‹ Missions de Jésuites en Russie et dans l'Archipel grecChapitre 2 sur 18 · X[II · texte numérisé non relu

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à ce même représentant du Saint-Siëge de s'abstenir de toute signification et promulgation du Bref de suppression aux Je'suites de ses Etats, ceux-ci se trouvèrent dans la plus déplorable alternative : celle de passer pour rebelles au Saint-Siège; ou bien de se séculariser , sans avoir été canoniquemeut déliés de leurs vœux.

Pour sortir d'une position si fausse et si pénible, les Jésuites s'adressèrent au représentant du Saint-Siège à Varsovie ; mais le nonce garda le silence. Le Provincial des Jésuites se rendit alors à Saint-Pétersbourg , pour supplier Sa Majesté l'impératrice de révoquer ses ordres, et de permettre à l'évêque de Mallo in partihus de promulguer le Bref de suppression.

Dans la supplique présentée à Catherine II, le P. Czerniewicz disait à l'impératrice : « Par tout ce qu'il y a de plus sacré, nous supplions Votre Majesté de permettre que

nous rendions une publique et prompte obéissance à l'autorilë spirituelle suprême qui réside, pour nous, dans la personne du Souverain-Pontife romain , et d'exécuter les ordres qu'il a donnés de l'abolition de noire Compagnie, etc.. >

Catherine répondit au Provincial : « Vous et tous les autres Jésuites devez obéir au pape , dans toutes les choses qui appartiennent au dogme. Dans le reste , vous devez obéir à vos souverains. Je m'aperçois que vous êtes scrupuleux. Je ferai écrire à mon ambassadeur à Varsovie , afin qu'il s'entende avec le nonce du pape , et qu'il vous ôtece scrupule. Je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde. »

L'impératrice tint |)arole : elle obtint de Rome, et de Clément X IV lui-même, la permission de ne point publier le Bref de suppression, et sur ce fait (capital, les pièces ne nous manquent pas. Si nous les omettons dans

ce rapide expose , c'est que nous n'écrivons pas l'histoire des Jésuites en Russie, sous les pontificats de Clément XIV et de Pie VI. Cette histoire existe, et nous prions les lecteurs curieux de détails et de pièces officielles, de les lire dans les PP. Boero, de Ravignan , Curci, Theiner et M. Crétineau-Joly.

Pour nous, notre but se borne à rappeler le point capital de la question, et à montrer la cause de ce brouillard épais qui enveloppa si longtempsle fait des Jésuites de Russie et leur donna cette fausse apparence d'insoumission.

Mais avant de passer audit examen, prions nos lecteurs de s'arréler un moment à cette impossible, moralement impossible supposition de révolte contre le Saint-Siège. En effet, comment imaginer une telle folie? Quoil des centaines de religieux, de prêtres vieillis dans la pratique des conseils évangéliques, vénérés pour leurs talents et leurs bonnes œuvres, dévoués depuis tant d'années au ser-

vice (le la sainte Eglise romaine, se lèvent tout à coup contre son chef, le Vicaire de Jésus-Christ, et lui crient du fond de la Russie le sacrilège Non serviam de l'ange déchu! Et tout cela pour rester porteurs d'un habit prohibé, et n'être plus que des sinuilacres de religieux î Et tout cela pour se donner Tabominable satisfaction de résister à l'autorité la plus vénérable qu'il y ait sur la terre ! Et tout cela pour se damner comme à plaisir, en violant des promesses sacrées, et scandalisant les catholiques et même les sectaires séparés de l'Église !

Si les Jésuites russes avaient pu arriver à cet oubli d'eux-mêmes , à cet incomparable excès d'extravagance, il fallaitles traiter non de rebelles, mais d'insensés^ il fallait non les maltraiter, mais les enfermer, comme il convient à des gens qui ont donné des signes évidents d'aliénation mentale.

Les Jésuites russes n'étaient ni des rebelles

ni des insensés, et leurs ennemis les plus clairvoyants le savaient bien ; et voilà pourquoi ils mettaient tout en œuvre pour obtenir la promulgation du Bref de suppression; mais tous leurs efforts vinrent se briser contre l'inébranlable résolution de l'impératrice.

Maintenant il importe de revenir à la question posée ci-dessus, c'est-à-dire: comment et pourquoi la position des Jésuites en Russie demeura-t-elle si longtemps comme enveloppée d'un nuage, et cela, non -seulement sous le règne de Clément XIV, mais durant celui de Pie VI ?

Pour tirer les Jésuites russes de la fausse position où ils se trouvaient par suite de la publication du Bref Dominus ac redemptor^ il aurait fallu un acte non pas seulement authentique et certain, mais bien un acte public, incontestable*, or cet acte solennel ne fut publié que vingt-huit ans après celui de Clément XIV.

Ainsi, de 1773 à 1801, les Jésuites russes continuèrent à vivre, grâce à la permission du Saint-Siëge, mais sans avoir en main une pièce officielle, émanant directement de lui, à montrer à leurs ennemis; sans avoir le Bref qui devait rétracter à la face du monde catholique le Bref de destruction.

Le fait certain et maintenant démontre par les historiens et les preuves authentiques à l'appui , est que Clément XIV, lui-même, autorisa directement l'impératrice de Russie à conserveries Jésuites de ses Etats. Le pape avait permis la non-puhlication du Bref ; « Jcsuitse in ils regionbii/s permanebunt in statu quo^ cuni hahitu, privilegiis et regulis usquc ad novam decisionem. » Clément XIV mourut bientôt, et son successeur conserva, protégea et bénit les Jésuites de Russie. Et pour combler les vides que la mort faisait parmi les soldats restés debout après l'extermination de 1773, Pie VI permit l'ouvcrtured'un noviciat.

— \1\ — Ainsi donc, les Jésuites russes parfaitement rassures sur le point capital, celui de l'approbation duSaint-Siëge, ne cessèrent jamais de travailler et de se dévouer au salut de la Russie, d'où ils se répandront plus tard, sur tous les champs de bataille où leurs devanciers avaient autrefois combattu.

Maintenant , nous devons aller au-devant d'une autre objection que nous voyons sur les lèvres de nos lecteurs , et cette objection la voici : Sans doute, il suffisait aux Jésuites russes, ])0ur la tranquillité de leur conscience, de savoir leur conduite approuvée, au moins in petto , par le Souverain-Pontife ; mais pourquoi ne pas enlever à la malignité de leurs ennemis tout prétexte de les calomnier, en déclarant publiquement, officiellement, la régularité de leur fait, la légitimité de leur existence : en un mot^ pourquoi le yjape, qui approuvait secrètement les Jésuites, ne le disait-il pas hautement, laissant ainsi les Je-

suites et le Saint-Siège lui-même exposes à la critique, aux attaques et , disons-le, au mépris (les honnêtes gens, peu ou mal informés de Télat des choses ? Pourquoi, entin, celui qui pouvait et devait parler gardait-il le silence dans une affaire aussi grave ?

Oui, sans doute, dans un cas si grave, dans une affaire où il y allait de Thonneur de la Compagnie et du Saint-Siège lui-même, oui, sans doute , on pouvait désirer que le Souverain-Pontife élevât la voix et déclarât la vérité... Mais le pouvait-il? Là est toute la question. Or, il est évident, après avoir examiné la situation faite au Souverain-Pontife, qu'il ne pouvait agir ouvertement , sans exposer les Jésuites et le Sainl-Siége luimême à de nouvelles persécutions ; et cela est facile à démon Irer : il sullil, en eflet , de ramener un moment sur la scène les acteurs qui ont joué les principaux rôles dans la suppression de la Compagnie.

AiiQ de complaire aux princes catholiques, Clëinenl XIV avait pris toutes les mesures pour activer la dispersion des ex- Jésuites. Une commission créée par lui , et choisie parmi les plus emportés contre la Compagnie, devait mettre eu œuvre les moyens les plus propres à hâter la prompte exécution du Bref de suppression. Le premier soin de celte commission fut naturellement de mettre la myin sur les biens de la défunte Compagnie , puis d'éloigner les anciens propriétaires de ces biens , et même de mettre en lieu sur ceux qui, ayant rempli les charges les plus ini[)ortantes , pouvaient avoir une certaine influence sur leurs anciens confrères, et devenir un centre de réunion et , par là même, un centre d'action. Ces crainles , comme l'événement le prouva, étaient parfaitement chimériques •, mais la commission n'eut point de repos, que les Jésuites ne fussent éloignés et dispersés; il lui sembla

que le moyen le plus simple, pour se préserver d'un péril imaginaire, et gratuitement supposé, était d'enfermer au château Saint-Ange tous ceux dont on avait ou feignait d'avoir peur. La plupart des prisonniers avaient, et de beaucoup , passé l'âge où l'on rêve des coups de tête. Se figure-t-on une révolte de ces quelques Religieux septuagénaires , octogénaires et même nonagénaires , contre les rois d'Espagne, de Portugal, de France, de Naples, l'empereur d'Autriche et le pape.** Et cependant, c'est grâce à la frayeur qu'ils inspiraient, qu'on les retint dans ce carcere (luro , où plusieurs ont eu le bonheur de passer à meilleure vie.

A la mort de Clément XIV, les agents de Charles 111, faisant métier de sentinelles autour du cliâteau Saint-Ange , ne perdirent |)as de vue le porte-clefs de la forteresse. Et le pa[)e venait à peine d'expirer, que l'ambassadeur d'Espagne, fidèle à la consigne de

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son maître Charles lïl , vint la signifier au doyen du Sacrë-College ; et, de ce ton qu'il avait su prendre avec le pape défunt, il jetait cet ordre insolent au milieu du conclave : « Le roi mon maître entend qu'on lui réponde des prisonniers du cïidteau Saint-Auge. » Ainsi fut fait , car Charles III n'aurait pu dormir en paix, s'il avait su le P. Ricci en liberté.

Pie VI à peine monté sur le trône pontifical s'entendit faire les mêmes sommations. Monino, Bernis et les autres agents de la plus odieuse outrecuidance vinrent s'agenouiller devant le Vicaire de Jésus-Christ, pour lui dire insolemment , comme autrefois les Juifs : Ne délivrez pas votre prisonnier, autrement vous encourrez l'indignation du roi : si h une dimittis, non es amiciis Cœsaris !

Dans le mémorial présenté à Pie VI , le 31 mai 1775, au nom des cours — y compris celle d'Autriche — on lui rappelait les enga-

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