‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 1 sur 41 · L. LEFORT, IMPRIMEUR - LIBRAIRE · texte numérisé non relu

L. LEFORT, IMPRIMEUR - LIBRAIRE

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Nous avons vu, dans les Missions de l'Asie , le sang de nos martyrs couler à flots et préparer ainsi le triomphe de la Croix sur une terre si long-temps stérile; nous allons maintenant arrêter nos regards sur les forêts, les solitudes et les rives des grands fleuves du nouveau monde. D'autres scènes, d'autres tableaux vont désormais s'offrir à nos yeux. Mais si, sur ces nouvelles plages, ouvertes aux conquêtes de la Foi, de sanglants spectacles n'affligent plus la vue attachée sur les traces de nos prêtres, de nos religieux, pour eux ce nouveau champ est encore une carrière de luttes, de fatigues, de

pénibles combats.

Un dangereux ennemi se joint ici à tous ceux qu'ils

ont ailleurs à repousser : c'est l'erreur protestante , qui, sous mille noms, sous mille formes, se présente devant eux, et leur livre une guerre opiniâtre. Tantôt elle se dresse en face de nos missionnaires catholiques, pour s'opposer ouvertement à leurs généreux efforts; tantôt

elle se glisse derrière eux, essayant de paralyser leur

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zèle, ou de leur enlever le fruit de leurs travaux. Inutiles efforts ! les labeurs de l'hérésie demeurent le plus souvent stériles, tandis que le soleil de la vraie doctrine poursuit sa marche, et chaque jour vient éclairer quelque sauvage contrée. Ici donc des fruits abondants sont recueillis par nos heureux apôtres. Des tribus éparses dans les bois, des peuplades indiennes se rassemblent, écoutent avec un pieux respect la n®"le de ces robes-noires, qui leur apprennent à connaître le Maitre de la vie, et, les comblant d'honneurs et de bénédictions , ils embrassent leur doctrine. Ainsi dans les incultes déserts du nouveau monde respire encore quelque parfum de ces réductions du Paraguay, dont on ne se lasse point de relire les merveilles. Les Pères de la compagnie de Jésus , missionnaires comme autre-

fois sur ces plages tant aimées, s'efforcent d'y faire

revivre leur image... Ecoutons quelques-uns de ces pieux récits, et peut-être pourrons-nous assister encore à quelqu’une de ces scènes harmonieuses et touchantes que la religion, toujours féconde , enfante partout où se

trouvent des âmes dociles à sa voix.

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MINSIONS D'ANÉRIQUE, D'OCÉANIE ET D'AFRIQUE

MISSIONS D'ANÉRIQUE.

LES SAUVAGES POUTOUATOMIS.

Fragment d’une lettre de M. Badin aîné, missionnaire chez les Poutouatomis, missions de l'Ohio et du Michigan.

12 décembre 1831.

Hi sncee SL on connaissait bien les sauvages que j'ai le bonheur d'instruire, on ne pourrait se défendre de les aimer, Sans doute ils ont leurs défauts comme les blancs et les noirs, et ni leur grossièreté, ni le manque de

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propreté dans leurs personnes ou habillements, ni leur paresse naturelle, ne sauraient exciter en nous de l'attachement ou du respect pour ces pauvres malheureux ; mais , d’un autre côté, un missionnaire est bien dédommagé par leur simplicité, leur docilité et une soif insatiable de connaitre les vérités de la religion : la patience, la mortification, le mépris de l'argent et une coniiance sans bornes en la divine Providence, semblent nés avec eux et avoir été sucés avec le lait ma-

ternel. Je ne trouve ici, vous le concevez bien, ni procès, ni usure , ni ambition , ni beaucoup d’autres vices qui semblent être nécessairement enfantés par la civilisation. Quandils renoncent dans le baptême aux pompes de Satan, je me demande quelquefois, où les trouveraient-ils? Leur langue ne fournit pas de mots pour jurer ou blasphémer, tant ces vices qui déshonorent nos

villes et nos campagnes sont peu naturels à l’homme! Enfin ils n’ont pas les moyens de se corrompre par les productions de nos philosophes, des hérétiques, des comédiens, des romanciers et des journalistes. Vous seriez charmé de leur piété si naïve, si vraie; leur modestie et leur silence à l'église, leur attention au catéchisme et aux exhortations du makatékonia (robe noùr'e), proclament leurs sentiments de respect puur le Maître de la vie, la crainte et l’amour dont leurs âmes sont pénétrées pour lui.

» Comme je ne les baptise qu'après des épreuves suffisantes , je suis fort tranquille sur leur fidélité à remplir leurs promesses faites à Dieu, en sorte que leur vie est vraiment chrétienne et digne de la communion fréquente , à laquelle je les admets volontiers

ents, ni leur nous de l'atmalheureux ; bien dédomune soif ingion : la pa- ‘gent et une lence, semle lait maà, ni procès, es vices qui la civilisaaux pompes les trouvemots pour onorent nos à l’homme!

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D'AMÉRIQUE. 9 pour entretenir en eux la charité, et augmenter leur ferveur et leur reconnaissance pour le don de la foi, qu'ils ont eu le bonheur de recevoir préférablement à tant d'autres sauvages et autres peuples qui nous environnent. La conduite de mes néophytes est un 2iguillon pour les catéchumènes; le zèle des uns et des autres, ainsi que le bonheur visible dont ils jouissent, sont des appâts pour les vicieux , qui viennent mettre bas les armes à mes pieds, et rejettent leurs péchés. Leur langue n’a point le mot je m’accuse ; au reste, l'expression je rejette tel ou tel péché est fort catholique ; elle embrasse l'idée de la conversion, et fait une impression sentie dans l'esprit et dans le cœur.

» Comme des faits vous feront encore mieux connaître le caractère de leur piété, je vous en offrirai quelques-uns qui pourront vous édifier. Au mois de septembre dernier , sept néophytes firent leur première communion; le resjyrectable chef Pockéganu était à leur tête. Je ne parlerai pas des jeûnes qu'ils pratiquèrent à cette occasion mémorable, puisqu'ils y assujettissent même les enfants de dix ans ; mais je vous dirai que la nuit qui précéda la communion et celle qui la suivit furent passées par eux, propr'io motu et sans que j’en eusse connaissance , à prier, à chanter des cantiques et à faire de pieuses méditations ou conversations. Trouverait-on beaucoup de personnes même dévotes et bien “nstruites, dans les pays chrétiens, qui en fissent autant que ces bons sauvages ?..….

» ..…… Il faut vous raconter un autre fait qui vous donnera aussi une idée de leurs mœurs. Un homme, nommé Pitnouane , qui avait deux femmes sans y soup-

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