RE
En n'éveillant, à 5 h. 30 m., je trouve la morsure d'hier bien marquée et rouge, avec un peu de gonflement; aucune douleur, ce qui me fait penser que ce ne sera rien.
Minima nocturne : 19°,8.
La journée s'annonce brûlante; la période actuelle de l’année est d’ailleurs caractérisée à Moliro par l’ardeur du soleil qui brille chaque jour quasi sans interruption; tout ce qui, dans les jardins, n’est pas ombré, est littéralement rôti; même l’ombre portée par les claies est insuflisante; il ne faudrait mettre les parcs que sous de grands arbres, ce qui est possible ici.
A 8 h. 18 m., départ pour le lac Souzi.
Le chef de poste a, tant bien que mal, sellé et bridé (!?) un des ânes du poste, lequel complète pittoresquement notre petite caravane.
Nous mettons quarante-deux minutes pour arriver à Moliro-village, au delà duquel on se heurte à la paroi des collines bordant le lac et d’où sort la Tambala, rivière torrentueuse actuellement à see, avec mares d’eau stagnante; son lit abonde en belles euphorbes candélabres.
La Tambala franchie, un raidillon sur roches nous fait monter de 75 mètres en quelques minutes; après quoi, la pente se continue douce. /
Voici, au bord du sentier étroit, un tumulus de pierrailles auquel nos gens ajoutent tous une pierre nouvelle. Je m’informe : il s’agit d’un tumulus fétiche; les pierres qu’on y jette sont en quelque sorte des ex-voto destinés à conjurer les n’zimou (mauvais esprits).
L’altitude maxima atteinte aujourd’hui est d'environ 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer. De ce point d’altitude maxima on distingue, à grande distance dans l’ouest, un pays assez mouvementé, mais sans hauteur marquante; vers le sud-sud-est, la pointe Ki-liba fermant vers le sud la baie de Moliro; les indigènes ne disent guère Moliro qu’en parlant aux blancs, entre eux ils disent Ki-Poundou.
Nous voyons ici des restes de tranchées-abris creusées jadis par les Niamwézis (Arabes), attaquant le chef Moliro; puis viennent des séries régulières de petits monticules révélant l'emplacement d'anciennes cultures étendues (plusieurs hectares) ; elles dépendaient du chef Mtété, qui s’est porté dans le sud.
Jusqu'ici la route a suivi une direction nord-ouest; maintenant elle tourne à l’ouest pour descendre au ruisseau Ka-Namanga, petit affluent de la Tambala, traversée près de Moliro; la Ka-Namanga encaissée de 2 mètres, large d'autant, est à sec, sauf quelques flaques d’eau stagnante sur fond de gravier; quelques grands et beaux arbres verts en marquent le cours.
Il n’est que 10 h. 25 m,, et nous n'avons fait que 8 1/2 kilomètres en une heure cinquante-deux minutes de marche effective; mais les guides déclarent qu'il faut camper ici, sinon on ne trouvera plus d’eau avant 15 heures; comme ils sont très aflirmatifs, force nous est de stopper; nous nous installons dans le lit même du ruisseau, sous un des grands arbres ombreux. Le site est charmant.
Le sol que nous venons de fouler est argilo-sablonneux, brûlé terriblement par un soleil implacable; le feu des herbes à passé, carbonisant tout; la brousse, formée d’arbustes grèles, est assez haute, sans grandes essences; quelques plants d’une espèce volubile, ayant la fleur des landolphia, et qui me paraît être très proche du caoutchouc dit des herbes: les feuilles sont laticifères; nos noirs, toutefois, ne sont pas d'accord sur le point de savoir si c’est du bon mapira (caoutchouc) où non.
A 16 h. 50 m., nous sommes rejoints par un courrier d'Europe vid le Nyassa ; cela met une note très douce el inspiratrice de courage et de confiance dans cette première soirée sous la tente, début de notre promenade en territoire congolais.
Que ceux qui ont des parents, des amis au loin, leur. écrivent beaucoup, quelque banales que puissent leur sembler les nouvelles qu'ils enverront! Que de fois j'ai vu des visages, amaigris et pàlis, s’attrister lorsque, le courrier ouvert, il n'y avait pas de lettres pour tous ceux qui, les yeux un peu fixes et brülants, attendaient impalients et s'en allaient navrés!
Ecrivez beaucoup aux exilés.
Jeudi, 1° septembre 1898.
Nuit excellente, rafraichie par un vent d'intensité 2? à 3 qui se lève vers le matin. Réveil à 5 h. 30 m. Soleil dès 6 h. 15 m.
Température à 6 h. 15 m. au thermomètre fronde : 16°,2.
On remarquera que l'augmentation dallitude se marque par une diminution notable du minima nocturne.
L'emplacement de la station de Moliro ne devrait pas être l'emplacement actuel, dans la crique asséchée et basse où nous l'avons trouvée, mais bien au bord de la falaise qui encercle cette crique, afin de profiter des conditions, favorables à Phabitabilité par les Européens, que crée un accroissement daltitude. Nous trouverons plus tard les Pères Blanes, — à Baudouin-Ville en particulier, — utilisant de la plus intelligente façon ces avantages très sérieux de Paltitude.
A 6h. 55 m., nous nous mettons en roule vers l’ouest un peu nord; le sentier s'élève de façon continue, Lraversant suécessivement : d'anciennes plantations, le village abandonné de Pa-Kalondé (ayant émigré vers le sud), une vaste plaine où l’on marche littéralement sur les laisses de gibier (éléphants, antilopes, fauves), de nouveau d'anciennes plantalions suivies du village abandonné de Ki-Panda et du boma, également abandonné, de Ki-Toupounda, près de deux ruisseaux à see : le Ka-Lambwé et le Ki-Pako.
Au delà de ces villages abandonnés la montée s'accentue; on trouve un col bien marqué et, par une forte grunpette sur roches, on arrive en un point d’où se découvre, à deux heures vers le nord-est, la nappe miroitante du Tanganika, à Pindentation du village Voua; ce dernier à l'embouchure du ruisseau Di-Voua, à cinq heures de pirogue de Moliro.
Vers le sud, on distingue la pointe Ki-Pimbié, qui pourrait bien être le cap Akalonga des cartes.
Le nom d'Akalonga, — important puisque le cap de ce nom est le point de départ de la frontière anglo-congolaise, — n’est connu d'aucun des indigènes que j'ai interrogés Jusqu'ici.
La marche s'achève ouest un peu sud, l'altitude continuant à croitre, et — après avoir traversé à nouveau d'anciennes cultures — nous sommes aux sources du-ruisseau Kéno, par 1,350 mètres d'altitude.
Nous avons fait 19 kilomètres en # heures 27 minutes. [’élape à été assez dure, par la continuité de la montée sur roches. Pendant la dernière heure, nous avons laissé, à quelques kilomètres au nord, une ligne circulaire de pies isolés allant aboutir au Tanganika. Le pays parcouru est herbeux; arbres clairsemés : euphorbes-candélabres.
Campement agréable, dans l’ombre d’une superbe galerie de grands arbres bordant la Kéno, dont le mince filet d’eau limpide (large seulement de 25 centimètres et profond de 6 à 7) coule toute l’année, s’enflant naturellement aux pluies.
Dans la galerie bordière nombreuses lianes à caoutchouc exploitable, d’aucunes grosses comme la jambe.
Justement, des gamins de la caravane nous ont apporté des fruits de lamomum citratum (N’toundoulou du bas Congo et du Ka-Tanga; bossanga de l'Équateur), dont le jus acide provoque la coagulation instantanée du latex des landolphia; ni le chef de poste de Moliro, ni les indigènes qui sont avec nous ne connaissent cette propriété, si précieuse; c’est pourquoi je fais recueillir quelques gobelets de latex, qu'on coagule séance tenante par le jus des n’toundoulou, au grand étonnement de tous.
Dans l'après-midi, Michel tue un n'sengélé, sorte de rat musqué grimpant aux arbres; comestible pour les noirs.
Vendredi, 2 septembre 1898.
Levés à à h. 350 m.
Température à 6 h. 10 m. : 16°,2. Soleil dès 6 h. 45 m.
Passage de perroquets gris.
Départ à 6 h. 40 m. C’est d’abord une région d'herbe basse avec taillis plus hauts que ceux vus hier et avant-hier; beaucoup d'arbres de taille moyenne ont été arrachés et renversés par des éléphants.
L'altitude s'élève à 4,425 mètres, en un point marqué par un joli coin de haute fulaie; puis on redescend sur cailloux roulés; le terrain se mouvemente; vers l’ouest et le sud-ouest, une percée découvre une vaste plaine herbue avec, au delà, une lisière de collines boisées, surbaissées.
Bientôt le sentier dégringole fortement, toujours sur cailloux roulés, vers une zone très accidentée, couverte d'énormes et hautes termitières qui, chose à noter, sont presque toutes surmontées d'une magnifique euphorbecandélibre qu'on ne voit guère autre part que sur les termitières ; ces euphorbes sont de dimensions telles que, grace au piédestal formé par les termitières, elles dépassent parfois le sommet des grands arbres avoisinants.
Remarqué aussi plusieurs arbres entaillés jusqu'au cœur : ce sont des arbres creux où des abeilles sauvages avaient fait leur nid, dont les indigènes gourmands s'emparent en agrandissant l'ouverture à coups de hache.
Nous voici au ruisseau Ka-M’pemba, ne montrant que des flaques stagnantes et se jetant de suite dans le ruisseau Ki-Engué, encaissé de 1,50 à 2 mètres et large d'autant ; dans l’angle du confluent, anciennes cultures et boma abandonné du chef Mi-Kounga; le Ki-Engué se jette dans le Tanganika près du village Lombolombo: le boma abandonné est formé d’un fossé et d’une haute et épaisse haie en pommes épineuses (Datura stramonium) . Nous cueillons dans ce boma deux légumes indigènes poussant encore au milieu de la brousse qui à repris le village; lun est le maké'n'kenta, belle aubergine rouge-orange, très amère; l’autre est le ma&n’kolobwé, cucurbitacée à fruits oblongs, épineux, de la grosseur d’un concombre; c’est d'ailleurs en concombre que se mange le man kolobwé et il est fort agréable.
A 1 1/2 kilomètre à l’ouest du ruisseau Ki-Engué, nous entrons dans une vaste plaine herbue, de direction générale est-ouest, large de? kilomètres, courant eomme un lit de fleuve desséché entre deux bordures de
hauteurs basses, bois Dans la bordure nord, une percée de 500 mètres de large, en plaine basse herbue également, et que les
ses.
indigènes appellent Ki-Koni; la plaine où nous venons d'aboutir est la plaine de la Ka-Chichi, ruisseau de 1m,50 d’encaissement et de même largeur, que nous franchissons bientôt à sec.
Aux pluies, tout se couvre d’eau; l’eau de la Ki-Koni coule vers la Ka-Chichi, laquelle va au ruisseau Ki-Longué, affluent lui-même de la N'Kongué, tributaire des marais Moéro.
Il ne serait pas impossible que nous soyons ici dans un ancien lae.