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Le sol est d'argile blanche, vrai royaume de termites qui, toutefois, n’y élèvent pas leurs ordinaires et hautes termitières, mais ont comme hersé le sol qui se montre couvert de petites mottes dures et irrégulières, au travers desquelles circule le sentier, étroit à n'avoir plus que la largeur du pied; aussi la marehe est-elle désagréable, ear il faut fixer ses pieds tout le temps, sous peine de risquer une foulure.
Une deuxième fois, on traverse le ruisseau de Ka-Chichi; maintenant des flaques d’eau stagnante s'y montrent, de plus en plus nombreuses ; le lit du ruisseau s’élargit par places; des barrages de pêche montrent que les indigènes profitent de la fin de la saison des pluies pour empêcher le poisson de s’en aller avec les eaux ; on voit frétiller de nombreux silures dans les flaques et des nasses que nous relevons par curiosité en contiennent.
Le pays, d'autre part, est giboyeux; partout des traces variées, entre autres de monstrueux pas d’éléphants moulés dans la terre durcie.
Voici deux abreuvoirs à gibiers où convergent un réseau de sentes ; d'énormes oiseaux d’eau se promènent gravement.
Brusquement, trois zèbres filent au galop devant nous; quatre ensuite sur notre droite. Comme nous les contemplons, — et leurs allures si libres sont d’une souplesse et d’une élégance inconnues, — un léger nuage, puis une détonation nous surprennent.
C'est mon boy Djoti qui est filé sans rien dire, et qui vient d’abattre une belle femelle pleine, restée sur le coup.
Nous sommes proches du campement, où nous poussons de suite; nos noirs peuvent ainsi aller chercher le zèbre ; il est si lourd qu'on ne parvient pas à le porter sur une perche; il faut le trainer pendant près de 4 kilomètres, ce qui abime tellement la peau que nous renonçons à la prendre pour nos colleetions.
Michel prend des photographies du bel animal, qu'on livre ensuite aux dépeceurs.
La chair du zèbre est bien ce que Michel et moi avons encore mangé de meilleur au Congo.
L'aubaine est donc bienvenue des blancs et des noirs.
Par surcroit d’abondance, voici
Campement à la lisière de la plaine Ka-Chichi. qu'on nous apporte un petit chapelet
de silures.
Notre camp est établi à la lisière boisée de la plaine Ka-Chichi; nous étions arrivés à 11 h. 8 m., ayant marché pendant 5 h. 8 m. et parcouru 21 1/2 kilomètres; l'altitude est redescendue à 1,295 mètres.
Un point désastreux est qu'il n’y à comme eau que de l’eau des abreuvoirs, véritable lessive boueuse d’où émergent de temps à autre d’'inquiétantes antennes de bêtes inconnues.
Le thé que l’on en confectionne... Pouah !
Pourtant, la soupe peut s’avaler, épaisse purée aux pois que l’eau colore en brun sale.
Par bonheur, il nous reste une demi-dame-jeanne d’eau convenable, apportée de la Kéno. Je promets une bonne récompense à qui nous apportera un seau d'eau un peu claire; des hommes partent qui ne reviennent qu'à la tombée du jour, avec un seau d’eau trouble; donnons-leur tout de même le matabiche promis.
N’avoir qu'une eau infecte est une fort vilaine aventure, — rare heureusement, — que nos estomacs n’acceplent pas sans protestation, d'autant que la cuisine, qui se fait en plein air, est visitée aujourd’hui par de
violents tourbillons de poussière, balayant tout sur leur passage; Fun d'eux, véritable trombe en petit, emporte livres, chapeaux, bibelots divers.
Remarqué pendant létape : le simili magnolia si ornemental que nous avions signalé entre le Nyassa et le Tanganika et qui est un protéa; le mapänga, sorte de pomme-nèfle comestible vue en abondance également depuis le Nyassa (rhaptopetalum coriaceum), un bel arbre appelé par nous « le saucissonnier » (Kigelia æthiopica), son fruit rappelle celui du boabab; diverses fougères, des immortelles et quantité de fleurs très fraiches et très jolies, entre autres l’Hibiscus Debeerstit.
Samedi, 3 septembre 1898.
À 6 heures, le thermomètre-fronde marque 15°. Légère rosée. Soleil dès 6 h. 10 m.
Départ à 6 h. 50 m., vers l’ouest, pendant une eouple de kilomètres, le long de la lisière clairboisée de la plaine Ka-Chichi; se lèvent sous nos pas de nombreux oiseaux, perdreaux, tourterelles, pigeons verts...; une compagnie de cinquante pintates s’'ébroue lourdement.
* Maintenant le sentier tourne au sud, s’'embranchant sur une autre route; c’est le premier carrefour vu depuis notre départ de Moliro ; nous montons sur roches pour suivre le bord d’un plateau, dont la falaise forme la limite orientale de la plaine basse où stagnent la Ka-Chichi et quelques autres ruisseaux peu importants menant leurs eaux à la N'Kongué.
Voici un vrai dallage de limonites, affleurant par 1,325 mètres d'altitude. Le plateau où nous défilons est herbeux; on en descend bientôt pour traverser le ruisseau Ki-Banga ct saluer le chef Ka-Samvou, — dont l'important village ne comprend pas moins de cinq huttes, — et son voisin Ka-Kolé, plus puissant, car ses domaines exhibent sept huttes.
Retraversant la Ki-Banga, nous suivons pendant trois quarts d'heure sa rive droite jusqu’à son confluent avec le ruisseau Ka-Bélélé; dans l'angle de leur confluent, les quatorze huttes du village de M'houlou, sans boma. ë
Il est 10 h. 55 m. quand nous nous y arrêlons pour camper, ayant couvert 16 kilomètres en trois heures 9) minutes.
Le ruisseau Ki-Banga offre un lit s’épanouissant par places sur une largeur de 25 mètres ; on y enfonce de 40 à 50 centimètres dans un fond marétageux; l’eau est plutôt trouble, et s'écoule en trois filets larges d’un mètre à la sortie des deux petits villages signalés ; le ruisseau possède une belle galerie forestière.
Le ruisseau Ka-Belélé est large d’un mètre, profond de 10 centimètres; son eau est un peu laiteuse, son lit rocheux.
Les trois villages, — ensemble vingt-six huttes logeant chacune 3 où # habitants, — sont confiants: nous ne sommes accompagnés, d'ailleurs, d'aucune espèce d'appareil militaire; en signe de bienvenue, les femmes hurlent en tenant la main devant la bouche et en agitant frénétiquement la langue: les hommes viennent à notre rencontre, se tapent sur la cuisse, — ou sur sa voisine, — font le salut militaire, et disent : « Bonjour bwana! »
Cultures : manioc, maïs, mil, sorgho, tabac (en quantité), ricin, pois-cajan, patate douce, igname, coton, bananier, ma’n’kolobwé, courges, mioumbou.
Ce dernier légume est un tubercule mince, long, très aqueux, se mangeant cru où cuit, et pouvant plus ou moins bien remplacer la pomme de terre, à condition de lui adjoindre une sauee relevée; le mioumbou ressemble aussi quelque peu à nos scorsonnaires.
Remarqué la facon dont les indigènes sèchent, pour les conserver, leurs pommes de terre douces celles-ci sont coupées en longues tranches minces, et exposées sur les toits des huttes à l'ardeur du soleil. Ainsi desséchées, les tranches de patate sont disposées dans des corbeiïlles soigneusement tressées et bien fermées, qu'on garnit d’une couche d’argile et qu’on suspend ainsi dans les arbres du village, ce qui les met à l’abri des rongeurs et des fourmis. Naturellement, à la saison des pluies, on rentre ces corbeiïlles.
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Ji
Nous avons goûlé ces patates séchées: c’est très coriace avee un goût de couque de Dinant; signalons à ce propos, — et ceci est fort probablement inconnu de plus d’un vieil Africain, — que la patate douce se mange très bien crue et est très agréable par son goût de châtaigne.
Les villages ont des poules et des pigeons; mais ni chèvres, ni moutons, ni chiens. En revanche, nous avons observé le long du sentier de nombreux pièges à gibier, souvent d’un primitif absolu, tels les simples trous recouverts d’une légère couche de branches et de terre, trous dans lesquels le gros gibier donne de l'avant et reste entèté sans pouvoir se dégager, attendant le coup de grace du chasseur.
Parfois aussi les pièges sont singulièrement ingénieux dans leur simplicité.
Celui-ci, par exemple : le sentier est barré, à droite et à gauche, par une légère haie de branches épineuses, de manière à amener la bête à suivre le sentier; au milieu de celui-ci, un petit trou A,
peu profond, recouvert d’un léger clayonnage dissimulé sous un peu de terre.
Une cordelette C, fixée à l'extrémité d’une perche flexible P, vient se terminer en un nœud coulant disposé dans le clayonnage qui recouvre le trou A.
Un bâtonnet fixé dans la paroi du trou maintient la cordelette bandée, ainsi que le montre la figure.
Un animal se présente-{t-il au-dessus de À, instantanément il s'y enfonce, lun de ses membres antérieurs s’engageant dans le nœud coulant de la cordelette ; ré celle-ci n'étant plus retenue par le déclie que le poids de l'animal a arraché, se redresse sous la tension de la perche P:; en même temps une lourde fourche en bois M, au travers de laquelle passait la corde, glisse le long de celle-ci et vient emboiter le membre de lPanimal capturé, Pempêchant ainsi de ronger la cordelette et de se sauver.
La fourche M est maintenue en place sur la cordelelle tendue par le moyen dun petit fcaillou p pincé entre la fourche et la corde, et qui saute de lui-même au moment où tout déclanche.
A signaler comme pièges de nombreux lacels où se font prendre “pintades, perdrix, francolins, ete.,
qui abondent dans la région.
Dès notre arrivée à Mhoulou, le théodolite est mis en station pour une observation du soleil par les hauteurs correspondantes. Malheureusement, des nuages rendent observation précaire. LI an
Les caractéristiques de Mhoulou-village sont ; latitude, -— 8°. 8'. 997, 50; longitude, 30°. b', 35!!, 78 Est
Greenwich; altitude, 1,190 mètres; déclinaison occidentale, 11°. 44, 83/7, 50.
Dimanche, 4 septembre 1898.
Réveil à 5 h. 45 m. A 6 heures le thermoniètre marque 8°,S. Rosée abondante. Soleil dès 6 h. 10 m. Départ à 6 h. 45 m,; des gens de M'houlou nous servent de guides.
Nous franchissons de suite le ruisseau Ki-Banga pour longer sa rive gauche pendant un bon kilomètre à lravers une plaine de grandes herbes; le Ki-Banga est retraversé près de son confluent avec la N’'Kongut; à la plaine herbeuse à succédé du bas taillis; au point où nous touchons la N'Kongué cette rivière est large de 3 à 4 mètres, profonde de 50 centimètres; son eau est claire et courante; elle reçoit à gauche un ruisseau, le Ki-Longué, encaissé de 1",50, large de 2 mètres, avec 20 centimètres d’eau claire courante. Le sentier franchit la Ki-Longué, puis la N’Kongué qui vient du nord-ouest et file ici vers le sud. Nous longeons maintenant la rive droite de la N'Kongué dont le lit s’épanouit en prairies de papyrus où s’ébattent des hippopolames.
Dans la plaine, de nombreux petits borassus brûlés par les feux d'herbe.
AS 1/2 heures, traversée d’un col assez resserré au delà duquel nous trouvons le village palissadé Ki-Pando, fort de trente huttes; les gens sont très confiants.
Croyant le lac Souzi tout proche du village, nous pensons loger ici, et cherchons un bon point de campement ; il y a bien un superbe bouquet de grands arbres contre la N'Kongué, mais la nature irrégulière et l'humidité du sol ne nous permettent pas de nous y installer, ce qui nous amène à pousser jusqu'au lac Souzi même; des guides du chef Ki-Pando nous précèdent.
La plaine où coule, très rapide, la N'Kongué est assez étroite et nettement bordée de collines, formant un cirque enveloppant.
Bientôt nous quittons le sentier, — qui continue à remonter la rivière, — pour nous engager dans des affleurements de grosses roches et atteindre un plateau herbeux, sillonné d’une quantité de sentiers de gros gibiers; la hauteur et la densité des herbes, s’ajoutant au lacis de sentes qui couvre le sol, font que dix fois nous perdons le guide.
Mais le voici qu’il s'arrête, tendant le bras : « Mayi Souzi », le lac Souzi, une nappe d’eau miroitant au soleil, au milieu de ce plateau herbeux qu’enelot le cirque des hauteurs.
Pas de bouquets de bois, mais des oasis de verdure constituées par de nombreuses grandes termitières habillées de beaux arbres, parmi lesquels un dattier sauvage.
Essayons de nous rapprocher du lac; il faut y renoncer, car on patauge bientôt dans les terrains marécageux qui le bordent; marécageux est peutètre impropre; il s’agit, en réalité, du lac lui-même, venant se perdre dans les grandes herbes, le terrain étant en même temps défoncé par le gibier qui vient s’'abreuver au lac.
Nous camperons près d'un de ces iiots de verdure que je viens de dire, proches la rivière N'Kongué, qui reçoit les eaux du Souzi.
Il est 10 h. 45 m.; nous avons marché 3 heures 17 minutes et fait 16 kilomètres.
Campement au lae Souzi.
Vite à la besogne pour désherber les alentours de notre oasis; de notre côté, il est encore temps de prendre une observation au soleil. Celle-ci terminée, on trace une allée méridienne en vue d’une observation de nuit.
Par malheur, nous oublierons de disposer l'instrument à temps, avant la tombée du jour, ce qui rendra inutilisable le catalogues d'étoiles préparé dans Faprès-midi; et l'observation de nuit sera manquée. C'est notre éducation de praticien qui continue à se faire.
Nous nous rattraperons demain, car nous resterons ici un jour plein pour mettre les calculs au courant.
Michel et Helaers sont envoyés au lac pour tâcher d'en déterminer les dimensions; au retour, ils voient un troupeau d’une dizaine d’antilopes.
Dans l’après-midi, les gens de Ki-Pando apportent force vivres, tant pour nous que pour nos porteurs: on nous offre de jeunes hyènes vivantes.
La soirée est fraiche à nous obliger à demander du feu, près de nos tables, pour le repas du soir.
Les hippopotames du lac grognent ferme : ordre d'entretenir du feu toute la nuit, afin de les tenir à l'écart, ainsi que les éléphants, qui pourraient d'aventure venir bousculer nos tentes.
| C° re |
Lundi, 5 septembre 1898.
Séjour au lac Souzi. La nuit a été froide. À 6 h. 30 m., le thermomètre marque 7°; le froid à ce moment est si vif que l’eau des ablutions matinales semble glacée; malgré les paletots frileusement endossés, nous devons faire flamber un grand feu, auquel nous nous collons littéralement; nonobstant leurs feux, nos noirs grelottent à faire pitié.
Les hippos qui grouillent dans le lac ont renaclé toute la nuit.
La matinée est consacrée aux recherches magnétiques.
Jai dit hier que Michel et Helaers avaient tâché de reconnaitre l'étang Souzi. Une photographie en a été prise du haut d’une termitière; le lac est en réalité un étang ayant à ce moment 600 mètres sur 1,200, et dont les abords immédiats, encombrés de grandes herbes, piétinés et rendus fangeux par le gibier, sont inaccessibles ; comme le montre la photographie, l’étang Souzi affecte une forme assez curieuse avec ses deux longues cornes de direction est-ouest.
L'étang Souzi.
A ce moment de l’année, l’émissaire par lequel les eaux du Souzi s’écoulent vers la N'Kongué est presque à sec; il faut la saison des pluies pour qu'il y ait écoulement sérieux; c’est à la N'Kongué qu’on va puiser notre eau, qui est très belle, limpide, excellente de goût et surtout très fraiche. Quelle compensation du breuvage de la Ka-Chichi !
La grande plaine où git l'étang Souzi est étonnamment giboyeuse, comme, d’ailleurs, toute la vallée de la N'Kongué : partout s'étend un lacis de sentes de gros gibier.
Bien que nous n’ayons pas vu d’éléphant, la quantité de leurs sentiers (la photographie de l'étang Souzi en montre un à l’avant-plan), de places battues, de laisses fraiches et, d'autre part, les nombreux pièges creusés tant pour l'éléphant que pour l’hippo, le buflle, le zèbre, les grandes antilopes, ete., montrent à toute évidence que le pays est giboyeux à plaisir.
Si nous n'avons pas vu d’éléphant, en revanche il nous a été, et nous sera encore donné ces jours-ci, de voir des zèbres, antilopes, hippos, phacochères, comme gros gibier; perdreaux, pigeons verts, tourterelles, pintades, ete., comme petit gibier, ce dernier très abondant.
Sur les eaux du Souzi s’ébattent des troupeaux d'oiseaux aquatiques variés.
Enfin, les laisses et traces de fauves décèlent le lion, le léopard, la hyène.
On comprend que les chasseurs du type « écumeurs de la brousse », viennent chasser ici avec ou sans autorisation.
Je signalaï, en conséquence, à l'attention du gouvernement qu'il y aurait lieu d'examiner la question de déclarer « réserve de chasse » la vallée de l'étang Souzi et de la rivière N'Kongué.
L'étang Souzi a sa légende d’après laquelle on ne peut capturer de gibier dans ses environs immédiats, paree que les «n’zimou » (esprits) de l'étang appellent à eux le gibier blessé ou poursuivi par le chasseur.