasion de le constater par nous-mêmes.

Une lettre du chef de zone donne quelques renseignements sur les révoltés : ils auraient subi un échec.

Bonne soirée d'observation : la lune et quinze étoiles. Maxima diurne : 519,7.

Lundi 29 août 1898.

Levé bien dispos.

Minima nocturne : 20°,5. Soleil dès 6 h. 10 m., se levant tout rouge, barré de stratus.

Changé les feuilles des enregistreurs.

La feuille barographique est quasi identique aux deux feuilles relevées les semaines précédentes; son examen conduit aux mêmes remarques.

La régularité des variations diurnes (qui ne dépassent pas 4"%,5 à 5") est telle que le barographe pourrait servir d'horloge, en supposant naturellement que la subdivision horaire des feuilles ait disparu.

Deux maxima par jour : le plus marqué vers 10 heures, le second, très faiblement indiqué, vers 22 heures.

Deux minima par jour : le plus marqué de 16 à 18 heures, le second, vers 3 heures, et également très peu indiqué.

La moyenne vers midi; enfin, de 20 heures à 4 heures, le barographe reste quasi stationnaire, avec la toute légère variation des seconds maxima et minima.

Cette régularité, avec quasi-identité, de la pression atmosphérique augmente le poids de notre détermination de l’altitude par les indications du baromètre et du thermomètre.

La feuille du thermographe montre à nouveau de très remarquables variations dans la température. Nous avons signalé, le mercredi 24 août, ce qui s'était passé durant la nuit précédente : un double relèsement très marqué de la température.

Chaque nuit de la nouvelle feuille thermographique montre des variations de l'espèce, plus ou moins marquées.

Pendant le jour, entre 15 et 17 heures, on voit qu'il se produit aussi des variations analogues; ainsi, le samedi 27 août, la courbe atteint un maximum, puis redescend de 1°,8 jusqu'à 16 heures, remontant alors de 2°,1 jusqu'à 17 heures, pour redescendre enfin régulièrement.

Les observations du 16 et du 20 août fournissent comme latitude de Moliro : — 8°. 14, 18,00.

Les observations du 24 au 98 août ont donné pour la longitude les résultats ci-dessous :

Mercredi 24 août 1898. . . Re 300, 34. 19,80 est Greenwich. Jeudi 25 TR RAD A 366 01e — Vendredi 26 = Ne : 94. 197,60 — Samedi 27 RO Er 94. 59,40 — Dimanche 98 On Et iv 39!. 14,40 == Moyenne, ou longitude définitive de Moliro. 30°. 34! 59,00 est Greenwich.

Erreur moyenne : + 21”.

Maxima diurne : 31°.

Mardi, 30 août 1898.

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Bien dormi. Je vais très bien.

Minima nocturne : 20°,6. Poids de la pèche : 25 kilogrammes.

Jalonné la méridienne du point où ont été faites les observations de nuit; une butte en terre marquera ce point, et la méridienne sera tracée par une rigole remplie de grosses pierres.

Le cercle méridien et ses accessoires, dûment nettoyés, quittent lobservatoire dont le règne est déja fini, et qui va être démoli.

Déterminé la déclinaison magnétique au théodolite d’'Hurlimann; nettoyé l'instrument qui, avec le magnétomètre Delporte, nous accompagnera au lac Souzi.

Les caractéristiques magnétiques de Moliro furent trouvées égales : la déclinaison occidentale à 44°. 13. 36,00; linclinaison à 36°. 43'; l'intensité horizontale à 0,1270.

Écrit au chef de poste de M'pwéto pour le prier de tenir prêts, en vue de notre arrivée, les matériaux qui nous seront nécessaires pour l'édification de l'observatoire provisoire et d’un abri thermométrique; je lui spécifie la quantité et la nature de ces matériaux.

Préparé ensuite notre départ pour la reconnaissance au lac Souzi.

M'accompagneront : M. Michel et M. Helaers, chef de poste, qui trouvera là une bonne occasion de voir les alentours de son poste. Comme porteurs, les gens de Lofoï (dont j'ai parlé précédemment), et des gens des villages les plus voisins du poste, en tout 50 noirs, y compris les serviteurs.

Préparé une liste de 110 charges qui partiront demain vers M'pwéto avec des hommes que M. Helaers à pu recruter dans sa zone.

M'étant couché d'assez bonne heure, je commence à m’assoupir, lorsque je me sens mordu à la main droite; de la gauche, j'arrache une bête que je jette au loin; la bougie allumée, je vois trois points de morsure imperceptibles, mais toute la main et l'avant-bras sont le siège de violents lancements. Comme je transpire beaucoup, j'espère que le venin sera expulsé.

Je n’ai pas vu la bête. Moliro, ayant la chance de n'avoir ni moustiques, ni djigues, se rattrape par d’autres nuisances.

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