N° IX
Camp Assiniboin, 26 Septembre 1845.
MONSEIGNEUR
Une descente à pic nous conduisit bientôt dans ure riche vallée , agréablement diversifiée par de belles prairies, de superbes forêts, des lacs, où la truite commune et la truite saumonée sont en si grande abondance, que dans l’espace de quelques minutes nous en prîmes à la ligne assez, pour fournir à un excellent repas. La vallée est bordée de chaque côté par une chaîne de rochers pittoresques , dont les cimes superbes, s’élevant en forme de pyramides, vont se perdre dans les nuages. Les fameux monuments Egyptiens de Chéops et de Céphrène ne sont plus rien, en face de ces pics aux gigantesques proportions. Les pyramides naturelles des Monts-Rocheux semblent un défi, jeté à toutes les constructions. Elles servent d’appui aux nuages, qui viennent s'y reposer et couronner leur front... La main du Seigneur en a jeté les fondements : il a permis aux éléments de les façonner ; elles proclament dans tous les siècles sa gloire et sa toute-puissance !
Le 18 septembre, après trois jours de marche, nous quittâmes cette délicieuse vallée; le sentier nous conduisit à travers une montagne, dont la coupe escarpée n'offrit que des obstacles, et fut pour nos hommes et pour nos chevaux, la cause d'un grand nombre de contusions. Pendant six heures, nous avions à nous frayer un passage
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à travers les débris des rochers et les embarras d’une immense forêt brûlée, où des milliers d'arbres à moitié consumés, couvraient la terre dans tous les sens: toute trace de végétation avait disparu. Je n’avais jamais contemplé des restes d’une incendie, plus lugubres et plus désolants.
Nous arrivâmes, dans la soirée, sur les bords de la Rivière-des-Arcs ou Askow, et nous y dressämes notre tente solitaire. Ici, nous apercûmes les premiers vestiges d’un parti sauvage. Cinq jours auparavant, neuf loges d’Indiens y avaient campé. Tout fut examiné soigneusement. Étaient-ce des Pieds-Noirs ? mon guide était de cet avis: le même jour, nous avions vu deux boucanes s'élever du bord de la plaine, que ces barbares parcourent... Mes compagnons semblent hésiter, à mesure que nous pénétrons sur les terres de ces redoutables Pieds- Noirs. Ils me racontent enfin leurs rêves sinistres et veulent me détourner de mon projet. L'un dit: « J'ai
été dévoré par un ours, dans mon sommeil; » l’autre : « j'ai vu des corbeaux et des vautours (oiseaux de mauvais augure) planer au-dessus de la tente de notre Père. » Le troisième « a vu du sang. » Je leur raconte à mon tour, le récit d’une de mes sentinelles du désert, le prototype de la vigilance, du courage et surtout de la naïveté; le voici en vers :
Dans les horreurs de la nuit sombre, Rien de plus sûr, mes yeux ont vu Des sauvages la méchante ombre,
Qui par trois fois a reparu.
Plein de courage, je m'élance,
Ou plutôt, je veux m'élancer, Quand du fer de sa longue lance L'ombre accourut pour me percer.
Fidèlo au poste, aux armes! aux armes!
L'Indien! m'écriai-je, l'Indien!
Soudain le camp tout en alarmes S'éveille et voit — QUE JE DORS BIEN.
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