‹ Missions de Jésuites en Russie et dans l'Archipel grecChapitre 10 sur 18 · LI-: l'Élit: GILLES HENKY AU TRÈS-RÉVÈREND PÈRK GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LI-: l'Élit: GILLES HENKY AU TRÈS-RÉVÈREND PÈRK GÉNÉRAL

Mozilok, le 28 septembre 1814.

MoA Très-RévéuExND Père ,

J'ai vu hier M. le Colonel N... à notre quarantaine; c'est la première fois que je sors depuis deux mois. Il vous dira beaucoup de choses pour me tirer d'ici ; mais il n'est point missionnaire. Cruces

nosiras vidct; unctionem non videt J'ai cru devoir

m'exposer un peu pour la vie de mes malades. J'étais certain que la peste n'existait point à Mozdok, mais seulement la fièvre pilcilai et la fièvre maligne^ qui ont certaines marques extérieures ressemblant au

bubon de la peste. Tout à coupon décideque c'est la peste, on met le commandant, le chef de la «>arnison et le major de la place sous le conseil de j^uerre, et on ordonne de ("aire évacuer l'hôpitiil ; dès lors, tous les malades exposés au plein air allaient mourir. J'ai prié le colonel, M. Débout, de ()asser chez moi; c'est lui qui, trompé par un mauvais médecin , réglait cette allàire. J'ai protesté contre le jugement, en assurant que si c'était là la peste, je l'avais sur moimême. Alors on a voulu me traîner à la quarantaine. J'y ai consenti, à condition qu'on fït venir un médecin de Georgierosck . A ces mots, le sot médecin a consenti à entendre raison. On a fait cesser toutes les procédures contre le commandant, etc. Seulement on a persisté à vouloir douter; mais le ciel a ratifié mes eflbrts. Avant les bruits de peste, il mourait chaque jour, delà fièvre, trois ou quatre malades à l'hôpital; mais depuis que je me suis intéressé pour eux, c'est-à-dire depuis deux semaines , il n'est mort personne, et il n'y a aucun malade en danger. Jugez, mon Très-Révérend Père, quelles injustices on commet ici, et s'il ne faudrait pas avoir un cœur de fer pour ne |)as tomber malade ! Après s'être bien fâché, M. Débout m'a remercié. Notre général triomphe, mais le méchant médecin et toute l'engeance de la police grincent des dents contre moi. Faites donc prier pour moi, afin que je me conduise sagement.

Cliaque jour, il se présente tie tels cas où je ne sais fjuel [)aiti prendre, et le vSeigneiir permet cela afin que nos Polonais s'allèrmissent dans la religion, en Novant les eilbrts de la charité, et consitlérant que le Seigneur supplée au défaut de la langue, pour ceux qui peuvent à peine me comprendre.

iS Ole ajoutée par une autre main. — Le P. Henry est continuellement malade, et c'est par un [)[odige continuel que Dieu lui conserve la vie. Un autre fait non moins merveilleux, c'est que la mortalité, qui est trèsgrande à jNIozdok, semble être suspendue lorsque le Père ne peut secourir les malades, puis elle recommence lorsqu'il reprend ses fonctions.

LKPÈKE fllLLES HENHY AU HÉVÉUENO l'ÈRK PHOVINCIAL.

Mzriok, le t-^r juillet 1821.

Moj\ Révérekd Père Provlscial,

Nous profitons de l'excellente occasion que nous oHre Milord Hollingworth, olïicier anglais de l'armée des Indes, et venant de là, pour se lendre en Angleterre; et nous acceptons bien volontiers ses ofTres poiu" vous donner de nos nouvelles, puis nous recommander à vos saints sacriliceset prières.

Voilà seize ans que nous avons été envoyés à Mozdok, au |)ie(l du Claucase, dans l'espoir qu'un jour nous pourrions avoir la permission de pénétrer dans ces montaji^nes pt)ur travailler à la conversion des peuples qui les habitent, et sont tous, ou païens ou mahométiuis : nations sauvages ou féroces, (|ui pensent gagner le ciel en massacrant les chrétiens, et se croient marlvrs s'ils périssent dans les combats.

Après avoir longtemps espéré que les montagnes du Caucase nous seraient ouvertes, l'entn^e nous en l'ut interdite par la malice des hommes. Cependant nous ne demeurions pas oisifs; loin delà : toutes les régions comprises entre IVIozdok, la mer Caspienne et la mer Noire étaient occupées par des stations de soldats polonais callioliques destitués de secours religieux. Sachant le triste état de ces pauvres soldats, le P. Supérieur est allé chaque année les visiter, sans se laisser arrêter par les dangers, les fatigues, le froid, la faim et les misères de toutes sortes, poiu* leur administrer les sacrements.

Mais après l'invasion des Français en Russie, pas un de nous n'eut un seul moment de repos : douze mille Polonais prisonniers furent diiigés de notre côté : presque tous ces malheureux avaient perdu la loi dans leur contact avec les Français, et leurs mo'urs étiùent déplorables. La plupart de ces soldats tombèrent malades en arrivant dans cescon-

Irées insaluljres. Nous nous eiin)iessàmes de les consoler, de les instruire, et, par les œuvres de miséricorde, nous eûmes la consolation de r^miener à Dieu le plus grand nombre de ces malheureux .

dépendant, la peste envahit notre ville à six reprises difFérentes, et la dernière fois, un de nos Pères administra durant six mois nos malades atteints de la peste. Pendant (jue nous donnions nos soins aux pestiférés et autres malades. Dieu nous soutenait et nous consolait : plusieurs agonisants, à peine l'extréme-onclion reçue, recouvraient la santé, d'autres guérissaient au moment où ils recevaient la sainte Eucharistie. Deux pestiférés avaient à peine reçu le saint Viatique, qu'au même instant leurs bubons venant à s'ouvrir et laisser échapper le virus, se sentirent radicalement guéris ; et, recf^nnaissants de bienlaits de Dieu, ils se dévouèrent immédiatement à soigner les autres malades. Ainsi Dieu, sans tenir compte de nos fautes, mais touché de miséricorde à la vue des malheureux, faisait des merveilles en leur faN eur.

Dans toute celte ligne du Claucase, les pavsans et principalement les Cosaques sont adonnes à la magie et aux maléfices : aussi rencontre-l-on une infinité de possédés. Dieu en envoya plus de deux cents à notre Père Supérieur pendant qu'il n isilait nos Polonais ; et la plupart furent délivrés au moven de quel(|ues exorcismes. fies guérisons, où se voyait si manifeste-

meut le doigt de Dieu, portait tous ces pauvres gens à lui rendre gloire.

Nous avons à Mozdok environ deux cents catholiques, presque tous Arméniens, et adonnés au commerce.

Par suite de leurs rapports continuels avec les Mahométans, ils sont loin d'être exemplaires ; mais les femmes sont très-édifiantes par leur patience et leur conduite irréprochable.

Nous \o\ons continuellement à Alozdok beaucoup de personnages dedidérentes nations, passant de Russie en Géorgie, et vice versa. Clomme il arrivait que très-souvent on ne savait où les loger, nous avons bàli un hospice assez vaste poiu" rece^ oir indistinctement tous les voyageurs, et de plus nous les nourrissons gratuitement autiint que possible. Parmi ces voyageurs, nous avons remarqué une dizaine d'Anglais de distinction , entre autres MM, Johnson, Sadler, Middleton, Stressy, Makintosh, Law, etc. Nous étions heureux de pouvoir donner quelques témoiijnaiïes de notre allection à la nation auirlaise.

Nous aNons bâti une assez belle église en style romain : la dépense s^est élevée à quatre mille ducats.

Après avoir fait tout cela avec l'aide de Dieu, dont nous sommes les serviteurs inutiles, nous attendons le moment d'être chassés de cet empire, comme tous

les autres membres de la Compagnie. Mais, hélas ! c'était peu de cherchera nous avilir par ce bannissement, on veut encore nous rendre infirmes en nous amenant, [)ar les plus odieux movens, à l'ajjostasie. On veut nous arracher notre vocation ; mais nous avons répondu au gouvernement, comme au métropolitain, qui nous pressaient de céder, que nous étions bien décidé's. Dieu nous en faisant la grâce, de mourir dans la Compagnie de Jésus.

Mais afin que Dieu nous donne la persévérance, à nous, qui sommes les seuls Jésuites retenus dans cet empire, Votre Révérence voudra bien, comme nous le lui demandons, se souvenir tie nous en ses saints siicrilices et prières.

Je suis, mon Révérend Père Provincial, votre très-humble serviteur en J.-C.

Gilles Heary.

l.i; l>ÈnE (ilLLl'S lIE.MtV AU HÉVÉREND PKHE RECTEUR UU COLLEGE DE liORUKAVK. (Trad. du lutin.)

Mozdok, le IG se|ileml)re 18^21.

Mo> RévérExND Père ,

Un négociant Crancais, M. 1 hej)ès, naliCdcTarbes, qui visitait hier notre ville de Mozdok , el vous por-

Page 1