‹ Missions de Jésuites en Russie et dans l'Archipel grecChapitre 3 sur 18 · XIV · texte numérisé non relu

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gemenls de son prédécesseur, et Tobligalion [)our lui de respecter le Bref" d'abolition* puis on Tavertissait qu'il eût à se garder de rien faire en faveur des ex-Jésuites ^ on alla même jusqu'à le prévenir qu'il aurait près de lui des agents en mesure de tout voir, de tout savoir et même de tout deviner! Ces insolences à demi-voilées par la phraséologie diplomatique n'étaient pas une simple menace, mais bien un programme qui fut suivi ad litteram,. "

Bernis et Monino , pour mieux surveiller les ex-Jésuites et le nouveau pape, se crurent tout permis, et descendirent jusqu'au métier d'agenls de police. Bernis, qui s'était donné la mission de conduire peu à peu son ami le pape défunt a jusqu'au milieu de la rivière », comme l'écrivait son complice Monino, jouait le même rôle auprès de Pie VI, mais avec moins de succès.

Le 2G août 1 778, Bernis écrivait au ministre de Louis XVI : « Sa Majesté doit être assurée

(et elle le voit journellement par ma conduite), que je serai très-attentif à déconcerter des projets (de rétablissement), qui ne pourraient que troubler l'Eglise et compromettre le Saint-Siëge... Je surveille sans cesse le pape comme un enfant d'un excellent naturel, mais trop vif, et qui serait capable de sauter par la fenêtre, si on n'y prenait garde. »

Dans sa dépêche du 2 septembre 1783, Bernis disait à Vergennes : « Les réflexions que vous faites sur les affection du pape, sur sa conduite et sur la situation actuelle de la cour de Rome, sont on ne peut plus justes et plus judicieuses. Il est certain que si Pie VI ne craignait pas de se brouiller avec les grandes cours, guide par les préjugés qu'il a, avec la crainte que lui inspire le parti des Jésuites et l'inclination secrète qu'il ne sait pas assez dissimuler , de favoriser ce parti , on pourrait craindre quelque grande imprudence de sa |)art, d'autant plus qu'il agit souvent sans

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réflexion et qu'il n'est pas assez maître de ses premiers mouvements; mais Pie VI est plus hasardeux que hardi et plus timide encore qu'entreprenant. 11 essaie de temps en temps de certaines démarches, et retourne en arrière quand on lui résiste. Vous avez dû en juger ainsi par les deux dernières lettres qu'il m'a écrites et par la révocation subite des pouvoirs de confesser et de prêcher, accordés clandestinement aux ex-Jésuites de la maison du Jésus. Ce dernier acte de vigueur a déconcerté les espérances chimériques d'une résurrection prochaine; il a attiré au Saint- Père des reproches, et peut-être des menaces; je m'attends qu'il fera en faveur du parti (des Jésuites) tout ce qui ne le compromettra pas formellement avec nos cours...

(( Malgré cela, nous pouvons nous reposer sur la vigilance de la cour d'Espagne, sur la fermeté de ses principes et sur la connaissance parfaite qu'a du pape M. de Floride

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Blanche (Monino), ainsi que de l'état actuel de la cour romaine. Je crains plutôt une trop grande sévérité de la part de l'Espagne, que de l'influence ou de la faiblesse.

« ...Je voudrais bien dans ces circonstances que l'humeur ne l'emportât pas sur la réflexion. Au reste, Monsieur, il faut encore un demi-siècle pour éteindre la clialeur et la fermentation occasionnées par la suppression des Jésuites »

Bernis parle ici comme le persécuteur des Jésuites à Bologne. Le cardinal Malvezzi écrivait en effet à Clément XIV, peu de temps avant la suppression : « Les liens qui unissent les Jésuites aux nations sont de telle nature que l'entreprise serait impraticable, si Varrét suprême ne partait du Vatican. Lorsque l'édit sera émané de Votre Sainteté, il sera encore difficile de l'exécuter sans fomenter le mécontentement .des peuples, qui cependant se résigneront, avec le temps, aux dispositions voulues. »

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Dans la même dépêche, Bernis disait encore : « Le grand mal est que le parti (des Jésuites) prédominante Rome, remplira le Sacré-Gollége et la prélature de sujets à leur dévotion, et contraires par conséquent à nos cours et à nos maximes ; mais à cela il y a un remède qui produira toujours son effet: c'est que, dans nos affaires avec Rome, il faudra toujours tacher d'avoir raison , de ne proposer rien d'injuste ni de trop extraordinaire, et d'employer ensuite l'adresse et la fermeté nécessaires. Les corps physiques agissent les uns sur les autres à raison de leur masse ; il en est de même des corps politiques. La cour de Rome a de l'orgueil et des prétentions ^ mais les grandes cours ont la force en main et savent bien qu'il ne tient ([u'à elles (sans altérer le symbole de la foi), de mettre à la raison le conseil du Vatican. Tout dépendra, à l'avenir , de la sagesse, de la dextérité et de la fermeté des ministres du

roi à Rome. D'ailleurs toutes les cours aujourd'hui out à peu près les mêmes maximes, pour contenir les •souverains pontifes dans l'enceinte de leurs véritables droits. »

Cette dépêche de Bernis n'a pas besoin de commentaires : le programme de notre cardinal-ambassadeur est des plus simples :

(f Ne pas altérer le symbole de lafoi^ — mettre à la raison le conseil du Vatican^ — contenir les papes dans leurs véritables droits. >' Gela fait, et ce n'est pas difficile avec des ambassadeurs remplis, comme dit Bernis, de sagesse, de dextérité et de Jermeté, — cela fait, tout ira bien, les papes étant mis à la raison ! Malheureusement, quelques lignes plus haut, Bernis gâtait et même ruinait d'avance tout son programme en mettant pour condition au projet de « contenir les papes » , qu'// faudra toujours tâcher d'avoir raison, et ne proposer rien d'injuste ni d'extraordinaire.

Voilà, c:i effet, qui est parfaitement parler 5

mais alors comment se permettre de >< conduire tout doucement le pape au milieu de la rivière, » pour le forcer à se noyer avec les Jésuites? Voilà ce que Bernis appelait u tâcher d'avoir toujours raison, et ne rien faire d'injuste et d'extraordinaire I Mais ne demandons ni logique , ni caractère , ni esprit de foi à noire cardinal-ambassadeur; ce serait se montrer trop exigeant, et nous avons vu pourquoi, dans notie dix-septième Document.

Coninie dans ce dernier Document, nous pourrions multiplier ici les citations et rappeler les faits à Tappui de notre affirmation, savoir : que Clément XIV, cédant à la pression des princes, détruisit les Jésuites, pro hono pacis; et que Pie ^ 1 n'osa les rétablir pour les mêmes causes. Cependant, il fit en leur faveur tout ce qui était possible , et les Jésuites, comprenant l'impossibilité où se trouvait le pape de faire plus, se contentèrent d'une approbation tacite, ou non officielle, de

leur existence en Russie. Ce bon plaisir du pape, une fois connu el certifie, les Jésuites n'avaient plus qu'à bënir Dieu, et travailler silencieusement, loin de Rome, en attendant que Pie VII leur en rouvrît les portes.

Maigre toute la prudence de Pie VI, son approbation secrète des Jésuites russes ne pouvait échapper à la pénétration des agents de Charles III, qui surveillaient le pape, et l'avaient prévenu qu'ils sauraient tout, et même deviner ^ s'il en était besoin.

Et de fait, Charles III devina si bien le secret de Pie VI, qu'il se mit en devoir de couper le mal par la racine en s'adressant non plus seulement au pape, mais à sa comj)lice l'impératrice de Russie, espérant bien, afirès tant de succès sur les princes catholiques , réussir auprès d'une princesse schismatique, et sans doute trop heureuse de lui sacrifier les proscrits réfugiés chez elle.

Malheureusement pour Charles III , Ca-

iherine avait une tête assez solide pour porter la couronne, et ne pas commettre une bassesse , clans le but de complaire à la baine insensée du persécuteur des Jésuites. La scbismatique impératrice le prit sur un ton assez russe, pour ôter à Sa Majesté Catholique l'envie de revenir à la charge. Voici ce spécimen de style décourageant : « Je fais savoir à Votre Majesté la résolution que j'ai prise, de conserver l'Institut des Jésuites dans mes États, résolution à laquelle je me suis déterminée pour des motifs à moi connus. Et comme je ne me suis point opposée aux intentions de Votre Majesté , dans votre monarchie, à l'égard de ces mêmes religieux, j'espère que Votre Majesté voudra bien ne mettre aucun obstacle à ce que je fais en leur faveur dans mon empire. Je fais également savoir à Votre Majesté que, dans toute cette affaire, je n'ai rien demandé au pontife régnant (Pie VI), et que je n'en ai rien obtenu. Je n'ai fait

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que me servir des pouvoirs qui m'avaient elé accordes par le feu pape Ganganelli. Je préviens donc Votre Majesté de ne vouloir faire à Sa Sainteté la moindre plainte à ce sujet, ni de lui causer aucun désagrément ; car je me tiendrais cela fait à moi-même, et je me verrais obligée de prendre sa défense , au risque même de ma couronne, s'il le fallait. »

Avec une femme qui laissait voir un canon à côlé de son écritoire, il fallait se le tenir pour dit, Charles 111 le comprit et mourut sans avoir acJievé les protégés de Pie VI et de Catherine qui se multiplièrent en Russie , jusqu'au jour où le roi Ferdinand VII les rappela en Espagne, pour réparer les actes insensés arrachés à l'incapacité de son aïeul Charles 111.

Nous avons raconté très-succinctement pourquoi et comment le Bref de suppression n'atteignit pas les Jésuites de Russie; nous avons omis les détails qui auraient, sans uti-

litë, fait un volume de cette introduction. Pour les lecteurs curieux de ces détails, que nous devions omettre, ils trouveront ample satisfaction dans les auteurs qui les ont recueillis avant nous, et qui sans doute ne leur sont point inconnus : nous parlons des Pères Boero, de Ravignan et Curci, de MM. Crétineau-Joly , Colombet , Lamache , et des Précis historiques de 1861. Nous ne parlons pas de M. de Saint-Priest et du P. Theiner, ne voulant citer ici que des historiens sérieux. Une autre raison d'avoir omis les détails dans cette introduction , c'est l'espérance de voir bientôt l'histoire des Jésuites en Russie publiée par un écrivain qui connaît parfaitement ce pays et la Compagnie ; nos lecteurs ont déjà nommé le P. Jean Gagarin dont on a lu avec tant d'intérêt les importantes publications sur la Russie.

Ce Document se compose en partie des Lettres du P. Gilles Henry , Jésuite belge, qui, à lui seul, nous fournira la matière d'un autre Document sur les missions de l'Archipel grec, où il acheva sa carrière après un demi-siècle de travaux apostoliques. En tête de cette prochaine publication, nous ferons mieux connaître l'intrépide missionnaire qui s'est éteint sur les rochers de l'île de Chio , le 26 décembre 1856, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.

Les autres Lettres de ce Document sont signées par des Jésuites Polonais, Allemands, Hollandais, Belges et Français, qui avaient été chercher en

Russie la liberté, que la libre Europe leur refusait (le porter le nom et l'habit tie la Compagnie de Jésus.

Ces Lettres proviennent en partie de la collection du P. Geerts, Jésuite belge : nous en devons la communication à la libéralité du R. P. Matthys, recteur du Collège d'Anvers et à son excellent bibliothécaire , le P. Weemaes , qui a bien voulu copier ces Lettres, et traduire en français le petit nombre de celles qui étaient en flamand.

dp: S JÉSUITES

LETTRE DO PÈRE GILLES HENRY AU RÉVÉREND PÈRE ADAM BECKERS, A ANVERS (?).

Riga, le 21 juin 180i.

Mon Très- Révérend Père ,

J'espère que cette lettre vous trouvera parfaitement rétabli, et que le R. P. Groenen continue toujours à faire des progrès vers une parfaite santé. Nous arrivâmes hier ici, nous étions les seuls passagers, notre capitaine a eu pour nous toutes les attentions, et notre voyage a été, quoique un peu long, des plus heureux et des plus gais. Nous ne saurions assez nous louer de l'accueil qu'on nous fait ici; nous n'en partirons que mardi prochain. Dunahourg n'est qu'à trente-deux milles de Riga, nous nous y rendrons |)ar une diligence, accompa- T. I

gnés de l'un des Révérends Pères chez qui nous sommes, lequel retourne à Poloez reprendre et continuer sa l'onction de professeur de philosophie. J'ai employé le temps, depuis que nous sommes arrivés, à faire des questions. Rien de jilus certain que le dévouement du Saint-Père envers la Compagnie ; il donnera, quand il sera possible d'en avoir, des Jésuites à tous les princes cpii en demanderont, et il voudrait qu'ils en demandassent tous, et qu'il en eût à leur en donner à tous. J^'érection d'un noviciat en Russie, après le Bref de Clément XIV, est un de ces événements où l'on ne sait assez admirer la divine Providence qui sauve par les moyens mêmes qu'on employait pour perdre. Les ennemis de la Société, sachant que le métropoliti»in de Russie était extrêmement contraire aux Jésuites, lui firent expédier un Bref, où tout pouvoir lui était donné sur les religieux. Ils comptiiient par là que le métropolitiiin abattrait cette petite branche, que n'avait point atteinte le Bref destructeur, du tronc de l'arbre. Le métropolitain exhiba sa patente au gouvernement. Le ministre, qui voyait avec peine qu'enfin la mort viendrait enlever ce qui restait des Jésuites, saisit au bond l'occasion, et ayant fait voir à l'impératrice que le métrojx)litain avait tout pouvoir, celle-ci fit dire au métropolitain « qu'il kii serait très-agréable que

les Jésuites ne mourussent point clans ses Etats », et de là vint la permission de prendre des novices.

Le R. P. Rranzl me cite un autre trait : il le tient de la bouche d'un Jésuite qui l'avait appris du Frère même dont il va être question. Le H. P. Général Retz étant près de mourir parlait comme en lui-même de la destruction de la Société en Portufjal, en Espar/ne, etc.^ etc., et il finit en disant « qu'enfin la Société ne tiendrait plus qu'a un fil, mais que ce fil ne se romprait point ». Le Frère qui était près du malade, crut qu'il était en délire, et ne dit rien de ce qu'il avait entendu, sinon longtemps après, lorsqu'il vit que l'orage se formait et commençait à fondre sur la Société.

L'église de cette ville était desservie par les Religieux de Saint-François. Les catholiques de l'endroit et des environs ont présenté une requête à l'empereiu* pour avoir des Jésuites : ce n'est que dej)uis trois mois environ que trois Pères sont venus et sont en fonction. La secte protestante et ses ministres sont en plein discrédit parmi leurs adhérents mêmes : on a à ce sujet de grandes espérances, même de récupérer un jour l'église et le collège que la Société avait il y a cinquante ans dans cette ville.

Plusieurs Jésuites allemands , sans craindre la froide Russie, viennent reprendre place sous les

(lraj3eau\ de saint Ignace. Nous trouvons ici comme prédicateur allemand le R. P. Krànzl, de la province de Bavière; il était devenu chanoine à Neubourg près Ingolstadt, il est arrivé ici depuis trois semaines : il remplacera le R. P. Prœll qui va retourner à Polocz. Nous trouverons à Dunabourg le R. P. Eckart, de la province du Rhinsupérieur, vénérable vieillard : né en 1721, il est venu d'Augsbourg il y a neuf mois : il était il y a cinquante ans dans les Missions et tomba sous la main du fameux Pombal ; il a passé dix-sept ans dans les prisons de Saint- Julien en Portugal (1).

Le P. Angiolini en habit de Jésuite, dans Rome, a excité en divers sens l'attention publique. Il voulait quitter cet habit, la vénération des uns et l'épouvantail des autres ; mais l'envoyé russe à Rome l'en a empêché, cet envoyé a quitté Rome à l'occasion d'un Français émigré, naturahsé Russe, réclamé par l'envoyé , et cependant livré par le

(1) Le vénérable vieillard dont le P. Gilles Henry vient de parler, est le P. Anselme Eckart, l'auteur du journal publié dans notre Document IX. C'est lui qui, par une sorte de miracle, sorti vivant des mains de Pombal, a raconté la mort héroïque de ses compagnons de martyre, dans les souterrains de Saint-Julien. Dieu sembla conserver cette relique vivante pour encourager ceux qui venaient se vouera l'apostolat au fond de la Russie. Le vénérable religieux acheva son laborieux pèlerinage à Polocz, le 29 juin 1809, à l'âge de quatre-vingt sept ans.

Pape aux Français qui avaient requis son arrestation. Le Saint-Père a écrit à l'empereur, et l'on espère qu'il n'en résultera rien de désavantageux; mais le P. Angiolini perd un grand soutien.

Le noviciat a été transféré à Dunabourg à la réserve de quelques novices qu'on a retenus à Polocz, entre autres M. Jacobs de Diest : on est occupé à agrandii' les bâtiments à Dunabourg. C'est une ville, à ce qu'on nous a dit, de très-peu de considération : les écoliers n'y sont qu'à environ une centaine, mais Polocz est florissant pour les études : il y a bien, y compris le pensionnat des nobles, cinq cents étudiants. Les autres collèges de la Société en réunissent ensemble à peu près un pareil nombre; et c'est l'imprimerie du collège de Polocz qui fournit tous les livres nécessaires à cette jeunesse élevée en divers lieux par les Jésuites. Le catalogue que je vous adresse, et qui vous sera porté par le premier vaisseau qui partira d'ici pour Amsterdam, vous mettra au courant, et de toutes les demeures, et de toutes les personnes, et de tous les emplois. Les sept collèges que la Société a en Russie et les huit autres domiciles sous le nom de résidence ou mission, Saratow n'étant compté que pour un, sont abondamment fournis de sujets. Polocz seul en a cent cinq, parmi lesquels trente-neuf prêtres , mais le double de

Pères trouveraient de roccupation. C'est la clifTieulté d'avoir, sans dégarnir trop les autres collèges, du monde en nombre suffisant pour une telle entreprise: cela fait que le R. P. Général n'a pu se charger de l'Université de Wilna, au sujet de laquelle feu l'empereur Paul P"" le pressa souvent. Cette même difficulté a fait remercier des offi-es non moins avantageuses, et surtout non moins atlmirables, pour ne pas dire incroyables. Ce sont celles du roi de Suède qui a demandé des Pères pour le collège de Stokholm. Ce monarque, fort instruit et fort prudent, quoique fort jeune encore, a été trois fois à Saint-Pétersbourg depuis que les Jésuites V sont, et chaque fois et même des trois heures de suite il a conféré avec le R. P. Général. Il ne faut pas troj) dire ce dernier point sinon au\ amis. Le roi de Suède a ménagé les illuminés dont, à son regret, ses États et son ministère même sont infectés.

Tl y a, dans le gouvernement d'Astrakhan , dix Pères avant chacun une église à desservir. liCur point de réunion est Saratow. Il y a aussi deux Pères à Odessa, près de la Crimée.

Voilà, mon très-Révérend Père, ce fjue j'ai a|)pris ici. Tous les trois nous vous respectons beaucoup, nous vous aimons de même et nous vous remercions. Nous avons apporté vos jambons; nos

Russes en goûteront dimanclie. Ils s'en font une fêle. Pour moi, mon très-Révérend Père, de omnibus orationcm facto prospère te ingredi , et valere sicvt prospère agit anima tua; si par la suite, et en tout , j'en agis plus que jamais avec vous , comme avec un tendre et généreux Père, n'en soyez point surpris, je ne ferai que suivre les sentiments que vous m'avez inspirés.

On a été ravi et attendri ici à la lecture du témoignage donné à M. Rootliaan, par M, (Lennep), célèbre [)rofesseur protestant. Le R. P. Krànzl en enverra une copie en Bavière; il veut, dit-il, montrer à ses amis et à ses ennemis bavarois , et le témoignage rendu à la Société de Jésus par un j)roteslant , et la (jualité des sujets, qui viennent chercher en Russie cette bonne mère, la Compagnie.

.le suis, etc.

Gilles Hejnry.

LE PÉHt DE GHIVEL A l'UN DE SES AMIS, A PARIS. Des bords du Volga, le 5 avril 1805'.

M0> CHEH AMI,

Vous croyez peut-être que les missions de Saratow sont des missions à la saint François Xavier , qu'il y a ici : Pcricula fluminum, pericula latronum. Il en est bien quelque chose; mais elles ne leur ressemblent ({ue très-peu sous ce rapport. Nous habitons un pays civilisé, mais seulement depuis trente-huit ans. Auparavant il n'était habité que [>ar des hordes de Tartares, qui se retirèrent lorsque Clatherine II y plaça des colons allemands, qui ont apporté ici leur industrie, leurs mœurs, leur civilisation. Il est bien vrai qu'ils sont devenus un peu Russes, un peu Cosaques, un peu Kalmouks, à cause du voisinage. Au reste, ce sont de bonnes gens, c'est le bon fonds, la bonne pâte allemande. Ils n'ont plus cependant toute la simplicité et l'in-

(4) En tête de cotte lettre se trouve l'indication suivante : Lettre écrite des bonis du Volga, par M. Cabbé de Grivel, fils d'un ancien officier général, cl actuellement missionnaire-jésuite en Hussie, à vn de ses amis, à Paris.

nocence germaines, mais ils sont forts dans la foi. Le défaut de secours spirituels avait fait tort à leur moral; mais comme ils sont dociles et que l'esprit de nouveauté n'a pas pénétré jusqu'ici, il ne sera pas difficile d'en faire de fervents chrétiens. Il n'y a que vingt mois que la Compagnie est chargée de ces missions, et déjà il y a un changement notable. Les cabaretiers et les musiciens se plaignent qu'on ne boit et qu'on ne danse plus tant; c'est bon signe. Une seule chose nous met dans l'embarras : c'est l'extrême pénurie des livres d'école et de piété, et la presque impossibilité d'en avoir. On en a cependant imprimé un bon nombre à Polocz et nous en attendons d'Augsbourg, où un de nos confrères fait une collecte ; mais qu'est-ce pour cent mille catholiques répandus dans le gouvernement de Saratow? Ils sont divisés en dix missions, dont six sur la rive gauche , et quatre sur la rive droite du Volga. Chaque mission est composée de deux, trois, quatre ou cinq colonies ou villages. Les maisons sont de bois, les colons sont assez aisés. Le missionnaire habite une des colonies de sa mission ; il a une bonne maison de bois avec un jardin.

Nous sommes ici comme des curés qui ont des succursales à soigner, seuls et éloignés les uns des autres. Ma mission est à Rrasnopolie sur la rive gauche. J'ai neuf-cent-soixante-deux communiants,

en quatre eolonies, dont la plus éloignée est à sept lieues. (Ihacunea une assez jolie église de bois. Nous sommes ici tranquilles et en sûreté, quoiqu'à soixante-dix ou quatre-vingts lieues d'une horde de Tartares voleurs, pires que les Arabes. On les appelle Rirguis. Il y a trois ans qu'ils emmenèrent en captivité plus de trois cents personnes; mais à [)résent un cordon de troupes borde la frontière et rend le passage impossible.

Notre rive gauche est une plaine immense : il n'y a d'inégalités que celles produites par l'écoulement des eaux. Cette plaine s'étend jusqu'aux monts Ourals, c'est-à-dire l'espace de cent-cinquante ou deux cents lieues dans sa lai^eeur. Sa longueur est depuis la mer Caspienne jusqu'à la Mer glaciale. On ne peut pas la regarder comme interrompue par l'existence de quelques collines parsemées çà et là , auxquelles on a fait l'honneur de les appeler montagnes. Nous sommes ici au 50" de latitude. La terre y est, pendant cinq mois de Tannée, couverte de neige; l'été poiu'tant est aussi chaud qu'en Lombardie, j)uisque nous cultivons des melons en pleine terre. Il pleut rarement , mais la fonte des neiges v supplée en humectant la terre à une grande profondeur. Nous n'avons ici pas une pierre, pas un caillou, peu ou point d'arbres fruitiers, un peu de l)ois sur les bords du Volga.

— Jl —

En revanclie, le pays produit une grande quantité de grains, dont le commerce fait subsister les colons : des prés et des cham])s sont pres(jue les seuls objets que l'œil découvre. Somme totale , notre pays ne vaut pas l'Allemagne; les anciens colons la regrettent; les jeunes croient qu'il n'y a rien de plus beau que la vaste plaine où ils ont vu le jour. Quant à moi, qui ai habité de beaux et de bons pays, je suis très-content de celui-ci; et je pense qu'ici-bas, aride ou marécageux, beau ou laid, chaud ou froid, c'est toujours une vallée des larmes et un lieu d'exil. Ce n'est pas ici un Japon ni un pays des Hurons ; ce n'est pas non plus un Paraguay : c'est un diminutif de rAllemagne, quant au moral; et jusqu'ici, il n'y a pas d'apparence que nous mourions martyrs. Nos occupations nous laissent peu de repos : il faut tous les jours courir d'une colonie à l'autre. Il est vrai que nos braves colons ne laissent pas manquer leurs missionnaires de chariots; mais ces voitures agi'festes et conduites assez lestement, secouent et fatiguent terriblement les vovageurs. Heureusement, les traîneaux qui circulent cinq mois de l'année nous ofîrent luie manière de voyager plus douce, et remplacent les cahots par une espèce de balancement continuel, d'un côté du chemin à l'autre; mais ces voitures rapides

ciilhutenl au moindre obstacle qu'elles rencontrent

Je suis très-heureu\ , et disposé à rester ici bien volontiers le reste de ma vie.

Agréez, etc.

F. DE Grivel.

■Sota. — Quand le P. de Grivel manifesliiit à ses amis de Paris la joie qu'il éprouvait au service de Dieu sur les bords du Volga , il avait déjà trentesix ans et partant il avait passé l'âge de l'enthousiasme; mais il avait apporté du noviciat de Polocz cet entrain merveilleux que donne l'abnégation religieuse et qu'il conserva toute sa vie. Le P. Kolilmann nous a transmis dans le Post-scriptum d'une de ses lettres, écrite le 17 juin 1864 de Georgetown (Amérique) , le plus bel éloge du noviciat de Polocz : a Le P. de Grivel, dit le P. Kolilmann, nous écrit ce qui suit : La ferveur qui règne dans le noviciat est admirable; mon bonheur est trop grand. Je suis parmi les anges, dans un pavs de bénédiction; venite et videte. Nous vovons toujours avec une nouvelle joie arriver de nouveaux compagnons pour s'associer à nous et à nos travaux futurs. La gaîté, la modestie, la simplicité, l'exactitude à observer la règle, l'union des cœurs, la charité, l'esprit de Jésus-Christ, voilà

ce qu'on trouve dans notre noviciat et ce qu'on y admire » (Ij.

LE P. PIERRE JACOBS, A SA FAMILLE, A DIEST (bELGIQUE).

Polocz. le 16 avril 1805.

Mes chers Parems,

Si parfois il me vient en esprit que ces contrées ne possèdent pas des villes aussi belles que celles de mon pays, je m'en console par l'idée que ce n'est pas la paix extérieure, mais celle de l'âme que jai cherchée. Au reste, je ne saurais ambitionner

(I) Nous croyons utile de placer ici la note que le P. Jean Gagarin a bien voulu rédiger, pour exposer l'origine de la mission d'Astrakhan , et faire connaître les travaux apostoliques des Jésuites répandus sur les bords du Volga.

0 Un journal hebdomadaire de Saint-Pétersbourg, Les Entreliens spirituels, a publié cette année (20 mars, 17 avril et 6 mai 1865) une série d'articles sur la mission catholique d'Astrakhan. Les matériaux qui ont aidé M. Coustodief à rédiger ces articles ont été empruntés aux archives ecclésiastiques d'Astrakhan.

« Voici ce que nous y trouvons, relativement aux Jésuites :

« Au commencement du xixe siècle, les Capucins disparaissent; ils sont remplacés par les Jésuites. Ceux-ci étaient à Astrakhan habituellement au nombre de cinq. Dès 1802. ils avaient été chargés par le gouvernement russe de donner les soins de leur ministère aux catholiques des colonies allemandes de Saratow, et bientôt après ils s'établirent dans la ville d'Astrakhan. Ils ne tardèrent pasà

des bâtiments plus beaux que notre collège, cette merveille du pays, qui (ait honneui- au roi de Pologne, Etienne Bathori, son fondateur. Je puis vous assurer que je n'en ai pas vu de pareils dans ma patrie. Je ne dis pas sous le rapport des

so concilier l'estime et l'affection non-seulement des catholiques, mais encore des Russes. C'est encore r.otre journaliste qui le dit, quoiqu'il semble leur en faire un reproche.

« En <807, avec l'autorisation du gouvernement, ils ou\ rirent un pensionnat dans lequel on enseignait le latin, le français et l'allemand. Le pensionnat était très-fréquenté, il y avait même des élèves du séminaire russe qui allaient y recevoir des leçons. Ils étaient dans le ravissement des soins affectueux dont ils étaient l'objet.

« Notre auteur dit que cela n'est pas étonnant, quand on songe à la grossièreté qui régnait alors dans les séminaires russes, et surtout dans celui d'Astrakhan. Les Jésuites étaient dans les meilleurs termes a\ec les autorités ci\iles et ecclésiastiques. Bientôt ils établirent une mission pour les Kalmouks, et ils virent leurs efforts couronnés de succès. Mais cela ne devait pas durer longtemps. Dès 1846, les Jésuites avaient ordre de quitter les deux capitales Pétersbourg et Moscou, et en 1820 ils furent chassés de l'empire. Cependant à Astrakhan, grâce à l'affection et à la confiance que leur témoignaient les habitants, ils [)urentdemeurer jusqu'en 1824. Il y a encore aujourd'hui dans cette ville des gens qui se souviennent de leur départ. Non-seulement les catholiques, mais encore beaucoup de Russes orthodoxes les accompagnèrent hors de la ville en versant des larmes.

« M. Coustodief, en terminant ce récit, ajoute : « Il faut en conclure qu'à Astrakhan les Jésuites avaient su se montrerdu bon côté, et personne ne s'aperçut de ce qu'ils étaient en réalité. »

<f Nous avons peine à croire que cette observation soit de

ornements somptueux, sous lequel vos anciennes aljbaves l'emportent; mais je parle de la grandeur, de la solidité et de la symétrie de l'édifice, dont le grand corridor est d'environ cent-cinquante pas, fort large, et de la hauteur de trois stades. Notre

M. Couslodief; la naïveté serait trop charmante. Comment! il y a cinq ou six Jésuites à Astrakhan, ils y demeurent vingt-deux ans, ils sont en contact continuel avec les habitants, et pendant ce quart de siècle, ils sont si habiles, qu'ils parviennent à se faire prendre pour de braves gens, à se faire estimer de ceux-là même qui ne partageaient pas leurs croyances! De plus, on ne veut pas les laisser partir, et quand il faut céder à l'impérieuse nécessité, tout le monde les reconduit en versant des larmes. Et la conclusion de ce récit, c'est que c'étaient d'abominables scélérats! Non, nous aimons mieux penser que cette note a été imposée à la rédaction par un censeur peu intelligent qui a cru par là tempérer l'effet que le simple récit des faits devait produire sur le lecteur.

• Qu'il nous soit permis de faire un rapprochement. Nous lisions l'autre jour dans la Gazette de Moscou un tableau saisissant du déplorable état dans lequel se tiou\ent tous les établissements d'éducation publique en Russie. En terminant, la gazette s'écriait : « Malheureux enfants! Malheureux parents I Malheureuse Russie ! « Aussi nous ne pouvons pas nous défendre d'un sentiment de joie « mêlée de tristesse, quand nous entendons dire qu'il y a quelque « part des enfants russes qui sont élevés n'importe où, à l'étranger. « Ils ont évité nos 'tristes gymnases. » La Gazette de Moscou n'a rien de la naïveté que nous \enons d'admirer dans la censure ecclésiastique ; c'est une justice que nous nous empressons de lui rendre. Nous lui recommandons cependant l'article du journal du Synode. Elle le comprendra peut-être mieux que lui.

« Ajoulou' cependant que K^s détails donnés par M. Coustodief auraient besoin d'être contrôlés. Nous le ferions très-volontiers, si

église est approximativement de la grandeur de celle du Béguinage à Diest. Elle a trois nels. Et comme il y a eu toujours ici des Frères vraiment artistes , elle est plutôt chargée que riche en fait d'ornements.

nous avions sous la main les documents nécessaires. Malheureusement, ces documents qui existent ne sont pas en ce moment à notre portée. Nous espérons bien donner un jour un travail assez complet sur le séjour des Jésuites en Russie. En attendant, voici quelques courtes observations. 11 est très-vrai que les Jésuites ont été traités, non-seulementà Astrakhan, mais dans toute la Russie, avec une rare bienveillance, et qu'après leur expulsion ils en avaient conservé le meilleur souvenir. A Astrakhan le supérieur des Jésuites était traité comme un véritable ami par le gouverneur et par l'évêque russe; et, chez ce dernier, son couvert était mis deux fois par semaine.

« Nous connaissons les noms de quelques-uns des Pères qui étaient àAstrakhan. Le P. Henry, Belge, est en effet resté en Russie jusqu'en 1824, non à Astrakhan, mais à Mozdok. Le P. Pierre Jacobs, s'est signalé par son dévouement pendant une épidémie qui faisait de grands ravages dans la ville. Pour être plus tôt prêt à aller jour et nuit partout où on réclamait son ministère, il avait établi une sonnette qui aboutissait du dehors dans sa chambre, et il passait la nuit tout habillé sur sa chaise.

« Nous avons connu en France le P. Suryn, qui est mort il n'y a pas bien longtemps. Tous ces Pères ne sont pas restés à Astrakhan, quatre ans après l'expulsion de la Compagnie , comme le dit M.Coustodief ; on a tout fait pour les retenir le plus longtemps possible, mais on n'a réussi à les garder que quelques mois. Il n'y eut, comme nous l'avons dit toute à l'heure, que le P. Henry et le P. Woyszwillo, qui restèrent à Mozdok juscju'en 1824.

« Le même fait s'est reproduit avec les mômes circonstances à Riga. Là, les Jésuites ont été maintenus une année entière après l'expulsion de leurs confrères.

Elle est entièrement marbrée avec beaucoup de goût. Outre . le maître-autel , elle en compte huit autres, dont toutes les marches sont couvertes d'un beau drap violet , et les contours de chaque marche sont garnis de lames de cuivre. Les confessionnaux sont de divers bois, incrustés. Les orgues et la chaire de vérité sont marbrées, et presque entièrement et très-artistement dorées.

Je voudrais bien que vous pussiez assister à la procession qui s'y fait la veille de Pâques vers neuf heures du soir. Toute l'église, du plain-pied jusqu'à la voûte, y compris le grand dôme, n'est qu'un grand lustre, lorsqu'on représente la Résurrection. Le centre de l'église est illuminé par une infinité de lampes, et tous les autels sont chargés de timt de cierges, qu'on peut porter le nombre des lumières à quinze cents environ. Sous un grand baldaquin s'avance solennellement l'évèque de la ville, portant le Saint-Sacrement. Il est environné de six de nos Pères en chape, de seize à dix-huit diacres ou sous-diacres, et d'une quarantaine en surplis : tous, le cierge allumé en main, ainsi qu'une trentaine de jeunes étudiants également en surplis , qui sont à la tète du cortège , de sorte qu'il n'y a guère d'exagération à dire de cette procession qu'on ne saurait la désirer plus magnifique; toutefois, .celle de l'octave du Saint- T. î

Sacrement rencliërit et l'emporte sur elle. Alors on traverse la ville, tous nos Pères en chasuble; ceux qui ne sont pas prêtres, en diacre et en sous-diacre, le reste en surplis. Si de pareilles solennités se rencontraient chez vous, je prétends que le nombre de ceux qui courent les spectacles serait plus borné, et qu'iui grand nombre serait attiré vers la religion. Pour moi, ma plus grande satisfaction c'est d'assister et de coopérer à des cérémonies aussi imposantes. La joie qui m'y inonde est si grande, chers parents, que j'aurais lieu de craindre, après avoir quitté le monde, d'avoir déjà reçu une récompense assez ample, et de n'en avoir plus à attendre dans l'autre vie, si les paroles de notre aimable Sauveur ne m'en eussent fait la promesse en disant : CpIuï qui aura tout quitté pour moi recevra le centuple en cette vie, et après, la vie éternelle. Oh! combien de fois me suis-je dit : Qu'ils sont heureux les enfants qui à peine parvenus à l'âge de f juatorze à quinze ans se jettent dans le sein de notre bonne Mère la Société de Jésus ! C'est à cette âge qu'ici la plupart v entrent. Comme je voudrais que vous jouissiez du même bonheur chez vous, ou qu'un grand nombre, en venant après moi, renonçât à l'amour de sa patrie, pour trouver ici un paradis terrestre, comme plusieurs de nos compatriotes l'ont déjà fait, grâces à ce bon Dieu, qui, parmi tant

d'autres plus dignes tle cette faveur, a daioné jeter sur moi ses miséricordieux regards ! J'appelle de tous mes désirs la fête de l'Assomption , en laquelle j'espère faire mes vœux.

Je suis avec la plus tendre affection , chers parents et chère sœur,

Votre très-hinnble et très-dévoué serviteur.

Pierre Jacobs , Nov. vS. J.

,P. S. — Je voudrais savoir où en est Henri Claes, pour ses études. Ce jeune homme, d'un bon caractère, est porté à la piété; je l'estimerais heureux, si c'était sa vocation, d'imiter M. Roothaan, jeune homme né à Amsterdam, d'une famille distinguée. Ses parents ont vu avec une grande satisfaction partir ce fils unique, pour le préserver de la corruption du monde, et l'ont envové ici au noviciat comme dans un port de salut.

iSota . — • Jean Roothaan , le futur Général de la Compagnie j n'était pas fils luiique, comme le suppose à tort le P. Jacobs.

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