MISSION
en feuilles d'arbres qui sert de vêtement aux insulaires ) ; on le pare de ses ornements les plus précieux, comme aux jours de fête , et surtout de son chapelet et de sa médaille, véritable trésor pour un néophyte. Ses cheveux , bien peignés, sont, ainsi que tout le corps, arrosés d’une huile odoriférante, En cet état il demeure exposé, au milieu de sa maison, sur une large pièce d'étoffe repliée plusieurs fois autôur de son corps. Là, il reçoit la visite de ses parents et de ses amis qui viennent s'associer aux chants et aux prières. Il est ensuite porté à l'église, cnveloppé de la même étoffe sur laquelle il était exposé ; puis , les naturels l’accompagnent au cimetière en récitant à haute voix le chapelet.
» Les fidèies passent ordinairement la moitié de leurs nuits en prières, en instructions mutuelles, chant de cantiques , et récitation du chapelet. Cette ardeur pour les exercices de piété est uniquement l'effet de la grace. Nous avons même été obligés, par prudence, de nous opposer à une pratique bien capable d’étonner , dans de pauvres Océaniens : plusieurs d’entre eux, pour se préparer au baptême, se retiraient, deux ou trois jours dans les bois, ne mangeant rien, ou tout au plus quelques fruits sauvages.
» Oui, la grace a vraiment opéré de grands prodiges dans cette île : aux jours mauvais où la Foi semblait presque s’éteindre , un néophyte, très-puissant à Wallis, accompagné d’un bon nombre de ses gens armés, se trouva face à face avec un grand chef infidèle, qui à diverses reprises avait tenté de le faire périr. Nous étions nous-mêmes présents , bénissant Dieu de cetie rencontre que nous savions bien devoir tourner à ia gloire
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de la religion. Le chef infidèle, assis à terre , et la tête tristement baissée, attendait le coup de hache, qu'il savait n'avoir que trop bien mérité. Que fera le catéchumène? Li s'approche , va s'asseoir devant son ennemi: « Tu as cherché plusieurs fois à m’assassiner , lui dit-il; tu n'as pour moi que de la haine , mais sache que la religion dont tu es persécuteur m'ordonne de te pardonner ; c’est à elle que tu dois la vie. » Puis il l'embrasse avec une effusion qui arrache des larmes à l'infid'le. Quelques instants après, ce dernier se faisait inscrire, avec sa famille, au nombre des catéchumènes,
» Je voudrais pouvoir vous raconter tous les traits édifiants dont nous avons été les témoins; mais le temps me presse, je suis obligé de partir pour ma paroisse, à trois lieues de notre établissement principal , afin d'y préparer les chrétiens à la première communion. Depuis que le baptême a été conféré , je suis en plein exercice du saint ministère , et je vous assure que l'ouvrage ne manque pas ; car avec des néophytes si avides d'instructions et en même temps d’une conscience si timorée, on passerait les jours et les nuits au confessionnal, si va voulait les croire. Que toutes les saintes âmes qui par leurs prières ont obtenu la conversion de Wallis, veuillent bien demander pour cette île la persévérance; nos fervents néophytes seront un jour leur couronne dans le ciel. Priez beaucoup, vous aussi, mes chers parents , afin que le bon Dieu donne l'accroissement à la bonne semence répandue parmi nos pauvres peuples, et que vous ayez aussi votre part à la récompense que Dieu prépare aux ouvriers de cette nouvelle vigne. Moïse, sur la montagne, les mains élevées vers le ciel, méritait la
156 MISSIONS victoire, tandis que les Israéllites étaient à combattre dans la plaine... »
Lettre du même missionnaire à sa famille, Tonga, 11 juillet 1842.
« Je suis vraiment pèlerin sur cette terre ; depuis la date de ma précédente lettre, j'ai fait une longue traversée , et me voici à Tonga. Mais je n'ai pas tout dit sur nos bons néophytes de Wallis, et c'est avec plaisir que je reviens à leur éloge. J'étais allé, le 16 mai, préparer mes paroissiens de St-Pierre à leur première communion. Ce fut un bien beau jour que celui-là. Quelle foi dans ces pauvres insulaires! Depuis longtemps la messe d'action de graces était finie, et aucun d'eux n'était encore sorti de la chapelle; ils étaient comme anéantis dans la pensée de leur bonheur. En vain je les engageai à se retirer pour quelques instants , je fus obligé d'en venir à un ordre formel; ils seraient , je crois, restés là jusqu’à la nuit.
» Le 23 mai, le roi fut baptisé avec un bon nombre de chefs qui l’avaient attendu, pour recevoir avec lui le sacrement de la régénération. A la suite de cette auguste cérémonie , il fut décidé que le Père Viard resterait auprès du Père Bataillon , et que j’accompagnerais Mgr le Vicaire apostolique avec les Pères Servant, Roulleaux et deux frères. Mgr de Maronée avait promis au roi de le conduire aux archipels voisins, à la recherche de son frère, parti de Wallis au mois de décembre 1840 , sur une simple pirogue, avec quelques indigènes d'Ouvea et de
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Tonga. Le prince voulut se faire accompagner d'une trentaine de ses sujets ; nous emmenions aussi quelques catéchistes. L'embarquement eut lieu le 27 mai : quelle séparation déchirante ! ce n'étaient que pleurs, que cris et gémissements qui portaient la désolation dans ma pauvre âme, Mes bons paroissiens de Saint-Pierre étaient venus me rendre leur dernière visite; ils m’avaient apporlé, pour mon voyage, quelques pièces d'étoile du pays, quelques paniers d'ignames, et une quarantaine de gourdes pleines d'huile parfumée. Prosternés dans l’église, ils attendaient le moment de mon départ pour me faire leurs adieux. Pour moi, craignant de me laisser aller à une trop grande sensibilité, je partis secrètement.
» Le lendemain, nous levâmes l'ancre et nous fimes voile pour Futuna. Oh! qu’il m'en coûta d'abandonner ma chère île de Wallis! Avant de sortir de la rade, le Père Bataillon vint m’embrasser une dernière fois; j'avais le cœur brisé; je fis vainement des efforts pour lui dire adieu ; mes larmes coulèrent, mais ma bouche resta muette. Plus accoutumé que moi à la vie de renoncement, cet excellent confrère me montra le Ciel en disant : Encore un sacrifice ! Alors la pensée de cette parole du Seigneur vint me fortifier : Celui qui abandonnera pour moi son père ou sa mère ou ses frères. retrouvera le centuple en ce monde et la vie éternelle en l'autre.
» Le jour suivant nous arrivâmes à Futuna. Dans la première pirogue qui acosta le navire, se trouvait l’un des meurtriers du Père Chanel, et dans la seconde celui-là même qui avait donné le dernier coup au martyr, le trop fameux Musu-Musu. Ce dernier était roi d’une partie de l’île ; il venait nous inviter à descendre
158 MISSIONS chez lui, où les néophytes d'Ouvea s'étaient réunis pour passer ensemble le saint jour dû dimanche. Néanmoins, il ne fit son invitation qu’au roi de Wallis; ilétait trop honteux, m'a-t-il dit plus tard, pour l’adresser aux parents de celui qu’il avait eu le malheur d'assassiner. Cependant il se présentait sans crainte, bien convaincu que la main du prêtre ne sait que répandre des bénédictions, et sa bouche des paroles de paix. Nous débarquâmes. Grand Dieu! quel changement nous avons trouvé dans cette île!
» Il paraît certain que la mort du P. Chanel avait consterné la majeure partie des indigènes ; mais les meurtriers étaient puissants , et on se contenta de murmurer contre eux en secret. Les coups de la Providence parlèrent plus haut que l’indignation populaire. Le roi tomba bientôt dans un état de langueur qui fit désespérer de ses jours ; il était d’un embonpoint extraordinaire, et il devint en peu de temps d’une maigreur cffrayante. Son principal complice ne tarda pas à le suivre dans la tombe. Des douleurs intolérables donnèrent à son agonie tous les caractères d’une vengeance divine. Peu après leurs funérailles , arriva dans l’île le jeune Sain-Kélétony, ce fervent catéchiste qui avait quitté Futuna après le martyre de notre confrère. Son zèle et sa prudence achevèrent ce que la mort des deux principaux coupables avait commenct#; il se fit en notre faveur un prompt changement dans les esprits; le parti des vainqueurs et celui des vaincus rivalisèrent d'empressement à se faire instruire par les cai‘chumènes du Père Chanel; les Tapus furent abolis, les idoles brûlées , et pour exprimer par un acte public
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la reconnaissafice du pays envers l’auteur de leur conversion, la moitié de l'île décerna l'autorité royale au jeune catéchisie Sam-XKtléloni. Ce jeune chef joint à un excellent caractère et à une bravoure éprouvée , une expérience peu commune, qu'il doit à ses voyages sur des navires européens. On trouverait difficilement dans tous ces archipels un homme plus capable de rendre un peuple heureux. Une autre fraction de la population indigène resta sous le commandement de Musu-Musu ; mais, pour former deux camps, les naturels n’en vivaient pas moins amis, en attendant l’arrivée de l’évêque qui désignerait , disait-il , celui qui devait régner. Mgr Pom-
. pallier leur a fait observer que l'ile était bien petite pour
avoir deux rois, que l’unité de gouvernement préviendrait le retour des guerres intestines qui les avaient jusque-là rendus si malheureux , et qu'ils feraient bien de porter leurs suffrages sur un même chef. On suivit son conseil , et Sam-Kélétoni fut élu à l'unanimité.
» Cependant il me tardait d'aller visiter nos néophytes d'Ouvea, et de revoir notre ancienne demeure de Poi. À peine quelques piliers de notre case restaient encore debout. Je reconnus le lieu où j'étais ordinairement assis auprès du Père Chanel; je vis l’endroit où il avait reçu la couronne du martyre; les gens du village, réunis autour de moi, racontèrent de nouveau les particularités qu'ils avaient apprises, et celles dont ils avaient été témoins. Dans le lieu où avait reposé la tête du Père, nous remarquâmes comme beaucoup de taches de sang sur le pavé de la maison. Les naturels nous dirent qu’ils avaient toujours vu ces taches, qu'elles avaient été long-temps d'un beau rouge, que
la pluie les avait effacées peu à peu, mais que personne n'avait osé y toucher. Je n'ai rien appris de nouveau sur les derniers instants du Père Chanel, sinon qu’en voulant parer le fatal coup de casse-tête , il avait eu un bras cassé, et qu’au moment de sa mort toutes les personnes présentes entendirent au-dessus de la case un bruit semblable à un coup de canon.
» Monseigneur a dit la messe, quelques jours après, sur le théâtre même du crime; par son ordre, on a creusé le sol à l’endroit où était tombée la tête du Père ; il était encore rouge de sang. Je passai la nuit à visiter les habitants du village où s’était tramée la mort de notre heureux confrère, et à les fortifier dans leurs nouvelles dispositions. J’allai aussi voir l'assassin ; il me dit de prier Monseigneur d'avoir pitié de lui et de tout son peuple, et de laisser un prêtre pour les instruire ; il me témoigna un grand repentir de son crime, qu’il n’avait commis , disait-il, qu’à regret, et pour obéir au roi.
» Pendant notre séjour à Futuna, le roi Sam-Kéléloni fut baptisé avec sa femme et sa petite-fille. Toute la population ayant demandé avec larmes qu’on lui accordât la même faveur, nous nous mîmes aussitôt en devoir d'achever leur instruction, avec l’aide des catéchistes d'Ouvéa, et après dix jours de préparation, monseigneur donna le baptême et la confirmation à cent quatorze insulaires. La messe fut célébrée dans la maison de ces rois à qui l’on servait naguères , pour déjeûner, jusqu'à quatorze hommes rôtis ; elle avait bien besoin d'être purifiée par l’immolation du Dieu qui est venu abolir les sacrifices humains... »
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Lettre du Frère Joseph Luzy au P. Convert, Mariste.
Wallis, 8 novembre 1842.
» Depuis bien long-temps j'attends de vos nouvelles, mais toujours en vain. Souvent je me dis à moi-même : Le P. Convert viendra, et toujours je suis trompé. Que sont devenus ces fervents amis qui, tant de fois, lorsque j'étais en France, me disaient : « Nous nous reverrons dans peu... ? » Ce peu dure beaucoup; que craignentils? Est-ce le voyage de la mer? si l'on y est un peu malade, on se porte mieux après. Ont-ils peur d’être tués et mangés ? Ils ne seraient pas les premiers; mais ètre tué, c'est peu de chose; mangé, c'est moins encore : et d’ailleurs, ne serait-ce pas tant mieux pour eux ? ils partageraient la récompense de notre bon Père Chanel. Pour moi, je ne dois pas vous le cacher, au moment de la persécution, quand l'ordre était donné de nous faire mourir, j'aurais voulu que cet ordre s’accomplit pour moi comme pour le Père Chanel ; avec lui, maintenant, je jouirais de la présence de Dieu.
» Aujourd’hui encore , si quelques-uns de mes compatriotes veulent venir me remplacer à Ouvéa , j'irai avec plaisir dans une autre île aussi dangereuse que celle où nous avons eu le bonheur de faire adorer notre grand Dieu. Avant notre arrivée, Wallis, au dire de tout le : monde, était celle de toutes les îles voisines qui offrait le plus de périls. On peut en citer de bien tristes preuves. Un jour les insulaires massacrèrent un capitaine et tout son équipage, composé de trente à trente-deux personnes; le navire fut pillé, puis brûlé et coulé à fond , pour ne
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» Voyez quelle heureuse révolutior s’est faite! Wallis est à présent un séjour aussi édifiant que fréquenté. Ses habitants ont abandonné leurs vieilles habitudes, ils ne tuent plus, ils ne volent plus, ils sont doux et affables , et en ce moment même six navires sont à l'ancre tout près de cette côte jadis inhospitalière. Il est consolant pour nous d'entendre ces bons sauvages nous attribuer ce changement qui les étonnne comme nous. Vous pouvez juger de l'attachement qu’ils ont pour nos pères par celui qr'ils me témoignent , à moi qui ne suis qu'un misérable frère, et qui ne cesse de les gronder. Dernièrement je leur anaonçai .que j'allais partir, que l’Epicopo, notre grand chef à nous, avait envoyé son navire exprès pour m’emmener, qu'il me voulait près de lui. Ils en furent tout désolés. Depuis lors ils se tiennent toujours auprès de moi, et me pressent de mille questions. « Qui nous guérira , quand nous serons malades? qui pansera nos plaies ? me disaient-ils l’autre jour. — Ce sera le frère qui viendra me remplacer. — Oh!
mais il ne sera pas si bon que toi. — Il sera bicn meil- ; leur, et puis il n’aura pas beaucoup de peine à l'être,
puisque je suis toujours à vous gronder. — Ta colère est pour rire, mais lui ce sera pour tout de bon. »
» Le roi lui-même, ayant su que j'étais allé hier à bord de la goëlette qui est mouillée à une lieue- et demie de notre habitation, est venu s'informer si j'avais emporté mes malles ; et quand il a su que tout
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» … Mes occupations sont toujours à peu près les mêmes. Je suis chargé de la sacristie de nos neuf églises ou chapelles: je continue à faire des confessionnaux, des tables de communion , des tabernacles; je façonne aussi des robes, des chemises et autres vêtements pour nos insulaires , qui sont comme nous les enfants de Jésus et de Marie. Priez pour moi, mon révérend Père, et ne m'oubliez pas au Memento de la messe. »
CC Qi V0 s x + S 24 -— EST 103
Le sol brûlant de l'Afrique, nou moins que les autres portions du globe, est sillonné aussi par nos missionnaires catholiques. De nombreuses chrétientés, des missions importantes fleurissent dans ces contrées, et l'Eglise y recueille des fruits plus ou moins abondants. Telles sont les tnissions des deux Guinées, de Madagascar, celles des PP. Dominivaius ai Cap de Bonne-Espérance, des PP. Capucins à Tunis, des Mineurs réformés à Tripoli de Barbarie, dans iz Haute-Egypte, des Lazaristes à Alexandrie, dans lPAbyssinie et le Sennaar, etc. Toutefois un intérêt plus vif semble être attaché aux progrès de notre foi dans cette partie de l’Afrique , dite Algérie, que la valeur de nos armes a rendue française. On aime à suivre sur ce sol conquis la marche de la civilisation avec celle du christianisme renaissant sur ces mêmes plages où jadis il fut si florissant. Nous allons donc porter de préférence nos regards sur la mission de l'Algérie, et recueillir avec un pieux respect quel-
ques-unes des paroles brûlantes de charité du pieux
prélat que la Providence a placé le premier sur le siége d'Alger , et qui, après avoir tout ranimé sur cette terre si long-temps inféconde, va, dans les prières et les austérités du cloître , attirer sur elle de nouvelles béné-
dictions.
Max... DE M**##*,
les autres
os mission-
s, des mis-
s, et l'Eglise ants. Telles adagascar , -Espérance , réformés à , des Laza- Sennaar, etc.
attaché aux
Afrique , dite
due française.
marche de la
renaissant Sur
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Fe, <SiÈs = ÉE SES
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