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tira un morceau selon son goût: dépouilles de vaches, de buffle, cotelettes de biche, queues de castor, perdrix, tourtes, lièvre, et un bouillon substantiel.
J'ai l'honneur d’être avec le plus profond respect et l'estime la plus sincère,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur en J.-C.
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gorge de montagne, où pénétrait à peine la lumière du Ici tout ! jour, interceptée par des masses colossales de rochers. Le grand, le beau, le sublime se réunissent, pour former ici les plus singuliers et les plus fantastiques combinaisons. — Bien que le granit grisâtre y prédomine, nous rencontrâmes une masse énorme de porphyre granit à veines blanches. Çà et là, dans ses flancs déchirés, et partout où se trouve une poignée de poussière, le pin audacieux et immortel prend racine, mélant sa sombre verdure aux couleurs variées de ces rochers imposants. De ces sentiers aux mille détours, se présentent souvent de pittoresques points de vues, des perspectives ravissantes. Entouré de murailles gigantesques, on voit la nature étaler aux regards, dans toute leur magnificence, les spectacles les plus variés. — Le pluche et le cèdre s’élancent majestueux dans ces forêts antiques et vénérables; le gracieux peuplier balance dans les airs son panache d'éméraude, qui souvent ondoie sous les coups de la tempête mugissante, tandis que,
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au-dessus des rocs dentelés, le pin immobile projette ses sombres et religieux ombrages. Le bouleau, sortant d’une terre tapissée de mousse, étincelle, semblable à une colonne d'argent, et Jorte comme un diadème d’or ses feuilles d'automne, au milieu des terebinthes agurés et des genevriers à baies pourprées, qui répandent leurs
‘parfums dans ces forêts humides et ces fraîches vallées.
Après une journée de marche à travers ces spectacles d'une nature primitive, nous arrivâmes sur les bords de la rivière des Arcs-à-Plats, à l'endroit, où d'innombrables torrents, s’élançant avec impétuosité de tous les flancs des montagnes, viennent sé réunir pour former cette rivière superbe. De loin on entend le sourd et continuel mugissement de ses eaux, qui roulent sur un lit de rocher avec une effrayante rapidité. Nous les traversâmes, pour aller tenter le passage d’une gorge encore plus terrible, où les eaux du Vermillon se sont violemment frayé une route. Ici tout frappe d’étonnement, tout est d’une sublimité sauvage dans cette profonde mais turbulente solitude.
Des montagnes saillantes s'élèvent, semblablesà destours et à des dômes religieux, d’où l’homme peut communiquer avec le ciel ; de tous côtés s'ouvrent des précipices menaçants ; le bruit étourdissant et perpétuel des eaux mugissantes et vagabondes, imite les éclats de la tempête, lorsque sauvage et déchainée, elle se précipite comme le génie de la liberté, Ici larivière s’élance avec fracas dans un gouffre, d'où elle sort bientôt écumante, rentre dans son lit et semble se jouer à travers les joncs; puis elle roule de chute en chute, de cascade en cascade, franchissant dans sa course une longue suite de rapides; plus loin, se cachant sous les ombrages épais des cèdres et des pins, elle épanche ses eaux brillantes et pures comme le cristal dans un bassin spacieux, où elle semble se reposer un moment, pour continuer avec une nouvelle impétuosité sa course vagabonde.
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Entendez! de ces forêts impénétrables s’échappent des bruits harmonieux. C’est le cri du cerf généreux , qui appelle sa compagne; c’est l'original, le plus vigilant des animaux, qui sonne l'alarme; il a entendu le craquement de la branche, il a respiré le vent qui lui vient du chasseur. — Un bruit confus se fait entendre sur la montagne : les yeux se tournent vers les cimes glacées, et l’on aperçoit un troupeau de cariboux perchés sur des bancs de neige; réveillés à l'approche de l’homme, ils partent, et en un instant ils ont disparu au milieu de ces pics inacessibles. Les chevreuils viennent de temps à autre déployer leurs formes gracieuses ; ils se cachent, bondissent; tout-à-coup, les oreilles dressées comme des pointes de lances, ils s'arrêtent pour observer, puis reprennent leur course et s’'enfoncent enfin dans la forêt. — « Regardez ces taches rondes et blanches sur la crête et les flancs du rocher, me dit mon guide, elles montent, descendent.» « Ce n’est donc pas de la neige, m'écriai-je ? » C'étaient des troupeaux de chèvres blanches: insouciantes et tranquilles, elles se . jouaient au milieu de ces précipices affreux, hors de la portée du chasseur le plus intrépide.
Un monstrueux animal, l’ours gris, qui dans nos montagnes remplace le lion d'Afrique, ne se contente pas de rugir et de menacer le téméraire, qui ose mettre le pied sur ses domaines; un horrible grincement de dents annonce l'explosion de sa rage. Mais souvent un coup de carabine bien visé lui répond et l'oblige de faire une profonde révérence; on le voit alors se rouler dans la poussière, mordre le sable inondé de son sang et expirer. — Le cri perçant de la panthère, le hurlement du loup sont la musique ordinaire du désert. — On en fait peu de cas. —
Lepetitlièvre desmontagnes, quin’a pasplus de six pouces et dont la biographie n’a point encore trouvé place dans l’histoire naturelle, s'amuse parmi les débris des rochers ct déploie une activité extraordinaire; tandis que
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son voisin , le paresseux porc-épic, s'arrête perché sur uit cyprès, dont il ronge l'écorce ; il voit d’un air stupide et indifférent l’adroit chasseur, qui le recherche pour la délicatesse de sa chair et auquel il échappe rarement.
L'industrieux castor, vigilante sentinelle, annonce notre arrivée à sa famille en frappant l’eau de sa queue. Aussitôt le rat musqué plonge dans son étang; la loutre quitte ses jeux et se glisse sur le ventre dans les roseaux; le timide écureuil saute de branche en branche, jusqu’à ce qu'il soit arrivé au sommet touffu d’un cyprès, qui lui sert de retraite, La martes’élance d'arbre en arbre et s’ensevelit sous le feuillage. Le siffleur, le pécan et la belette regagnent leurs gites. Le renard se hâte, et une fuite rapide peut seule sauver sa pelisse argentée; le blaireau, enfin trop éloigné de sa demeure creuse le sol sablonneux et s’y enscvelit toùt vivant, pour échapper à toute poursuite; mais sa riche fourure est destinée à ceindre les reins d’un Indien, et les efforts réunis de deux hommes suffisent à peine pour l’arracher à ce lieu de refuge et lui donner la mort.
Le soir, qui précéda notre sortie des sombres labyrinthes de ces forèts, une scène ravissante vint nous récréer. Lorsqu'elle apparaît après un combat désastreux, sa vue console le cœur affligé du guerrier sauvage. Du sommet de la montagne, nous eontemplâmes la danse des manitous ou des esprits, et l'entrée glorieuse des guerriers défunts dans le pays des âmes.
De vastes colonnes de lumière, aux splendeurs variées, semblaient se jouer et se balancer dans les cieux : quelques-unes sous des formes perpendiculaires, d’autres semblables à des vagues ondoyantes; elles se cachaient, puis se montraient à différentes reprises et sous divers aspects, jusqu’à ce qu’enfin tout l'horizon parut illuminé des plus brillantes clartés. Toutes ces masses de lumière se réunirent au zénith et se séparèrent ensuite sous une multitude de formes, L’aurore boréale est un phénomène,
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que je contemple toujours avec admiration et plaisir. Tout ce qu’on voit, tout ce qu'on entend dans cette solitude impénétrable, est tout à la fois agréable et instructif; tout frappe, captive, élève l'esprit vers l’Auteur de la nature: Mirabilia opera Domint!!!
Le 15, après plusieurs journées de fatigues, de peines, et après bien de nouveaux sujets d’admiration, nous traversâmes le sommet de la montagne, qui sépare les eaux de la Colombie de celles du Sascatshawin, l’ancien fleuve Bourbon avant la conquète du Canada par les Anglais. C'est le plus grand tributaire du lac Winnepeg; il se décharge dans la Baie d'Hudson, par la rivière Dhenau d au 58° degré de latitude Nord.
Aux sources de ces deux fleuves, la croix a été élevée. Puisse-t-elle être un signe de salut et de paix pour toutes les tribus éparses à l'Est et à l'Ouest de ces montagnes gigantesques ! Sur le cyprès, qui devait servir à la construction de la croix, l'aigle, l'emblème du guerrier Indien, se trouvait perché. Le chasseur le visa et l'abattit; mais jusque dans sa chute, le noble Roi des oiseaux paraissait conserver toute sa fierté.
Nous déjeunâmes sur le bord d’un beau petit lac, au pied de la croix de la Paix, d’où j'ai l'honneur de dater ma lettre, en vous assurant de mon profond respect et de mon estime sincère, recommandant aux prières de votre Grandeur ce vaste désert, où tant d’âmes précieuses'gémissent encore sous l'empire de Satan,
Monseigneur,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur en J.-C.
P. J. DE Smet, S. J.
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