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piscence. Il fallait qu'un scandale aussi infâme donné par iHi prêtre français fût réparé par un séculier français, M. Gérardi; il est chargé, par un comité qui sacrifie de grandes sommes pour créer des colonies dansle Levant, d'y acclimater la civilisation, et au moyen de ces colons catholiques d'y propager la foi . Cet excellent homme est chargé de l'achat des terres pour y placer cinq à six colonies de bonnes familles catholiques qu'il fera venir de l'ile de Malte. Déjà il a obtenu de notre R. P. Général qu'on lui donnât pour missionnaire le P. Jean Copola, Jésuite sicilien, qui fut pendant deux ans mon compagnon à Syra , et un Frère laïque, qui déjà sont arrivés à Syra. Sed quid hœc inter tantos ?
Un autre excellent catholique est M. le chevalier deCerinis, parent de feu M. le comte de Capo d'istria, né Grec schismatique, jadis élève du collège polytechnique; il a été converti dans le Levant par Mgr de Forbin. Il a perdu son épouse qui était Russe schismatique, mais il eut le bonheur de la convertir avant sa mort. C'est un personnage plein de zèle et très-instruit. A son retour de Paris où il sollicite à présent le remboui'sement d'une somme considérable dont le gouvernement se reconnaît redevable à sa famille, il se propose, en repassant à Malte, d'y choisir des familles de bons catholiques et de les élablir dans l'ile d'Antipaios près de Naxie dont il a acheté la troisième partie.
Jadis la Morëe faisait partie de l'évêché de Co rfou ; elle était confiée à l'évêque deXanthe. Depuis que le roi Olhon vint en Grèce, le Saint-Siège a nommé ^h^v Blaneio évêque de Syra, délégat apostolique de tous les pays de la Grèce où il n'y avait point d'évéque. Alors la régence , pendant la minorité du roi Othon, composa pour la Grèce un code de lois qui n'étaient rien moins que catholiques. Comme j'enseignais alors au séminaire de Syra , Mgr le délégat apostolique mit en moi sa confiance; et comme j'avais pendant la Révolution combattu neuf ans contre les lois anti-catholiques , il me fut facile de recommencer en Grèce, et, a^ ec l'aide de Dieu , nous nous oj)posâmes tellement à toute nouveauté que l'Eglise catholique est parfaitement libre en Grèce et jouit de tous les droits et privilèges qu'elle possède à Rome même. Le roi étant arrivé à sa majorité, on voulut le faire rebaptiser, et l'obliger à professer la religion grecque. Alors sous le nom de Mgr le délégat, je composai une espèce de jugement dogmatique; le roi le reçut, s'y soumit avec respect et aima mieux voir différer son couronnement que de trahir scandaleusement sa religion.
Je ne vous dirai point que le roi Othon soit un monarque grand politique ou grand guerrier ; mais je vous assure que c'est un roi vertueux , juste, modeste , religieux , et vraiment incapable de tran-
sigeravcc le vice, l'erreur ou l'injustice. De telles et si rares qualités ne peuvent manijucrde le rendre trèsbon roi, et jene sais s'il en existe un qui soit plus agréable au Seigneur et plus ami de la vertu. Il s'occupe journellement pendant douze heures aux allàires du gouvernement ; souvent, quand la reine l'appelle pour tliner, il la laisse manger seule s'il n'a pas terminé sa tâche. Clomme on craignait (ju'un Ici travail n'altérât sa santé, surtout s'il faisait maigre tout le carême, son médecin, fervent catholique, et son aumônier en écrivirent à ]\Igr le delégat qui renvoya l'aHàire à Rome. Or Mgr le délégat, par ordre du Saint-Siège, tint lui-mt"'me accorder la dispense. Sa Majesté protesta toujours qu'elle ne voulait pas alléguer de nécessité , qu'il étiiit fils obéissant. On dispensa à condition qu'il ne mangerait qu'un plat de viande, mais de viande ordinaire, en un mot un ])eu de bouilli et encore en petite quantité. Il accepta liimiblemcnt ces conditions.
Dès son arrivée en Grèce, quand vint la semaine sainte fqui précède celle des Grecs), il fit arborer sur son palais le pavillon noir. Les ministres, croyant qu'il était mort quehju'un de sa famille, se présentèrent pour lui iaire les compliments de condoléance. « Non , dit-il , il n'est mort personne tie ma famille, mais mou Rédempteur est mort , et j'en porte le deuil. » A Noël (qui n'arrive pour les Grecs
que le 6 janvier), il fit fermer tous les tribunaux , disant qu'il était catholique. Les Grecs de Syra avaient dépensé des sommes énormes [)our préparer, à lui et à son cortège, un festin somptueux ; nous l'avertîmes que c'était le jour des cendres ; il répondit au magistrat qui venait l'inviter à ce diner : « C'est jeûne pour nous catholiques. » Et personne n'alla au festin. Quand il visite nos îles , il invite toujours les évèques et tout le clergé à sa table. Le clergé grec se présenta, espérant recevoir le même honneur ; le roi le reçut dans son antichambre et se hâta de le congédier. S'il entre dans les églises grecques, même entouré de tout le clergé et de liv magistrature , il y entre la tète couverte, au lieu (ju'il entre tête nue, avec la plus grande dévotion et recueillement, dans nos églises, et, si l'on tarde à l'y conduire , il dit lui-même : « Allons à la métropole. »
Voici une petite anecdote sur ce prince : lorsqu'il vint la première fois à Tine , il était au milieu du clergé, on le conduisait sous un dais à la cathédrale. Comme chacun criait : Vive le roi Ot/ion ! notre Fière Winterhalder , Allemand de nation, cria la même chose en allemand, l^e roi se retoui-ne, l'aperçoit , le tire à côté de lui sous le bakhujuin , et ils vont ainsi compère à compagnon jusqu'à l'église. Les Grecs frémissaient de rage. Au sortir tie
l'église , le roi reprend notre Frère et avec lui marche sous le dais au milieu du cortège. On attendait le roi à un déjeuner préparé par la municipalité; mais notre Frère , siuis tant de céi'émonie , dit au roi : Mais, sire, est-ce que vous ne nous ferez pas une visite? — Allons, répondit le roi, où est votre monastère ? — Le voici. Le monastère était une maison toute pourrie et maintenant abandonnée. Le frère lui montre le chemin. Le roi entre avec son Frère Maximilien. Notre frère, sansperdrecontenance, présente au roi et à son frère de la limonade ; ils la boivent. Le roi demande au Frère s'il désire retourner en Allemagne : « Très-volontiers, sire, si le roi votre père appelle les Jésuites en Bavière ; sinon, je n'y veux pas retourner, ]\Iais, sire, on dit que les Grecs veulent chasser les Jésuites de la Grèce. — Quoi donc ! reprit le roi , ne suis-je pas catholique ? Ne craignez rien. » Le Frère olirit une image au roi et une à son frère ; ils les acceptèrent. Enfin le Frère promit au roi de lui écrire. Il le fit et lui envoya en cadeau la vie de saint Joseph écrite par le P. Patrignani. Il faut remarquer que ce Frère avait une figure d'ange qui lui caj)tivait tous les cœurs.
Lors de la dernière Révolution, les années |)assées, on obligea tous les fonctionnaires publies de faire le semient d'obéissance aux lois. Nos confrères de
Svra et quelques-uns de mes élèves s'aperçurent du piège. Mgr le délégat apostolique ne cessa de piotester, et nos catholiques ne cessèrent tle reCuseï- le serment (jue lorsque le ministre leur [)ermit d'y mettre par écrit la clause : « sauf les droits, les lois et 1rs priviléçjes de r Eglise calholique ». Voilà donc comme nous triomphons toujours et comme l'Eglise grecque est toujours vaincue. Toutefois^ ces avantages, nous ne les devons pas à nous seuls, mais à ceux qui sont venus avant nous.
Nous lisons dans l'histoire du Concile de Trente publiée par le cardinal Pallavicini, que, du temps de Pie IV, les orateurs de la république de Venise représentèrent aux Pères du Concile , que tous les |)('uples de la Morée et des îles professaient les mêmes dogmes que l'Eglise romaine, étaient soumis au Souverain Pontife, en recevaient des évèques et tous les règlements ; (ju'ils difléraient seulement du côté du rite. Il est vrai que le Saint-Siège, voyant l'ignorance de leur clergé, subordonnait ordinairement l'évêque du rite grec à l'évéque du rite latin. Qui plus est, vers l'an 1660, la Sacrée Congrégation décitia (jue, comme la poj)ulation grecque de Tine surpassait la population des Latins, ceux-ci devaient se conformer aux Grecs pour le calendrier; au lieu qu'à Malte, les Grecs, étiuit en plus petit nombre, de- Naicnt se conformer à notre calendrier. Alors, nos