‹ Missions d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique [microforme]Chapitre 40 sur 41 · DANS LE DIOCÈSE D'ALGER · texte numérisé non relu

DANS LE DIOCÈSE D'ALGER

Extrait d’une lettre de Mgr Dupuch, évèque d'Alger, à MM. les membres du conseil central de Lyon.

44 septembre 1843.

« J'achève par une belle , par une magnifique cérémonie, la plus complète visite pastorale de mun diocèse que j'aie encore pu faire ; je bénis, ce matin même, les fondations du nouveau monastère de Notre - Dame de Staouëli. C’est en présence du maréchal et des principales autorités de la colonie, avec un nombreux clergé et quatorze religieux, que je pose la première pierre de l'église, sur le champ même où se livra la bataille de Staouëli qui décida en grande partie de la prise d'Alger. à

» Cette première pierre, façonnée il y a de longs siècles par le ciseau des vainqueurs du monde, ils se sont évanouis dans leur gloire ! nous la posons sur un lit de boulets, ramassés dans l'enceinte de la nouveile Trappe.

» Mais ce serait trop de détails à vous donner; les moments se pressent , et aussitôt après la cérémonie je

vais bénir à une lieue de là le nouveau village de Saint- Ferdinand , terminer bientôt ma visite par la bénédiction

de la cloche de Saint-Simon et de Saint-Jude de Koléah, et par l'exploration des ruines de Tipdsa ; ce sont certainement les plus intéressantes de l'Algérie.

» Cependant j'avais fait une espèce de journal quotidien de cette même visite, commencée le 20 avril dernier et à peine finie. Il est plein de ces détails que je n'ose vous donner. Ce serait demander une trop grande place dans vos précieuses annales; si toutefois vous le désiriez, je me hasarderais à Je faire copier et à vous l'adresser. En attendant, je voudrais, sous le palmier séculaire qui ombrage la tente des Pères trappistes , essayer de vous en donner comme un abrégé, malheureusement trop sec et dépourvu de vie. Vous me comprendrez et m’excuserez.

» J'ai quitté Alger le 20 avril. Après une traversée assez orageuse, j'ai touché à Bone où j’ai commencé d’intéressantes fouilles dans les ruines de l’ancienne basilique de saint Augustin. Le 28, j'arrivais par terre à la Calle où je n'étais point encore allé ; j'y consacrais une église sous l’invocation de saint Cyprien , dans l'endroit le plus rapproché du lieu de son glorieux martyre ; je faisais une ordination le jour de saint Jacques et de saint Marien de Constantine, dont j’ai retrouvé les ossements sacrés ; j’installais définitivement un curé, ancien officier de l'artillerie de marine; je confirmais, donnais la communion à un grand nombre de corailleurs, bénissais du milieu de la mer la pêche aventureuse du corail , etc.

» Le A+ mai, j'étais de retour à Bone, après avoir reçu , sur les deux routes différentes que j'avais parcourues en allant et en revenant , la plus touchante, la plus

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D'AFRIQUE. 221 cordiale hospitalité, sous la tente des tribus pacifiques de cette belle province. Combien de fois répétions-nous qu'en Europe on ne pourrait croire tout ce dont nous avions été témoins à cet égard !

» Durant les huit jours qui suivirent, je ne cessai de considérer avec la reconnaissante la plus profonde les merveilleux effets du retour des reliques de saint Augustin. Sur quatre mille habitants chrétiens, les plus petits enfants compris, plus de mille avaient communié dans le temps pascal. Le 4, jour de sainte Monique , et sous ses maternels auspices , j'établissais une société de charité qui, ce jour même , ne comptait pas moins de cgnt vingt-irois dames. Je bénissais l’'humble hôpital civil, le berceau de l’œuvre des orphelines des provinces de l'Est , le catéchisme de persévérance , les écoles et le pensionnat si florissant des Sœurs de la doctrine chrétienne. Enfin , je faisais faire la première communion à un grand nombre d'eureux enfants ; j'organisais la souscription unanime des fidèles habitants de Bone, qui doit leur donner, après une longue et stérile attente , une église moins indigne de la sœur, de l’héritière d'Hippone. En cinq jours, et en fouillant les entrailles de celle-ci, j'ai trouvé beaucoûp de marbres précieux , des corniches admirablement conservées, des chapiteaux , etc.

Mais avant de quitter Bone de nouveau et pour de longs jours. je visitais pour la seconde fois depuis quatre ans , et avec le plus vif intérêt, les ruines de Ghelma , celles de Villa-Victoriana, et de l'ancienne lT'ibilis, ainsi nommée des eaux Tibilitaines qui en descendent, d'Announäh, d'Amman Mas-Koulin (les bains en-

chantés) ; et à Villa Scrviliana, à Ghelma, à Announah , je retrouvais trois églises chrétiennes encore debout. Je priais sur les tombes qu'elles renferment ou qui les entourent, sur les débris de leurs voûtes renversées , dans la profondeur de leurs cryptes , au pied de la croix encore incrustée sur la façade.

» À Ghelma , j'étais accueilli avec transport par la garnison et la population civile qui me rendait , dans une des salles du bel hôpital militaire que le génie vient d'y construire, une visite filiale et amie. Quelques heures avant et dans cette même salle convertie en chapelle, j'avais offert le Saint-Sacrifice en l'honneur de Possidius, le dernier évêque de Calame , l'ami , l'historien et auparavant le disciple fidèle d’Augustin. Toute la garnison y assistait autant que le pouvait permettre ce vaste local. J'y donnai la communion , j'y baptisai quatre enfants. Depuis combien de siècles cet auguste sacrifice n’y avait pas été célébré ! c'était la première fois que Possidius y était invoqué par un de ses successeurs, par son premier successeur ! j'ai demandé et obtiendrai de restaurer la vieille église. Un de mes prêtres desservira Ghelma et Sétif alternativement; il y a pourtant soixante-deux lieues de l’une à l’autre et par un vrai désert. A Sétif nous avons une chapelle militaire nouvellement construite, graces aux instances d’un pieux général. À Ghelma encore , on venait de trouver une croix en bronze , assez grande et d’une conservation parfaite.

» À la Calle, j'ai trouvé cent habitants sédentaires et près de deux mille corailleurs, dont trois cents seulement y séjournent durant l'hiver. L'église est l’ancienne chapelle de la compagnie française; nous la pour-

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voyons d'ornements complets. A côté sera l'école, et plus loin l'hôpital destiné à recevoir quinze frères de Saint-Jean-de-Dieu; on en allait creuser les fondations.

» À Bone , les sœurs ont une chapelle nouvelle, Une aumônerie titulaire pour l'hôpital militaire nous a été accordée, ainsi que pour la légion étrangère. 11 y a donc cinq prêtres attachés à cette intéressante chrétienté.

» Revenu d’#nnounah qui est au bas du Raz-el-Akba, si célèbre dans nos guerres de Constantine par ses bivouacs glacés, jusqu'à Bone qui en est éloignée de vingtcinq lieues environ , je ne tardai pas à reprendre la mer et à regagner, par Philippeville et les camps intermédiaires , le cœur de la province de Constantine proprement dite.

» Je la trouvai toujours se rapprochant de plus en plus de nous, de plus en plus se préparant à un immense dessein de la providence de Dieu ! J'étais accompagné d'Hassounah, man bien-aimé fils et interprète; il y reparaissait pour la première fois depuis son éclatante conversion, et y recevait l'accueil le plus inattendu, étant fêté de tous, même äes chefs religieux. J’y embrassai avec honheur Salah , son frère et son émule, je bénis en pasteur et en père les fanilles principales,

donnai la confirmation, fis faire la première communion ; les sœurs y font, comme partout du reste, un bien prodigieux. L'hôpital civil de Constantine (hôpital Saint- Grégoire) fondé par les indigènes et meublé par le pape, prospère de plus en plus. « 4h ! pourquoi, quand un musulman est mort, ne pries-lu pas, comme tu le

fais après la mort des chrétiens?» disait à une des sœurs , au moment de mon passage , un de ceux qu’elles y avaient recucillis.

» Il y a trois ecclésiastiques dans cette intéressante capitale de l'est; un frère coadjuteur y fait l’école aux petits garçons chrétiens, arabes ou juifs; l’église est belle ; l'hôpital, monument digne des anciens vainqueurs de Cirta, a une chapelle. Les prêtres en ont une dans leur modeste résidence. La maison des sœurs, leur pensionnat , leurs écoles, leur infirmerie et l'hôpital civil touchent à l’église, ancienne mosquée du palais des beys ; la croix domine le minaret , la ville entière et les profondes vallées qui l’enceignent. Le général-gouverneur, dont j'avais six semaines auparavant visité le camp devant Collo , ayant bien voulu être parrain de la cloche , je la baptisai parmi les flots d’Arabes émerveillés. Le cheik El-4rab (serpent du désert ) n'avait pas dédaigné , pour mieux jouir de ce spectacle si nouveau pour lui, de grimper sur les épaules d'un de ses spahis.

« Le noinbre des communions pascales avait été aussi fort considérable dans les rangs de l’armée surtout. La population chrétienne ne dépasse pas un millier d'âmes. Vous savez que plus de cinq cents enfants arabes y ont été baptisés in extr'emis, et comment j'ai fait conserver, avec son inscription mémorable (de l’an 259), le roc du haut duquel tombèrent dans le Rummel , il y a pris de seize cents aus, les têtes des bienheureux martyrs. l'ai été assez heureux pour retrouver leurs ossements. Le serai-ie assez pour conserver Île sanctuaire de l'église .: ique de Constantin qui est encore debout

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D'AFRIQUE. 225 à côté de l'hôpital! il y a trois ans que le reste a été démoli.

» À Philippeville, m'attendait avec anxiété un bon peuple , fort préoccupé de son avenir. L'église, ou mieux le magasin en bois qui en tient encore lieu , la belle chapelle du grand hôpital militaire du fort de France, J'humble sanctuaire des Sœurs de la doctrine chrétienne, que j'’inaugurai pareillement , furent tour à tour témoins des plus intéressantes cérémonies. Un grand nombre d'enfants firent leur première communion ; beaucoup d'autres enfants, cinquante soldats, presque autant de marins âgés et brunis par la mer, recevaient avec eux la confirmation.

» Indépendamment de sa garnison fort nombreuse, Philippeville, qui a souffert beaucoup depuis un an, ne compte pas plus de quatre mille habitants civils, en y comprenant même Stora et le hameau de Saint-Antoine. D'habitants musulmans résidants, presque aucun. Il y a trois prêtres ; inutile d’ajouter que les communions pascales ont répondu à leur zèle. |

» Le 95 mai, nous glissions de nouveau sur la mer, plus paisible qu'aux derniers jours d'avril ; je revoyais de loin Collo et sa mosquée si pittoresque ; j'en avais naguère visité la baie et les délicieuses campagnes . au moment de leur conquête. Cent blessés y avaient reçu nos consolations et nos soins , nous les avions transportés à Philippeville à bord du Sphinx ; je revoyais Gigelly, où je baptisais plusieurs enfants , en confirmais quelques autres , bénissais deux mariages ; et durant ce tempslà, le vaisseau canonnait les Kabyles , Hassounakh recevait une balle en combattant avec intrépidité et

Pad \ \ d CY \ \à 4 (Te

tombait évanoui. Il est guéri depuis long-temps, grace à Dieu.

» A Gigelly il y a environ quatre cents habitants civils et le double de garnison. L'hôpital est remarquable, il est à peine achevé ; j’ai nommé, il y a plus de dix-huit mois, un curé de Gigelly, il n’a fait qu'y paraître à diverses reprises ; il ne peut encore résider , faute d’une cabane et surtout faute d’une église,

» Je ne fis que toucher à Bougie : sa petite église est convenable, le curé y est heureux ; la ville ne renferme que trois ou quatre cents habitants civils, et comme à Gigelly dont elle est à peine éloignée de quinze lieues marines , le double d'habitants militaires. L'hôpital , un des plus anciens de l’Algérie, m'a toujours paru trèsbien tenu.

» Le 28, je débarquais à Alger, et aussitôt j'inaugurais la chapelle de l'hôpital civil. Avant mon départ,

j'avais béni la nouvelle église de Notre-Dame-des-Victoires , la chapelle des Lazaristes , celles de la Miséricorde, de Kouba , du Sacré-Cœur, des Orprelins. Avec ces nouveaux sanctuaires, Alger et sa banlieue comptent déjà seize églises ou chapelles, sans y comprendre les églises des villages nouveaux consacrées

depuis.

» Mais, comment dire notre retraite ecclésiastique , ces saints jours de bonheur si vile écoulés , ces trente prètres de toutes nations ne formant plus qu'une famille, l'évèché devenu comme un séminaire , nos agapes fraternelles au milieu de la cour de marbre des Maures et parmi des guirlandes de croissants, le zèle apostolique et brûlant de notre saint prédicateur , et la rénovation

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des promesses cléricales , et le chant des litanies de tous les saints de l'Afrique dont j’ai poursuivi et retrouvé les restes sacrés (ils sont déjà plus de cinquante); et les jours suivants, la consécrationde l'église de Saint-Eugène de Prariah, celle de la charmante église de Sainte-Philomène de Byr-Kadem, etc... Saintes et délicieuses journées , que je compte parmi les plus belles de mon épiscopat.

» Elles duraient encore que je repartais, traversant les premières chaînes de l'Atlas , remontant désormais sans effort les gorges pittoresques de la Chiffa, pour gagner Médéah. Quelle jolie église, et comme elle a été merveilleusement pourvue de tout ! la croix la domine ; mais bientôt quel sera le hameau , la cité mauresque ou française sur laquelle elle ne brillera pas ?

» Parmi les enfants que j’y baptisais , je n'oublie ni cette charmante pelite Arabe , sauvée des horreurs de la prise de la Smala (sa sœur avait été massacrée à ses côtés en sortant, pour jouer avec elle, de la tente de leur père), et que l’armée victorieuse m'offrait comme son plus précieux trophée ; ni ce petit juif que sa mère, juive encore, et une de ses parenies, en grande parure de juive d'Alger , offraient à leur tour au pied du même autel devant lequel étaient rangés en demi-cercle un certain nombre de juifs émerveillés.

» Le 6 aôut, je traversais les montagnes, j'allais à Milianah , je franchissais le col célèbre de Mouzaya. Quelle soirée , quelle nuit que cette paisible nuit du 7 au 8 aôut, chez les Kabyles , sur la paille fraîchement battue , sous le pavillon magique du ciel, par ce clair de lune si ravissant ! Le 8 , jour anniversaire de ma pre-

mière communion , arrivé sur le col même et à genoux sur le plus haut sommet , je priais pour ceux qui tant de fois et si vaillamment y combattirent , et dont je mouillais de mes larmes les ossements cachés sous les myrthes et les bruyères... C'est alors que , d’une voix profondément émue et retentissante par tous ces échos étonnés, je bénis, en étendant ma croix, ces montagnes, ces campagnes immenses et jusqu'à cette mer lointaine qu’un prince y avait déclarées françaises en étendant sa victorieuse épée, comme je les déclarais chrétiennes en les foulant de ma houlette, en offrant le sang de la Victime sainte |...

» Je célébrai un peu plus tard , sur le revers opposé de l'Atlas, avant le fameux bois des oliviers, au plateau de la croix ; il était dix heures. Figurez-vous des grottes profondément creusées dans le roc vif, portant encore la trace séculaire de leurs premiers habitants; et audessus , une croix, une véritable croix chrétienne , une croix incrustée parmi des touffes de lauriers roses chargés de fleurs embaumées ; du pied de la croix où il enfonce ses racines sauvages, an figuier immense se détache et forme une gracieuse coupole ; l’ouel-el-Bouroumi (le ruisseau du père des chrétiens) couie auprès sous une voûte de feuillage et de fleurs.

» Mais déjà un de nos spahis roule avec effort la pierre sur laquelle s’appuiera l'autel ; un second fait feu avec sa carabine et allume la mèche qui doit éclairer nos rustiques flambeaux ; un autre est descendu et puise duns les burettes éclatantes l'onde pure du Bouroumi. D”: rameaux fleuris s’enfoncent dans nos cierges improvisés dans les anfractuosilés du rocher; d'autres

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gracieux rameaux effeuillés forment le tapis épiscopal ; des stalactites descendent comme de magiques guirlandes. J'ai revêtu mes plus beaux ornements pontificaux , j'attache ma crosse à une ronce qui descend du roc, parmi les pampres de vignes et les fleurs, symbole singulièrement expressif ! j’offre l’auguste Sacrifice , je renouvelle ma première communion ! J'avais prié pour ceux qui succombèrent dans ces lieux mémorables, pour d'anciens et infortunés esclaves chrétiens qui avaient creusé la mine de cuivre voisine , pour ceux à qui je deväis un pareil jour , pour l'Afrique , pour vous , pour vous mille fois bénis que vous êtes de tous les biens que vous ne cessez de nous faire !

» On raconte que lorsque pour la première fois, et encore tout couverts du sang des ennemis, nos bataillons descendant la pente raide du Téniah , arrivèrent à ce plateau, un long et solennel cri de joie s’éleva du milieu de leurs rangs confus, ils saluaient cette croix !.….

» Nous remontons à cheval, et durant vingt heures, à peine interrompues par quelques instants de sommeil sur le tapis d’une tente hospitalière , par un soleil dévorant , épuisés de 3oif et de fatigue, nous chevauchions à l'aventure , parlout accueillis comme des amis, partout bénis nous-mêmes comme des marabouts ; tantôt retrouvant au milieu d’un vaste marché et sous la tente où il rendait la justice, un des principaux acteurs de l’ancien échange des prisonniers ; tantôt traversant d’immenses solitudes , aux bords du Chéliff, sur les pentes des montagnes de Milianah, jusqu'à ce qu'enfin nous ayons pu y camper nous-mêmes un instant. Il était temps

d'arriver , les ardeurs du soleil nous brûlaient le visage et les mains; un de nos chevaux était mort de fatigue , d’autres refusaient de marcher.

» J'allais à Milianah recueillir les restes d’un brave oficier, mon vieil ami, j'allais dire mon frère, né sur les mêmes rives que moi et mort si loin, asphyxié sous une imprudente voûte de lauriers roses, empoisonné par ces cruelles fleurs, si gracieuses et si perfides ; ainsi les plaisirs! J’allais y visiter nos guerriers malades, y baptiser des enfants, préparer une église pour l'arrivée prochaine du nouveau curé de Saint-Adéodat-de- Milianah.

» Avant de repartir, le 11 août au matin, dès les premières clartés de l'aurore , j'étais à genoux, au pied de la cime du mont Zacchar, le géant de ces contrées. Le sol était jonché, par les mains des soldats , de fleurs humides de rosée. Dans la redoute voisine, devant laquelle l’autel se dressait par enchantement , la musique militaire se faisait entendre à travers les créneaux noircis par la poudre; le général Réveu, son étatmajor, la garnison, gravissaient la colline ; j'offrais encore les sacrés mystères, et encore et toujours pour ceux qui moururent en nous y frayant la voie : quel ministère !

» Une heure après, et par des chemins nouveaux, nous redescendions de ces régions élevées. Encore quarante-huit heures, et nous rentrions dans Alger, d'où, après avoir chanté la glorieuse assomption de Marie, nous repartions sans plus de délai le 15 à huit heures du soir, pour continuer nos courses pastorales dans la province de l'ouest,

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» Je visitais d’abord Cherchell, l'ancienne Julia Cæsarea dont je porte le titre épiscopal ; sa jolie mosquée a trois nefs ; j’ai parcouru son hôpital immense, supporté par quatre-vingt-dix-neuf colonnes romaines de granit, dont quelques-unes, les chapiteaux surtout, sont de la plus grande beauté. Ses cinq cents habitants civils et sa garnison célèbrent à l’envi la piété et le zèle de leur excellent curé.

» Après Cherchell ce fut Ténès , l’ancienne Cartenna, puis Orléansville, assise à peine sur d’autres ruines, Mcitaganem et Mazagran , qui tous les jours prennent ur: accroissement considérable et prospèrent ; les campagnes y sont si fertiles ! Il y a à Mostaganem environ deux mille habitants civils et un corps d'armée. Dans ces derniers temps seulement, cent petits Arabes in extremis y ont été baptisés, saintes et joyeuses prémices !

» Arzew , Arsenaria des Romains, célèbre maintenant par son commerce des grains et ses salines, n’avait

.pu jusqu'ici que de loin en loin être visitée; désor-

mais, et sous le patronage de saint Jacques apôtre, sa petite chapelle sera régulièrement desservie par un des pères auxiliaires d'Oran. Non loin coule à travers les sables une rivière aux douloureux souvenirs, la Macta.

» Je revois Or'an, la seconde ville chrétienne du diocèse; car ily a, sans compter Mers-el-Kébir , Miserguin, le Figuier, etc., près de neuf mille catholiques ; l'établissement des sœurs tributaires d'Oran fleurit de plus en plus et rend les plus précieux services ; il y a un an, j'en avais consacré la belle chapelle. L'égiise pa-

roissiale, ancien sanctuaire d’un couvent de religieuses espagnoles bâti par Charles-Quint, dont les nobles armoiries le décorent et sont après tant de vicissitudes aussi bien conservées qu'aux premicrs jours, pouvait conteuir cent personnes au plus. Elle va être livrée au génie militaire , qui poursuit avec activité la construction d'un des plus remarquables hôpitaux de l'Algérie ( i: est destiné à quatorze cents malades } et deviendra chapelle de l'hôpital ; à sa place, nous obtenons une belle mosquée des musulmans au-dessous du quartier Napoléon.

» J'ai comblé les vœux des habitants de Mers-el-Kébir (portus magus). Ils sont déjà quatre cents vivant à terre, et environ trois cents demeurant dans des barques. L'hiver dernier , et pour exaucer , selon que nous le pouvions, leurs désirs sans cesse renouvelés , la messe avait été célébrée sur un trois-mâts , dans la belle rade

qui est abritée par le fort; tous les bâtiments s'étaient rapprochés ; sur le pont , sur les mâts , sur les vergues, c'était une multitude d'heureux fidèles qui s'unissaient aux sacrés raystères avec des transports de joie. Aussi comme ils ont été consolés quand , dans quarante-huit heures, et grace à leur élan unanime, chapelle, presbytère , école, autel, tout a été prêt; les bâtiments étaient pavoisés , le temps était superbe ; j’arrivais dans une barque avec pavillon à l’avantet à l'arrière ; elle bondissait sur la mer argentée; sur le pont des vaisseaux de l’état les tambours battaient , les clairons sonnaient; à terre, la cloche était incessamment agitée ; tous avaient revêtu des habits &e fête: un vieux marin, sa boutonnière ornée de la croix d'honneur , faisait

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Mers-el-Kébir cents vivant à dans des barselon que nous velés, la messe s la belle rade ents s'étaient ur les vergues , ui s'unissaient de joie. Aussi quarante-huit hapelle, presles bâtiments j'arrivais dans l'arrière ; elle ont des vais-

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© D'OGÉANIE. 233

l'office de sacristain ; le maire , ancien marin aussi présidait à tout avec un goût et un zèle admirables.

15 septembre.

» En parlant d’une de mes dernières journées de visite pastorale , je l’appelais une des plus belles de mon épiscopat. Comment dirais-je donc de celle d'hier à Staouëli, à Saint-Ferdinand ? Autour des religieux , tous étaient accourus avec empressement , le maréchal gouverneurgénéral à leur tête. J'ai donc posé cette première pierre ! Nos mains unies comme son épée, leur charrue et ma croix , l'ont donc assise cette vieille pierre carrée , façonnée par un ciseau romain, sur son lit de fer et de bronze; j'ai répandu sur elle l’eau sacrée, avec mes prières les plus ardentes et mes larmes de bonheur ; puis, j'ai laissé mon âme attendrie s’exhaler , s’épancher dans l’âme de mes frères. J'ai offert la Victime du salut, j'ai béni ces champs fameux.

» Tout-à-coup les religieux se forment en couronne, ils sont prosternés devant l’autel de fleurs ; tous rasemble nous redisons avec transport: Zaudate Dominum.. quoniam confirmata est super nos misericoraia ejus. Nous regardions au loin le tombeau de la chrétienne (Kaber el Roumia), pieux témoin de tant de scènes merveilleuses , et auquel nous demandions s'ii en avait

jamais vu de plus extraordinaire. Derrière lui se dessinaient les ruines de l’héroïque Tipasa, la tour blanchissante de Sidi-Ferruch ; nous nous laissions aller à ce calme , à cette joie indéfinissable du cœur, sous le charme de Dieu ; et voici qu’un des frères, un des qua-

torze qui étaient là prosternés tout-à-l’heure, racontait qu’en 1830 , soldat du 26° de ligne, il avait combattu dans ce même caamp de Staouëli, qu'il avait de ses mains intrépide: travaillé à cette même redoute, au milieu de laquelle il recevait avant l'aurore, aujourd'hu; dans le vieux blockaus qui en défendait l'enceinte, la communion des mains du Père François Régis. Dans cette redoute dormiront ceux que le Seigneur appellera à lui du sein du cloître civilisateur de Staouëli…..

» À deux heures nous traversions les palmiers nains, les jujubiers sauvages , les épais buissons qui couvrent au loin le sol; nous avions franchi le ravin de Saint- Ferdinand. Quelle surprise! quelle métamorphose ! quel joli village avec ses cactus, ses vieux figuiers, ses plantations nouvelles , ses maisons , aussi commodes qu’élégantes et admirablement disposées, son camp et surtout son castel couvert d’ardoises et entouré de jardins pittoresques , mais bien plus encore avec sa colonne si gracieusement située , et sa belle croix en fer , ouvrage sorti le matin même de l'atelier des condamnés.

- » En résumé j'ai cinquante mille diocésains catholiques ; dans dix mois j’en aurai soixante mille , tous habitants civils, et quatre-vingt mille militaires. D’après de précieux renseignements, on évalue à cinq ou six millions la population totale du reste ; mon Dieu, que d’âmes! J'ai bientôr plus de cinquante églises ou chspelles , j’ai un commencement de grand séminaire, une école de jeunes clercs, quatre-vingt-seize orphelins ou orphelines chez les sœurs de Saint-Vincent de Paul et ailleurs, trois sociétés de dames de charité, comptant près de quatre cents membres, seize maisons religieuses,

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cinq ou six n Dieu, que lises ou chsinaire, une orphelins ou t de Paul et é, comptant s religieuses,

D'AFRIQUE. 235 d'éducation , de secours, de refuge, d’expiation, de travail, contenant soixante-quinze sœurs, et en y comprenant les frères de la Trappe, soixante-douze frères et soixante-six prêtres.

» À qui tous ces trésors ? à Dieu, parce qu'ils viennent de lui ; à qui après Dieu? à votre OEuvre. Bénissez avec nous le Seigneur , invitez tous vos frères , tous vos associés à le bénir avec vous , et répétons une nouvelle une dernière , une perpétuelle fois : Laudate uen omnes gentes, omnes populi, quoniam PT est super nos misericordia ejus. n

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