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temps de la présence d’un pasteur. C'est ainsi que les paroisses s'organisent jusqu'à présent en Algérie : c'est d’abord un camp ; puis, à la suite de l’armée , des industriels ambulants qui dressent leur échoppe à côté de la tente du soldat; plus tard, arrivent quelques colons, artisans ou cultivateurs , qui se font vivre de leurs mutuels produits quand ils ne se ruinent pas les uns les autres.
» J'étais parti le 4, à six heures du soir , sur le bâtiment à vapeur l'Euphrate. Le lendemain, à la pointe du jour, nous étions vis-à-vis le tombeau de la Chrétienne. Nous croisämes le Chénouan, haute montagne dont le pied est baigné par les flots; plus loin, nous aperçûmes, dans : “rofondeur d’un vallon, un reste d'aqueduc romain, et le 6, au matin, nous débarquâmes à Scherchell.
» Notre premier soin fut de chercher une église et un presbytère parmi les anciennes mosquées et les maisons désertes. Tous les édifices de quelque importance avaient été pris pour le service de l’armée , et il fallut nous contenter d'une petite djema ( mosquée ) qui tombait en ruines. Une vieille masure , située tout près de là, fut désignée pour Oger mon confrère. On mit sur-le champ la main à l'œuvre pour faire les restaurations les plus indispensables. Ce jour-là même , comme nous étions à déjeûner chez le commandant supérieur, nous entendimes tirer le canon; quelques instants après, on vint nous dire que les Arabes se montraient en grand nombre sur les mamelons voisins, et qu’ils avaient fait une pointe contre nos blockaus , à une portée de canon de la ville. Vous pouvez vous souvenir qu'à cette époque des dé-
216 MISSIONS monstrations semblables eurent lieu sur plusieurs points à la fois.
» Je suis resté huit jours à Scherchell, et voici ce que j'y ai vu de plus remarquable.
» Son site , au bord de la mer, est un des plus beaux que j’aie rencontrés en Algérie. A la distance d'une demilieue, des collines peu élevées et d’une pente assez douce forment autour d'elle un gracieux hémicycle. Sur ces riants côteaux se déploie la plus riche végétation; çà et là, au milieu des bois d'amandiers , on distingue les restes d'anciennes villa et les modernes blockaus élevés par nos Français ; par derrière, et à quatre ou cinq lieues plus loin, s'étend un rideau de hautes montagnes qui bornerait tout-à-fait l'horizon, si, vers le sud-est, un large vallon ne laissait voir la vaste plaine de la Mitidja se déroulant jusqu’à la chaîne de l’Atlas : on aperçoit même Blidah assise au loin sur l’un de ses versants.
» Sur le vaste emplacement que Julia Cæsarea couvrait jadis de ses édifices, Scherchell ne compte aujourd’hui que cinq à six cents maisons, très-basses, construites en terre, et pour la plupart abandonnées. Chaque habitation a sa terrasse pour couronnement, ses galeries intérieures , sa cour ombragée par une treille ou par un figuier , avec une citcrne et un petit jardin clos de murs. Les rues sont assez larges et bien percées; l’eau, qui est abondante’, se distribue au moyen de fontaines placées avec intelligence partout où il en est besoin.
» Il paraît que Scherchell, avant notre occupation, était une ville toute industrielle ; chaque état y avait son quartier; celui des forgerons tenait toute une rue; à droite, en entrant dans la ville du côté du port, on re-
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D'OCÉANIE. 217 marque encore leurs fourneaux et leurs ateliers déserts: celui des cordonniers formait, sur un autre point , une espèce de halle circulaire. La plupart des maisons tombent en ruines ; nos troupes se sont logées dans les meilleures ; pour les autres, on les abandonne à de pauvres colons. Il ne reste pas dans la ville un seul de ses anciens habitants.
» Des quatre mosquées principales on a fait des magasins militaires. La plus remarquable de toutes, celle que les indigènes appelaient la Gr'aiide Mosquée, parce qu’elle est sans contredit la plus vaste de la province, a été convertie en hôpital. Quatre-vingt-dix-neuf colonnes de granit ornent son enceinte. Ce nombre est mystérieux chez les Arabes; c’est aussi celui des grains de chapelet sur chacun desquels ils répètent presque continuellement une des perfections de Dieu. Toutes ces colonnes sont recouvertes de plâtre. selon l'usage des naturels, qui ne connaissent rien de plus beau comme décoration que le badigeonnage en blanc. Elles appartenaient sans doute à quelque temple païen, ou peut-être à quelque église catholique de Julia Cæsarea.
» Dans la premiîre cour intérieure de ce monument j'ai remarqué quatre orangers d'une grosseur et d’une élévation surprenante ; ils ombragent une vaste coupe en marbre blanc, du milieu de laquelle s’élance un superbe jet d'eau. C'était là que se faisaient les ablutions légales avant d'entrer dans la mosquée.
» Ici tout rappelle par des décombres le souvenir d’une grandeur éclipsée; à chaque pas, on rencontre ou
des monuments en ruines , ou des pierres tumulaires sur
lesquelles on reconnaît encore la trace d'inscriptions
presque effacées par le temps. A travers ces débris, un sarcophage surtout m'a frappé, parce qu’il m'a paru chrétien. Deux palmes enveloppent une épitaphe à demi détruite , puis un Bon-Pasteur abritant sous les rameaux de deux oliviers des brebis qui le regardent, tels sont les symboles gravés sur ce tombeau ; ils sembleraient indiquer qu’un martyr on un pontife y fut jadis inhumé. Comme on a creusé de larges fossés autour des blockaus, beaucoup de tombes antiques ont été mises à découvert, en sorte que nous avons pu voir comment on plaçait autrefois les morts dans leur dernier asile, et quels mystérieux objets on y renfermait avec eux. La chambre sépulcrale , terminée en cône à son sommet, est loute garnie de fortes hriques de trente à quarante centimètres carrés. Autour du squelette , presque toujours couché sur le côté , sont déposés différents ustensiles d'argile ou de verre, dont la valeur était sans doute proportionnée à la condition du défunt; ce sont des assiettes, des urnes, des lampes funéraires , de petits flaçons ou instruments lacrymatoires, des morceaux de bois à demi brûlés, des charbons et des cendres.
» . . . Espérons que la terre d’Afrique , illustrée par les travaux de tant de saints docteurs , arrosée du sang des plus généreux martyrs, ne restera pas toujours stérile , et que des rejetons nombreux couronneront encore de leur vert feuillage ce tronc antique qu’on croyait à jamais desséché. »
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