MON RÉV. ET TRÈS-CHER PÈRE EN J.-C
La nation des Pawnies est divisée en quatre grandes tribus, qui agissent de concert comme un seul peuple. Leurs villages sont situés sur la Rivière Platte ou la Nebrasca, et sur celles qui lui paient le tribut de leurs eaux, du côté du Sud-Ouest, à cent cinquante milles du Missouri. Ils sont toujours les vrais fils du désert, comme ils l’étaient jadis, s’habillant de la fourrure des animaux tués à la chasse, ne cultivant que le maïs et la citrouille, et se servant de l’omoplate du bufle, en guise de charrue et de houe. — Quand vient la saison de la chasse, tout le village, hommes, femmes, enfants, abandonnent leur gite, et vont chercher le gibier qui leur doit servir de nourriture. Leurs huttes, qu'ils nomment Akkaros, sont rondes et ont près de cent quarantepiedsde circonférence. Elles sont formées de jeunes arbres, plantés symétriquement, dont on lie avec art les sommets à des piliers, placés au centre et faisant un cercle concentrique au premier; puis on les couvre de nattes d’écorces et d’une couche de terre, épaisse d'environ un pied; enfin un gazon vert et solide, placé soigneusement par-dessus le tout, complète la construction. De loin, ces demeures ressemblent aux larges meules de blé, qui couvrent nos guérets après la
hie, 6 Avril 1847.
quatre grandes un seul peuple.
re Platte ou la à tribut de leurs iquante milles du
s et la citrouille, guise de charrue a chasse, tout le bandonnent leur
moisson. Une ouverture, pratiquée au sommet, sert à la fois de fenêtre et de cheminée.
En hiver, il y fait très-chaud, et très-frais en été; mais souvent aussi fort humide: dix ou douze familles y logent aisément.
Si dans leurs longues excursions, à la recherche du gibier, l’un d’entr’eux ne peut les suivre, à raison de son âge ou de ses infirmités, ses amis et ses enfants lui font une hutte de gazon sec, pour le préserver des vents et du soleil ; ils lui laissent ce qu'ils peuvent de provisions, sans trop se mettre à l’étroit eux-mêmes,et le livrent ensuite à ses destinées. Rien n’estplus touchant que cette séparation forcée et inévitable: les pleurs et les cris des enfants d’un côté; de l’autre, le calme et la résignation du vieux père ou de la mère... Souvent ils encouragent leurs enfants, à ne pas exposer leurs jours, pour prolonger le misérable souffle de vie qui leur reste. Eux aussi languissent de partir pour le long voyage, qui les doit rejoindre à leurs ancêtres, dans les régions fortunées du Grand-Esprit. Si la chasse réussit les premiers jours, l'enfant retourne aussitôt consoler et assister ses parents... Ceci se pratique chez toutes les tribus nomades des montagnes.
Les Pawnies ont sur le déluge universel des idées analogues à ces. *s des Potowotomies. Pour l'âme, ils la croient une ressemblance de l’homme, qui, renfermée dans le
, ne meurt point avec lui, mais s’en sépare à la mort. L'âme (la ressemblance) de celui qui a, durant sa vie, été probe, obligeant envers ses parents, bon chasseur, bon guerrier ; est transportée dans un pays de délices, d’abondance et de plaisirs ; si, au contraire, il fut lâche, cruel, indolent, au cœur dur, son âme passe par des ravins étroits, difficiles et dangereux, dans un séjour où tout est confusion, peine, infortune.
Dans leurs cérémonies religieuses, ils dansent, chantent
et prient devant un oiseau, bourré des racines et des
herbes, dont leur superstition se sert. Une de leùrs traditions rapporte, que l'étoile du matin envoya cet oiseau à leurs ancètres, comme son image ,avec ordre de l'invoquer dans toutes les occasions importantes , et de le montrer en public pendant le sacrifice. Avant l’invocation, chacun remplit son calumet de l'herbe sacrée que l'oiseau renferme; puis ils poussent des bouffées de fumée vers l’astre, et lui offrent leurs prières et leurs demandes, en dansant, en chantant, en célébrant dans leurs vers le pouvoir de l'oiseau. C'est à lui qu'ils ont recours, pour avoir du succès à la chasse et à la guerre, pour obtenir la neige qui chasse le buffle des montagnes dans les plaines, enfin pour apaiser le Grand-Esprit, quand une calamité ufflige le peuple, une famille ou même un individu.
Les Pawnies sont une de ces rares tribus aborigènes, qui, descendues des Méxicains, se souillent encore du sang des sacrifices humains. Pour justifier cette horrible coutume, ils prétendent que l'étoile du matin leur fit connaître par son oiseau, que ces offrandes lui sont fort agréables et attirent sur la nation les faveurs de Tiratot, nom qu'ils donnent au Grand-Esprit. Ils sont persuadés que les sacrifices humains plaisent beaucoup au Grand-Esprit. Aussi, quand le Pawnie s'empare d'un prisonnier et veut se rendre le ciel favorable, il offre son captifà l’étoile du matin; puis, au moment du sacrifice, illelivre entre les mains des jongleurs: aussitôt commencent les préparatifs de l’affreuse cérémonie. J'étais près de là, quand une de ces sanglantes offrandes eut lieu, et voici les particularités, que j'ai pu apprendre, de la bouche de témoins oculaires et dignes de foi.
La victime était une jeune fille des Sioux, ou Dakotha, âgée de 15 ans et prise par les Pawnies, il y avait six mois. Pendant sa captivité, elle avait reçu tous les d'intérêt dont un sauvage est capable. Hôtesse obligée de toutes les fêtes et de tous les festins du village, elle était
ne =
8 Ses yusse
de leurs tradiya cet oiseau à re de l'invoquer e le montrer en cation, chacun.
ue l'oiseau renmée vers l’astre, les, en dansant, rs le pouvoir de pour avoir du obtenir la neige les plaines ; enfin
> calamité ufflige à
ndes lui sont fort : faveurs de Tira-
t. fs sont persent beaucoup au e s'empare d'un dusacrifice, illelipt commencent les s près de à, quand , et voici les par- Douche de témoins
traitée partout en amie intime, plutôt qu’en prisonniére. C’est toujours ainsi qu’ils cachent à leurs victimes leur infernal dessein.
Vint le mois d'Avril; c'est la saison des plantations, c'est aussi celle de leurssacrifices abominables. Alorsquatre des principaux sauvages de la tribu, se réunissent dans la plus vaste et la plus belle Akkaro ou hutte du village, pour délibérer avec Tirawdt sur le sort de leur victime. D'après leurs croyances, une telle offrande ne manque jamais d'être récompensée par une abondante moisson, et par d'immenses troupeaux de buffles, que Tirawät envoie dans les tesrains avoisinant leurs villages, pour leur en faciliter la chasse, sans les exposer à une collision avec des nations hostiles et guerrières.
Le plus vieux des sauvages préside à la fête qu'on donne en cétte occasion. Dix des meilleurs chantres et musiciens, portant chacun leur instrument, paraissent au milieu de l’'Akkaro. Quatre d'entr'eux sont armés de Calebasses sèches, dont on a extrait les semences pour les remplacer par de petits cailloux; ces calebasses, mises en branle par les bras vigoureux de ces hommes gigantesques, font un bruit semblable à la grêle tombante. Quatre autres battent le Tekapiroutche: c'est une espèce de tambour qui rend un son sourd et lugubre; il est formé d’un tronc d'arbre évidé, long de trois pieds et large d’un pied et demi, recouvert aux deux bouts de peau de daim. Les deux derniers ont une espèce de flûte en jonc, de deux pieds de long et d’un pouce de diamètre, comme celles de nos anciens bergers. Leurs tons aigus s'entendent à la distance d’un demi-mille. Chacun attache à son instrument une Tewaara, espèce de sac rempli de racines et d’autres matières, auxquelles leurs idées superstitieuses attribuent le pouvoir sursaturel, de rendre leursoffrandes plus agréa- Hes à l’Auteur de la Vie. Quatre sentinelles, armées de lances, vont se placer aux quatre points cardinaux du
PP tt gr shot
RE oi pere man errant st és ase gr mer " RATS
logis; elles sont chargées de maintenir l’ordre parmi les spectateurs et d'empêcher l'entrée des femmes, des filles et des enfants. Les hôtes, assis par terre ou sur des nattes, à la droite et à la gauche du principal jongleur, se lèvent de temps en temps pour tourner autour de lui, en dansant de la manière la plus grotesqueet la plus ridicule. Figurezvous une trentaine de ces sauvages, au teint cuivré, au corps tatoué, à la figure barbouillée de couleurs, c'est-àdire, couverte d'un hideux mélange de blanc, de jaune, de vert,de rouge, de noir de suie et de chamdron, et pandesus une longue chevelure en désordre, chargée de boue et d'argile.
Ils forment un cercle, crient, courent, faisant du corps, des bras, des reins, de la tête, mille affreuses contorsions, tandis que des flots de sueur, coulant par tous leurs membres, rendent leur aspect plus horrible encore, en amalgamant toutes les couleurs dont ils sont couverts... Tantôt ils dansent pêle-méle, tantôt séparés; l’un d’un côté, l’autre d’un autre; l’un sur un pied, l’autre sur déves un troisième sur quatre pattes, sans ordre et pourtant d’après je ne sais quelle mesure; toujours d'accord avec leurs tambours, leurs calebasses et leurs flûtes.
Près du centre de la hutte, à quatre pieds du foyer, se trouvent quatre grosses têtes de bufles disséquées, dont on tire des augures. Le jongleur en chef, les musiciens et les danseurs ont la tête couverte de duvet de cygne, collé au miel, dont ils chargent leurs cheveux: cet usage semble commun à toutes les tribus de l'Amérique du Nord, dans leurs rites superstitieux. Le président seul est peint en rouge ; LL: musiciens sont moitié rouges, moitié blancs, et tous les autres sont bigarrés de couleurs et ornés des plus bizarres atours.
A chaque reprise de la musique, des chants et de la danse, les spectateurs gardent. un silence profond, et, pendant les trente minutes, que dure ce singulier chari-
rdre parmi les mes, des filles
sur des nattes,
ur, se lèvent de ui, en dansant dicule. Figurezteint cuivré, au uleurs, c'est-àlance, de jaune, le chaudron, et sordre, chargée
ent, faisant du lle affreuses concoulant par tous horrible encore, s sont couverts...
parés; l'un d'un vied, l’autre sur ns ordre et pourtoujours d'accord leurs flûtes.
nieds du foyer, se isséquées, dont on les musiciens et et de cygne, collé x: cet usage 8emMérique du Nord, ent seul est peint ès, moitié blancs, et ornés des
‘chants et de la e singulier chari-
vari, On n’cntend que les chants, les cris, les hurlements et la musique. Quand chacun a fait son tour de danse, le jongleur donne le signal de cesser , en criant de toute la force de ses poumons. Tout s'arrête à l'instant, chacun prend sa place et l'auditoire s’écrie: Véva/ Néva! Néva! C'est bien! C’est bien! C’est bien! Les danseurs remplissent alors l’ancien Vawishkaro, calumet sacré, qu’on n’emploie que dans les circonstances importantes. Ils l'offrent au président, qui, caressant des deux mains la longue pipe, ornée de perles et de différentes figures, va s'accroupir près du foyer. Un des gardiens place un charbon sur le mystérieux calumet. 11 s'allume, le fumeur se lève, souffle une bouffée au visage de chacun des musiciens, en diminuant la mesure à chaque fois. Puis il se retourne vers le centre, et, levant les yeux au ciel, il présente le calumet à l’Auteur de la Vie, en gardant quelques instants un imposant silence. Alors il offre trois » bouffées au ciel, en disant: « O Tirawdt/ toi, qui con- » tiens tout, fume avec tes enfants et prends pitié » de nous. » Il présente ensuite le calumet aux têtes de buffles, en salue checune de deux bouffées, et va vider enfin le corps de la pipe sur un plat de bois, afin de conserver et de garder par la suite, ces cendres précieuses dans un sac de cuir de daim (1).
Après la danse, le maître des cérémonies sert le repas aux hôtes assis en cercle. Ce repas consiste en chair de buffle sèche avec du maïs, portée sur des plats de bois remplis jusqu'aux bords. Chacun est tenu de vider son assiette, dût-il mourir d’une indigestion. — Le président offre une portion de viande et de maïs au Grand-Esprit
nf
L'usage de fumer est fort en estime ches les sauvages de l'Est. a pas moins de poids
ag Lg re que le sy chez les re civilisées.
x Indiens soient sur le point de s'entr'égorger, si l'on parvient
faire accepter le Calumet, les disputes cossent aussitôt » @t leur est plus jamais.
à leur | amitié est plus solide que
et la place à terre; il fait aussi une offrande semblable à l’une des têtes de buffles, qui est censée faire partie de la fête. Enfin, tandis que tous font de leur mieux honneur à leurs plats, un des chefs se lève et annonce à tous les convives que le Maitre de la Vie danse avec eux, et accepte leur calumet et leur festin. Toute la troupe répond : « Néva! Néva! Néva! » — C'est le premier arrêt de mort.
Le repas fini, on danse de nouveau, le calumet est allumé pour laseconde fois etprésenté au Maitre de la Vie, ainsi qu'aux têtes de bufiles; après quoi la hutte résonne de rechef du triple eri: « Méva/ Néva! Neva! » L'arrêt est désormais sans appel pour l’infortunée captive, —
Rassasiée de chants, de cris et de danses, la troupe sauvage sort, précédée des musiciens, pour offrir le divin calumet aux têtes de buffles, placées au haut des huttes par tout le village: les unes portent deux ou trois, les autres jusqu’à huit de ces trophées de chasse, — À chaque bouffée, la foule poussait un cri de fureur : tous les habitants étaient accourus. On s’arrêta devant la demeure de la fille Siouse: l'air résonnait d’imprécations contre les ennemis et contre l’innocente victime qu’ils tenaient en leur pouvoir. Déjà elle se trouve confiée à la garde de deux vieilles ombrageuses, dont tous les soins tendent à éloigner de son esprit, le moindre soupçon de l’horrible fête qui se prépare « du rôle qu’elle doit y jouer. Elles ont charge au contraire, de lui faire accroire qu'il s’agit del’honorer, etqu'’elle doit bien se nourrir, pour paraître plus belle, plus fraiche et par suite plus agréable au Maitre de la Vie. Ainsi finit le premier jour des cérémonies.
Le jour suivant, deux vieilles sauvages, les cheveux en désordre, le visage ridé et barbouillé de rouge et de blanc, les bras et les reins tatoués, nu-pieds et sans autre vêtement qu'un jupon de daim, qui ne descend que jusqu'aux genoux; en un mot, deux véritables mégères,
ide semblable à aire partie de la ieux honneur à e à tous les coneux, et accepte roupe répond ?
remier arrêt de
, le calumet est Maître de la Vie, la hutte résonne Neva! » L'arrêt e captive, — anses, la troupe pur offrir le divin 1 haut des huttes leux ou trois, les asse. — À chaque : tous les habint la demeure de ations contre le:
qu’ils tenaient en Le à la garde de les soins tendent pcon de l’horrible it y jouer. Elles croire qu'il s'agit rir, pour paraitre agréable au Maitre des cérémonies.
ks , les cheveux en s de rouge et de bieds et sans autre » descend que jusritables mégères,
d’un aspect dégoutant, se ruent de leurs huttes, tenant des piques à la main et chargées des chevelures, que leurs maris ont autrefois enlevées aux ennemis. Elles dansent successivement autour de chaque Akkaro, en annonçant avec emphase: « Que la Dacotha est consacrée au Maître » de la Vie par des hommes justes et sages; que l’offrande ». lui plait et que chacun n’a qu'à se préparer , à célébrer » ce jour de fête dans la joie: « A ces mots, les enfants et les oisifs du village poussent des cris d’allégresse. ]ls reconduisent en dansant les deux vieilles sorcières vers leurs huttes, où celles-ci rentrent, après avoir placé en triomphe leurs piques à la porte... Et la bande joyeuse se sépare, chacun retournant chez soi, pour prendre part aux réjouissances de ses parents...
Le troisième jour, à dix heures du matin, toutes les jeunes femmes et les filles , armées de cognées, se rendent au logis de la jeune et malheureuse captive, et l’invitent à venir avec elles dans la forêt couper du bois. L'enfant simple et confiante accepte avec empressement leur cruelle invitation, heureuse de respirer de nouveau l'air pur, dont elle est privée depuis si longtemps. On lui donne une cognée et toute la bande s’avance vers l'endroit désigné, en faisant retentir la forêt de ses cris de joie. Atipaat, vieille mégère, qui dirige la troupe, marque d'un coup de hachette l'arbre qu’il faut abattre, et puis chacune de décharger un coup à son tour; enfin la victime approche pour achever l’œuvre. Aussitôt le cercle de jeunes furies l'entoure en hurlant et en dansant ; elle, qui ne se doute eacore de rien, poursuit les préparatifs de son sacrifice et croit se préparer une fête... Atipaat lui attache l’Ashki (4),
(9 L'Ashki est une corde, faite de crin ou d'écorce d’orme ,qu'on répare, en la faisant bouillir dans l'eau. Cette corde a de vingt-cinq
soixante pieds de longueur; elle n'est large que d’un pouce, ct pose est assez pour lier l’homme le plus rebgsus: On ’orne de piquants de porc-épic et de petites sonnettes , qui ont de vide d'avertir les gardiens, en cas que la victime voulût s'ecuapper,
avec laquelle elle doit trainer le bois. Et puis la troupe revient au village, en dansant le long de la route, mais sans prêter le moindre. secours à la malheureuse fille, qui succombe sous le faix. Une foule innombrable les attend au lieu du sacrifice, et les reçoit avec de bruyantes acclamations. On débarrasse de son fardeau la victime; on la remet aux mains de ses gardiens, qui la reconduisent à sa demeure, en chantant d’une voix féroce et rude les hauts faits de leur jeunesse. Cependant on gs le bois entre deux arbres, puis on se disperse.
Le quatrième jour, avant le lever du soleil, un sauvage va de loge en loge annoncer à chaque famille, au nom du Maitre de la Vie , qu’elle doit fournir deux büches longues de trois pieds , pour le sacrifice.
Bientôt trente guerriers s’élancent de leurs logis, la tête ornée de peaux de daims et de cornes de bufiles, avec des queues de chevaux, des plumes d’aigle et de héron, entremélées de chevelures; tandis que vingt autres queues de loups et de chats sauvages flottent sur leur dos, comme les ailes de Mercure. De lourds ornements, suspendus à leurs nez et à leurs oreilles, allongent tellement ces dernières, qu’elles touchent presque les épaules. Des colliers de perles ou d'acier chargent leur cou; des dépouilles entières de daims, peintes avec art, et d'immenses peaux de buflles, jetées négligemment sur leurs épaules, achèvent leur accoutrement.
C’est ainsi qu'ils se présentent à la hutte deleur captive. La jeune fille de son côté s’est ornée avec soin. Sa coiffure est composée de plumes d’aigle et de cygne, qui descendent en gracieuses courbes jusqu'à terre. Son corps est peint d'élégantes raies rouges et noires. Une jupe de peau de daim lui tombe jusqu'aux genoux; de jolis lacets entourent ses jambes; une paire de mocassins brodés en porc-épic et ornés de perles et de verre, lui enveloppent
les pieds; des bijoux brillent à son nez, à ses oreilles;
— MB
uis la troupe autour de son cou est un collier; ses bras sont garnis de | LR route, mais bracelets; enfin rien n’est épargné, pour relever sa beauté. heureuse fille, Elle a vu le grand jour approcher sans crainte et même mbrable les at- avec joie; car elle s'imagine que ses gardiens vont lui ec de bruyantes faire une fète. Aussi, au premier cri des guerriers, s’estau la victime; elle élancée de sa demeure, et maintenant elle marche
alerte à la tête de ses bourreaux; ceux-ci la suivent à la file. Elle visite les huttes; partout règne une grande propreté et un profond silence. Elle fait le tour de son bûcher, son escorte fait de même. À sa sortie de la hutte, une vieille lui donne deux büches de bois, et l’innocente enfant les distribue elle-même à ses exécuteurs. Cette fois elle ferme la marche, joyeuse et contente; elle est de nouveau remise à ses gardiens; mais e'est pour reparaître avec son dernier repas, qui consiste dans un plat copieux de maïs.
Tous attendent avec anxiété la derniére scène de ce drame sanglant. Le village entier est en émoi; partout des. guerriers, jeunes et vieux, préparent leurs flèches meurtrières, eomme la veille d’un combat. Quelques-uns s'exercent en. tirant au but; d’autres, plus cruels, montrent à leurs enfants, comment il faut se servir de l’are et de:la flèche, où.il faut frapper son ennemi. Cependant les jeunes. femmes et les filles préparent le lieu du sacrifice; le reste du jour et la nuit, elles polissent leurs œwlliers, leurs pendants, leurs bracelets et tous les autres
la reconduisent roce et rude les na arrange le bois
oleil, un sauvage mille, au nom du x bûches longues
e leurs logis, la 8 de bufiles, avec rigle et de héron, ingt autres queues leur dos, comme ents, suspendus à lement ces derbaules. Des colliers u; des dépouilles d'immenses peaux rs épaules, achè-
tte deleur captive. bijoux , qui doivent les orner au grand jour de la fête. — -c soin. Sa coiffure Enfin voiei.le cinquième et le dernier jour. Un aide de ne, qui descen- Lecharoutétéwarouchte, chef du sacrifice, court zar tout ct son corps est le. village, pour annoncer , au nom de son meitre, qu'il Une jupe de peau faut préparer la couleur rouge et la noire pozr la grande de jolis lacets en- M cérémonie. Impossible de vous décrire le costume, les Leassins brodés en M traits, l'allure de ce personnage, qui jint le fantastique à
l'horrible et au ridicule.
, Jui enveloppent . Le collceteur des couleurs ne le cède guère à “ra com
nez , à ses oreilles;
pagnon, en fait de laideur. On dirait un échappé des enfers. Son corps tout noir contraste avec ses dents blanches, ses grands yeux, ses cheveux enduits de terre blanche et hérissés comme la crinière d’un lion... A chaque talon est attachée une queue de loup; il porte aux pieds une paire de mocassins en peau de buffle, avec ses longs poils en dehors. Il parcourt le villsge d’un pas mesuré, tenant en main un plat de bois. Après avoir visité toutes les huttes, il approche du bücher et crie d’une voix hyate: « Le Maitre de la Vie m'envoie ici. » Aussitôt ure femme, puis une autre viennent déposer dans le plat la couleur rouge ou noire qu’elles ont préparée. Lui cependant, à chaque offrande, lève les yeux au ciel et s'écrie: « Vois l'amour detes enfants, à Tirawât! Tout pauvres qu'ils sont, ils n'ont rien qui ne t'appartienne et qu'ils re te donnent. Accorde-leur uneabondante moisson. Fournisleurs chasses de bufiles, de daims, de cerfs et de gazelles. Rends-nous victorieux de nos ennemis, afin que nous puissions souvent renouveler ce grand sacrifice. » — J1 dit, et chacun répond par l’acclamation reçue: « Néva! Néva ! Néva! » —
Déjà le jour est à son déclin: la dernière heure a sonné, Hommes, femmes, filles et garçons, tous se barbouillent de toutes les couleurs imaginables; tous se couvrent à l'envi de perles, de verres, de colliers en porcelaine, de griffes d'ours-blanc (c'est la plus riche des décorations à leurs yeux), de bracelets, de pendants, de mille autres objets. Ils fixent dans leurs cheveux des plumes de héron avec celles de l'aigle gris, oiseau qu'ils honorent d'un
culte superstitieux. Ensuite ils attendent avec impatience À
le signal du sacrifice. Cependant arrive le Tewärouchte ou le bataillon sacré des guerriers. Remarquables par les plumes de cygne, qu’ils portent sur la tête, aussi bien que par les lignes rouges et noires qui sillonnent leurs corps, on les voit s’avancer, précédés de tous les braves de la pation, qui cachent soigneusement sous leurs robes de
SES sessesso0ome —
chappé des endents blanches, erre blanche et chaque talon est ieds une paire es longs poils en esuré * tenant en outes les huttes, ix huute: « Le ur e femme, puis la couleur rouge dant, à chaque Be Vois l’amour es qu'ils sont, ils mete donnent.
urnisleurs chasses elles. Rends-nous y puissions souvent 1 dit, et chacun Néva ! Néva! »— ère heure a sonné ous se barbouillent pus se couvrent à en porcelaine, de | des décorations à s, de mille autres s plumes de héron ils honorent d'un
e le Tewärouchte
es par les ite, aussi bien que pnnent leurs corps, les braves de la ous leurs robes de
narce \
t avec impatience |
bulles , leurs arcs et leurs flèches. Ils atteignent la hutte, où la jeune captive les attend pour commencer la fête. Elle se nivre entre leurs mains, vêtue comme le jour précédent, ayant en outre des cordes attachées à ses poignets et à ses chevilles. Mais pas le moindre soupçon n’est encore venu se glisser dans son esprit; elle sourit, elle regarde avec affection ses bourreaux, elle se promène avec confiance au milieu d’eux; on arrive au lieu fatal... Soudain un noir pressentiment s'empare d'elle: pas une femme ne se trouve là; en vain ses yeux cherchent de toutes parts l'apparence d’une fête. Pourquoi ce feu solitaire? Et ces trois poteaux, qu’elle a amenés elle-même de la forêt, attachés à deux arbres?.. Et ces figures sombres?.., Tout, tout lui annonce l'horreur de son sort. On lui ordonne de monter sur les poteaux. Elle hésite, elle tremble, comme un agneau destiné à la boucherie; elle demande en grâce, de ne point la faire mourir... On s'efforce de lui persuader qu’elle n’a rien à craindre, que c'est une cérémonie obligée de la fête; un sauvage déroule les cordes liées à ses poignets et l’aide à monter sur les poteaux ; à l’instant il fait passer les cordes par-dessus les branches des deux arbres, entre lesquels le sacrifice doit s'accomplir. Deux autres sauvages robustes les attachent ; on lie les pieds de la victime au bois, qu’elle apporta ellemême pour son supplice.…
Alors tout doute s'évanouit: aussi bien les barbares ne lui cachent plus leurs desseins..… Elle crie, elle sanglotte, ele demande grâce; ses supplications, ses pleurs, ses prières sont étouffées par leurs cris et leurs imprécations.
Ils vou‘ donc venger sur cette tête innocents toutes les cruautés, :ous les crimes, toutes les injustices, tous les outrages des Sioux, tout ce qu'ils ont éprouvé de revers dans leurs longues guerres, tous les griefs transmis de père en fils, comme un héritage pr'cieux de haine et de rancune...; et, comme des tigres ivres de
sang, ils. courent. en .hurlant autour de.leur tremblante proie... Ses habits, ses ornements sont arrachés, et le chef des sacrificateurs la peint moitié rouge, moitié noire, comme on peint les victimes... Puis il lui grille les aisselles et les côtes avec une torche de. pin, et donne un signal, auquel toute la tribu répond par le terrible cri de guerre le Sassaskwi. À ce cri perçant, qui fait frémir les cœurs d’effroi, qui glace leslâches et enflamme les braves, qui arrête le buffle interdit dans sa course, et ôte à l’ours le pouvoir de fuir aussi bien que de résister; à ce cri de mort, tous les sauvages, comme des loups affamés, s’élancent de leurs huttes vers l'endroit du supplice.. Moins terrible est l’ouragan ; leurs pas ressemblent au tonnerre, qui s’avance en grondant: ils entourent la pauvre enfant Siouse ; en moins d’un clin d'œil, leurs arcs sont tendus, leurs flèches ajustées. Cellede Lecharoutétéwarouchté seule porte une pointe de fer; car c’est à lui, qu'est réservé le droit de percer le cœur de la victime. ‘11 se fait un moment de silence; on n'entend que les soupirs étouffés et les plaintes de l’innocente Dakoths, qui pend palpitante dans les airs, tandis que le chef des sacrificateurs l'offre une dernière fois au Maître de la Vie.. Puis il la frappe au cœur; un cri part, et mille flèches hérissent le corps de la pauvre enfant !...
Aussitôt commencent des hurlements et des danses; le grand-che! de la nation monte sur les trois poteaux, et d’un air triomphant, il tire les flèches du cadavre, pour les jeter au feu. La flèche armée de fer est seule réservée pour les futurs sacrifices. Ensuite il répand le sang de ln victime sur le maïs et les autres semences, placées tout autour; enfin il arrache son cœur palpitant et le dévore, en vomissant mille imprécations contre les ennemis de sa racc; tandis que ses cruels c\mpagnons applaudissent avec des hourras et des cris d'allégresse... Le crime est achevé... La foule se retire satisfaite et passe le reste du
de. leur trem-
; sont arrachés, jé rouge, moitié
s il lui grille les in, et donne un le terrible cri de ii fait frémir les mme les braves, e, etôte à l'ours ster; à ce cri de s affamés , s’élansupplice... Moins ent au tonnerre, la pauvre enfant arcs sont tendus, téwarouchté seule , qu'est réservé le se fait un moment irs étouffés et les nd palpitante dans
ateurs l'offre unc isilla frappe au
jour en festinset en réjouissances. Le cadavre informe reste suspendu, où il fut immolé, et est laissé en proie aux loups et aux vautours. — Je finirai, en ajoutant à cette horrible tragédie, l’extrait d’une lettre précédente.
« De tels forfaits ne peuvent qu'attirer la colère du Ciel sur leurs auteurs. Les Sioux, en l’apprenant, jurèrent de se vengeret de ne s'arrêter dans leurs représailles, qu'après avoir massacré autant de Pawnies, que la victimecomptait de phalangesaux doigts, et d’articulations à chacun de ses membres. Des centaines d’ennemis sont tombés sous leurs Tomahawks (casse-tête), et leurs serments n’ont été que trop bien accomplis, par le meurtre des enfants et des femmes.
» À la vue ae ces cruautés, qui peut méconnaitre l’ennemi du genre humain? qui peut ne pas se sentir porté, à procurer à ces peuples aveugles la connaissance du seul vrai médiateur entre Dieu et l’homme, et du seul vér:table sacrifice, capable d’apaiser la justice divine!.…. »
Je suis avec les sentiments du plus profond respect,
Votre, ete.,
P. 3. DE SMET, S. 1.
Éxhal de poutnal du Feu. æ Foent
Chasse d'Automne parmi Les étes-Mlates, en 1843.
Aujourdhui, 47 Août, notre petit eamp est placé sur les bords d’un ruisseau, dont les sinuosités, les ravins et les environs sont tout-à-fait propres à servir de repaires à toutes les bêtes féroces; aussi les ours y sont-ils si nombreux, qu'en moins d’une heure les chasseurs en tuent jusqu’à douze. Pendant la nuit, c’est quelque chose de plus sérieux; l'explosion d’une arme à feu nous annonce la présence des Pieds-Noirs. — Qu'est-il arrivé? — La pauvre veuve Camille, de la nation des Sinpoils, vient de recevoir à la gorge une balle , qui ne lui a pas laissé le temps de pousser un cri. Heureusement, c'était une sainte âme, dont toutes les pensées étaient depuis longtemps tournées vers le ciel. Depuis sa première communion en 1849, elle n'avait pas passé un dimanche, sans s'approcher de la Sainte Table; et depuis son baptême en 1841, elle n'avait pas eu à se reprocher le plus légère faute. Ses obsèques se sont faites à quelques milles de-là, au pied de la Roche-Jaune, parce que cet endroit était plus propre que tout autre, à dérober la sérulture à la cupidité de l’assassin, Tout tourne à bien à ceux qui aiment Dieu: cette mort, si précieuse devant le Seigneur, a donné lieu à une
P Frnt
tes, en 1043.
np est placé sur és, les ravins et rvir de repaires rs y sont-ils si es chasseurs en st quelque chose à feu nous anest-il arrivé? — ss Sinpoils, vient lui s pas laissé le c'était une sainte lepuis longtemps communion en
là, au pied de le t plus propre que pidité de l’assasnent Dieu : cette donné lieu à une
œuvre excellente : cette pauvre femme avait deux petites filles-encore en bas âge; la vertu de leur mère n'aurait peut-être pas pu seule mettre leur innocence à l'abri de certains dangers; elles furent immédiatement adoptées par Ambroise, chef Tète-Plate et père d’une nombreuse famille , mais chez qui la charité, la piété et la confiance en Dieu vont de pair avec le courage.
À quelques portées de la Roche-Jaune , les bufiles commencent à se montrer ; l’un d’entr’eux, se jetant dans la rivière pour éviter la mort qui le poursuit, nage au plus fort du courant, puis vire de bord afin d'éviter les chasseurs, enfin aborde épuisé de forces sur la lisière du camp; mais sa présence n'y cause d'autre mal, qu'une grande hilarité dans la foule des femmes et des enfants qui le poursuivent:
Non loin de-là, on 2perçoit deux ours s’enfoncer dans des buissons ; les jeunes gens les cernent cu poussant des cris; un Pied-Noir, qui se trouve pari eux, veut leur porter le premier coup ; il #’er approche dans ce dessein; mais l’un des ours le prévenant , s’élance de son fort et lui imprime si f:rtement sur le bras qui tient l'arc, einq de ses griffes, que c'en était fait de l’imprudent chasseur, si un jeune Tète-Plate, tout à la fois courageux et prudent, né fût venu à son secours. Quelques jours après, un autre Picd-Noir, camarade de celui-ci , se trouvant dans le mème cas, voulut montrer qu'il savait mieux s'y prendre; mais ne s’y étant pris que de la même manière, il paya de la même peine sa double témérité.
Dans le même campement, plusieurs chefs de la nombreuse nation des Corbeaux nous visitent , accompagnés de l'élite de leurs guerriers; ce qu’ils disent est la preuve, que ce n’est pas en vain que le R. P. De Smet, qu'ils ont vu récemment , leur a annoncé le Poyaume des Cieux. Cependant maintenant encore, si l'on en juge par quelques-unes de leurs pratiques, dans quelles ténèbres
ne sont-ils pas plongés! Ils fumèrent avec nous le calumet; mais pour que cet encens pacifique fût d’agréable odeur à leurs Manitous, il fallait que le tabre et le kuenikuenik qui entre dans sa composition , fussent mélangés de quelques parcelles de bouse de bufle; et que la grande pipe, après avoir fait le tour de la loge, rebroussât chemin toutes les fois qu’elle arrivait à l'endroit, cù était pratiquée l'ouverture; cérémonie, sans laquelle ils auraient eu beau fumer, et faire fumer avec eux, ainsi qu'ils le firent, le ciel, la terre, les quatre points cardinaux, la médaille de Jackson et-même celle de Washington, leur chasse, tout enfin, seloneur., leur fût nécessairement devenu contraire.
Pendant qu'ils sont là, on fait les funérailles: d’un Pend-Oreiile, qui, après avoir manqué essentiellement aux
promesses de son baptéme, s'est montré repentant avant
de mourir. La cérémonie, qui se fait avec plus de pompe que de coutume, vu la présence de nos visiteurs, se termine par la plantation de la Croix. Puisse le souvenir de ce dernier devoir, rendu à un enfant de l’Église, augmenter dans le cœur de ces pauvres idolâtres le désir de connaître davantage Celui, sans la cnnnaissance duquel il n’est point de salut !
Le lendemain, séparation des Corbeaux qui s’en retournent à leur “amp, des Nez-Percés qui se rapprochent de leur p:ys,ucs Tètes-Plates qui s’éloignent encore du leur ; car bien qu’on soit à :: mi-septembre, nos pauvres néophites sont encore à commencer leurs provisions.
Dès le lendemain, à peine les chasseurs ont-ils levé le camp, qu’ils aperçoivent dans une vallée presque close une si grande quantité de buffles, qu’ils en tuent chacun plusieurs; ce n’est toutefais que le prélude dela boucherie, qu'ils vont faire; les trois jours qui suivent, ils rentrent dans le camp avec la dépouille de trois cent quarante vaches grasses, ct, bien qu'ils soient campés au cœur du pays Pied-Noir, les seuls bruits sinistres, qu'ils entendent,
ous le caluit d’agréable et le kuenient mélangés que la grande oussät chemin était pratiquée raient eu beau ; le firent, Île la médaille de 1r chasse, tout venu contraire.
unérailles : d’un ntiellement aux tant avant plus de pompe teurs, se termie souvenir de ce 4 lise , augmenter sir de connaître que il n’est point
AND IRC ASSET MU VAN ALNE
qui s’en retourà rapprochent de encore du leur ; i pauvres nécpvisions.
2ISSÉSS IARSESSRS
tant que dure la chasse, sont les concerts nocturnes des loups ‘et des ours, qui s'appellent mutuellement à leurs festins..…. C’est pendant les loisirs, que procuraient à la Robe-Noire les grandstravaux de la chasse, que le ciel dans sa bonté lui envoya une maladie, courte à la vérité, mais suffisamment aiguë, pour lui faire expicr le plaisir un peu trop naturel, qu’on prend presque toujours à un spectacle aussi varié, que celui qu'il avait sous les yeux.
Le 26 Septembre, la neige qui tombe fait craindre un retour difficile; en conséquence le Grand-Chef annonce, que la grande chasse est finie et qu’on va reprendre le chemin du village. On semet en route par un temps glacial et ce n’est qu'à force de battre la semelle au pas de charge, que le missionnaire, encore en convalescence, triomphe du froid ; mais cette annonce de l’hiver dure peu; les jours suivantsajoutent encore au profit et au plaisir de la chasse ; leretour, se faisant par le défilé qui nous avait envoyé tant d'animaux, presqu’à chaque pas, nous rencontrons des retardataires; tantôt c’est un vieux bufle décrépit, tantôt une vache grasse fatiguée, quelquefois un jeune veau privé de sa mère, toutes proies faciles à atteindre ; aussi sont-ce parmi les enfants des courses et des cris de joie continuels.
Le 28, après la récitation des vépres de S. Michel, assis au sommet d’une montagne, qui domine un horizon de plus de cent lieues de circonférence, le missionnaire sent son cœur se serrer, à la vue de cette vaste contrée, qui renferme tant d’âmes encore ensevelies dans les ténèbres de la mort; il s'imagine entendre la voix de l’Archenge s'écrier du haut decettechaire immense: Pcuvres Idoldtres, qui est semblable à Dieu! et, comme si cette voix avait été
du désert où elle retentit, il se hâte d'y arborer l'étendard du Dicu-Sauveur. Le même jour, sur une légère | éminence de la plaine, auprès des restes d’un foyer éteint, un chasseur trouve une autre croix, à laquelle est suspen-
du un drap noir; on croit. d'abord, que c’est le dérnier ouvrage de quelque pieux catholique égaré et devenu la proie des loups; mais les Têtes-Plates les plus instruits des mœurs et de la croyance des Pieds-Noirs, s'étant souvenus, que ces sauvages font souvent à la lune de semblables offrandes, afin qu’elle les aide où à bien tuer ou à. bien voler, le sentiment si consolant qu'avait fait naître, d’abord la vue de cet objet, se changea bientôt en la triste certitude, que Jésus-Christ était loin encore d’être adoré dans ces parages; ce qui ne veut pas dire cependant qu’il n’y scra pas adoré bientôt.
Les jours suivants, nous marchons dans une gorge où le pied de l’homme ne pénètre pas souvent; la preuve en est dans les quinze castors, pris en une seule nuit par trois de nos hommes. Après y avoir longtemps serpenté, nous gravissons des endroits si glissants, que ce sera merveille, si quelqu'un de nous ne dégringole pas; telle était la pensée de la Robe-Noire , quand tout-à-coup les pieds d’un pauvre cheval venant à lui manquer, on le vit incontinent les fers en l'air rouler, rouler, rouler encore, jusqu’à ce que la force centripète eût repris le dessus. Après une telle chute, que dé peines, pour ramener la pauvre bête en bon chemin; cependant courir à son secours à travers déux pieds de neige; la décharger, malgré un froid des plus piquants; puis la relever ; larecharger ; enfin la ramener à la suite des autres, tout cela se fit par la conductrice, sans que le moindre signe d’impatience eût été donné!
C'est demain la fête de la Maternité Divine; c’est aprèsdemain le jour du départ pour le missionnaire; hier, ont commencé les confessions, aujourd'hui, elles doivent } s’achever; maintenant le jour est'à son déclin, et cependant nous cheminons encore sur la crête des montagnes. Courage... Enfin, après dix heures d’une marche forcée, nous plantons nos tentes dans une ile, qui ne laisse rien à désirer sous le rapport de la sûreté, de l'utilité ét de
est le dérnier et devenu la s plus instruits rs, s'étant soua lune de semà bien tuer ou à.
vait fait naître, ntôt en la triste re d’être adoré cependant qu'il
une gorge où nt; la preuve en le nuit par trois s serpenté, nous e sera merveille, était la pensée de d'un pauvrecheinent les fers en à ce que la force
telle chute, que en bon chemin; s déux pieds de es plus piquants ; ner à la suite des ce, sans que le é!
ine; c'est aprèsnaire ; hier, ont
i, elles doivent }
éclin, et cependes montagnes.
> marche forcée,
ne laisse rien de l'utilité et de
l'agrément. Ce beau campement, formé par les eaux du Missouri, produit d’excellents pâturages. Sur le bord le plus méridional du fleuve s'élève un pan de roche, nuancé de rouge, de jaune, de vert et de bleu, sur lequel tombent, en forme de cascade, les eaux d’une æ, qui entretiennent la fraicheur dans les crevasses trreuses qui le sillonnent; ceci donne naissance à une foule de plantes gramineuses et d’arbustes fleuris, qui produisent un bel effet. Ce magnifique tableau est réfléchi dans une large nappe d'eau, qui en baigne le pied. Pour l'intérieur de l'ile, sa beauté consiste dans sa fécondité: de distance en distance, elle est ombragée par des bouquets de hauts cotonniers, qui sont dans ces pays comme les géants de la végétation: c’est à l'ombre de ces arbres majestueux, que le camp des chasseurs se prépare à passer dignement la fête de demain. La prière, qui n’a pu se faire plus tôt, se réciteà la lueur des étoiles; ensuite un grand feu est allumé devant la tente du missionnaire, et malgré les fatigues de la journée, les confessions se prolongent jusque bien avant dans Ja nuit; pendant la Sainte Messe, qui se célèbre avec toute la pompe possible, s’approchent de la Sainte Table quatrevingt-dix personnes, qui ont communié depuis leur départ de S'° Marie, la plupart tous les mois, et plusieurs toutes les semaines... Dans les offices de l’après-midi, rien de bien particulier; mais le soir, comme c’est la veille d’une séparation, qui peut durer longtemps, les mères apportent à la bénédiction du Prêtre leurs plus petits enfants, et les chefs, en reconnaissance des grâces reçues dans le cours de la chasse, plantent une croix; ce qui fait donner à l'ile où nous sommes, le nom d’Ile de Sainte Croix, et à la croix, celui de Croix des Chasseurs.
Le lendemain d’une fête si propre à laisser dans tous les cœurs de touchants souvenirs, le missionnaire, après avoir prié avec ses chers néophytes, s'en sépara, pour retourner à Sainte-Marie; il y était attendu par des Cœurs-
= <= pe |
zu ü = LAS
GE -r