‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 32 sur 41 · LA CHRÉTIENTÉ DE L'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

LA CHRÉTIENTÉ DE L'ALGÉRIE

Lettre de Mgr l’évèque d'Alger, au conseil central de l’OEuvre de la Propagation de la Foi, à Lyon.

Alger, 17 août 1839.

« DEPUIS quinze jours je cherche inutilement un moment favorable pour accomplir une promesse devenue pour moi doublement chère et sacrée; je ne le trouve pas, et force m'est de vous écrire ce matin, quelques heures à peine avant le départ du courrier, et parmi toutes sortes de préoccupations d'un ministère qui, de jour en jour, dévore de plus en plus ma vie.

» Donc vous excuserez, et, si vous croyez devoir joindre cette lettre à la première , vos pieux lecteurs excuseront avec vous tout ce qu’aura nécessairement d’incomplet ce rapport précipité. Je n’ai pu retenir mes larmes, et mon cœur battait avec violence quand, à la réception du dernier numéro des Annales, j'ai reconnu | ma lettre de Bone, à peu près aussi pressée que celle-ci, jointe aux admirables lettres du saint et bienheureux

M. Petit: Æmodo requicscit à laboribus suis . Quelle œuvre que la vôtre! laissez-moi mieux dire, quelle œuvre que la nôtre ! quelle union ! peut-être , à quelques égards, est-elle plus touchante que celle des premières églises, moins éloignées les unes des autres que nous ne le sommes en ces derniers temps... Oh! si nous rappelions leur ferveur! Mais voici.

» À peine étais-je arrivé, le 4° mai à Alger, qu'il fallut célébrer, au milieu des flots d’une population peu accoutumée encore à ces pompes sacrées, la fête de l'apôtre saint Philippe, patron du nouveau diccise et du roi des Français. Puis vinrent les beaux jours de l'Ascension , de la Pentecôte, de la Fête-Dieu, et déjà de nouveaux voyages nous réclamaient. Toutefois, graces au pieux empressement (je sens toute la force de ces expressions et je dois les répéter), graces au pieux empressement de toutes les autorités , la fête de saint Philippe produisit, dans toute la ville d'Alger, une impression remarquable et qui subsiste encore ; nousmémes nous nous en entretenons souvent, et toujours avec une nouvelle émotion. Ne me demandez pas des détails, ma première lettre n’en contenait presque point, et aujourd'hui moins qu’alors j'oserais essayer de vous en donner ; je ne finirais pas... Avec le gracieux mois de mai , nous ouvrimes, dans des transports de joie, les exercices bien autrement gracieux du mois bien-aimé de Marie. Deux jours après, et dans des transports nouveaux partagés par toute la population , par l’armée surtout , je bénissais, ainsi que je vous l’avais annoncé, la

1 « Maintenant il se repose de ses travaux. » — Voir ces lettres de M. Petit , ci-dessus. (Missions d Amérique.)

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» — Voir ces lettres

D'OCÉANIE. 167 mosquée extérieure de la Casbah, que je dédiai à la sainte Groix , dont elle porte le glorieux nom. A la Casbah, sur sa mosquée , là où il y a neuf ans à peine brillait le cruel Croissant , la Croix brille à son tour; mais quelle . différence de clarté, à mon Dieu !... Nous arrivions sur les plus hauts degrés de l'étrange rue qui monte à la Casbah ; nous comptions dans notre cortège un v'eux et saint religieux , le P. Gervais, qui depuis quarante années, chargé de visiter et de consoler les esclaves chrétiens, n'a cessé d’édifier la population musulmane elleméme !, Au moment où il aperçut la nouvelle croix , il chancela, ses forces l’abandonnèrent ; il était si attendri, qu’il en eût pu mourir; c'est que sur cette même place s'élevait autrefois un figuier , aux branches duquel on suspendait les têtes des Chrétiens condamnés au dernier supplice. Cet affreux spectacle avait souvent désolé le cœur du bon religieux ; on raconte qu’une nuit il courut les plus grands périls en venant arracher, aux jeux impies et barbares des janissaires , un nombre considérable de têtes qu'ils y avaient appendues ; il voulait leur donnes, au péril de sa propre vie, les derniers honneurs de la sépulture chrétienne. Qui lui eût dit alors que de ce même figuier un évêque d'Alger ferait faire deux croix , en mémoire de la bénédiction et de la consécration de la mosquée , et que sur ce pavé le premier diacre de la nouvelle église d'Afrique serait ordonné ? ce que je fis la veille de la Trinité, et en atten: dant qu'il soit ordonné prêtre sur les ruines sacrées

m'a remis un crucifix donné et indulgencié par Benoit x1v, le 24 novembre 4750, pour recueillir les derniers soupirs de ces pauvres chréliens.

163 MISSIONS d'Hippone. Cette cérémonie aura lieu , du moins je l'espère , le 28 de ce mois , le jour même de Ja fête de saint Augustin. Depuis ce moment un commencement de service régulier a été établi à Sainte-Croix d'Alger ; j'y veux déposer une parcelle de la vraie Croix, tombée entre les mains des pirates algériens , il y a cinquantecinq ans, et retrouvée par moi, avec une très - belle madone, d'une manière extrêmement touchante.

» Après la prise de Gigelly, j'ai célébré à la Casbah un service pour le jeune et brave commandant Horain , blessé en combattant aux premiers rangs, et mort peu de jours après à Bougie en héros chrétien. Il a comblé de joie l'excellent missionnaire de Bougie, qui , malade lui-même, lui prodiguait les plus tendres soins. Son admirable exemple fit sur les soldats blessés avec lui une telle impression , que deux d'entre eux, appartenant à la légion étrangère, protestants , demandèrent à rentrer dans le . “in de l'Eglise, abjurèrent courageusement leurs erreurs, et moururent dans les plus vifs sentiments de foi, de résignation et de piété.

» Malgré moi je vous donne des détails. Avant de quitter de nouveau Alger, j’eus le bonheur de faire faire la première communion le jour de la Fête-Dieu , et trois jours après de donner la Confirmation à un très-grand nombre d'enfants, préparés , autant que possible, comme nous les préparions à Saint-Sulpice, de délicieuse mémoire. Le dimanche dans l'octave nous fimes, pour la première fois, une procession dont il serait impossible de donner une exacte idée, tant elle fut remarquable, tant fut profonde et sainte l'impression qu'elle fit aussi bien sur les indigènes que sur les Européens, charmés

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de cette image de la patrie. Le roi m'avait envoyé tout exprès un dais magnilique; douze des principaux habitants, hommes pleins de foi, en porlaient les cordons et les bâtons; toute la troupe, sur le passage du Saint- Sacrement , était tombée à genoux ; de guerrières fanfares se mêlaient à nos sacrés cantiques.... Mes yeux s'emplissent encore de larmes, J'ai eu la bienheureuse certitude que la population indigène qui a pu assister à celte cérémonie, si étrange pour elle, en a été extrémement touchée et nullement offensée; bien au contraire. Toutefois, et par prudence , la procession ne se déploya que sur la nouvelle place de l'évêché, de telle sorte qu’elle ne put réveiller aucune susceptibilité. En France , presque par toutes nos villes, à Bordeaux , par exemple , rien n’est beau comme le solennel déploiement des processions qui, chaque année , se font à cette époque avec un magnifique appareil. Ici, ce nous semblait du moins , c'était plus belle chose encore que le Saint-Sacrement planant en quelque façon du haut du reposoir parmi les fleurs et l'encens, au milieu du plus profond recueillement , sur la ville des pirates.

» Une des personnes qui furent les plus frappées de ce triomphe pacifique de la religion, et sur le front de laquelle j'ai pu répandre plus tard les eaux de la grace, présentait bien elle-même à l'observateur un sujet singulièrement touchant de graves réflexions ; je veux par-’ ler d'Aicha, aujourd'hui Marie-Antoinette, car elle ne peut plus supporter d’autre nom. Cette dame , femme du bey de Constantine, dont tous les journaux ont parlé, il y a quatre mois bientôt, grace à ma médiation, et par la généreuse entremise du gouverneur de Constantine,

170 MISSIONS avait échappé aux plus pressants périls ; elle était rendue à elle-même. J'ai pu consciencieusement étudier , éprouver ses plus intimes dispositions. Or, je n'ai pas d'expressions pour dire ce que les commencements de la Foi et la première aurore de l'Evangile ont produit sur cette âme toute neuve et complètement changée ; ainsi plus de goût pour des parures , naguère son unique consolation ; ainsi travail manuel, assidu, continucl; ainsi paix profonde , douce et inaltérable joie. « A présent, me disaitelle en souriant, il y a peu de jours, je suis comme l'anneau que vous portez à votre doigt ; il ne vous quitte jamais, vous le tournez sans cesse à votre gré, du côté où vous le laissez il demeure ; c'est moi entre les mains de Dieu. » Elle m'avait vu entrer à Constantine, le jour de mon arrivée , avec le général Galbois, à la tête de sa colonne d'expédition ; à peu près captive alors et recherchée par les espions d’Achmet , qui cherchaient à la surprendre et à l’enlever , la vue d’un évêque fit sur elle une impression subite et extraordinaire; sur-le-champ elle me fit écrire pour me demander de la sauver ; trois zemaines après, elle attachait ses yeux avides sur le beau tableau de la rédemption des captifs dans la régence d’Alger , dont M. le ministre de la guerre a orné l'évêché ; et prenant avec vivacité une croix que je lui montrai, en lui faisant remarquer qu’elle brillait sur le froc des religieux de la Merci, comme sur le cœur de l'évêque , elle la suspendait à son cou , la couvrait de ses embrassements , répétant avec un inexprimable attendrissement : « Sers-moi de père, je serai ta fille ; je suis chrétienne. » Et, dans le vrai, on la croit née à Gênes, tombée en captivité à l’âge de cinq ou six mois , vendue

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D'AFRIQUE. 171 à Smyrne, à Alexandrie, à Tunis. Donnée à Achmet- Bey par Ben-Aïssa, celui-ci la regardait si bien comme une chrétienne , que l'ayant un vendredi presque égorgée ( elle avait reçu cinq coups de yatagan ): « Tu ne mérites pas, lui dit-il, de mourir le saint jour de la prière des Musulmans ; tu mourras demain samedi, » C'était encore un samedi qu’elle avait été arrachée à une autre mort. Elle a environ dix-neuf ans; elle est d'un jugement et d’une candeur qui étonnent , après une vie pareille, Quelque jour , je vous adresserai à son sujet de très-intéressants détails ; je ne voulais pas vous en parler encore, mais je n'ai pu résister ; et puis je voulais faire connaître une partie de la vérité au sujet de ce coup de Providence si étrangement travesti par les feuilles publiques.

» Parti pour Oran le 6 juin, à bord du Tartare, j'y arrivai deux jours après, et j'y fus reçu de manière à me couvrir de confusion ; tous à l’envi m’accablaient des témoignages de leur joie et de leur amour. J'ai passé quinze jours dans la province, en courses et en visites continuelles parmi nos six mille chrétiens, sous la tente des chefs arabes avec lesquels nous mangions à la façon du désert, sur la mer, à Arsew, à Mostaganem , enfin partout, bénissant Dieu du plus profond de mon cœur de ce que je rencontrais d'excellentes dispositions de la part des indigènes eux-mêmes.

» Une première communion assez nombreuse , accom-

pagnée de la confirmation, plusieurs baptêmes, entre autres celui de tous les enfants d’une famille juive d’Alger, dont deux capables d'instruction ; la bénédiction d'une mosquée, dédiée le 24 juin, à Mostaganem , en

l'honneur de saint Jean-Bapt':te; un établissement de sœurs , préparé à Oran même, ainsi qu’une société de charité ; les secours religieux définitivement assurés à nos braves soldats, dont pas un seul ne meurt sans les réclamer ; une vieille chapelle en ruines bientôt restaurée à Mers-el-Kébir ; une autre projetée à deux lieues d'Oran, sur les bords du lac salé de Mers-Erguin ; les camps, les cimetières bénits , etc. ; voilà , en abrégé, ce que Dieu m'a donné de fait durant quinze jours si vite enfuis. Je vais, grace à vous, envoyer un vicaire de plus à Oran , où déjà , depuis le mois d'avril, le gouvernement en reconnaît un; il desservira les deux nouvelles chapelles.... Sur le sommet du fort de Mers-el-Kébir, on ine montra la tombe d'un commandant supérieur de marine, qui mourut de joie il y a quelques années , le jour même de la prise instantanée du fort et de ses formidables dépendances ; le lendemain je célébrai la messe pour lui.

» À Mostaganem j'ai reçu un accueil extraordinaire de la part de tous , des cavaliers qui faisaient la fantasia , aussi bien que de la tribu qui nous improvisait un divan de paille nouvelle , et des Turcs qui me faisaient bénir, au bruit du canon, un feu de Saint-Jean préparé par eux. L'oukel même d’Abd-el-Kader se joignit à cet élan général , ainsi que le muphti, homme de beaucoup d’esprit, à qui je donnai à traduire une lettre fort expressive , que je venais de recevoir des principaux habitants de Constantine, le hakem et son vénérable père. En retour , j'ai promis d'envoyer dans cette ville un prêtre instituteur, d'orner la joiie petite mosquée qu'on m'a préparée et “onnée pour église, les indigènes aidant...

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Avec vous encore c'est possible, fout sera possible. Deux baptêmes et une quête abondante pour les pauvres, chrétiens ou musulmans, consacrèrent avec les prières

de l'Eglise ce nouveau sanctuaire. A ce propos , je veux vous faire iabriquer par les indigènes eux-mêmes une lampe en bronze, composée de débris de lampes musulmanes des cinq mosquées converties tout-à-l'heure en églises chrétiennes , tribut de gratitude et de piété filiale envers le glorieux saint Exupère ; elle représentera, par sa douce lumière auprès de ces restes sacrés, ce qui brûle au fond de nos âmes justement reconnaissantes.

» Les moments se pressent ; le courrier va partir bientôt, je me hâte, sauf à revenir sur le voyage d'Oran. Si ce n'était pas vous fatiguer , je vous enverrais des lettres que je recois des Arabes avec lesquels je suis en relation continuelle, et d’autres encore. Le Scheik-el-Arab, ou le serpent du désert, m’a envoyé des présents; et, après m'avoir prié de venir, avec deux mille cavaliers d'escorte , passer quelques jours auprès de lui , il demande avec instance maintenant un prêtre et mes enfants les médecins , «je veux dire, par là, les sœurs qui pratiquent la médecine » ( textuellement traduit ).

» À Constantine, les indigènes fondent sous les auspices de saint Joseph un hospice civil que desserviront les sœurs. Des prières universelles ont été faites dans les mosquées et l’intérieur des familles, pour demander à Dieu la conservation des jours précieux d’une excellente sœur malade, Ils se sont adressés à moi pour l'achat des lis , des draps, etc. ; j'ai dû m'associer à la fondation, et je l’irai bénir dès que je pourrai recommencer mes

174 MISSIONS voyages, dont il plaise à Dieu de féconder les suites comme il en à agréé les prémices !.….,

» Ici, j'ai fait faire la première communion à cent vingt soldats , par divisions de vingt-cinq ou trente , publiquement , à notre église de Saint-Philippe , mais sans aucune affectation et avec une admirable piété. Une fois quinze , une autre fois vingt-cinq, vinrent me demander le saint scapulaire. Je prépare une trentaine de condamnés mililaires tout-à-fait dignes d'intérêt. Ce n'est pas sur le front seul de Marie-Antoinette que l’eau sainte a coulé depuis ma dernière lettre ; je regrette de ne pouvoir m'exprimer autrement... Que serait-ce , si nous pouvions dire ce que partout , au chevet des mourants, dans les villes mêmes et les campagnes , la mort nous a donné à recueillir ?

Le 5 juillet, pour célébrer l’anniversaire de la conquête , une loterie de charité fut tirée dans la cour de l'évêché, et produisit environ quatre mille francs , avec lesquels l'association des Dames de charité fonde en ce moment une maison de pauvres orphelines, dans un local gratuitement offert par l’administralion des domaires, J'ai béni la chapelle des Sœurs de Saint-Joseph ; je me dispose à bénir encore une mosquée qui servait de magasin depuis quelques années. Les Musulmans aiment inieux voir leurs temples convertis en églises, que changés en magasins ou destinés à des emplois profanes. J'ai envoyé un prètre à la Calle; avec des briques et des planches que lui envoie son charitable confrère de Bone, il essaie de rebâtir son église, dont les ruines vont être relevées; vous savez par qui en grande partie. À Delhy- Ibrahim, une nouvelle église va être construite , en at-

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bulance. À Oran , il y a à peine une chapelle ouverte en partie et sans ornements ni vases sacrés ; nous allons y pourvoir, Nous voudrions , indépendamment de l’établissement nouveau des Sœurs pour les malaces et les jeunes filles, y appeler des Frères.

» Touché de notre misère et des dispositions qui éclatent autour de nous , le gouvernement a augmenté mon traitement de trois mille fiancs, et m'a donné six prêtres de plus. L'Association de la Propagation de la Fi fait le reste; à elle nous devoss les premiers fondements d’un petit séminaire ; à elle la première église de Philippeville , à qui je donne aussi un curé. En dix mois, quatorze cents habitants y sont accourus; c’est une étonnante chose à tous égards... Mais ma plume, qui se presse de plus en plus, qui court, pour ainsi dire au hasard, qui est impatiente de tout répandre dans votre cœur et dans celui de vos bien-aimés associés, ma plume est prête à tomber de ma main trop fatiguée , et que je ne peux refuser à un ministère fort grave et fort touchant, pour lequel on la réclame avec des instances irrésistibles. J'espère pouvoir partir le 22 pour Bougie, Gigelly, Philippeville, Bone , la Calle, Constantine. En trois semaines , je peux faire celte course.

» Le 25, je célébrerai , non loin de son tombeau, la fête de saint Louis et l'anniversaire de la fondation de l'évêché d'Alger ( l'ordonnance fut signée ce jour-là). Le 28, je poserai et bémirai la première pierre du monument que tous les évêques de France font élever par moi, leur indigne frère , à la mémoire fraternelle d’Augustin.

Leurs admirables lettres seront enfermées dans cette première pierre; une plaque de marbre gardera leurs noms bénis , et les transmettra à la postérité attendrie. Elevé sur le sépuicre de l’illustre pontife , construit avec les débris mêmes de sa chère Hippone, ce monument réjouira les Arabes eux-mêmes, qui ont conservé une sorte de tradition fort singulière. En même temps , non sur «le riches tapis ou de superbes parvis , mais sur le gazon et les ruines saintes, j'ordonnerai mon premier prètre, le premier prêtre de l'Eglise d’Afrique ; je poserai ma première pierre vivante.

» À Constantine , à la Casbah et sur les restes prodigieux d’un temple de Sérapis, j'ai trouvé une église chrétienne encore à moitié debout.

» Mille pardons , messieurs ; à chaque instant je veux finir, et je me surprends recommençant cette interminable lettre , que je ne puis relire , que vous ne pourrez peut-être pas lire vous-mêmes.

» Pourtant il faut vous auitter. Nous remercions encore, unissant nos nrières à nos actions de graces et nos vœux à tous ceux des enfants de la Foi dispersés par toute la terre , vous suppliant d’avoir de plus en plus pitié de nous et de croire à nôtre profonde vénération, à notre tendre et fratcrnelle affection, à tout ce que nous inspire pour vous le cœur de Celui en qui nous vous donnons le baiser de paix. »

La cérémonie annoncée par Mgr Dupuch a eu lieu le 28 août à Bone. Voici, d’après une autre letire du respectable prélat, le récit de cette solennité, qui donnera sans doute une belle page de plus aux annales nouvelles de l'Eglise d'Afrique.

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